‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 96 sur 851 · Ps. cix. 3. — 2. Prov., viii. 22, 24, 25, elc · texte numérisé non relu

Ps. cix. 3. — 2. Prov., viii. 22, 24, 25, elc

DISSERTATION SUR GROTIUS

» qu'il lui a paru commode, des sentiments chrétiens; » f ce qu'il avance sans preuve, sans la moindre autorité, et simplement parce qu'il lui plaît : pernicieuse introduction qui met en péril les traditions les plus assurées, et expose le texte des plus anciens livres, à la merci des critiques et de leurs jugements arbitraires.

Pour moi , je ne puis exprimer combien les vrais catholiques qui aiment leur religion, doivent s'éloigner d'un critique qui trouvant le christianisme dans le livre de la Sagesse, trois cents ans avant Jésus-Christ, aime mieux dire tout seul , qu'il y a été inséré par une falsification du texte, que de dire avec les saints Pères, et notamment avec saint Gyprien, que c'est un livre prophétique où Jésus-Christ se trouve à même titre que dans Isaïe ou dans Daniel.

Il ne faut point s'étonner de ces singularités , ni des erreurs de nos critiques : subtils grammairiens , et curieux à rechercher les humanités," ils regardent l'Ecriture comme la plus grande matière qui puisse être proposée à leur bel esprit , pour y étaler leurs éruditions : ainsi ils donnent carrière à leur imagination dans un si beau champ : mais en même temps il leur arrive d'ôter à ces Ecritures leurs deux plus grands avantages, dont l'un est l'inspiration, et l'autre est la prophétie des mystères de Jésus-Christ.

6. Grotius nie rinspiration des livres sacrés. — Pour l'inspiration , Grotius est tombé dans cette erreur, de n'en reconnaître que dans les écrits des prophètes qui

f)rédisaient l'avenir :'il distinguait les écrits qui ont été aits par inspiration divine'; « afflatu clivino, c'est-à- » dire , ceux des prophètes ; et par intervalle ceux de » David, interdùm, d'avec ceux qui avaient été faits » par un pieux mouvement ; ino animi motu; sans qu'il » fût besoin qu'ils fussent dictés par le Saint-Esprit : » dictari à Spiritu sancto nihil opiis. » Il mettait dans ce second rang qu'il distinguait des prophètes , tout le reste des Ecritures canoniques , sans en excepter les Evangiles : il ne leur attribue d'autre avantage que d'avoir été composés par ce pieux mouvement , ce qui les met presque parmi les autres ouvrages pieux, « ex- » cepté , dit-il , que l'Eglise des premiers temps les a » trouvés pieusement et fidèlement écrits , et sur des «choses de très-grand poids pour le salut; ce qui, » poursuit-il, les a fait mettre au nombre des Ecritures » canoniques. » Ainsi ces livres sacrés n'étaient canoniques que par l'événement, et par l'approbation postérieure que l'Eglise leur avait donnée ; au lieu que la foi catholique nous enseigne, qu'étant divins par leur origine, l'Eglise ne fait autre chose que d'eu reconnaître et déclarer la divinité.

Ce qu'il y a ici de plus remarquable , c'est que Grotius a enseigné une erreur si capitale dans le livre intitulé : Votum pro pace; c'est-à-dire , dans un de ses livres , où il parait le plus revenu aux sentiments de l'Eglise : ce qui montre que se redressant d'un côté , il retombait de l'autre dans de plus grossières erreurs , comme un homme qui donnait trop dans son sens , et n'avait point de principe fixe.

M. Simon a relevé cette erreur de Grotius 2. qui est aussi celle de Spinosa : savoir, s'il n'en a point pris quelque teinture en divers endroits, et surtout dans celui où il a écrit^ : « Qu'il ne fallait pas prendre au » pied de la lettre ce que disent les rabbins , que Dieu » a dicté de mot à mot le Pentateuque à Moïse ; » il n'est pas temps de l'examiner. Il parait qu'il en veut toujours revenir à ces scribes inspirés de Dieu, qu'il a inventés dans sa Critique du vieux Testament, pour les faire auteurs immédiats des parties du Pentateuque qu'il ne veut pas accorder qui soient écrites par Moïse. On trouve aussi parmi ces mauvaises Critiques, qu'il y a des livres sacrés canoniques par l'événement : erreurs

1. Vol. pro pace art. de can. scrip., loin, iir , p. 072. — 2. His}. cric, du texte du Nouv. Test., ch. xxiit. — 3. Lett. sur Vlnspir., p. 23.

qu'il a soutenues en divers endroits, et qu'il n'a jamais assez clairement rétractées. Mais ce n'est pas ici le lieu de réfuter ces maximes tirées de Grotius ; et il suffit de remarquer, qu'il les avait apprises des sociniens.

7. Autre erreur de Grotius et des sociniens contre les prophéties qui ont prédit J.-C.; M. Simon défend leur erreur. — Il avait encore appris des mêmes docteurs , que les prophéties alléguées dans les Evangiles et par les apôtres , pour prouver que Jésus-Christ était le Messie , étaient des allégories qui n'avaient rien de littéral ni de concluant. M. Simon remarque lui-même ', qu'Episcopius ?ze pouvait souffrir qu'on prît ces prophéties à la lettre , « cela étant , disait-il , contraire au )) bon sens, et même à la pensée de ceux qui se sont » servis les premiers de ces sens mystiques. Ils se sont » contentés, poursuit Episcopius, des miracles et de la » résurrection de Jésus-Christ , pour prouver aux infi- » dèles qu'il était le Messie , ayant proposé ces sortes )) d'interprétations à ceux qui l'avaient déjà reconnu. « Voilà toujours ce bon sens des sociniens qui tend à la subversion des fondements de la religion. Ainsi les anciennes prophéties tant inculquées par Jésus-Christ et par ses apôtres, ne pouvaient convaincre ni les gentils , ni les Juifs , et n'étaient propres qu'à ceux qui avaient déjà confessé la foi.

La remarque de M. Simon est étonnante en ce lieu , puisqu'il ne réfute Episcopius que par ces faibles paroles^ : « Il me semble pourtant qu'une bonne partie » de ces autorités de l'Ancien Testament pouvaient rt aussi faire quelque impression sur l'esprit des Juifs » mêmes qui n'étaient point encore convertis, voyant » que leurs docteurs les appliquaient aussi au Messie. »

C'est tout accorder à Episcopius, que de lui répondre si faiblement. M. Simon ne parle qu'en tremblant : il me semble, dit-il , il n'en sait rien, qu'une bonne partie de ces autorités , dont le Nou\eau Testament est tout plein : il n'ose pas même dire que c'est la plus grande , pouvait faire : ce n'est qu'un peut-être; et pouvait faire, non une forte impression, mais quelque impression. Mais peut-être que ces passages pouvaient faire cette impression , telle quelle , du moins par la force même des paroles : point du tout; c'est à cause que les docteurs juif s , en les appliquant à d'autres, les 07it aussi appliqués au Messie. La belle ressource pour l'Evangile! Toute la force des prophéties produites par les apôtres, consiste à faire peut-être quelque impression sur les Juifs, non par les paroles mêmes des prophéties qu'on leur allègue, mais parce que leurs docteurs leur auront donné un double sens, dont ils en auront appliqué un au Messie, sans être forcés parle texte, et sans qu'il puisse opérer une preuve concluante. Voilà le christianisme que nous laisseront les critiques , si nous en passons par leurs mots; et le fondement des prophéties sur lequel saint Paul a bâti 3, n'aura de fermeté qu'autant qu'il aura plu aux rabbins de lui en donner quand ils l'auront voulu.

Grotius est entré dans le sentiment d'Episcopius , et dès le commencement de son Commentaire sur le Nouveau Testament, Matth., i, 22, il écrit ces mots : « Que » les apôtres n'ont point prétendu combattre les Juifs » par ces prophéties comme par des témoignages qui » prouvent que Jésus-Christ est le Messie : car ils en » allèguent peu de cette nature , contents des miracles » et de la résurrection de Jésus-Christ ; » d'où il conclut que la plupart, et presque tous les passages qu'ils allèguent de l'Ancien Testament, « ne sont pas propre- » ment allégués en preuve et par forme d'arguments , » mais pour appuyer ce qui est déjà cru. »

M. Simon rapporte ce passage de Grotius*, et après lui avoir fait alléguer le consentement des rabbins pour ces sortes d'applications, il ajoute, « que ce principe

1. Hist. crit. des Comm. du .V. T., ch. liv, p. 801; Episcop. in I. Malth., xxiii, p. 8. — 2. Hist. crit. dei Comm. du ^V. T., c/i. l,iv, p. 802. — a. Eph., Il, 20. — 4. Hist. crit., p. 808.

INSTRUCTIONS SUPx LA VEPxSION DU NOUVEAU TESTAMENT.

» lui o>l commun a\oc les plus dootos IVmvs, ot quo » c"i«>t la seule \oie do répondre solidemoiil aux objec- ■ lions dos Juifs. »

Il me semble quo j'entends encore ces faibles paroles de Fausle Socin, sur les prophéties : « Il y en a, dit-il ', » oiELoi ES-iNKS dans losquollos il est parlé Assi:/. • CLviRKMKNT do Jésus do Nazaroth : «c'est là que Grolius prenait cf petit nombre do prophctics dont il a parlé, et la faiblesse qu il allribue à celle sorte do pn'u\es. Mais c'est combattre directement l'Ecriture sainlo. Los apôtres qui alléguaient les prophéties on témoignage de Jésus-Christ, ne les donnaient pas comme de simples confirmations d'une doctrine déjà reçue. Je ne sais où l'on a pris ce sentiment ; puisquau contraire ils les adressaient aux Juifs les plus incrédules, et appelaient ces témoignages, des preuves, des convictions, dts démonstrations qui cous raient de confusion les contredisants, justpià leur ôter toute réplique. Des témoiiînagos si démonstratifs étaient répandus dans les paroles dts prophètes qui se lisent dans tous les sabbats , Act., XIII. il. Quand Grotius réduit cette preuve contre les juifs incrédules à un petit nombre de témoignages, il oublie ijue saint Paul les en accablait en passant le jour entier, depuis le matin jusqu'au soir, à établir Jésus- Christ par Moise et par les prophètes , Act., xxviii, 23, a\ec une si pleine démonstration, qu'il ne restait à l'apotre quo l'étonnement du prodigieux endurcissement et aveuglement de ce peuple : ibid., 27, 28. Voilà ce pttit nombre de prophéties que Grotius veut bien laisser à Jésus-Christ, sans songer au long entretien où Jésus-Christ en personne , en commençant par Moïse et par tous les prophètes, montrait à ses deux disciples, non une simple ignorance , mais leur pesanteur et leur folie, comme à des gens qui n'entendaient pas une \érité manifeste dont toute l'Ecriture rendait témoignage : Luc, XXIV, 2.5, 27. Qu'il me soil permis à mon tour de m'étonner de l'aveuglement de ceux qui ne laissent à Jésus-Christ et à ses apôtres qu'un petit nombre de témoignages, et qui semblent vouloir leur reprocher le long temps qu'ils ont employé à les faire valoir, comme devant accabler les infidèles.

Mais, dit-on, ils étaient contents de la résurrection et des miracles de Jésus-Christ- : comment? puisque saint Pierre, plein du Saint-Esprit qu'il venait de recevoir, établit la preuve de la résurrection par David et par les prophètes'; et que le même saint Pierre alléguant l'insigne miracle de la transfiguration et de la voix entendue du ciel*, ne laisse pas d'alléguer comme plus ferme la parole des prophètes : Jésus-Christ môme, après avoir confirmé sa mission par ses miracles , conclut sa preuve par ces mots : Approfondissez les Ecritures et le témoi'jnaf/e qu'elles me rendent, Joan., v, .■i9, faisant partout marcher ensemble ce que maintenant on |>eul séparer, les miracles et les orophètes.

Où a-t-on pris cette pn'tention , fie faire dépondre la force des propInHies du consentement des rabbins , f[ue ni Jésuâ-Christ, ni les apôtres n'ont pas allégué une seule fois, ne disant rien, comme l'assure saint Paul, hors ce qui est écrit dans la loi et dans les prophètes; cl n'ayant bes^^in d'autre preuve sur toutes les (jucstions qu'on pf^uvait faire sur le Christ : s'il devait être sujet aux souffrances, et celui qui le premier de tous les h nrcrait la vérité aux rjcntils , après être

»• morts, Act., xxvi, 22, 2.'i.

Je 5di.n. car (jui ne le sait pas? qu'il y avait parmi les Juifs une tradition du vrai .s<;ns des prophéties, comme on le voit par la ré[)onse de la Synagogue aux Mages sur la nain^nrc de Jésu-i-Christ à P.ethlélicm , Matth., II. l, .■>, 6 mai-" r'étail une tradition non d'un double sens d»^ ';s , ou de l'ajjitlication quo les doc-

loura en I.;. «. ..: ; main de ré\i(lencc de ces anciennes prédiclioat, comme il parait par l'expression de celle-ci,

1. /«/. ThfOl., /•• P., In Vrttr — 2. Ac<., II. 21. 2.^, 32. —

qui n'a rien au-dessus de tant d'autres qui sont rapportées. El maintenant on y renonce, pour faire valoir partout des doubles sens, qui anéantissent la preuve, et l'aire dopondro la foi d'une érudition rabbinique. Je dis, l'en faire dépondre dans son fond, et non pas la faire servir à un simple éclaircissement, comme ont fait les Pères et les autres bons interprètes.

8. Les Pères mal allégués par M. Simon en faveur de Grotius : démonstrations du contraire par trois preuves, dont la première est tirée des anciennes apologies de la religion chrétienne. — M. Simon a osé citer les Pères on faveur de l'opinion de Grotius , sans néanmoins en nommer un seul : qu'il me soit permis entre un nombre infini , d'en rapporter quelques-uns des premiers et des plus anciens ; afin qu'on voie mieux dans quelle foi l'Eglise a été nourrie dès son origine , et combien les nouveaux critiques en sont éloignés.

Lorsque les païens lui objectaient qu'elle croyait sans raison , saint Justin répondait pour elle au sénat et à tout l'empire ' : « Ce n'est pas croire sans raison , que » de croire ceux qui n'ont pas dit simplement, mais » qui ont prédit les choses que nous croyons, longtemps » avant qu'elles fussent arrivées : » ce qui était, selon lui, non-seulement une preuve, mais encore, pour me servir de ses propres termes, bien opposés au nouveau langage de Grotius, « la plus grande et la plus forte de » toutes les preuves, et une véritable démonstration, » comme ce saint martyr l'appelle ailleurs.

C'est ainsi que parlait l'Eglise dans ces fameuses Apologies qu'elle publiait au nom du corps, et apparemment par députation expresse aux empereurs, au sénat et aux gentils.

Elle parlait de même aux Juifs , et si elle se servait quelquefois du témoignage des rabbins , car aussi ne faut-il pas rejeter cette sorte de preuve , à cause de son rapport avec la Tradition, ce n'était pas pour en conclure , que les preuves tirées du texte , fussent faibles ou ambiguës, car saint Justin les faisait valoir sans ce secours^; et l'avantage qu'il en tirait, c'est d'avoir convaincu les Juifs, non-seulement par démonstration , ce qu'il attribue aux prophéties , mais encore par leur propre consentement^, ce qui convient aux passages des rabbins : |j.eTà àTvoJeî^ew; x.al au-^jcaTaôe'aeuç , qui est aussi précisément ce que nous disons.

Terlullien, un autre fameux défenseur de la religion chrétienne , dans l'Apologie qu'il en adresse au sénat et aux autres chefs de l'emfjire romain^, exclut, comme saint Justin, tout soupçon de légèreté de la croyance des chrétiens , « à cause , dit-il , qu'elle est fondée sur les » anciens monuments de la religion juda'i'que. » Que cotte preuve fût démonstrative, il le conclut en ces termes'' : « Ceux qui écouteront ces prophéties trouve- » ront Dieu ; ceux qui prendront soin de les entendre » seront forcés de les croire : Qui studuerint inteliigere, » cogcntur et credere. » Ce n'est pas ici une conjecture, mais une preuve qui force : cogitur : ce qu'il confirme en disant ailleurs*' : « Nous pouvons tout par dates, » par les marques qui ont précédé , par les eff'ets qui » ont suivi : tout est accompli, tout est clair : » ce ne sont pas des allégories ni des ambiguïtés : ce n'est pas un petit nombre de passages; c'est une suite de choses et de prédictions ([ui démontrent la vérité.

Origènc dans son livre contre Celse'', qui est une autre excellente apologie de la religion , ajoute aux preuves des autres ses propres disputes, où il a fermé la bouche aux contredisants, et il ré|)on(l pied à |)ied aux subterfuges des Juifs, qui détournaient à d'autres nersonnes les prophéties que les chnîliens appliquaient a Jésus-Christ. Pour nous, c«nclut-il>*, « nous |)rouvons, » nous démontrons que celui en qui nous croyons a été » jirédit; et ni Cel.se, ni les gentils, ni les Juifs, ni

1. Apol., 2. — 2. JusC, Di'il adv. Tnjph., f- 376, etc. — :i Idem, p. 3.'i2. — 4. Ajiol. Tert., — 5. Idum, — 0. Adv. ./ud., VIII, p. 1C4. — 7. LU,. ï,p. 38, 42, 4.% 78, 80, eU:.; Lih. m, p. 127. — «. lAh. \i,p. W.

DISSERTATION SUR GROTTUS,

)) toutes les autres sectes n'ont rien à répondre à coite » preuve. »

9. Seconde preuve tirée des anciennes confessions de foi : celle de saint Irénée , celle de Nicée ; décision expresse des 'papes , et des conciles généraux contre Théodore de Mopsueste. — Saint Irénée , dont on sait l'antiquité, n'a point fait d'apologie pour la religion : mais il nous fournit une autre preuve de la croyance commune de tous les fidèles , dans la confession de foi qu'il met à la tète de son livre des Hérésies, où nous trouvons ces paroles ' : « La foi de l'Eglise dispersée par toute la » terre , est de croire en un seul Dieu Père tout-puis- » sant , et en un seul Jésus-Christ fils de Dieu incarné » pour notre salut, et en un seul Saint-Esprit qui a pré- » dit par les prophètes toutes les dispositions de Dieu, et » l'avéneraent, la nativité, la passion, la résurrection, » l'ascension , et la descente future de Jésus-Christ » pour accomplir toutes choses. « Les prédictions des prophètes et leur accomplissement entrent donc dans la profession de foi de l'Eglise , et le caractère par où l'on désigne la troisième personne divine, c'est de les avoir inspirées. C'était un style de l'Eglise, qui parut dès le temps d'Athénagoras , le plus ancien des apologistes de la religion chrétienne.

C'est aussi ce qu'on a suivi dans tous les conciles. On y a toujours caractérisé le Saint-Esprit, en l'appelant ÏEsprit prophétique , où comme parle le Symbole de Nicée, expliqué à Constantinople dans le second concile général , ÏEsprit qui a parlé par les prophètes. L'intention est de faire voir qu'il a parlé de Jésus-Christ, et que la foi du Fils de Dieu qu'on exposait dans le Symbole , était la foi des prophètes , comme celle des apôtres.

Théodore de Mopsueste ayant détourné les prophéties en un autre sens , comme si celui où elles étaient appliquées à la personne et à l'histoire de Jésus-Christ était impropre, ambigu, et peu littéral, mais au contraire attribué au Sauveur du monde par l'événement seulement, sans que ce fût le dessein de Dieu de les consacrer et approprier directement à son Fils, scandalisa toute l'Eglise , et fut frappé d'analhème, comme impie et blasphémateur; premièrement par le pape Vigile, et ensuite par le Ve concile général ^ ; de sorte qu'on ne peut douter que la foi de la certitude des prophéties et de la détermination de leur vrai sens à Jésus-Christ , selon l'intention directe et primitive du Saint-Esprit, ne soit la foi de toute l'Eglise catholique; et c'est en peu de mots la seconde preuve que nous avions promise.

10. Troisième sorte de démonstration tirée des preuves des Pères pour la conformité des deux Testaments. — Cette foi parait en troisième lieu dans la preuve, dont on a soutenu contre Marcion et contre les autres hérétiques, l'authenticité de l'Ancien Testament. Dès l'origine du christianisme , saint Irénée les confondait par les prophéties de Jésus-Christ , qu'on y trouvait dans tous les livres qui composaient l'ancienne alliance^ : il faisait consister sa preuve , en ce que « ce n'était point » par hasard que tant de prophètes avaient concouru à » prédire de Jésus-Christ les mêmes choses : encore » moins que ses prédictions se fussent accomplies en sa «personne; n'y ayant, dit-il, aucun des anciens , ni » aucun des rois, ni aucun autre que Notre Seigneur, » à qui elles soient arrivées. »

On sait qu'Origène et Tertullien ont employé la môme preuve; mais il ne faut pas oublier que le dernier nous fait voir la source de la doctrine d'Episcopius et de Grotius dans l'hérésie de Marcion. Les marcionites soutenaient'* que la mission de Jésus-Christ ne se prouvait que par ses miracles; c'est pourquoi Tertullien leur adressait ces paroles : « Fer documenta virtutum : quas » salas ad fidem Christo tuo vindicas. Vous ne voulez ,

1. Iren.. lib. 1,2. — 2.'Const. Vi;/., tom. v. Conc, p. 337, edic. Labb. in Extraclis Theod. cap. 21, 22, 23, et seq. Conc. v. Ibid., coll. IV. in Extractis Théo. 20, 21, 22 et seq. — 3. Iren., lib. iv, 67. —4. Contr. Marc, m. 3.

» dit-il, que les miracles pour établir la foi de votre » Christ. » Mais ce grave auteur leur démontre qu'il fallait que le vrai Christ fût annoncé par les ministres de son Père dans l'Ancien Testament et que les prédictions en prouvaient la mission plus que les miracles , qui sans cela pourraient passer pour des illusions et pour des prestiges*.

W. Les marcionites , premiers auteurs d'Episcopius et de Grotius. — Voilà donc par Tertullien deux véiités importantes , qu'il faut ajouter à celles que nous avons vues : l'une , que les marcionites sont les précurseurs des sociniens et des socinianisans , dans le dessein de réduire aux seuls miracles la preuve de la mission de Jésus-Christ ; la seconde, que bien éloigné de la réduire aux miracles, à l'exclusion des prédictions, Tertullien estime au contraire que la preuve des prophéties est celle qui est le plus au-dessus de tout soupçon.

'12. Extrême opposition entre Grotius et les premiers chrétiens. — De cette sorte on voit clairement, qu'il n'y a rien de si opposé que l'esprit des premiers chrétiens", et celui de nos critiques modernes. Ceux-ci soutiennent que les passages dont se sont servis les apôtres, sont allégués par forme d'allégorie ; ceux-là les allèguent par forme de démonstration : ceux-ci disent, que les apôtres n'ont employé ces passages que pour confirmer ceux qui croyaient déjà; ceux-là les emploient à convaincre les Juifs, les gentils, les hérétiques, et en un mot ce qu'il y avait de plus incrédule : ceux-ci ôtent la force de preuve aux prophéties; ceux-là disent qu'ils n'en ont point de plus forte : ceux-ci ne travaillent qu'à trouver dans les prophéties un double sens , qui donne moyen aux infidèles et aux libertins de les éluder; et ceux-là ne travaillaient qu'à leur faire voir que la plus grande partie convenait uniquement à Jésus-Christ : ceux-ci tâchent de réduire toute la preuve aux miracles; ceuxlà en joignant l'une et l'autre preuve, trouvaient avec les apôtres quelque chose d'encore plus fort dans les prophéties : d'autant plus qu'elles étaient elles-mêmes un miracle toujours subsistant, n'y ayant point, dit Origène^, un pareil prodige, que celui de voir Moïse et les prophètes , prédire de si loin un si grand détail de ce qui est arrivé à la fin des temps.

13. Conclusion des Remarques sur les prophéties. — Si je voulais joindre seulement aux Pères des trois premiers siècles, ceux du quatrième et du cinquième, pour' ne point parler des autres, j'en composerais un volume ; on serait étonné de voir en faveur de la preuve des prophéties, les démonstrations de saint Athanase, de saint Chrysostome, de saint Hilaire, de saint Ambroise, de saint Augustin , et des autres d'une semblable autorité. Cependant si on en croit les nouveaux cri tiques , les sociniens et Grotius l'emporteront sur eux tous. L'aveuglement de cet auteur sur les prophéties est d'autant plus surprenant, qu'il les avait établies dans son livre de la vraie Religion; les recherches du savoir rabbinique l'ont emporté, et il a mieux aimé réfuter lui-même le plus net et le plus utile de ses ouvrages , que de ne pas étaler ces éruditions.

16. Grotius ouvertement semi-pélagien accuse saint Augustin d'être novateur, et lui oppose les Pères qui l'ont précédé, l'Eglise grecque et lui-même avant ses disputes contre Pelage. — Passons aux autres endroits par où Grotius est répréhensible. Il n'y a aucune erreur qu'il favorise plus hautement que le seini-pélagianisme : c'est ce qui le rend ennemi si déclaré de saint Augustin, duquel il appelle à l'Eglise d'Orient et aux Pères qui ont précédé ce saint docteur, comme s'il y avait entre eux et saint Augustin , que toute l'Eglise a suivi , une guerre irréconciliable. Mais de peur qu'on no croie que je lui impose, il faut entendre comme il parle dans son Histoire de Belgique, sur l'an 1608, des disputes de Gomar et d'Arminius, dont le dernier, suivi par Grotius, a relevé parmi les calvinistes, l'hérésie semi-pélagieniie.

Page 1