Ci-dess. Hein, sur l'onv. engén
p. 17. — 3. Préf., p. 32.
n. 10, 11, 12, —2. Rem.,
» soit tout à fait exempte de défauts , et aussi qu'il » ne la donne que comme un essai, et non pas » comme un ouvrage parfait; » il passe jusqu'à l'excès de juger cette exactitude impossible , et dès la première page il parle ainsi' : « Si je donne une » nouvelle traduction , ce n'est pas que je prétende » qu'elle soit exempte de fautes; car cela n'est pas » possible. »
Ces fautes, de son aveu, peuvent être si considérables, que môme elles donnent atteinte à la divinité du Fils de Dieu, et voici comme il en parle dans la Remontrance^ : « Votre Eminence connaîtra » par ce moyen, que messieurs de Port-Royal, qui, » de leur propre aveu, ont employé trente ans à » composer leur traduction du Nouveau Testament, » ne sont pas éloignés en plusieurs endroits des » explications qui fortifient les sentiments des anti- » trinitaires, tant il est difficile d'atteindre cette » perfection que demande l'interprétation des livres » sacrés. » Il ajoute : « Ces mêmes fautes se trou- » vent dans la nouvelle édition de la Bible française » de M. de Sacy, qui a été revue et examinée par » plusieurs savants théologiens de Paris, sur le » témoignage desquels Votre Eminence a accordé » sa permission ou approbation. »
Sans approuver le fond de la remarque, il me suffît que l'auteuî* reconnaisse des fautes capitales dans les versions les plus travaillées et les plus examinées.
Cela étant, il est certain qu'on n'est pas justifié en citant des traductions conformes aux nôtres. Il en faut revenir au fond, comme je l'ai déjà démontré^; autrement il suffirait d'alléguer une faute de quelque interprète, pour la rendre irrémédiable; ce qui serait le comble de l'aveuglement.
Mais à qui conviendra-t-il mieux de relever de telles fautes , qu'aux évèques qui sont chargés du dépôt des Ecritures? ou quand le feront-ils plus sagement, que lorsqu'ayant averti en particulier, durant plusieurs mois, ceux qu'ils trouvaient dans l'erreur, à la fin ils le diront à l'Eglise , selon le précepte de l'Evangile? Ce serait en vain que M. Simon aurait avoué des fautes, s'il n'était prêt à les corriger toutes les fois qu'il en sera averti par les juges légitimes de la doctrine. Il ne faut donc point triompher, comme il fait partout , de quelques traductions , qui se trouveront par hasard conformes aux siennes , et la bonne foi doit décider.
Troisième erreur de M. Simon dans ses justifications, de se croire justifié par la publication de sa 'Remontrance.
5. Calomnie étrange de M. Simon. — Il faut maintenant que je représente à M. Simon le mauvais personnage qu'il fait dans l'Eglise , en publiant sa Remontrance : en voici le principal fondement : « Etant persuadé, dit-iP, que les grandes affaires » dont Votre Eminence est chargée, ne lui ont pas » permis de lire mon ouvrage, je la supplie trôs- » humblement de ne pas trouver mauvais que je lui » fasse connaître en détail , que celui qu'elle a » chargé de ce soin-là m'attribue un grand nombre » de fautes, dans lesquelles je ne suis point tombé. » Ainsi un archevêque aura eu le loisir de condam-
1. Préf., p. 2. — 2. Remont., p. 20. — 3. Ci-dess. Rem. sur Vouv. en gén., n. 27 el 28. — 4. Remont., p. 3.
INSTRUCTIONS SUR LA VERSION DU NOUVEAU TESTAMENT
lier un ouvraire , mais il n'aura pas ou le loisir de lo lire : il aura oliargé un autre dun soin si essenliel à son ministère : c'est un juge qui aura jugé un pnvos sans en avoir vu les pièces, cl qui s'en sera lié à un secrétaire , et encore à un secrétaire qui l'aura trompé : un jugement donné à l'aveugle sera publié solennellement dans les paroisses de la plus grande ville du monde , et d'un diocèse si considérable : voilà de quoi on accuse un archevêque si éclaire, si attentif par lui-môme à tous ses devoirs , d'une sagesse si reconnue et si consommée pour gouverner l'Eglise de Dieu : et on fait régner ce reproche dans toute la Remontrance. Que M. Simon se juge lui-même sur les termes de soumission dont il accompagne une si étrange calomnie.
6. Si l'on fait tort à M. Simon de le tenir pour suspect. — Il ne veut pas qu'on le tienne pour suspect. Oui le sera donc , si ce n'est celui qui a vu condamner un livre où il traitait le fondement de la religion , sans en avoir jamais rétracté aucune erreur ? qui a fait le procès aux Pères dans les formes; et qui a introduit tant de nouveautés dans l'Eglise , qu'il n'y a personne en ce genre qui se soit plus signalé?
Mais, dit-il' , plusieurs grands prélats lui ont fait des propositions pour travailler à des ouvrages utiles? quelle merveille! ces invitations montrent bien la charité de ces prélats, qui tâchaient de le mettre dans un bon chemin , en éclairant sa conduite : mais s'il voulait en tirer quelque avantage, il devait donc alléguer quelques ouvrages utiles , où il eut eiïectivement répondu à la bonne intention de ces prélats; et que voyons-nous sortir de sa plume ? Une malheureuse version frappée de censures dès qu'elle a paru, et qui fait un schisme dans une Eglise catholique si célèbre.
7. Histoire remarquable de M. Simon. — Mais en se gloriliant des charitables invitations de nos prélats, il oublie les offres qui lui ont été faites par les protestants , et le concert où fl est entré avec cui pour faire une nouvelle version française de la Bible. L'histoire en est remarquable : c'est lui-même qui la raconte dans l'ouvrage qui a peur titre : Réponse à la défense des sentiments de quelques théologiens de Hollande^. C'est au chapitre second, et à la page soiiante-dix-sept. Il se plaint que M. Le Clerc, un remontrant de Hollande, bien connu, a déguisé cette histoire ; je le veux : je liens pour faux tout ce que M. Simon en désavoue; mais apparemment il ne niera pas ce qu'il rapporte lui-même. Or, il rapporte : « qu'il y a dix ans que messieurs » de Charenton résolurent de faire une nouvelle Ira-
• duclion de l'Ecriture; que M. Justel (protestant, » dont le savoir est connu; lit entrer M. Simon dans » ce dessein; el que le même M. Simon lit le plan » de celle nouvelle version; que tous ensemble, ils
• demeurèrent d'accord qu'il fallait donner au pu-
• Llic une I5ible française, oui ne favorisât accin » PARTI , el qui pûl être également utile aux catho- » liques el aux protestants; qu'on pria M. Simon » de traduire quelqur.-s chapitres selon le plan qu'il » avait proposé, alin de servir de règle à ceux qui
• *""" "" '■^ienl re travail; qu'il trouva quelque
• '' : '■»»'-•'• M. Juslel, M, Claude cl M, de
1. JUmv,>U .png. 30 #< 31, etc. — t. A Rotlerd'im , c/,-z Uert . 1QV7,
' » Frémonl (l'un ministre de Charônion, el l'autre » bon huguenot, s'il en fut jamais, neveu du fa- » meuxd'Ablancourt); qu'il s'entretint avec eux sur
' » ce nouveau dessein : qu'ils partagèrent entre eux » toute la Bible, cl que le Penlaleuque échut à M.
' » Claude. » Voilà sans doute un beau projet pour
] un prêtre catholique : c'est de faire une Bible propre à contenter tous les partis, c'est-à-dire, à entretenir l'indifférence des religions, et qui dans nos controverses ne décide rien , ni pour ni contre la vérité : le plan et le modèle d'un si bel ouvrage est donné par M. Simon, et le travail esl partagé avec un ministre.
Au reste , on eût fait des notes : sans notes M. Simon convient encore aujourd'hui' qu'on ne peut traduire la Bible , et il eût été curieux de voir comme on eût gardé dans ces notes la parfaite neutralité qu'on avait promise entre l'Eglise et l'hérésie, entre Jésus-Christ et Béiial.
M. Le Clerc racontait dans sa lettre ^ « que M. » Simon avait demandé trois mille livres de pension » par an, pour employer son temps à ce travail; » que sa demande parut raisonnable , et que l'on » trouva un fonds de douze mille livres, que l'on » résolut d'employer à l'entretenir quatre ans : c'est » ce que M. Simon désavoue ^, et il soutient qu'on » ne parla jamais des douze mille livres » : car aussi comment avouer qu'il ait vendu aux protestants sa plume mercenaire? Mais cependant ce qu'il avoue n'est guère meilleur. Il raconte quelque démêlé entre Genève et Charenton : « Le plus fort de » leur dispute, » dit-il, « roulait sur un fonds de » soixante mille livres , qu'un bon Suisse avait des- » tiné à cet ouvrage : et, » conlinue-t-il , « il se » peut bien faire que si ces messieurs de Charenton » en étaient devenus les maîtres, ils auraient re- » connu les bons services que le prieur de Bolle- » ville (c'est un des noms de M. Simon), leur aurait » rendus pour attirer ce fonds à Paris. » Voilà donc ce prieur de Bolleville devenu arbitre et médiateur entre Charenton cl Genève, el leur homme de conliance : il favorisait ceux de Charenton dans le dessein qu'ils avaient de s'attirer les soixante mille livres, el il espérait partager le bulin avec eux. Ne disons rien davantage; déplorons l'aveuglement de celui qui semble ne sentir pas la honte d'un tel marché, et déplorons en même temps la nécessité où nous sommes de faire connaître un auteur, qui voudrait être l'interprète de l'Eglise catholique, après s'être livré aux protestants, pour mériter auprès d'eux cette qualité.
8. Moyens donnés à M. Simon de n'être plus suspect à V Eglise : passage de saint Cyprien. — Que si après qu'on le voit, de son propre aveu , capable d'entrer dans des liaisons si scandaleuses , il se plaint encore d'être tenu pour suspect, il a en main le moyen d'effacer cette tache, en s'humilianl devant l'Eglise, el en reconnaissant, comme il y est obligé, l'autorité de ses censures. Mais s'il persiste, comme il fait dans sa Remontrance, à soutenir ses notes les plus téméraires, el jusqu'aux altérations qu'il a osé faire dans le texte , il ne faudra pas s'étonner qu'il soit suspect, mais il faudra s'étonner s'il ne l'est pas encore assez à tout le monde. Car après
1. Remont., y. Z\. — 2. Déf. des sent., si;c. Letl., p. 53, à Amsterdam, chez Desbordes, 1096. — 3. Rép. à la Déf., Ihid,,p, 78.
DISSERTATION SUR GROTIUS
tout, que prétend-il faire par sa Remontrance? Veut-il dire que l'Eglise n'a pas le pouvoir de prononcer des censures, ou bien qu'il soit permis de les mépriser, ou que celle qui est prononcée conLre un mauvais livre, dans le lieu où l'on en faisait le principal débit, n'ait pas été nécessaire et légitime , ou peut-être qu'on satisfasse à une ordonnance publique par des libelles sans aveu? N'est-ce pas une règle constante de toute l'Eglise catholique , ou qu'il y faut acquiescer, ou qu'il faut se pourvoir par les voies que les canons ont prescrites sur les matières de doctrine? Mais qu'on entretienne la dissension parmi les fidèles, pendant qu'on devrait y mettre lin par une soumission édifiante; qu'on mette la division entre les frères, les vrais enfants de l'Eglise se soumettant à ses ordonnances; et les autres s'opiniàtrant à vouloir le testament de l'étranger, quoique réprouvé par un jugement légitime : c'est une erreur manifeste; c'est le cas précis où saint Gyprien dirait encore une fois ', « Qu'il y » a dans chaque Eglise un seul évèque, un évèque » qui est toujours unique : episcopus qui unus est : )■> un seul juge établi de Dieu pour y tenir en son » temps la place de Jésus-Christ; que tous les chré- » tiens sont obligés par le commandement de Dieu » de lui rendre obéissance; et que la source des » schismes et des hérésies , est qu'on n'est pas as- » sez attentif à cette institution divine. » Ce sont les maximes inébranlables sur lesquelles l'Eglise est fondée ; et les violer, dit le même saint Gyprien, « c'est vouloir renverser par terre la force et l'au- » torité de l'épiscopat, et l'ordre sublime et céleste » du gouvernement ecclésiastique. »
Soumettons-nous à cet ordre , qui est celui de Jésus-Ghrist; éloignons du milieu de nous ces remontrances querelleuses , qui ne peuvent satisfaire à la justice , et qui ne font qu'entretenir parmi les fidèles l'esprit de dissension : elles n'ont donc aucun caractère de l'esprit de Dieu; et si les esprits contentieux ont pratiqué ces mauvais moyens de se défendre , nous répondrons avec saint Paul , que ce n'est pas là notre coutume, ni celle de l'Eglise de Dieu : Nos talem consuetudinem non habemus -.
9. Expédient de M. Simon et conclusion de cet ouvrage. — Voici néanmoins l'expédient que M. Simon nous propose : supposé, dil-'û^ , -qu'il y ait un grand nombre de fautes dans ma version du Nouveau Testament, ne pouvait-on pas les corriger ces fautes , ou en mettant des cartons (au hasard de les multiplier plus que les feuillets), ou dans une seconde édition? (et en attendant, les laisser entre les mains du peuple sans les reprendre), c'est la loi que M. Simon veut imposer à l'Eglise. Il ne sert de rien d'alléguer les autres versions, ni de leur comparer celle-ci , qui, depuis le commencement jusqu'à la fin, est toute pleine d'altérations et d'erreurs qu'on ne peut dissimuler sans crime. C'est trop abuser de la patience de l'Eglise; il est temps de se soumettre à l'épiscopat, qui, étant un par toute la terre, est offensé en la personne d'un seul évèque.
Que M. Simon vienne donc comme un prêtre obéissant à l'Eglise, faire lui-même ses remontrances dans les formes canoniques; alors, ou l'on
1. Epist. 51, ad Cor. et 68 ad Flor. Pup. — 2. I. Cor., xi, 16. — 3. Remont., p. i, 32.
trouvera dans un jugement légitime le moyen de le convaincre; ou, ce que l'on doit plutôt espérer, on aura la consolation que sans présumer de son savoir, il aimera mieux se laisser instruire.
SECONDE INSTRUCTION