‹ Œuvres complètes de BoufflersChapitre 25 sur 44 · PHÈDRE, THÉSÉE, LE CHŒUR · texte numérisé non relu

PHÈDRE, THÉSÉE, LE CHŒUR

THÉSÉE

Ou VOUS emportent le désespoir et la fureur? Pourquoi ce glaive? pourquoi ces cris? pourquoi ces larmes répandues sur ces restes odieux?

PHÈDRE

C'est moi , c'est moi qu'il fallait frapper. Cruel dieu des flots, appelle contre moi. tous les monstres des gouffres profonds et des mers lointaines. O Thésée , toujours errant et toujours funeste ! tantôt un père, tantôt un fils, paient votre retour de leur sang; également fatal aux vôtres par votre amour ou par votre haine pour vos épouses. O déplorable Hippolyte! que vois-je? et qu'ai-je fait? Quel monstre, quel Procuste, quel informe Minotaure ont ainsi dispersé tes membres mutilés? Qu'est devenue cette beauté pour moi si funeste ? où sont ces yeux, les astres de ton amante? Tu es étendu sans vie : reprends un moment tes sens,

3i2 TRADUCTIONS,

écoute-moi ; mes discours ne sont plus criminels : de cette main je vais te venger et percer mon sein coupable. Phèdre va s'arracher au jour et au crime. Eperdue , je te suivrai jusque dans les ondes , dans les abîmes du Tartare , au travers des flots enflammés du Styx. Ah ! que du moins ton ombre reçoive ces tristes dépouilles et cette chevelure coupée sur un front déchiré de mes mains ; nos cœurs ne pouvaient être unis , mais nos destins le seront. Phèdre , s'il te reste quelque pudeur, meurs pour ton époux, sinon meurs pour ton amant. De quel œil verrais -je cette couche qi|f j'ai voulu profaner ? Il ne manquait à mon crime que de jouir de l'amour de Thésée après avoir immolé son fils. O mort ! seule consolation d'un malheureux amour, seul recours de la pudeur offensée, c'est vers toi que je fuis; ouvremoi ton sein propice. Ecoutez , Athènes ; et vous , père plus cruel qu'une marâtre, écoutez : Mon récit était faux ; j'ai calomnié l'innocence , je lui ai imputé mon crime : père barbare, ton fils expire victime de l'inceste et de la calomnie ; il fut chaste, il fut vertueux. O Hippolyte! reprends ta gloire ; déjà le fer est plongé dans mon sein impie ! et tout mon sang coule pour tes mânes. Thésée, apprends d'une marâtre ce que. tu dois à ton fils, et meurs.

THÉSÉE

Pâle flambeau des enfers, gouffre du Tartare,

TRADUCTIONS. 3r3

marais éternels du Cocyte, et toi Létlié, fleuve si cher aux malheureux ^ emparez-vous d'une impie , et préparez-lui d'éternels tourmens ; accourez , monstres des mers , si dociles à ma voix , arrivez des antres profonds de Protée , entraînezmoi sous les ondes : et toi , père trop favorable à mon courroux, toi dont la cruauté inventive a couvert les rivages des membres d'Hippolyte, tourne sur un père coupable tous les coups que tu viens de porter à un fils calomnié. Où me cacher? les cieux, les enfers, les mers sont témoins de mon crime : où me cacher ? Et voilà pourquoi j'ai quitté les enfers! Un double deuil, un double assassinat m'attendait. Privé de mon fils et de mon épouse , je vais du même flambeau allumer deux bûchers. O mon libérateur ! ô Hercule! rends à Pluton sa victime, rends-moi aux mânes. En vain j'invoque la mort dont j'ai triomphé ; maintenant Thésée rassemble , surpasse les

cruautés des brigands que ta main a punis

Terre , ouvre-toi ; chaos , reçois-moi : laissez-moi rejoindre les ombres par un chemin permis ; je suis mon fils. Roi des mânes, ne crains rien de Thésée ; c'est mon fils que je cherche , c'est lui que je veux joindre dans l'éternelle demeure. Mais les dieux sont sourds : ils ne le seraient pas si mes vœux étaient criminels.

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