‹ Œuvres complètes de Boufflers (volume 2)Chapitre 16 sur 134 · ÉPITRE A VOLTAIRE · texte numérisé non relu

ÉPITRE A VOLTAIRE

Je fus dans mon printemps guidé par la folie , Dupe de mes désirs et bourreau de mes sens;

Mais, s'il en était encor temps,

Je voudrais bien changer de vie.

Soyez mon directeur, donnez-moi vos avis;

Convertissez-moi, je vous prie :

Vous en avez tant pervertis!

Sur mes fautes je suis sincère , Et j'aime presque autant les dire que les faire.

Je demande grâce aux amours :

Vingt beautés à-la-fois trahies ,

Et toutes assez bien servies, Enbeauxmomens, hélas ! ont changé mes beaux jours.

Taimais alors toutes les femmes :

Toujours brûlé de feux nouveaux, Je prétendais d'Hercule égaler les travaux ,

Et sans cesse auprès de ces dames Etre l'heureux rival de cent heureux rivaux. Je regrette aujourd'hui mes petits madrigaux. Je regrette les airs que j'ai faits pour les belles ,

Je regrette vingt bons chevaux •

Que , courant par monts et par vaux ,

J'ai, comme moi, crevés pour elles ;

Et je regrette encor bien plus

Ces utiles momens qu'en courant j'ai perdus.

Les neuf Muses ne suivent guère Ceux qui suivent l'Amour. Dans ce métier galant , Le corps est bientôt vieux, l'esprit long-temps enfant; Mon esprit et mon corps , chacun pour son affaire ,

Viennent chez vous , sans compliment , L'esprit pour se former, le corps pour se refaire. Je viens dans ce château voir mon oncle et mon père.

Jadis les chevaliers errans , Sur terre après avoir long-temps cherché fortune,

Allaient retrouver dans la lune

Un petit flacon de bon sens :

Moi , je vous en demande une bouteille entière ;

Car Dieu mit en dépôt chez vous L'esprit dont il priva tous les sots de la terre , Et toute la raison qui manque à tous les fous.

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