DE LA CI-DEVANT ACADÉMIE FRANÇAISE
A UlfE SEANCE PVBLIQUE DE LA 2^ CLASSE DE L INSTITUT, LE l3 AOUT i8o6.
Messieurs, ' 2 i-
Nous avons vu, en 1789, M. Barthélémy, déjà sur le déclin de son âge, et trop tard au gré de nos vœux, paraître pour la première fois au milieu de l'académie française; et certes il était loin alors de s'attendre à lui survivre ; mais aussi , quand il l'a pleurée avec tous les hommes de lettres , et , nous osons le dire , avec tous les hommes de bien, il pouvait encore moins prévoir qu'un jour viendrait où ce même corps dont
il avait reçu le dernier soupir lui rendrait les der-
^'"'j^'-' niers honneurs... Eh! qui m'aurait dit à moi,
. .♦•'.'»■»*•*.•** quand le sort m'a désigné pour recevoir parmi
■-; V-^ '''/\5 ,* nous un confrère si désiré, que je serais, après
.'-'f'^i^.^ ^ ^ » un si long intervalle, invité de nouveau par un
\\. ^» .* choix trop flatteur à solenniser sa mémoire? N'est-
,--{!^A ,»••«< •♦ ce pas ici l'occasion de nous rappeler les uns aux
-»^',«w'j^, autres ce vers touchant de Virgile, que tant de
v'.vï'* , voix sont prêtes à répéter?
*/ . '.•■? ,*'•.».** 0 Mœlibéeî un dieu nous a fait ces loisirs.
Y'/"-^*' « ' Maintenant, par où commencer, et comment
y^, . . *". •v-tf ^ ' ' finir en essayant de faire connaître tout le mérite
'y-'-.^i V-» ®t tous les mérites d'un homme dont la longue
** Ity».* .''j* ' ; et belle vie présente à la fois un cours d'étude et
'-'"^^^y**»*^ » ^® morale; d'un homrne dont notre France peut
. *.V',*V' tv '* s'enorgueillir, et dont le nom suffit pour ré- -i V*' '"^r %^ ■? • , ^ pondre aux détracteurs de son siècle ; d'un
^J^'f:"*'9^'t'' »* homme enfin que la science, suivant l'expression
î'r.-*»'»,*.\Y * d'un grand poète, await marqué pour sien ^ et
\:'-^ ^'^f^ * que l'antiquité recommande à la postérité? On '*u^. \ ''•^C ' me dira que la Renommée s'était d'avance occu-
i*Vv » **^.' • ' ' pée de mon travail, et que je n'ai eu qu'à écrire
'* 'J*. **Vy « sous sa dictée ; comme si tant de célébrité ne
'^^V -'^•*..-^ * devenait pas en même temps pour 1 orateur un
i 'i^\^X'' *' «écueil de plus! Je dois, en quelque sorte, expo-
.V..^" !;?*•.'♦•,• ser ici une image encore présente, et toujours
*.i'^ rV" * l chère à bien des mémoires, et je n'ignore pas corn-
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bien le sentiment est juge difficile en fait de re*^'^ semblance. Ce que je pourrais faire de mieux, ce serait de dire ce que chacun se dit avant moi , ce serait d'exprimer ce que chacun pense; je crois le lire ; mais comment le rendre? et mes jegards ne tombent en ce moment sur personne près de qui je ne me sente l'infériorité d'un traducteur.
Ajoutez à cela que , pour payer complètement ce tribut si mérité, on se verrait obligé, en suivant M. Barthélémy dans sa longue carrière, de s'y arrêter à chaque pas , car il n'en a point fait d'inutiles : dans tous les traits qui le caractérisent , on ne peut choisir qu'avec embarras , on ne peut laisser qu'avec regret ; aussi, en m'acquittant selon mes forces d'une tâche aussi douce que difficile, suis-je loin de penser que je la remplisse: j'ai connu M. Barthélémy, et je me connais ; mais au moins l'admiration et l'amitié me conseilleront ; ainsi le portrait de notre confrère , ou plutôt l'esquisse que je vais vous soumettre, présentera successivement deux parties dont la réunion compose tout l'homme ; son esprit et son cœur.