‹ Œuvres complètes de Boufflers (volume 2)Chapitre 2 sur 134 · X NOTICE · texte numérisé non relu

X NOTICE

a- — Coiinaissiez-vous aussi le chevalier deBoufflers ? — -Eh! sans doute, P^oisenon-ie- Grand , comme l'appelait Saint-Lambert. J'entrais au séminaire comme il en sortait. — L'auteur d'Aline au séminaire! — Ecoutez, jeune homme, écoutez.

« C'est à Lunéville, en lySy, que naquit le marquis, généralement connu sous le titre de chevalier de Boufflers. Il reçut le royal prénom de Stanislas. Jeune encore, il se fit remarquer par un tour d'esprit ingénieux et piquant. Son éducation fut confiée à l'abbé Porquet , homme instruit, qui a^fait de la littérature , comme on disait alors , et pour lequel il conserva toujours de l'amitié et de la reconnaissance, sentimens qui, de notre temps, n'excluaient pas la raillerie et le persiflage ; aussi l'élève dans ses vers s'est-il plus d'une fois égayé aux dépens de son ancien précepteur.

« Destiné par sa famille à l'état ecclésiastique , Boufflers porta quelque temps le petit collet et le titre d'abbé. Il nous a laissé pour témoignage de son premier état deux chansons composées en soutane et insérées dans les Contes théologiques. Les mœurs et la police correctionnelle ne permettraient pas de réimprimer aujourd'hui ces pièces , qui^cependant étaient tout-à-fait à l'unis-

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son des inspirations des abbés Grécourt, Lattaignant , et autres poètes du clergé d'alors.

« Cette mascarade ne pouvait durer long-temps, non pas que ce costume fût incompatible avec les galantes aventures, et qu'il exigeât même sur ce point la moindre dissimulation : au contraire; mais le goût prononcé de Boufflers pour la vie agitée le détermina à jKircourir de préférence la carrière des armes , dans laquelle semblaient l'appeler son nom, qui avait déjà été porté par deux maréchaux de France, et la protection de son oncle, M. de Beauvau, également honoré du bâton. Plus tard j'imitai moi-même son exemple. Toutefois le désir de ses parens fut en partie satisfait; car, en sa qualité de chevalier de Malthe, il possédait un bénéfice qui, ainsi qu'on l'a déjà fait remarquer, lui donnait le droit d'assister à l'office en surphs et en uniforme, et d'être à la fois prieur et capitaine de hussards. C'est en cette dernière qualité qu'il fit la campagne d'Hanovre, et prit part à la sanglante bataille d'Amenbourg.

« Quelque temps après il obtint un régiment ; mais une espièglerie le lui fit perdre presque aussitôt. Envoyé en ambassade à Remiremont pour féliciter la princesse Christine, de la maison de Lor-

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raine, sur sa nomination à cette abbaye, il se vengea de l'accueil plein de hauteur qu'elle lui fit essuyer par une chanson qui déplut à la princesse hoursoufflée '. Cette boutade ayant été imprimée, les plaintes du comte de Lusace, frère de la noble abbesse, firent encourir une complète disgrâce au pauvre chevalier, qu'on déporta, pour ainsi dire, en qualité de gouverneur du Sénégal et de la colonie de Corée. — Faites donc des chansons! — Au reste il prit sa dignité nouvelle en patience, signala son administration par des institutions utiles et bienfaisantes, et, faisant oublier son étourderie , mérita le grade de maréchal-decamp.

« A son retour de ce séjour assez peu prolongé au-delà du tropique , Boufflers se livra tout entier aux plaisirs du grand monde où, dès son début, il s'était vu recherché, fêté, choyé par tous les personnages distingués et particulièrement par toutes les femmes, pour la grâce de ses manières, l'élégance et la finesse de son esprit. Son merveilleux talent pour la littérature de boudoir, ses impromptus quelquefois si heureux, souvent si pi-

1. Voir cette rhanson et la note qui l'accompagne page 146 de ce volume.

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qiians, toujours si bien assaisonnés de ce grain de libertinage exigé de notre temps dans un homme *? du monde, l'avaient rendu l'indispensable de tous les cercles brillans. Des écrivains supérieurs' recherchaient même sa société et prisaient ses productions comme celles d'un esprit peu commun. Si Charafort ne voyait en lui qu un faiseur de me- j^w ringues. Voltaire lui témoigna une véritable es- f time comme à un homme dans les compositions duquel il retrouvait beaucoup de sa philosophie frondeuse et par fois cynique. Plus sévère , Jean- Jacques Rousseau qui le rencontra chez madame de Luxembourg, dans le temps où il était encore abbé, ne vit en lui « qu'un jeune homme à beau- « coup de demi-talens; faisant très-bien de pe- « tits vers, écrivant très-bien de petites lettres, « jouaillant un peu du cistre, et barbouillant un • « peu de peinture au pastel. » Mais que l'auteur du Contrat social ait méconnu le talent d'un faiseur de riens charmans , il n'y a rien là qui ne se puisse facilement expliquer.

a Peu d'hommes ont obtenu autant de galans succès que Boufflers. Peut-être nous a-t-il donné la véritable explication de ces triomphes continus quand il a dit :

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