‹ Œuvres complètes de Boufflers (volume 2)Chapitre 131 sur 134 · X. Madame Necker · texte numérisé non relu

X. Madame Necker

pies. J'en atteste ses parens chéris et déshérités , qui, dans ce moment, fiers de sa gloire, émules de ses vertus, jouissent de voir le patrimoine public accru de l'héritage qu'ils avaient le droit d'attendre ; et leur amour a fait graver sur le marbre de sa tombe un fait qui n'eût peut-être été connu que par les murmures de tant d'autres familles.

Gardons-nous donc d'accuser M. l'archevêque de Lyon, et respectons plutôt cette invariabilité dans ses principes qui lui fit toujours mettre son devoir avant sa tranquillité. Toute place, en effet, n'est-elle pas un dépôt dont on doit compte à son successeur? Il faut le transmettre, non-seulement tel que l'on le reçut , mais tel qu'on aurait dû le recevoir : c'est un empire qu'on ne doit pas se contenter de bien gouverner, et qui vous impose encore l'obligation de défendre ses frontières, et de le rétablir dans ses anciennes limites, par un juste respect pour les conventions primitives qui les avaient marquées. En tolérant même les anciens abus, on leur prête le funeste secours du temps et de l'exemple; on préfère son repos à l'ordre public ; et l'on manque peut-être à la sainteté des lois lorsqu'on ne leur demande pas tout ce qu'on en doit attendre.

M. de Montazet, toujours calme au milieu de tant d'agitations, sut au moins garantir son cœur et son esprit de leur nuisible influence; la nature

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^^l'avait formé pour la société, et s'il n'y avait pas » trouvé des charmes, il y en aurait moins répandu. Tout ce qui le connaissait admirait en lui un ton aussi simple qu'élégant, une- politesse à la fois noble et naturelle, une conversation également solide, facile et prudente, et souvent même une plaisanterie délicate, dont les traits toujours sûrs, toujours fins, mais toujours doux, étaient ap« plaudis même par ceuji qui les recevaient. Mais, à mesure que le cercle devenait plus étroit, son cœur semblait s'épanouir; digne à la fois et capable de la confiance la plus entière , il méritait trop d'amis pour n'en pas avoir, et il eut les amis qu'il méritait : il trouvait dans leur estime un encouragement à la vertu, dans leur tendresse une consolation à ses peines, et dans leur entretien un délassement de tant de devoirs dont il se faisait une sérieuse affaire, et de tant d'affaires dont il se faisait d'impérieux devoirs. Tel est, en effet, le charme attaché à l'amitié : au milieu de tous nos mécontentemens , au milieu de notre indignation même la plus juste, cette sage passion plaide encore au fond de notre cœur la cause du genre humain, et nous fait toujours voir, soit en réalité, soit en illusion, le degré de perfection dont l'homme est susceptible. Ah ! sans doute elle ne trompait point M. l'archevêque de Lyon ! Aussi , quand ses regards , fatigués de voir toujours des, mécontens , des envieux , des adver-

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saires et même des ennemis, ne lui montraient plus que du mal dans le monde, il les tournait vers son ami le plus cher ', et il pardonnait à l'humanité.

Les belles-lettres se joignirent à l'amitié pour travailler au bonheur de M. de Montazet; adopté par elles dès ses plus jeunes années, il ne leur fut jamais étranger : en vain semblait-il se refuser à leur attrait, elles entrèrent d'elles-mêmes dans toutes ses occupations et dans toutes ses entreprises ; compagnes assidues de ses travaux , elles veillaient à sa gloire , au milieu des assauts qu'il eut à soutenir ou à livrer , et prenaient toujours le soin d'aiguiser ou de polir ses armes victorieuses.

M. de Montazet avait paru , dans ses premiers essais, également propre à tous les genres : son esprit, mûr dès son printemps , était encore jeune dans son automne; et ses talens sûrs et modestes ne cherchèrent et ne manquèrent jamais l'occasion de se montrer dans tout leur éclat. On n'a point oublié, depuis plus de trente ans, cette chaleur communicative , cette douce éloquence avec laquelle il peignait les sentimens et les besoins de la province de Bourgogne devant un jeune prince dont il prédisait dès lors les utiles et brillantes destinées; discours mémorable, ainsi que plusieurs autres du même auteur , où les ver-

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