Canif. Marc, m. 3. — 2. Orig. contr. Cels , lib. i
INSTRUCTIONS SUR LA VERSION DU NOUVEAU TESTAMENT
tV'i
« Coux, dit-il', qui ont lu los iixres des anoions. tion-
• nent pour constant . que les premiers chrétiens attri- » huaient une puissance libre à la volonté de l'iiomnio , » Unt i>our conser\er la \ertu, que pour la perdre;
• d\'u \enait aussi la justice des récompenses el des » peines. Ils ne laissiiient pourtant pas do tout rapporter . a la bonté di\ine. dont la libéralité avait jeté dans nos
cœurs la semence salutaire . et dont le secours parli-
• culier nous était nécessaire , parmi nos périls. Saint
• \u"uslin fut le premiur qui depuis qu'il fût engagé .dans le combat a\ec les pélagiens (car auparavant il » a\ail été d'un autre avis] poussa les choses si loin par » l'ardeur quil avait dans la dispute , qu'il ne laissa que
• LK NOM de la liberté, en la faisant prévenir par les
> décrets divins qui semblaient en ôter toute la force. » On voit en passant la calomnie qu'il a faite à saint Augustin, doter la force de la hberté et de n'en laisser que le nom : et ce qu'il faut ici observer, c'est que , selon Grotius, saint Augustin est le novateur : en s'éloignant du sentiment des'anciens Pères, il s'éloigna des siens propres , et n'entra dans ces nouvelles pensées, que lorsqu'il fut engagé à combattre les pélagiens : ainsi les sentiments naturels, qui étaient aussi les plus anciens, sont ceux que saint Augustin suivit d'abord : c'est ce que dit Grotius , el c'est l'idée qu'il donne de ce Père.
Que si vous lui demandez ce qu'est devenue l'ancienne doctrine , qu'il prétend que saint Augustin a abandonnée , et où s'en est conservé le sacré dépôt , il va le chercher chez les Grecs, dans les semi-pélagiens. Pour les Grecs, voici les paroles qui suivent immédiatement celles qu'on a lues : « L'ancienne et la plus simple opi-
> nion se conserva , dit-il , dans la Grèce et dans l'Asie. » Pour les semi-pélagiens, le grand nom, poursuit-il, » de saint .\ugustin , lui attira plusieurs sectateurs dans
> l'Occident . où néanmoins il se trouva des contradic-
> leurs du côté de la Gaule. » On connaît ces contradicteurs : ce furent les prêtres de Marseille et quelques autres vers la Provence, c'est-à-dire, comme on en convient . ceux qu'on appelle semi-pélagiens, ou les restes de l'hérésie de Pelage. Ce fut Cassien , ce fut Fauste de Riez. Tels sont les contradicteurs de saint Augustin dans les Gaules, pendant que tout le reste de l'Eglise suivait sa doctrine; c'est en cela que s'est conservée l'ancienne et saine tradition : elle s'est, dis-je, conservée dans les adversaires de saint Augustin, que l'Eglise a condamni'S par tant de sentences.
15. Arminius est la source de ces erreurs : M. Simon les suit tous deux dans le semi-pélagianisme , et dans son opposition à saint Augustin. — Que Grotius l'ait dit ainsi il n'v a pas tant à s'en étonner. Arminius, le restaurateur du^emi-pélagianisme parmi les protestants, lui en avait montré le chemin , et M. Simon en rapporte les sentiments en ces termes* : « A l'égard de saint Au- » orii«tin. il dit qu'il i^ pouvait faire tjue les jjremiers nts de ce Père eussent été [)lus droits dans les
»i .icements, parce qu'il examinait la chose en
» elU'-méme, el sans préjugés; au lieu que dans la suite » il n'eut pas la m<^me liberté, s'en étant plutôt rapporté » au jugement des autres, qu'au sien pro[)re. » Ainsi l'esprit qu'on prenait dans l'arminianismo, était celui de préférer les premiers sentiments fie saint Augustin à ceux qu'il a pris depuis en examinant les matières avec pluH de soin et d'attention.
l^i*ions donc suivre à Grotius les idées de son maî- Ire : laiv^>ns faire un plan de semi-pélagianisme à un protestant arminien qui était aussi socinien en tant de chefs: la erandt- plaie de l'Kgli.sc, c'est qu'il ait été suivi '! ir tant de nouveaux criti(pies.
1 K-iir tète dans son Histoire critique /Ut rommfrntat'Mrs du Nouveau Testament; il se déclare d'abord, ot commence (U'a sa préface à faire le procès dan.H les formes à saml Augustin par les règles .sévères
1 UUt Helii.,lib. XVII, p. Vil, — 2. iiiti, dei Comm.du Nounou Testament , p. TW.
do Vincent de Lérins, « qui , dit-il ', rejette ceux qui » forgent de nouveaux sens , et ne suivent point pour » leur règle les interprétations reçues dans l'Eglise de- » puis les apôtres. D'où il conclut : que sur ce pied-là » on préférera le commun consentement des anciens » docteurs, aux opinions particulières de saint Augustin » sur le libre arbitre, sur la prédestination et sur la )> grâce. »
C'est en vain qu'il ajoute après 2, qu'il ne prétend pas condamner les nouvelles interprétations de saint Augustin. Il l'a condamné par avance en l'accusant d'être novateur, et d'avoir rejeté les explications reçues depuis les apôtres. Il poursuit cette accusation en toute rigueur dans le cours du livre. Tout est plein dans ce grand volume des nouveautés prétendues de saint Augustin ; et ce qu'il y a de plus étrange, c'est qu'il ne les attribue à ce Père que dans les livres où il se déclare contre les semi-pélagiens. « Auparavant , dit-il ^, il était dans les » sentiments communs ; il n'avait point de sentiments » particuliers : et pour tout dire en un mot , c'est en » vain, conclut cet auteur*, qu'on accuse ceux à qui » l'on a donné le nom de semi-pélagiens, d'avoir suivi )) les sentiments d'Origène, puisqu'ils n'ont rien avancé » qui ne se trouve dans ces paroles de saint Augustin : » (qu'il venait de rapporter, de l'exposition de ce Père » sur l'épître aux Romains) : lequel convenait alors » avec les autres docteurs de l'Eglise. Il est vrai qu'il )) s'est rétracté : mais l'autorité d'un seul Père , qui » abandonnait son ancienne croyance , n'était pas ca- » pable de les faire changer de sentiment. »
Je n'ai pas besoin de relever le manifeste semi-pélagianisme de ces paroles ; il saute aux yeux. Le sentiment que ce saint docteur soutint dans ses derniers livres, a tous les caractères d'erreur : c'est le sentiment d'un seid Père , c'est un sentiment nouveau : en le suivant , saint Augustin abandonnait sa propre croyance , et celle que les anciens lui avaient laissée ; on voit donc dans ses derniers sentiments, les deux marques qui caractérisent l'erreur : la singularité et la nouveauté.
Si ceux que l'on a nommés semi-pélagiens n'ont rien avancé que ce qu'a dit saint Augustin , lorsqu'il convenait avec les anciens docteurs de l'Eglise, ils ont donc raison. Et ce à quoi il s'en faut tenir dans les sentiments de ce Père , c'est ce qu'il a rétracté : puisque c'est le sentiment où l'on tombait naturellement par la tradition de l'Eglise.
C'est ce que M. Simon a pris de Grotius : il en a pris ce beau système de doctrine qui commet les Grecs avec les Latins, les premiers chrétiens avec leurs successeurs, saint Augustin avec lui-même : où l'on préfère les sentiments ([ue le même saint Augustin a corrigés dans le progrès de ses études, à ceux qu'il a défendus juscpi'à la mort; et les restes des pélagiens à toute l'Eglise catholique.
Cette doctrine va plus loin qu'on ne pourrait penser d'abord : il n'y a plus de tradition , si saint Augustin a changé celle qui était venue dès les premiers siècles jusqu'à lui. M. Simon est forcé à reconnaître que la plupart des inlerprèlcs latins ont suivi ce Père'"', qui a été le docteur des Eglises d'Occident : pour conclure ciue ce docteur des Eglises, la lumière de tout l'Occiaent, celui dont tant de conciles ont consulté la sagesse et consacré la doctrine, après tout, est un novateur.
IG. Ignorance de Grotius et de ses sectateurs sur les progrés de saint Augustin. — Quoi(iu'il no soit pas du dessein do cet ouvrage de réfuter ces illusions, et qu'il me suflise de montrer ce que l'Eglise a à craindre des écrits de Grotius et des faux criti(|ues (]iii l'adorent, je ne crois |)as qu'il me soit permis de raconter tant d'erreurs sans donner du moins des principes qui servent aux infirmes de préservatif contre un venin si dange-
1. IIiHl. des Commentai., Préf. — 2. Idem. — 3. Jhid.y eh. xvir, ji. '■i.'oi, 2'>i. — 4. lOid., ch. xvii, p. 255. — 5. Préf. de la d'il, des Comrix. , etc.
DISSERTATION SUR GROTIUS
reux. Voici donc à quoi je me réduis. C'est une ignorance à Grotius et à tous ceux qui accusent saint Augustin de n'avoir avancé que dans la chaleur de la dispute ces sentiments qu'ils reprennent de nouveauté. Car il n'y a rien de si constant que ce qu'il a remarqué luimême de ses livres à Simplicien, successeur de saint Ambroise dans le siège de Milan, qu'encore qu'il les ait écrits au commencement de son épiscopat, quinze ans avant qu'il y eût des pélagiens au monde , il y avait enseigné pleinement et sans avoir rien depuis à y ajouter dans le fond , la même doctrine de la grâce qu'il soutenait durant la dispute , et dans ses derniers écrits '.
C'est ce qu'il écrit dans le livre de la Prédestination des saints , et dans celui du Bien de la persévérance , où il montre la même chose du livre de ses Confessions , « qu'il a publiées, dit-il^ , avant la naissance de l'hé- » résie pélagienne ; et toutefois , poursuit-il , on y trou- » vera une pleine reconnaissance de toute la doctrine )) de la grâce dans ces paroles que Pelage ne pouvait » souffrir : Ba qiiod jubés , et jubé quod vis : donnez- » moi vous-même ce que vous me commandez ; et com- >) mandez-moi ce qui vous plait^. » Ce n'était pas la dispute , mais la seule foi qui lui avait inspiré cette prière. Il la faisait, il la répétait, il l'inculquait dans ses Confessions , comme on vient de voir par lui-même , avant que Pelage eût paru, et il avait si bien expliqué dans ce même livre tout ce qui était nécessaire pour entendre la gratuité de la grâce, la prédestination des saints , et le don de la persévérance en particulier, que lui-même il a reconnu dans le môme lieu qu'on vient de citer, qu'il ne lui restait qu'à défendre avec plus de netteté et d'étendue : copiosius , et enucleatius , ce qu'il en avait enseigné dès lors.
On voit par là combien Grotius impose à ce Père, lorsqu'il lui fait changer ses sentiments sur la grâce, depuis qu'il fût aux mains avec les pélagiens , et que l'ardeur de cette dispute l'eût emporté à certains excès. Il en est démenti par un fait constant , et par la seule lecture des ouvrages de saint Augustin , et on voit par le progrès de ses connaissances , que s'il a changé , il n'en taut point chercher d'autre raison que celle qu'il a marquée, qui est , que d'abord il n'avait i^as bien examiné la matière : nondum diligentius quœsiveram '' : et il le faut d'autant plus croire sur sa propre déposition, qu'il y a été plus attentif, et qu'il tient toujours constamment le même langage.
C'est à Grotius et aux autres une injustice criante . que de chercher à saint Augustin un sujet de reproche dans le progrès de ses travaux, comme s'il fallait nécessairement que les secondes pensées fussent toujours les plus mauvaises, et qu'il fallût envier aux hommes le bonheur de profiter en étudiant.
Baronius et les autres catholiques ont cru au contraire qu'il n'y avait rien qui conciliât tant d'autorité à saint Augustin sur la matière de la grâce , que son attachement à l'étudier, les prières continuelles qu'il employait à la bien entendre, et sa profonde humilité à confesser ses fautes. Et voilà dans l'esprit des catholiques ce qui l'a mis au-dessus de tous les autres docteurs : bien éloigné que son autorité ait pu être diminuée par ces heureux changements.
M. L'autorité de saint Augustin en cette matière clairement et savamment démontrée par le Père Garnier, professeur en théologie dans le collège des Jésuites de Paris. — C'est ce qu'un savant Jésuite de nos jours aurait appris à M. Simon , s'il avait voulu l'exécuter, lorsqu'en parlant des grands hommes qui ont écrit contre les pélagiens, il commence par le plus âgé qui est saint Jérôme. « Il leur a, dit-il^, fait la guerre comme font » les vieux capitaines qui combattent par leur réputa- ))tion, plutôt que par leurs mains. Mais, poursuit ce
1. Lib. de prœd. Ss. cap. iv; de bon. pers., 20, 21. — 2. De bon. pers., XX, n. 53. — 3. Conf., x. 29, 31, 37. — 4. Retract , i, ii, m, de préd. Ss. m, n. 7. — 5. In Mercat., t. i. Diss. vi , cap. u. init.
» savant religieux, ce fut saint Augustin qui soutint » tout le combat, et le pape saint Hormisdas a parlé >■> de lui avec autant de vénération que de prudence , » lorsqu'il a dit ces paroles : on peut savoir ce qu'enseigne l'Eglise romaine, c'est-à-dire, l'Eglise catholique, sur le libre arbitre et la grâce de Dieu dans les divers ouvrages de saint Augustin, principalement dans ceux qu'il a adressés à Prosper et à Hilaire. Ces livres , où les ennemis de saint Augustin trouvent le plus à reprendre, sont ceux qui sont déclarés les plus corrects par ce grand pape : d'où cet habile Jésuite conclut , « qu'à la vérité on peut apprendre certainement de ce » seul Père ce que la colonne delà vérité, ce que la » bouche du Saint-Esprit enseigne sur cette matière , » mais qu'il faut choisir ses ouvrages et s'attacher aux » derniers plus qu'à tous les autres. Et encore que la » première partie de la sentence de ce saint pape em- » porte une recommandation de la doctrine de saint )) Augustin qui ne pouvait être ni plus courte , ni plus » pleine ; la seconde contient un avis entièrement néces- » saire , puisqu'elle marque les endroits de ce saint doc- » teur où il se faut le plus appliquer, pour ne s'éloigner » pas d'un si grand maître , ni de la règle du dogme » catholique. » "Voilà dans un savant professeur du collège des Jésuites de Paris , un sentiment sur saint Augustin bien plus digne d'être écouté de M. Simon , que celui de Grotius. Mais pour ne rien oublier, ce docte Jésuite ajoute : « Qu'encore que saint Augustin soit « parvenu à une si parfaite intelligence des mystères de » la grâce , que personne ne l'a peut-être égalé depuis «les apôtres, il n'est pourtant pas arrivé d'abord à » cette perfection ; mais il a surmonté peu à peu les » difQcultés , selon que la divine lumière se répandait » dans son esprit : c'est pourquoi , continue ce savant » auteur, saint Augustin a prescrit lui-même à ceux qui « liraient ses écrits , de profiter avec lui , et de faire les » mêmes pas qu'il a faits dans la recherche de la vérité : » et quand je me suis appliqué à approfondir les ques- » tions de la grâce , j'ai fait un examen exact des livres » de ce Père et du temps où ils ont été composés , afin » de suivre pas à pas le guide que l'Eglise m'a donné, et » de tirer la connaissance de la vérité, de la source » très-pure qu'elle me montrait. »
Ce fut donc pour ces raisons que l'Eglise se reposa comme d'un commun accord sur saint Augustin , de l'affaire la plus importante , qu'elle ait peut-être jamais eue à démêler avec la sagesse humaine : à quoi il faut ajouter, « qu'il était le plus pénétrant de tous les hom- » mes, à découvrir les secrets et les conséquences d'une » erreur ' » : je me sers encore ici des paroles du savant Jésuite dont je viens de rapporter les sentiments; en sorte que l'hérésie pélagienne étant parvenue au dernier degré de subtilité et de malice où pût aller une raison dépra\ée, on ne trouva rien de meilleur que de la laisser combattre à saint Augustin pendant vingt ans.
18. Les oppositions que Grotius veut établir entre les Grecs et les Latins, et entre saint Augustin et les Pères ses prédécesseurs , sont détruites par des faits et des autorités certaines. — Durant ces fameux combats , le nom de saint Augustin n'était pas moins célèbre en Orient qu'en Occident : il serait trop long d'en rapporter ici les preuves, je me contente de dire qu'on acquérait de l'autorité en défendant sa doctrine : de là viennent ces paroles de saint Fulgence , évêque de Ruspe, dans le livre où il explique si bien la doctrine de la prédestination et de la grâce : « J'ai inséré, disait-il 2, » dans cet écrit quelques passages des livres de saint » Augustin , et des réponses de Prosper, afin que vous » entendiez ce qu'il faut penser de la prédestination des » saints et des méchants, et qu'il paraisse tout ensemble » que mes sentiments sont les mômes que ceux de saint )) Augustin. » Ainsi les disciples do saint Augustin
1. Oarti. diss, vu, c<ip. m, § m. — 2. Lib. i. ad Monitn., ch.
INSTRUCTION ï^ SLK LA VERSION DU NOUVEAU TESTAMENT.
étaient les niallros du moiulo. C'ost pour r;I\oir si bien défendu, que saint ProsjH>r est mis en co rang par saint Fulijence : mais pour la même raison saint Fulgonoo reçoit bientôt le même honneur : car c'est pour s'ètro attaché à saint Aui:ustin et à saint Prosper, qu'il a été si célèbre parmi les préilicateurs de la grâce : ses réponses étaient respectées de tous les fidèles' ; quand il revint de l'exil qu il avait souirert pour la foi de la Trinité , « toute l'Afrique crut voir en lui un autre Au- » gustin, et chaque Eglise le recevait comme son propre » pasteur. »
Personne ne contestera qu'on n'honorât en lui son attachement à suivre saint Augustin, principalement sur la matière de la grâce : il s'en expliquait dans leli\re de la Vérité de la Prédestination-; et il déclarait en môme temps, que ce qui l'attachait à ce Père, c'est que luimême il a\ait suivi les Pères ses prédécesseurs. « Celte D doctrine . dit-il . est celle que les saints Pères grecs B et latins ont toujours tenue par l'infusion du Saint- » Esprit, a\ec un consentement unanime, et c'est pour » la soutenir que saint Augustin a travaillé plus qu'eux i> tous. » Ainsi on ne connaissait alors ni ces prétendues innovations de saint .\ugustin , ni ces guerres imaginaires entre les Grecs et les Latins, que Grolius et ses sectiiteurs tâchent d'introduire à la honte du christianisme. On croyait que saint Augustin avait tout concilié ; et tout l'honneur qu'on lui faisait , c'était d'avoir travaillt plus que tous les autres , parce que la divine Providence l'avait fait naître dans un temps où l'Eglise avait plus de besoin de son travail.
.•Mn^i le système de Grotius contre saint Augustin et contre la grâce, tombe dans toutes ses parties, et j'ajoute qu'il ne parait pas qu'il y ait jamais apporté aucun correctif.
<y. Profjrés étonnants de Grotius dans la doctrine catholi'iue : et sa démonstration, pour convaincre les Protestante de calomnie contre le pape , dont ils faisaient l'Antechràit. — .\u milieu de tant d'erreurs particulières où on le voit persister, il n'est pas croyable combien Grotius so fortifiait contres les erreurs communes des cahinistes et des protestants. Les plus savants de la secte ne pouvaient souffrir les odieuses interprétations des ministres, ou ils soutenaient que le pape était l'Anlechrisl. Mais Grotius eut le courage de leur opposer ce raisonnement : Celui-là n'est pas l'Antéchrist qui n'enseigne rien contre la doctrine de Jésus-Christ : celte majeure est incontestable. Or, est-il, reprenait Grotius, nue le pape n'enseigne rien de contraire à la doctrine de Jésus-Christ : c'est ce qu'il prouvait en parcourant tous les [)oints de la doctrine de l'Eglise romaine, et démontrant article par article ([u'il n'y en avait aucun qui fût contraire à la doctrine de .Jésus-Christ. Donc le pape n'est pas l'Antéchrist. La conséquenccélait claire, et c'était une pleine et parfaite démonstration.
Il démontra en même temps avec une pareille évidnr toutes les accusations d'idolâtrie que le parti pr intentait à l'Eglise romaine, n'avaient pas m«Mne i apparence. Il entra dans une longue et belle di.spuie avec le ministre Kivet . cl il justifia l'Eglise romame, et l'aulorilé de ses traditions jiar tant de témoigna j(»h de ■ ■ .ro, et de la plus pure antiquité, (pi'il n'y avait p . ^ ■n de lui résister. Il a persisté dans ce »«*nlimenl , et n'a pas cessé un moment de continuer cette prouve jus<pi'a la fin de sa vie dans les livres qui ont f»o»r litre : Uéfensea contre liivet ; Dissertation de C" : Vifii p'iur la paix ; et autres de mémo sujet. ^ ■'■♦. uue pour ellaccr par un .seul trait tout ce fju d avait mAlé de w»cinien dan.s ses Commentaires', il dëclara n»'" - • quil tenait sur la Trinité et sur l'incarnation Clih-t, tout ce qu'en croyait l'Eglise T"' ■ I ' fuveriiléde Paris; en i\[i\ réparait parfai- It; Jtcs le-» fautci ou il pouvait être tombé de co
I. Vil. $aneti Pulg.— t. Uh. u.c. xxviii. — X Anima Iv. in tlivit., art. t. nptr., tom. m, p. f>'A.
côté-là. Lorsqu'on lui objectait ses premiers écrits', il répondait co qu'on voit encore dans ses lettres soigneusement recueillies, et imprimées en Hollande après sa mort : « qu'il ne fallait pas s'étonner que son jugement « devint tous les jours plus sain et plus pur : defseca- » tins : par l'âge, par les conférences avec les habiles » gens, et par la lecture assidue : » ce qui fortifie la pensée de ceux qui ont cru même parmi les protestants, qu'il avait dessein de reloucher ses Commentaires, et do les purger tout à fait de tout ce qu'il y avait de socinien , cl en quelque manière que ce fût , de moins pur, et de moins correct.
Quoi qu'il en soit. Dieu lui fit sentir par expérience, qu'il est naturel à l'homme d'apprendre en vieillissant , et en étudiant ; et que c'était à lui trop de dureté de reprocher le témoignage, et d'affaiblir l'autorité de saint Augustin , parce que ce Père avait une fois changé en mieux.
Grolius faisait de si grands pas vers l'Eglise catholique, qu'il ne reste plus qu'à s'étonner comment il a pu demeurer un seul moment sans y venir chercher son salut, après avoir tant de fois prouvé qu'on le trouvait parfaitement dans son unité. Cependant il s'est arrêté dans un chemin si uni, sans avoir enfanté l'esprit de salut qu'il avait conçu; tant il est difficile aux savants du siècle, accoutumés à mesurer tout à leur propre sens, d'en faire cette parfaite abdication, qui seule fait les catholiques.
En môme temps il évitait la communion des calvinistes, parmi lesquels il était né ; et un homme si avancé dans la connaissance de la vérité, demeurait seul dans sa religion , et comme séparé de communion , de toute société chrétienne, durant une longue suite d'années, ce qui était le pire de tous les états.
20. Grotius demeure séparé de toute société chrétienne, et écrit deux livres pleins d'erreurs en faveur de cette indifférence. — Il lui passait dans Tesprit des préjugés qui entretenaient cette espèce d'indifférence de religion, et ce fut alors qu'il composa un petit traité où il examinait la question : S'il est nécessaire de communier toujours par les symboles extérieurs , c'est-à-dire , par les sacrements : An scmper communicandum per syirwola-? Il conclut pour la négative, se persuadant qu'il suffisait de s'unir dans l'intérieur avec les fidèles, sans aucun lien externe de communion. En tout cas, il se contentait de faire dans ses écrits des vœux pour la paix, et cherchait à sa conscience un repos trom[)eur. C'était a[)[)aremment dans le même dessein qu'il avait publié un petit écrit qui avait pour litre : De l'administration de la cène , où il n'y a point de pasteurs : De cœnae administratione , iihi pastores non sunt^ : où il s'efforçait de prouver, que dans ce cas chacun devenait ministre à lui-même et à sa famille , ou à ceux qui voulaient s'unir a\ec lui. C'était là cette opinion qu'on croyait trouver dans un passage de Tertullien , dont on a tant disputé parmi les savants. Il n'est pas de ma connaissance si Grolius en est venu à la pratique, et quoi ({u'il en soit, la spéculative qu'il a soutenue, était propre à favoriser les sentiments de ceux qui prétendaient s affranchir du ministère ecclésiastique, et se faire, comme Grotius, une religion à part.
21 . Lettres importantes de Grotius sur la fin de sa vie, où il reconnaît la vérité de l'Eylise catholique et romaine. — Ainsi rêvait savamment et périlleusement pour son salut, un homme qui, s'apcrcevanl ({u'il était déçu par la religion où il était né, ne savait plus à (pioi se prendre, et fraj)pait pour ainsi dire à toutes les portes, où il croyait pouvoir trouver un refuge à sa religion chatHUîlante. Il ne sera pas inutile aux |)rotestants do boniKî foi de considérer dans ses lettres, et principalement dans celles qu'il écrivait à son frère à qui il parait ouvrir son cœur à fond, les progrès d'un si savant homm(!,dans la recherclio de la vérité. C'est là qu'on
I Af<p. '-p. 017. — 2. Opnr., t. m, p. .'ilO. — ?.. hl.em, p. Ml.
DISSERTATION SUR GROTIUS
remarquera ces sincères et mémorables paroles ' : « L'E- » glise romaine n'est pas "seulement catholique, mais » encore elle préside à l'Eglise catholique, comme il pa- » rait par la lettre de saint Jérôme au pape Damase. Tout » le monde la connaît ; » et un peu après : « Tout ce que reçoit universellement en commun l'Eglise d'Occident, qui est unie à l'Eglise romaine , je le trouve unanimement enseigné par les Pères grecs et latins , dont peu de gens oseront nier qu'il ne faille embrasser la communion, en sorte que pour établir l'unité de l'Eglise, le principal est de ne rien changer dans la doctrine reçue, dans les mœurs et dans le régime. » Vous le voyez : ce n'est plus cet homme qui veut commettre l'Orient avec l'Occident, et les Grecs avec les Latins : ce qui suit, qui est tiré d'une autre lettre à son frère, est de même force ^ : qu'il faut réformer l'E- » glise sans schisme, et que si quelqu'un voulait corri- » ger ce qu'il croirait digne de correction, sans rien » changer de l'ancienne doctrine , et sans déroger à la )) révérence qui est justement due à l'Eglise romaine , il » trouverait de quoi se défendre devant Dieu et devant » des juges équitables : » où il en vient enfm à reconnaître ce qu'il y a de plus essentiel : « que l'Eglise de » Jésus-Christ consiste dans la succession des évoques » par rimposition des mains , et que cet ordre de la suc- » cession doit demeurer jusqu'à la fin des siècles, en » vertu de cette promesse de Jésus-Christ : Je suis avec » vous , etc., dans saint Matthieu , xxviii, 18, par où il » ajoute, que l'on peut entendre avec saint Cyprien « quel crime c'est d'établir dans l'Eglise un adultérin » (qui ne vienne pas d'une succession légitime), et de » reconnaître pour églises celles qui ne peuvent pas » rapporter la suite de leurs pasteurs aux apôtres , n comme à leurs ordinateurs. » Voilà ce qu'il écrivait en l'an 1643, deux ans avant sa mort : ce qui contient toute la substance de l'Eglise catholique.
C'est sur ce fondement inébranlable, qu'en l'année 1644, dont la suivante fut la dernière de sa vie, il donnait ce conseil aux remontrants^, dont il avait peine à se détacher tout à fait, « que s'il y avait avec Corvin » (le plus sincère de tous les ministres dans son senti- » ment) quelques-uns d'eux qui demeurassent dans le » respect de l'antiquité , il fallait qu'en établissant des évêques qui fussent ordonnés par un archevêque catholique , ils commençassent par là à rentrer dans les mœurs anciennes et salutaires, le mépris desquelles a introduit la licence de faire par de nouvelles opinions de nouNcUes églises, sans qu'on puisse savoir ce » qu'elles croiront dans quelques années. » C'est qu'il voyait qu'il n'y avait de stabilité que dans l'Eglise catholique, ni de dépôt immuable et certain de la vérité et de la doctrine de Jésus-Christ , que dans la succession des évoques , qui se la donnaient de main en main les uns aux autres, selon la promesse de Jésus-Christ, sans jamais rompre la chaîne de la tradition, ni démentir leurs consécrateurs. C'est là , dis-je, c'est dans cet ordre, c'est dans cette succession apostolique seulement qu'il trouvait de la stabilité; tout le reste variant sans fin, comme il le voyait tous les jours dans les réformes [)rétendues du seizième siècle, qui, bâties sur de mauvais fondements, n'avaient cessé d'innover sur elles-mêmes, et ne s'étaient laissé aucun moyen pour s'affermir.
22. Tous les doutes de Grotius sur les liens extérieurs de la communion, sont éclaircis par cet aveu de la présence éternelle de Jésus-Christ dans son Eylise. — Il n'était donc plus question de se faire soi-même son ministre, faute de trouver de légitimes pasteurs, leur succession était fixée par Ja promesse de Jésus-Christ , qui devait toujours, non-seulement en conserver la suite, mais encore être avec eux. Il n'était donc plus question de se faire à son gré des pasteurs imaginaires : ils étaient tout faits, et Grotius avait reconnu qu'ils se substituaient les uns aux autres par un ordre im-