EST MAÎTRE DU SABBAT
j 1. Passage de la Remontrance, p. 26. Quatre faits importants que nous avons posés. — Ce passage est traité dans la Remontrance , et l'auteur y soutient sa note, que le Fils de l'homme peut être tout homme indéfiniment , et que c'est môme l'explication la plus véritable. La censure donnée à Paris reprend le sentiment de M. Simon, en ce qu'il veut que le Fils de l'homme puisse n'être pas Jésus- Christ. J'ai aussi repris celte explication 2, nonseulement comme étant tirée des sociniens et de Grolius , mais encore comme contraire à l'évidente parole de Dieu, à la dignité de Jésus-Christ, à la tradition de tous les siècles; et voici les faits essentiels que j'ai posés.
Le premier, que parmi tant de passages de l'Evangile, où Jésus-Christ s'appelle le Fils de l'homme, on n'en peut montrer un seul où ce Fils de l'homme soit un autre que lui-même.
Le second fait, que les Juifs sont les seuls à ne vouloir pas le connaître sous ce titre; lorsqu'ils disent en saint Jean, ch. xii, t. 34 : Qui est ce Fils de l'homme ?
Le troisième fait que j'ai touché seulement, mais qu'il faut maintenant établir en peu de mots, est que la tradition qui prend ici le Fils de l'homme pour Jésus-Christ, est constante dès l'origine du christianisme, et que les Pères n'ont jamais varié sur ce sujet.
Le quatrième est, que M. Simon a tiré son explication de Grotius et des sociniens, et qu'il les a préférés aux saints Pères.
2. Preuve constante de la Traditioji dès l'origine du christianisme. — J'allègue d'abord saint Irénée, qui dit au livre troisième*, que l'Evangile ne connaît point d'autre Fils de l'homme , que celui qui est né de Marie et qui a souffert pour nous : Non alterum Filium hominis novit Ecangelium , nisi hune, etc. Voilà d'abord un principe général, qui démontre la vérité du premier fait, et nous donne pour règle dans l'Evangile, qu'on n'y connaît point d'autre Fils de l'homme que Jésus-Christ.
Le même saint Irénée aussi bien que Tertullien et les autres Pères, démontrent par cette dénomination de Fils de l'homme , que Jésus-Christ n'est pas un homme putatif et en apparence; mais qu'il l'est véritablement : ce qui est inculqué par saint Irénée, non-seulement au lieu allégué, mais encore lans les chapitres 2G et 32 du même livre troisième.
J'allègue en second lieu Tertullien'*, qui cite formellement ce passage, « le Fils de l'homme esl
1. Ci-dr-ss. Ritm.sur l'ouvr. en gûn., n. 25, 20, 27,28. R(;m. xur la priif., l . jxins., n. 22,20, elc — 2. Hum. sur l'ouvr. en gén., n. 2 Item nurOrol., n. 7. — :i. lAb . m, c. xviii,;î. 277. — 4. De carne ChrUli, ch. xv.
PREMIÈRE INSTRUCTION
» maître du sabbat, pour montrer, » dit-il, « par » ce terme de Fils de l'homme, de quelle substance » il était sorti , » et que sa chair n'était pas fantastique, mais réelle et véritable.
Il prouve eneore la même vérité contre Marcion' , par la dénomination de Fils de l'homme, et il marque trois ou quatre fois ce passage , le Fils de l'homme est maître du sabbat, comme ne pouvant appartenir à autre qu'à Jésus-Christ.
Il confirme la règle de saint Irénée touchant l'inlelligence de ce mot Fils de l'homme, lorsqu'il prononce en général^ : le Fils de l'homme, c'est-à-dire, Jésus- Christ.
Il démontre contre le même Marcion la conformité de l'Ancien et du Nouveau Testament, par ce même texte, lorsqu'il dit, qu'en s'appelant maître du sabbat, Jésus-Christ soutenait le sabbat comme chose sienne, et qui n'était pas d'un Dieu étranger, ainsi que le voulait cet hérésiarque : sabbatum ut rem suam tuebatur^ : et un peu après encore plus expressément : « Il était maître , et du sabbat et de » la loi, et de toutes les institutions de son Père : » Dominus et sabbati et legis et omnium paternarum dispositionum Christus^.
On voit ici deux choses bien importantes; l'une, un principe général sur le titre de Fils de l'homme : et l'autre une application formelle du sens qu'on lui doit donner au passage que nous traitons, ce qui enferme une démonstration complète.
Le témoignage de deux auteurs qui sont du second et du troisième siècle , fait voir de quel sens l'Eglise a été d'abord frappée, et combien il était essentiel, puisqu'ils s'en servent pour établir deux dogmes fondamentaux, dont l'un est la vérité de la chair de Jésus-Christ, et l'autre la conformité des deux Testaments.
La postérité n'a pas manqué d'embrasser cette tradition originelle; saint Hilaire qui suit de près ces deux grands auteurs, enseigne positivement^, « que c'est Jésus-Christ qui est plus grand que le » sabbat : » major ipse sabbato : et encore , « qu'il » n'est pas tenu à l'observance du sabbat, puisqu'il )) en est le maître : » neque sabbati prescripto Dominum sabbati contineri.
Ajoutons à ces témoignages celui de saint Chrysostome et de son école; ajoutons qu'on ne nous produit aucun passage contraire : ainsi la tradition des Pères est unanime; il s'agit d'un dogme qui appartient à la religion , à la dignité de Jésus- Christ, à ses pouvoirs, et à des dogmes fondamentaux, comme on a vu. Tout le chapitre de saint Matthieu d'où ce passage est tiré , ne respire que la grandeur de Jésus-Christ : il est plus grand que Salomon , plus grand que Jonas , plus grand que le temple : c'est donc lui, et non pas un autre qui est aussi plus grand que le sabbat , et la convenance des choses et des paroles le démontre.
On est donc encore ici dans le cas de la règle du concile; l'auteur ne peut s'excuser de l'avoir évidemment méprisée, et ce qui est pis, d'avoir préféré les sociniens aux saints Pères.
Puisqu'il voulait avoir pour lui les hérétiques, il pouvait remonter plus haut. Nous apprenons de
1. Adv. Marc, liv. iv, chap. x, xii, elc. — 2. Idem, liv. xiv. — 3. Ibidem, chnp. xii. — 4. Ibidem, chap. xvi. — 5. In Mntl/i., chap. XII.
saint Clément d'Alexandrie', que Prodique et les faux gnostiques attribuaient à d'autres qu'à Jésus- Christ la qualité de maître du sabbat; et telle est la source de l'interprétation qu'on entreprend de mettre aujourd'hui entre les mains de tous les fidèles.
3. M. Simon ne se sauve pas en citant Tostat. — Il a senti combien odieuse était cette préférence, et il tâche de s'en excuser par ces paroles^ : « Ne » croyez pas , Monseigneur, que la note vienne de » l'école de Socin, comme quelqu'un le pourrait » croire : de savants commentateurs , qui ont écrit » longtemps avant que Socin fût au monde , ont » encore été plus avant que le traducteur de Tré- » veux : le célèbre Tostat, qui est encore aujour- » d'hui l'admiration des savants, est de ce nombre. Il prouve ce qui n'est pas en question; jamais on ne lui a nié qu'on ne put trouver quelque docteur catholique, qui ignorerait la Tradition, ou qui n'y serait pas assez attentif : la question est de savoir, si un seul docteur est suffisant pour éluder l'autorité de la Tradition; et nous venons encore de démontrer le contraire.
En effet, sans chercher à faire voir, ce qui me serait aisé, que Tostat n'est peut-être pas d'accord avec lui-même, il me suffit de dire en un mot, que l'autorité d'un commentateur du quinzième siècle, quoique savant pour son temps , et comme parle M. Simon ^, plus que ceux qui l'avaient précédé au moins dans les siècles de barbarie, bien certainement n'est pas préférable à celle des Pères les plus savants , et de la première antiquité. Sa conjecture est abandonnée par tous les commentateurs catholiques. M. Simon lui cherche un frivole appui dans les notes de Robert Etienne, qui est, dit-il'', de ce même sentiment : faible autorité s'il en fut jamais, et d'un auteur trop peu versé dans la théologie , et d'une foi d'ailleurs trop suspecte pour mériter qu'on l'écoute. Quoi qu'il en soit, voilà en un mot toute la tradition de M. Simon; voilà ceux qu'il préfère aux Irénée , aux Tertullien, aux Hilaire et aux Chrysostome ; ce qu'il n'aurait jamais fait, s'il n'avait voulu appuyer Grotius et les sociniens.
4. Autre évasion de M. Simon. — « Je puis, » dit-il^, « assurer Votre Eminence, que je n'ai eu » d'autre dessein dans cette note, que de concilier » ensemble saint Matthieu, saint Marc et saint Luc. » Il voudrait nous faire imaginer de grands embarras entre ces trois évangélistes, dont on ne pourrait sortir sans sa note. Mais d'abord il n'y a point de difficulté dans saint Matthieu , ni dans saint Luc : voici celle qu'il veut trouver dans saint Marc": « Jésus leur disait : le sabbat est fait pour l'homme, » et non pas l'homme pour le sabbat : c'est pourquoi » le Fils de l'homme est maître du sabbat même; » comme s'il disait : J'ai eu raison de m'en rendre maître pour sauver l'homme, et ce serait déroger à mon empire souverain sur le sabbat, si le sabbat étant fait pour l'homme , je m'y laissais assujétir jusqu'au point de n'oser permettre à mes disciples, de se soulager en arrachant quelques épis dans leur extrême besoin en ce saint jour. C'est aussi à quoi se rapportent ces paroles : Il est plus grand que le
1. Slrom. 3. — 2. Rcmonl., p. 20. —3. Hist. cric, du Nouv . Tcsl.,ch. XXXV. — 4. Rem,, p. 27.— 5. Idem, p. 26.-6. Marc. 11.27.
INSTRrCTIONS SUR LA VHRSION DU NOUVEAU TESTAMENT.
temple, et plu^ yrand que le sabbat : ce qui inonU'e que sa seule présence aulorisail les disciples à faire ce qu"il leur peruietlail. Il n"Y a rien de plus clair; el cependant plukM que d'entendre une conséquence qui saule aux yeux , on aime mieux renverser toute réconomie de 'l'Evangile et toute l'anologie de la
foi.
Au reste, j'ai déjà remarqué', que ce sont encore les mêmes sociniens , qui ont fourni à M. Simon ces embarras imaginaires dans le passage de saint Marc : nous verrons peut-être ailleurs les raisons de Grolius qui sont en vérité misérables; mais il nous sutTil ici d'avoir convaincu notre traducteur d'un manifeste mépris de la Tradition , el de la règle du concile, dans une matière dogmatique.
111' REMARQUE
Sur la traduction du pnfisage de saint Jean : Vous ne POUVEZ RIEN s.\xs MOI [Jean, xv. 5).
1 . Trois excuses de l'auteur dans sa Remontrance : la première tombe. — M. Simon est repris forlemenl el avec raison , dans la censure de Paris, d'avoir altéré ce passage de saint Jean , non-seulement dans sa note , mais encore dans son texte même , en traduisant, séparément d'avec moi, au lieu de mettre, sans moi ; el je me suis conformé à celte juste répréhension. Voyons à présent les excuses de la Remontrance; elles consistent en trois points : Mon dessein, dil-iP, a été de marquer plus fortement la réritable signification de la particule qui est dans le grec : frivole excuse, puisque c'est une témérité insupportable, de croire pouvoir mieux entendre la force de la particule, non-seulement que la Vulgate, qui traduit sans, siyie , mais encore que tous les Pères lalins sans exception , que tous les conciles , que tout l'Occident, qui a traduit naturellement de la même sorte, sans que personne se soit avisé de les contredire. Quand on veut mieux dire que toute l'Eglise, on doit être assuré qu'on dira mal ; ainsi la première excuse tombe d'elle-même.
2. Seconde excuse faible. — La seconde n'est pas meilleure : « N'être point séparé de Jésus-Christ, • n'est autre chose en ce lieu-ci, que d'être uni' à
- lui... La comparaison de la vigne et de ses bran- » ches, appuie mon interprétation : car tant (juc i les branches ne sont point séparées du corps de » la vigne, elles en reçoivent leur nourriture. »
Je l'avoue, si par n'être point séparé, on entend ne l'èlre point dans l'intérieur el non pas ne l'être point extérieurement; ce que l'auteur n'a pas voulu exprimer pour la raison que nous allons voir, el qui achèvera de démontrer que la seconde excuse est nulle.
'{. Troisième excuse fondée sur l'autorité de Bèze.
— Mais la troisième est insu[)portable : « C'est, » dit-il', que Bèze, un des plus zélés défenseurs » de la (rr'tce ciïicace par elle-même, calviniste, cl » qui par conséquent ne peut être suspect en ce » lieu-ci, ne s'est pas cfjntenlé de traduire seor- » $im, etc., il a aussi rejjris dans sa note la Viil- » gale qui a traduit : sine me. » Voilà sans doute pour un prêtre citholique un bon garant que Rèze, un de» chefn du calvinisme.
• Mais, dit-il, il n'est point suspect, puisqu'il
I. tUmonl. $ur Couv. m P'^n , n. 'i. — 2. //«m. rt. IT — 3. tbiJ ,p. 13. 14.
D est un des plus zélés défenseurs de la grâce effî- » cace par elle-même; » à quoi il ne craint pas d'ajouter, « que celle observation vient d'un homme » qui entend la langue grecque , et est exercé dans » les disputes de la grâce. »
Il ne sait pas que cet homme si errerc^dans cette matière, y est tombé dans une infinité d'erreurs; qu'il n'a soutenu la grâce, que pour l'outrer, jusqu'à nier la coopération de l'homme; et qu'il a détruit le libre arbitre, jusqu'à faire Dieu auteur du péché.
M. Simon, qui ne veut pas qu'il soit suspect , ne sait pas que tout auteur si démesurément outré, est toujours suspect, comme disposé à rejeter le bon sens; et que Bède en particulier est suspect en cette occasion, comme ennemi de l'Eglise, et de la Vulgate qu'il a pris plaisir de reprendre dans sa note, comme notre auteur le remarque. Il ajoute, qu'il y a aussi repris Erasme delà même faute; et on voit que Bèze a voulu s'élever au-dessus d'un homme plus sensé que lui , et qui ne savait pas moins la langue grecque. Voilà les auteurs non suspects, que M. Simon appelle en témoignage contre la Vulgate, et contre toute la Tradition.
4. Dessein secret de l'auteur de copier Grotius et les sociniens. — Mais il nous cache son secret : il a trouvé moins odieux de citer Bèze, quoique calviniste, que Grotius et les sociniens, qui sont ses guides cachés. J'ai rapporté' l'interprétation d'un socinien, et celle de Grotius, qu'il choisisse entre les deux; le premier réduit la séparation à celle de Yapostasie; l'autre la réduit d se séparer des préceptes et des exemples de Jésus-Christ : tous deux la mettent par conséquent dans quelque chose d'extérieur, sans songer à l'influence intérieure de la grâce : voilà toute la linesse de la nouvelle version.
On n'a qu'à lire les paroles d'un socinien^, el surtout celles de Grotius, comme je les ai rapportées , pour voir d'oii la note de M. Simon a été prise. Grolius y est transcrit de mot à mot ; et qui saura prendre l'esprit de M. Simon dans tout son livre , ne pourra douter de son dessein.
On peut voir encore ce qu'il cite de Gaigney'; c'est « que celui qui se sépare de Jésus-Christ par » l'hérésie et par l'infidélité, comme un sarment » inutile , ne peut recevoir le suc de la grâce, etc. » Voilà donc, encore un coup , à quoi se réduit la séparation d'avec Jésus-Christ; tout se rapporte à l'hérésie et à l'infidélité , comme si le péché mortel n'était rien : et Gaigney , dit M. Simon, a très-bien exprimé le sens de ce verset de saiiit Jean dans ses scholies. S'il a bien cité Gaigney, cet auteur se réfuie lui-môme , et je n'ai point à m'en mettre en peine; puisqu'il est clair, quoi qu'il en soit, que M. Simon a composé , non-seulement sa note , mais encore son texte, des paroles de deux hérétiques qui sont Bèze el Grotius.
IV« REiMARQUE.
Sur ces paroles de saint Paul : J'ai aimé Jacob, ET j'ai haï Esau [Rom., i\, V.i).
1 . Deux questions sur ce passage. — On sait assez que M. Simon a mis dans son texte : J'ai plus
1. Ci-demu» Rem. gén., n. i ; Rem. sur Orol., n.l . — 2. Idem — 3. Remont., p. 13. Ibid.
PREMIÈRE INSTRUCTION
aimé Jacob qu'Esaii , en supprimant hardiment la liaine exprimée dans la Vulgate comme dans le Grec : on a été étonné de cette hardiesse; la censure l'a sévèrement reprise; j'en ai parlé amplement en deux endroits ' : il reste maintenant à examiner, si j'ai prévenu les vaines défaites exposées dans la Remontrance^.
Il y a ici deux questions , l'une sur le texte de la traduction , et l'autre sur la note.
Première question sur le texte de la version.
2. Qu'il y a une altération inexcusable dans le texte de la version de Trévoux. — La première question est trop aisée à résoudre , pour mériter un long discours. Il n'y a qu'à dire en un mot, que c'est une altération du texte, que de mettre le commentaire à la place du texte même ; c'est le principe de l'auteur dans sa préface : or, est-il que le même auteur est visiblement tombé dans ce défaut : tomber dans ce défaut, selon lui-même, c'est faire parler l'homme à la place du Saint-Esprit : il est donc tombé dans le défaut de faire parler l'homme à la place du Saint-Esprit, qui est le plus grand et le plus énorme de tous les attentats.
J'entrerai encore en peu de mots dans une seconde considération. L'explication de saint Augustin, et des saints qui l'ont suivi dans la défense de la grâce contre Pelage, suppose en Dieu une haine véritable contre Esaû, comme figure des réprouvés, à cause qu'elle y suppose le péché comme l'objet de cette haine , et du moins le péché originel.
Pour abréger la matière, on voudra bien se contenter d'entendre ici le concile des saints évèques bannis en Sardaigne pour la confession de la foi. Voici comme ils parlent dans leur épître synodique, que saint Fulgence a composée^ : « Vous dites, » ce sont les paroles de ce saint concile aux catholiques qui le consultaient, « que vous assurez » qu'avant la naissance d'Esaû et de Jacob , Jacob » est élu par une miséricorde gratuite, et qu'Esaii » est haï par un juste jugement de Dieu, à cause » du péché originel. »
Voilà donc d'abord l'explication des catholiques bien posée, et la haine de Dieu contre Esaû établie; c'est pourquoi ces saints confesseurs ajoutent que dans l'élection de Jacob , « les dons de Dieu sont » aimés; » et qu'au contraire, « dans Esaii la ma- » lice de l'iniquité humaine est certainement con- » damnée. » S'il ne fallait que rapporter cinq cents passages de celle force de saint Augustin , et des autres saints, tout le monde sait qu'il serait aisé de le faire : d'où il faut conclure avec le saint concile de Sardaigne \ que c'est par la miséricorde que Jacob a été préparé à la gloire , et que par une juste colère (qui présuppose le péché) Esaii, est justement préparée la peine. Voici donc en quoi le traducteur de Trévoux est inexcusable ; c'est qu'une interprétation si autorisée et si solennelle, qui est celle de saint Augustin, de tant de saints, et notamment d'un si grand nombre d'évèques bannis pour la foi de la Trinité , demeure exclue par le texte même , sans pouvoir seulement être écoutée.
Qui a donné cette liberté à un interprèle parti-
1. Ci-dess. Rem. gén., n. 6 etl. — 2. Idem , p. 14 et suiv. — :î. Cap. VI. — 4. Cap. vu.
culier? Qu'il soit permis , si l'on veut, de disputer contre leur sentiment : mais que malgré la conformité du grec et du latin de la Vulgate , sans que jamais ni les Grecs, ni les Latins aient lu autrement, on ferme toute entrée à saint Augustin, et à ce nombre infini de disciples qu'il a toujours eu dans l'Eglise , c'est soumettre le texte sacré à sa fanlaisie ; c'est le déterminer de sa propre autorité ; c'est une manifeste corruption de l'Ecriture, et un attentat inouï jusqu'à présent parmi les fidèles.
Seconde question : Si dans le fond haïr n'est que moins aimer.
3. L'auteur prouve ce qui n'est ^ms en question. — L'auteur, qui sent en lui-même que dans le fond il ne peut défendre sa note non plus que son texte , tâche , dans sa Remontrance , de se sauver comme il peut dans l'obscurité des opinions de l'Ecole sur la réprobation, qu'il prend mal, et qu'il n'entend pas. Je serai donc contraint ici de démêler ces subtilités pour ne lui laisser aucune réplique; et j'ai besoin d'un lecteur appliqué.
Il prend grand soin de montrer que hair se prend quelquefois dans l'Ecriture pour moins aimer : c'est ce qu'on ne lui a jamais contesté, et la censure de Paris porte expressément que s'il s'était contenté de mettre dans ses notes son explication du mot de haïr et de haine , avec les précautions nécessaires , on pourrait ne le pas relever ; ce qui montre la grande attention qu'on a apportée à parler correctement.
J'ai eu aussi la même prévoyance , et l'on a pu voir' que bien éloigné d'exclure le moins aimer dans la réprobation, j'ai marqué les opinions de l'Ecole, où elle commence par là : ainsi l'erreur de l'auleur n'est pas d'admettre un moins aimer, mais c'est d'y réduire toute la haine dans la réprobation d'Esaû.
4. Démonstration de l'erreur de M. Simon. — Pour démontrer cette erreur, il ne faut qu'arranger quelques propositions en cette sorte.
Première proposition. Dans une opinion de l'Ecole, qui est la plus rigoureuse, la réprobation est d'abord et dans sa racine un moins aimer. La raison est que dans cette opinion la réprobation consiste en Dieu à préparer aux réprouvés par sa volonté souveraine, de moindres grâces qui les laissent tomber dans le péché, et y mourir. C'est donc ici un moins aimer ; mais il n'en est pas moins certain en toute opinion, et c'est même un point de foi, que la réprobation n'a d'exécution, qu'en présupposant le péché qui est l'objet de la haine, avec la volonté de le punir. C'est là ma première proposition, qui, comme on voit, a deux parties, qu'il faut soigneusement remarquer.
Seconde proposition. La réprobation ainsi regardée dans son entière exécution et dans son effet total, est celle qui est supposée par saint Paul , depuis le verset 13, où est marquée la haine pour Esaû, jusqu'à la fin du chapitre. C'est ce qui paraît par ces paroles : Dieu voulant montrer sa colère, t. 22, et encore dans celles-ci : Dieu fait des vaisseaux d'honneur, et des vaisseaux d'ignominie, t. 21. Il fait des vaisseaux de colère préparés à la perdition , et des vaisseaux de miséricorde préparés à la gloire, t. 22, 23, toutes expressions qui, en