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En amour j'étais tout physique ... C'est un point essentiel.
Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il ne trouva guères de cruelles. Des infidèles, c'est une tout autre chose; et, à cette occasion, je me rappelle une aventure qui long-temps occupa tout Paris et dans laquelle il joua un rôle assez nouveau. « Un jour il s'était vengé par une épigramme sanglante de l'inconstance d'une belle marquise. Cette petite pièce parvint à sa destination après avoir passé par vingt cercles. La marquise lui écrivit sur le champ pour lui demander pardon de ses torts , le supplier de détruire toutes les traces de sa vengeance et l'engager à venir chez elle à une heure indiquée, pour sceller une réconciliation sincère. Le chevalier connaissait trop bien les femmes pour aller sans défiance au rendez- vous; il se munit de pistolets. A peine avait-on échangé les premières explications que quatre grands drôles arrivent, le saisissent, retendent sur le lit, le déshabillent, autant qu'il était nécessaire pour exécuter leur dessein, et lui administrent en cadence cinquante coups de verges chacun, sous le commandement de madame. La cérémonie terminée, le chevalier se relève froidement, se ra-
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juste, et, s'adressant aux spadassins que la vue de ses armes fait trembler : « Vous n'avez pas fini « votre besogne, leur dit-il; madame doit être sa- « tisfaite, mon tour est venu. Je vous brûle la « cervelle à tous les quatre, si vous ne lui rendez
« à l'instant ce que je viens de recevoir v> Cet
ordre était donné avec trop de fermeté et Bonfflers l'accompagnait de manières trop engas^eantos pour qu'on tardât à lui obéir. Les pleurs de la belle dame n'empêchèrent pas que le satin de sa peau ne fût outragé sans pitié. Mais ce ne fut pas tout : Boufflers voulut que les exécuteurs de ces actes de vengeance se fissent subir mutuellement une semblable punition; puis, prêt à se retirer: « Adieu, madame, que rien ne vous empêche de B publier cette plaisante aventure; je serai le pre- « mier à en régaler les oisifs... » On prétendit que la marquise coui-ut après lui, se jeta à ses genoux, et le conjura tellement de lui garder le secret qu'il soupa chez elle le soir même pour démentir les indiscrétions. Bien plus, on ajouta que, malgré ces fustigations, la scène se termina beaucoup plus gaiement qu'elle n'avait commencé.
a Je viens de vous dire qu'outre le sexe, les chevaux et les voyages se le disputaient dans le
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cœur de Boufflers. Il creva un grand nombre des premiers à entreprendre un grand nombre des ^ seconds. Il passait sa vie à courir par monts et par vaux; aussi M. de Tressan, le rencontrant un jour galopant à franc-étrier sur la route de Paris à Nancy, lui dit, en faisant arrêter son cocher : Chevalier, je suis charme de vous trouver chez vous.
• « En 1778 l'auteur du Cœur succéda, à l'Académie Française, à l'archevêque de Lyon, M. de Montazet. Si les mandemens de celui-ci n'avaient rien de commun avec les productions erotiques de son successeur, l'égale renommée des exploits amoureux de l'un et de l'autre leur donnait du moins sur un point une assez grande ressemblance, et l'héritier n'était pas indigne de son prédécesseur '. Au reste, personne ne pensa à
I. « Quand l'archevêque de Lyon, Montazet, alla prendre possession de son siège, une vieille chanoinesse de... sœur du cardinal de Tencin, lui fit compliment de ses succès auprès des femmes et, entr'autres, de l'enfant qu'il avait eu de madame de Mazarin. Le prélat nia tout et ajouta : « Ma- « dame , vous savez que la calomnie ne vous a pas ménagée vous-même ; « mon histoire avec madame de Mazarin n'est pas plus vraie que celle « qu'on vous prête avec M. le cardinal. '— En ce cas , dit la chanoinesse ■ tranquillement, l'enfant est de vous. » {OEuvres de Chamfort, t. II, p. 92.)
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contester les droits de Boufflers aux suffrages de feu les immortels d'alors ; il avait sans doute des droits bien légitimes à cette illustration littéraire, dans un temps où l'on voyait beaucoup de militaires, beaucoup d'académiciens
Devoir la croix à leur esprit.
Et le fauteuil à leur courage.
if En 1 789 , Boufflers , qui était déjà revêtu de la dignité de grand-bailli de Nancy , fut député par ses compatriotes à une assemblée plus grave et plus imposante , celle des États-Généraux. Ici comnience pour le poète, qui jusque-là n'avait compté que des triomphes, une ère moins fortunée. On ne tarda pas a s'apercevoir que pour être bon orateur et législateur distingué il n'était pas nécessaire de conter avec grâce et de rimer heureusement, et qu'il est telle position ou ces dernières qualités ne peuvent tenir lieu des autres. Comme tout devenait* politique et imposant dans ces conjonctures graves, des complimens qu'il fut chargé d'adresser au roi et à la reine , de la part de l'Académie , l'exposèrent particulièrement au reproche qu'on lui fit de ne pas se trouver au niveau des circonstances ; et , quoiqu'en remplissant cette I. b
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mission littéraire, il parut être encore sur son terrain , il s'exposa à cette occasion , de la part de quelques-uns de ses collègues , aux traits de cette plaisanterie malicieuse dont lui-même s'était servi souvent avec tant d'adresse et de bonheur. Toutefois s'il ne se fit pas remarquer par son talent à l'Assemblée Nationale , il sut du moins s'y honorer par la sagesse et la modératipn de sa conduite. Il fut avec Malouet , Virieu et le duc de La Rochefoucauld, un des fondateurs du Club des Impartiaux. Il prononça. des discours où l'on rerparque de sages intentions , sur les affaires du clergé , le traitement des titulaires ecclésiastiques , la conservation du traitement des octogénaires , la propriété des découvertes et inventions en faveur de leurs auteurs , etc. Mais il avait beau faire, le poète se décelait toujours. Ainsi il manquait rarement d'inscrire en tête de ses opinions une épigraphe en vers , comme s'il voyait encore de la poésie dans les faits positifs et* sérieux de la révolution qui s'opérait.
o Quelque temps après , Boufflers émigra , et se rendit à Berlin, où il fut recueilli par le prince Henri de Prusse, envers lequel sa muse s'était précédemment montrée prodigue de louanges et
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de madrigaux. Ce prince, qui s'était empressé de le faire recevoir membre de l'Académie de Berlin , faveur assez stérile , lassa la patience de son protégé par une foule de caprices, qui chez lui s'unissaient à de grands talens militaires et à de hautes qualités personnelles. Heureusement Boufflers trouva dans le roi Frédéric-Guillaume un appui plus stable et un protecteur aussi généreux que délicat. Ce monarque le gratifia de concessions considérables en Pologne pour la fondation projetée d'une colonie d'émigrés. Mais le souvenir de sa patrie, l'âge, et l'union qu'il venait de contracter avec madame de Sabran , lui rendaient cruellement pénible tout autre séjour que la France. En 1800, la faveur parvenait à faire révoquer les mesures prises contre les émigrés et à rouvrir, pour quelques-uns d'entre eux , les portes du pays. Un général dit alors au premier consul : « Boufflers est « sur la liste des émigrés, vous devriez ordonner <f qu'on le rayât. — Oui, sans doute, répondit Bo- « naparte; il nous^fera des chansons. » Boufflers rentra.
« Du reste il entra peu dans les vues du premier consul ; sa lyre ou plutôt sa musette ne faisait plus entendre de sons. Son expatriation forcée avait