‹ Œuvres complètes de Boufflers (volume 2)Chapitre 132 sur 134 · I. M. le duc de Nivernois · texte numérisé non relu

I. M. le duc de Nivernois

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tiis empruntent l'organe du sentiment, où la force est toujours adoucie par la grâce, où la raison, sûre de convaincre, préfère de persuader.

Mais^M. l'archevêque 4e Lyon , par un sacrifice dont un si rare talent est encore plus rarement capable , se renferma presque tout entier dans le genre que l'austérité de Sics fonctions lui prescrivait; et, par une conséquence naturelle, la plupart de ses ouvrages, étrangers au goût et aux connaissances de ses lecteurs , auraient pu mériter la célébrité sans l'obtenir ; mais à coup sur ils n'ont pu l'obtenir sans la mériter. Si partout il fait disparaître l'aridité des matières qu'il traite; s'il attache ses lecteurs, même les plus frivoles, à l'écrit qu'ils avaient peut-être hésité d'ouvrir ; s'il mêle un charme imprévu aux choses qui en paraissent le moins susceptibles; c'est moins l'ouvrage de l'art que le triomphe de la raison ; ce ne sont point des fleurs qu'il répan^ , mais des luinières ; et jus-, que dans les questions les plus abstraites, attentif à rapprocher toutes les idées de la portée de tous les esprits, il donne à chacun le moyen de connaître et le droit de prononcer.

Je crois donc, messieurs, rendre encore un hommage à sa mémoire en vous soumettant quelques réflexions sur la clarté du style, sur cet attribut distinctif qui m'a frappé dans tous ses écrits, et qui me parait leur avoir imprimé le sceau de la perfection. ^ ;

La clarté du style est le premier indice et le plus sûr garant de celle de l'esprit; semblable à la lumière du jour, qui se compose de plusieurs rayons , elle dépend non seulement de la propriété des expressions j mais du choix des images , de la justesse des tours , et surtout de l'ordre des idées. 11 y a, dans tous les genres, depuis le plus grave jusqu'au plus frivole, depuis l'épopée jusqu'à l'idylle, depuis la sublime philosophie jusqu'à la plaisanterie la plus légère , une marche constante , une dépendance successive, un enchaînement invariable, et presque une filiation de cause et d'effets, de principes et de conséquences, qui, observée ou méconnue, produit la lumière ou l'obscurité.

* Les ténèbres étaient avec le chaos , et la lumière " parut avec le monde ; les travaux de l'esprit sont eux-mêmes une sorte de création ; ce qui n'était qu'idéal, ils le rendent sensible et donnent iine existence à ce qui n'en avait point ; les plus étonnantes productions tiennent à une idée mère, à un premier germe dont la simplicité renferme les moyens secrets de son développement; ce premier germe , il faut qu'une réflexion assidue le féconde ; il faut qu'elle suive, qu'elle dirige ses accroissemens divers; que, des principales divisions, elle s'étende aux plus petites parties ; que , toujours attentive à ne rien admettre d'étranger , à ne rien négliger du nécessaire, elle assigne aux moindres

détails leur place , leur forme et leurs raisons ; et qu'après avoir tout fait, elle ne laisse au langage que le soin de tout dire. Une tâche ainsi préparée offre plus de charmes que de peines ; toutes les idées , clairement aperçues, semblent avoir adopté d'avance les expressions qui leur conviennent; et les mots naissent des choses dans un esprit bien clair, comme dans une eau bien pure les images naissent des objets.

Rendre fidèlement son idée , c'est à la fois le but et le secret de l'art d'écrire; en imitant ainsi, on est sur d'être original ; et dans ce genre , plus on est exact, et moins on est servile.

La rhétorique peut chercher d'autres secours , mais la fière éloquence les dédaigne; elle dicte, et l'autre essaie de répéter ; l'une cherche dans ses paroles un soutien à la faiblesse de ses pensées; l'autre attend de ses pensées mêmes les expressions qui les manifestent; enfin l'une est à l'autre ce que la galanterie est à la passion : ce sont les mêmes discours , ce n'est point le même accent. Pensez donc avant d'écrire, dirais-je à un jeune écrivain , et n'écrivez que ce que vous avez pensé , et tous les points seront remplis : ne vous défiez pas de la langue; un faible talent peut s'en plaindre; mais elle n'a jamais trompé Ip génie; vous la verrez s'enrichir à mesure que vous penserez : ayez des notions précises, et chaque terme sera juste, et les expressions ne manqueront pas plus à

vos idées que les chiffres aux nombres. Un mot impropre décèle une pensée obscure. L'auteur ne cesse d'être entendu que lorsqu'il a cessé de s'entendre; et ce défaut est plus commun, plus pardonnable même qu'on ne pense; l'inspiration est si rare , la disposition si variable , la méditation si facilement interrompue , que souvent les idées échappent, dans leur vol, à la mémoire qui veut les arrêter, et au discours qui essaie de les peindre; souvent le portrait est à peine commencé , et déjà le modèle a disparu ; alors suspendez le travail, ou renoncez au succès; craignez surtout de montrer votre détresse en essayant de la cacher sous le luxe imposteur, cette parure artificielle, si chère à la médiocrité, si prodiguée par le mauvais goût, voile inutile dont on couvre, ou des beautés qu'il valait mieux laisser voir, ou. des défauts qu'il valait mieux éviter; rejetez les faux ornemens, les véritables s'offriront d'euxmêmes; et bientôt, au lieu d'être cherchés au loin, arrangés avec inquiétude, et comme appliqués de force, vous serez surpris de reconnaître qu'ils faisaient partie de votre premier plan ; que, sans vous en occuper, vous les aviez conçus, et qu'ils sortent naturellement du sujet, comme les feuilles et le^ fleurs de la plante qu'elles décorent; croyez enfin que le projet d'orner son style tend presque toujours à le déparer. L'idée que vous avez à rendre est-elle agréable ; laissez-la se

présenter elle-même sous les traits qui vous ont séduit : est-elle forte; qu'a-t-elle besoin de secours? il leur suffira de paraître comme elles vous ont apparu ; ce sera Vénus sortant de l'onde avec sa ceinture , ou Minerve s'élançant toute armée du cerveau de Jupiter.

C'est un grand art sans doute que celui de s'exprimer clairement; mais c'est un art dont la nature est tout le secret, dont elle prescrit, ou plutôt dont elle dirige toutes les opérations presque à l'insu de ceux qui la prennent pour guide. Les femmes en offrent un exemple bien sensible : est-ce au travail qu'elles doivent ce stjle si léger, si facile et si clair, dont quelquefois nous sommes jaloux ? Non ; c'est à la nature. N'attendez pas qu'elles réfléchissent longtemps sur l'ordre à mettre dans leurs idées ; mais leurs idées, rapidement exprimées, se trouvent dans l'ordre où la réflexion les aurait placées : rivales, dans leurs jeux, de nos plus heureux efforts, les difficultés mêmes qui nous effraient le plus ne les arrêtent point; et leur légèreté, qui franchit l'obstacle, nous apprend que la pénétration voit mieux que l'étude, et que la nature en sait plus que la science. Ne leur disputons point un avantage qui tient de si près à tant d'autres charmes : tout en elles est plus expressif; des fibres plus délicates , une physionomie plus mobile , un

accent plus flexible, un maintien plus naïf, tout

parle plus clairement à nos regards, tout porte mieux l'empreinte de leur caractère , de leurs affections et de leurs pensées ; leur ame enfin semble moins invisible; et par ce qu'elles paraissent on juge mieux de ce qu'elles sont, depuis la rustique habitante de la plus humble chaumière jusqu'à la fille des Césars que nous admirons sur le trône qu'elle embellit, dont l'air, aussi auguste que son rang, dont l'éclat, vainqueur de l'éclat du diadème, laisse en doute qui des deux a le plus fait pour elle, de la nature ou de la destinée.

Pourquoi donc tant d'auteurs semblent -ils craindre d'écrire ce qu'ils pensent, et de se montrer tels qu'ils sont? Est-ce, comme Jupiter, pour ménager des yeux trop délicats? Est-ce, comme Protée, pour échapper à des regards trop curieux? Pourquoi souvent les hommes les plus faits pour éclairer les autres n'osent-ils répandre leurs lumières? Ici, comme ailleurs, le faux honneur est ennemi de la vraie gloire ; et le vain scrupule de dire ce qui a été dit l'emporte sur la nécessité de faire concevoir ce qui n'avait pas été conçu. Il est vrai que plus d'un lecteur , lorsqu'on lui explique ce qu'il comprend, semble accuser l'écrivain de ne pas lui rendre justice : l'esprit, toujours actif, prend plaisir à chercher , à trouver lui - même son chemin; il aime, après quelques écarts, à se rencontrer avec son guide, à le devancer, à l'attendre, à le rejoindre; enfin il veut être as-

socié au travail , et sait plus de gré de ce qu'il devine que de ce qu'on lui démontre. Prétexte frivole! Faut-il, pour laisser aux autres le soin de méditer, s'en dispenser soi-même? faut-il, pour être agréable à quelques-uns, se rendre inutile à tous? Que d'observations précieuses, faute d'un style plus clair, ont péri avec ceux qui auraient pu les éterniser! Quelquefois un esprit supérieur, occupé de sublimes contemplations, suppose le commun des hommes plus près de lui, et néglige de s'en rapprocher. D'autres , fiers de leurs forces et de leur élévation, aiment mieux briller d'un vain éclat aux yeux du vulgaire que de l'éclairer et de l'amener par des routes faciles au point où ils étaient arrivés ; ils ne permettent pas de les suivre, dans la crainte qu'on ne les atteigne : ils ignorent que les élans du génie ne doivent se mesurer que par les pas qu'il fait faire à la raison. Qui sait à quel degré de sagacité pourrait un jour s'élever l'esprit humain, si tous les hommes, tendant au même but, s'occupaient, à l'envi les uns des autres , soit à porter dans tout ce qu'ils diraient, soit à chercher dans tout ce qu'ils entendraient, toute la clarté dont notre intelligence est capable ou susceptible; s'ils s'exerçaient à présenter, à considérer les objets sous toutes les faces, prêts à tout rejeter lorsqu'ils verraient un côté défectueux, car la vérité n'en a point? Le jugement se rectifie par l'application , comme un coiv

deaii se dresse à mesure qu'il se tend. A force de regarder, on apprend même à voir; et notre raison peut s'instruire à discerner la vérité, comme l'œil du lapidaire à connaître le diamant. Combien une vérité de plus, combien surtout tme erreur de moins changerait peut-être le destin du monde ! Reconnaître et marquer à des signes certains les vérités et les erreurs, voilà toute la tâche de l'esprit : ce sont là les deux sources de nos biens et de nos maux; sources trop voisines, hélas! où les aveugles mortels vont puiser indistinctement ! Quelle différence dans les conséquences ! mais quelle ressemblance dans le principe! Souvent la vérité , aperçue de trop loin , ne présente à l'esprit qu'une idée vague et confuse qui n'attire ni son attention ni sa confiance; souvent l'erreur offre un ensemble plus remarquable et des traits mieux caractérisés. La première est comme une terre éloignée qui, dans les vapeurs de l'horizon , s'est montrée au navigateur sous l'apparence d'un nuage. I^ seconde est comme un nuage qui s'est montré sous la figure d'une terre éloignée; chaque regard voit celle-ci abandonner sa première forme; chaque regard ajoute à l'autre un nouveau degré de confiance et de réalité : ainsi la vérité se confirme et l'erreur se dissipe à la réflexion ; ainsi , dans le style thème , où cette réflexion répandrait toute sa lumière, la vérité trouverait sa preuve, et l'erreur sa réfutation.

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Jusqu'où la clarté du style ne peut-elle point atteindre ! Sans elle la science ne serait qu un doute, et la morale resterait en question. Notre pensée entrevoit dans l'immense domaine des sciences une foule d'objets qui lui semblent encore inaccessibles. I^ clarté du style ne nous y mènera point sur-le-champ, mais elle en marquera du moins la distance, et peut-être la route; elle n'écartera point tous les obstacles , mais elle les fera connaître : ce n'est qu'avec l'aide du temps qu'elle se répandra sur une aussi vaste étendue; elle ne peut tout sans lui, mais il ne peut rien sans elle. Tôt ou tard plusieurs grands hommes, utiles et lumineux interprètes les uns des autres, rassemblant successivement au foyer de leurs génies toutes les notions acquises de leur temps , en augmenteront la force, et les feront passer à d'autres génies qui leur donneront encore un nouvel accroissement; et, par ces moyens plusieurs fois répétés, ils rapprocheront enfin de l'esprit humain les vérités les plus éloignées de la portée actuelle de notre intelligence : semblables à ces purs cristaux qui, disposés pas d'habiles mains , se transmettent successivement les rayons qu'ils ont concentrés, font disparaître l'intervalle, offrent distinctement à nos regards ce qu'ils ne devaient jamais apercevoir , et les promènent sur des terres et sur des eaux qui n'appartiennent point à notre globe.

36o DISCOURS DE RÉCEPTION

Espoir ambitieux, plus fait pour nos vagues désirs que pour "nos vrais besoins! Nous n'avons sur la science qu'un droit de conquête : elle est pour nous un nouveau monde, mais la morale est notre patrimoine; c'est un champ qui ne s'étend pas au-delà de notre horizon; dans son enceinte, il n'est rien que le flambeau de la méditation et la clarté du style qui en dérive ne puissent offrir à nos regards : il faut la parcourir cette enceinte, il faut la cultiver, il faut connaître, indiquer, répandre les vraies semences du contentement particuher et de la commune félicité.

L'ouvrage est commencé; déjà les hommes, s'éloignant tous les jours davantage de leur première férocité , sont phis rapprochés pour des intérêts mieux connus. Les arts, les sciences, les lettres, des égards mutuels, une prévenance réciproque, une concorde au moins apparente, rendent la condition du genre humain plus douce, et la terre plus habitable. Tels sont les progrès que la société doit aux bienfaisantes leçons d'une morale clairement exposée; mais combien elle peut leur en devoir encore! Espérons que le jour de notre esprit n'est qu'à son matin , et que plus il approchera de son midi, et plus nous verrons diminuer cette ombre fatale où l'erreur trouve son refuge , et dont la mauvaise foi se fait un rempart. Pourquoi n'ont-elles point encore disparu, ces trompeuses obscurités si long-temps attachées à nos

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cÇnvftitions, à nos pactes, à nos traités et même à nos plus saintes lois ? Pourquoi cette barbarie à laquelle chaque homme a renoncé est-elle restée parmi les hommes réunis? Pourquoi les nations, les familles, les différentes classes, les diverses professions , conservent-elles cet égoïsme hostile dont les individus semblent corrigés? Quelle voix assez forte pourra faire entendre à tous les peuples , à toutes les sociétés , qu'il vaut mieux s'entr'aider que se nuire? Qui pourra dire clairement à tous les hommes qu'ils se trompent, que tous les calculs de Fintérét personnel sont faux, puisqu'au lieu de s'y compter pour un , on s'y compte pour tous? N'écrira-t-on jamais en traits de lu:mière que le mal des uns n'est point le bien des autres ; que le genre humain a reçu de la nature un héritage commun ; que la félicité générale est un champ indivisible où tous doivent semer, cù tous doivent recueillir; et qu'on attire sur soi la famine en desséchant les moissons de ses voisins ? Ces maximes salutaires, si souvent, si vainement répétées, n'ont besoin sans doutefque d'être mieux expliquées pour être à jamais suivies. Si la vérité n'est point la loi du monde, c'est moins la faute de ceux qui l'entendent que de ceux qui la disent; elle n'est rejetée que tant qu'elle est méconnue; elle n'est méconnue que tant qu'il reste un moyen de la méconnaître. N'oublions pas qu'il lui faut la sanction de l'évidence; que cette évidence n'est

point à son comble lorsque la mauvaise foi eltemême essaie encore de s'y refuser; qu'elle doit avoir sur tous les esprits le même pouvoir que le jour sur tous les yeux; enfin, qu'elle est à la fois le devoir de celui qui parle et le besoin de ceux qui écoutent.

Le moment approche où notre éloquence civile doit prendre un nouvel essor; trop long-temps captive dans l'enceinte de nos tribunaux, elle s'est vue réduite à la défense de quelques intérêts ignorés ; et des voix , souvent dignes d'instruire le genre humain , étaient k peine écoutées d'un petit nombre d'auditeurs ou distraits ou prévenus; les magistrats eux-mêmes, souvent troublés par elle, au lieu d'en être éclairés, et trop accoutumés à lui voir soutenir les deux partis contraires avec le même art et la même chaleur, ne lui prêtaient qu'une attention inquiète, et se défiaient également de ses erreurs et de ses pièges.

Mais la scène s'ouvre, et que vois-je? C'est, comme dit le chantre de Caton, c'est l'auguste image de la patrie, ou plutôt c'est la patrie en personne ; c'est cette multitude immense , inconnue pour ainsi dire à elle-même depuis tant de générations; c'est la France enfin éclairée par l'étude, par les discussions, par de sages conseils et par de longues souffrances : ses maux ont touché le cœur vertueux et sensible de son roi; il en médite la gu'érison; il rappelle à son aide un génie

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qu'elle invoquait; il l'appelle elle-même comme un excellent père appellerait une famille adulte pour délibérer sur les intérêts communs. Non, une bonté si profonde , des vœux aussi purs , d'aussi généreux projets ne seront point trompés; il les verra payés de plus de gloire que jamais un roi n'en acquit, de plus de bonheur que jamais un roi n'en donna. Mais déjà les nations attentives se transportent par la pensée au milieu de cette assemblée auguste, et croient d'avance entendre les interprètes qu'elle aura choisis pour parler en son nom.

Ah! qui que vous sovez qui devez remplir un aussi auguste ministère, connaissez le devoir sacré qu'il vous impose ! Ce devoir , c'est la vérité ; cherchez-la dans toute son étendue, montrez-la dans toute sa candeur : le règne de l'exagération est fini ; elle disparaît devant la grandeur des choses qui se préparent. Vous ne parlerez point à ces flottantes multitudes d'Athènes et de Rome toujours prêtes à changer d'avis à la voix d'un orateur , machinalement soumises à l'impulsion de ses mouvemens, et plus dociles à la véhémence qu'à la raison. C'est l'élite imposante d'un des peuples les plus nombreux et les plus spirituels de l'univers qui vous entendra dans le plus éclairé des siècles; et la raison de plusieurs milliers d'hommes sera comme déposée dans chacun des hommes qui vous écouteront. Les fastes de l'uni-

vers n'offrent point d'exemple d'un pareil auditoire. Et quel audacieux concevrait le projet de le séduire ou de le subjuguer? Non, non, et les expressions emphatiques, et les tours adroits, et l'insidieuse finesse, et la vaine hyperbole, et les mouvemens impétueux, toutes ces armes enfin, si souvent utiles au mensonge, offenseraient la sainteté du lieu. Là, tout appareil serait vain, tout prestige serait découvert, tout artifice confondu; et la vérité seule , brillante de sa douce et naïve lumière, osera paraître à de tels i-egards.

Rappelons-nous, dans ces grandes circonstances, la savante fiction du phénix que le prodige de la renaissance affranchit de la condition mortelle, et qu'il soit l'emblème de la plus belle et de la plus durable des monarchies prête à se régénérer. Lorsque cet oiseau , favorisé du ciel , est averti par ses forces déchues et par ses ailes moins légères, que le cours de ses destins est prêt à s'arrêter, ce n'est point aux flammes des incendies, ce n'est point au tourbillon des volcans qu'il épure les principes de son existence-; mais il s'élève au-dessus des vapeurs de cette sphère tumultueuse, au-dessus de la région des vents et du tonnerre; et c'est dans le séjour du calme et de la sérénité , c'est aux rayons les plus clairs de l'astre du jour qu'il allume ce bûcher mystérieux où il prend un nouvel ,être.

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