TRADUCTION D'DN PASSAGE DE SÉNÈQUE LE TRAGIQUE
DANS LES TROTEKNES.
Quand on souffre, on se plaît à voir souffrir les autres ; Lorsque mille soupirs viennent s'unir aux nôtres, La douleur est moins vive au fond de noire cœur; L'infortuné s'irrite à l'aspect du bonheur; Il frémit en pensant que le ciel qui l'opprime Entre tous les humains l'a choisi pour victime. Qu'il ait des compagnons , il n'a plus de courroux : Et chacun souffre moins dans le malheur de tous; Le pauvre, loin du riche, aurait plus de constance, Et s'il ne fallait pas , au sein de l'indigence , Que d'un faste insultant ses yeux fussent témoins. Sans voir finir sa peine , il s'affligerait moins.
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D UN MORCEAU DK CLAUDIEX.
Heureux qui, dans son champ demeurant à l'écart, Sans crainte, sans désirs, sans éclat, sans envie, Dans l'uniformité passa toute sa vie , Et que le même toit vit enfant et vieillard !
Jadis il a bondi sur ce même rivage
Où son corps épuisé se repose aujourd'hui ;
Il folâtrait dans son jeune âge, Sur ce même bâton qui devient son appui.
Non loin de sa demeure est une forêt sombre, Dont avec sa jftunesse il vit croître le plant ; Et ce chêne touffu qui lui prête son ombre Dans ses jeunes mains fut un gland.
A son char vagabond la fortune légère
Ne le tint jamais enchaîné : De climats en climats il ne s'est point traîné Pour chercher le bonheur et trouver la misère.
Son vergw pour sa table oflre d'assez bon fruit ; H trouve assez de goût à l'eau de sa fontaine;
Et même à la ville prochaine I^ curiosité ne l'a jamais conduit.
I/ouvrage et le repos remplissent ses journées; De l'histoire de Rome il ne s'informe pas ;
Et, pour supputer les années, Il compte les moissons, et non les consulats.
Par les tributs divers que la saison lui donne , Sans le secours d'un livre ^ il divise les ans; Aux fleurs il connaît le printemps, Et les fruits lui marquent l'automne.
i^o TRADUCTIONS.
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