‹ Œuvres complètes de BoufflersChapitre 32 sur 44 · II · texte numérisé non relu

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héritier de ceux qui l'auraient précédé , transmettrait aux siècles qui le suivraient un plus riche patrimoine. Mais rien n'est comme il fut ni comme il sera, et tout ce qu'on admire est condamné à disparaître: la nature le veut ainsi; elle a besoin de tout, même de nos chefs-d'œuvre, pour en faire autre chose; les plus cruels fléaux servent à ses desseins impénétrables : il semble qu'elle ordonne aux tremblemens de terre, aux volcans , aux inondations , aux pestes , aux ravages de tout genre , de changer incessamment la face du monde; mais (qui le croirait? ) elle y emploie surtout les hommes , et jamais la faux du Temps n'est plus active qu'entre leurs mains ; voilà près de mille ans que des barbares s'étudient à briser les derniers fragmens des statues et des colonnes de la Grèce, tandis que le Vésuve, depuis dix-sept cents ans, conserve des villes intactes, et jusqu'à des manuscrits.

Aux grands désastres qui rendent les pays tout à coup méconnaissables succède d'ordinaire une plus funeste apathie; la misère suit la dévastation et produit l'abrutissement, qui se complaît dans l'insouciance : dès lors une ignorance générale étend un voile tous les jours plus vaste, tous les jours plus épais , sur les vestiges des temps meilleurs. Les générations abâtardies, également indifférentes et à la gloire de leurs ancêtres et à la félicité de leurs neveux , laissent tout finir , tout

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s'effacer, tout s'enfoncer dans le néant; elles y travaillent elles-mêmes , comme si elles craignaient jusqu'au moindre indice qui pourrait les accuser devant les races futures. Hélas! ces tristes lacunes tiennent malheureusement trop de place dans les annales du monde, et les beaux momens sont trop fugitifs ! Que de siècles barbares contre un siècle poli ! et combien , pour l'esprit humain , les nuits sont plus longues que les jours !

Ce n'est donc que de loin en loin , et dans les intervalles lucides des nations , qu'on voit paraître des Hérodote, des Varron, des Spanheim et des Barthélémy. Alors les esprits , réveillés de leur longue léthargie, essaient de ramasser les débris de leur ancienne fortune, de relire les titres de leur gloire, de plonger, pour ainsi dire, dans le Léthé, pour ravir quelque proie, sinon à la mort, au moins à l'oubli, cette seconde mort que les grandes âmes craignent plus que la première.

On s'est quelquefois permis d'accuser ce genre de travail de porter sur des objets dont peu de personnes peuvent sentir l'importance ; on a pensé qu'il entraînait dans des conjectures, des discussions, des recherches, où la réflexion ne s'engage qu'avec inquiétude, où l'on fatigue plus son esprit qu'on ne l'exerce, et sans rien entrevoir au premier aperçu qui promette assez d'avantages ou assez de gloire pour payer tant de veilles. Mais honneur à la science que la futilité seule ose trouva.

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ver futile ! Ma première réponse à ces vagues objections serait de nommer Barthélémy et les savans qui marchent aujourd'hui avec tant d'honneur sur ses traces. J'ajouterai que toute étude est bonne, parce que c'est déjà un grand pas de fait vers la vérité que de la chercher. Il y a des vérités partout ; heureux qui en trouve ! Une vérité isolée peut d'abord paraître inutile ; mais il n'y en a point d'indifférentes , et chacune tient à une grande famille où elle vous introduit. La pensée de l'homme a besoin de chercher et de trouver; le présent est trop étroit pour elle, l'avenir est trop obscur; elle se plaît souvent à errer dans le passé : il est pour elle, ainsi que l'avenir, une région sans limites ; on n'y voyage à la vérité que dans la nuit , mais cette nuit n'est pas sans étoiles, mais la région a été habitée , mais on y peut apercevoir quelques traces de ceux qui l'ont parcourue; on peut en reconnaître quelques-unes à la clarté douteuse qui les montre, inventer quelques moyens de les interroger, et vivre en quelque sorte dans d'autres âges, ne fût-ce quelquefois que pour nous dérober à nos contemporains. Et, si de pareilles recherches étaient si peu intéressantes , pourquoi n'auraient - elles jamais été plus en honneur que dans les siècles les plus instruits? Il en arrive apparemment des trésors de la pensée comme des autres; l'on en devient plus avide à mesure qu'on est plus riche ; et c'est

quand l'intelligence a la vue plus perçante, quand l'imagination se sent de plus grandes ailes, que toutes deux s'engagent avec le plus d'audace dans ces romanesques aventures. Aussi voyez l'activité toujours croissante des esprits qui s'y dévouent; voyez comme, de tous les points du globe, ces éclaireurs de l'antiquité s'avertissent de ce qu'ils ont aperçu , se font part de ce qu'ils ont recueilli, voyez l'ordre et l'assortissement qu'ils sont parvenus à mettre entre toutes les pièces de cet immense butin ; voyez comme, de proche en proche , une découverte reflète sur une autre un jour qui l'éclaircit , et qui de là , se répandant au loin alentour, assure la marche de l'archéologue, en prêtant à chaque instant une vraisemblance de plus à ses conjectures. A quel point M. Barthélémy ne l'a-til point portée cette espèce de divination qui consulte tout, qui entend tout, qui supplée à tout! 11 ne lui faut qu'une partie pour concevoir un ensemble , qu'un point pour reconnaître une lettre, que cette lettre pour rappeler un mot, que ce mot souvent pour recomposer plusieurs lignes, et que ces lignes quelquefois pour faire revivre des faits et des vérités auxquelles il ne restait que cette chance improbable pour reparaître dans la mémoire des hommes.

Méditez sur ces merveilles qui en facilitent , qui en présagent de plus étonnantes encore, et vous serez tentés de croire que, pour ces êtres

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extraordinaires , le temps rebrousse chemin , et que le passé se rapproche d'eux à chaque pas qu'ils font vers l'avenir.

Cependant ces vastes excursions de la pensée exigent de grands préparatifs et d'immenses provisions; et, si nous en jugeons par M. Barthélémy, ainsi que par ses successeurs, à combien de sciences , à combien d'arts ne faut-il pas avoir été initié pour mériter d'être compté seulement dans les derniers rangs de ce corps d'élite! Tous les historiens, depuis les plus fameux jusqu'aux plus ignorés , on doit les avoir lus , médités , comparés, et mis, pour ainsi dire, aux prises les uns avec les autres ; encore doit-on rendre grâce au hasard si , à force d'observer ce qui échappe le plus à l'attention des autres lecteurs, on est parvenu à tirer quelque lumière de beaucoup de fumée, quelques vérités de beaucoup de mensonges, et surtout quelque intérêt de beaucoup d'ennui!

Notre observateur avancerait peu dans ses recherches, si à toutes ses lectures il ne joignait la connaissance des médailles anciennes , qu'on peut regarder comme les sceaux de l'histoire; car on est fondé à penser qu'au moment où elles ont été frappées, les faits qu'elles annoncent étaient récens, et les portraits qu'elles représentent ressemblans; et, à tout prendre , on doit plus croire encore aux médailles qu'aux livres, parce qu'il paraît plus aisé de mentir sur le papier que sur

le bronze. Cette étude , convenons-en , offre une double difficulté , en ce qu'elle est à la fois immense et minutieuse; mais aussi combien d'attraits elle a pour l'esprit ! et, sans parler des lumières qu'elle donne, comment pourrait-on voir indifféremment tous ces nobles personnages dont tant de siècles nous séparent, et qui tous ambitionnaient les regards de la postérité?

L'antiquaire , en lisant l'histoire , cherchera sur la géographie actuelle de chacune des contrées où son esprit s'arrête l'ancienne géographie de cette contrée, ou, pour mieux dire, cette collection de cartes géographiques que les siècles y ont vues faire place les unes aux autres, soumises, comme tout le reste, à cette immuable loi de changement qui déplace tout ce qui peut être déplacé, et qui, en cela même, est si bien servie par l'instabilité des hommes.

Pour voyager avec fruit il faut entendre la langue de ceux qu'on se propose de visiter. L'amateur des anciens se sera donc, à l'exemple de notre confrère, attaché particulièrement à l'étude des langues mortes : mais ce serait peu pour lui d'en posséder le vocabulaire, la grammaire, et même les élégances; il faut encore qu'il étudie l'histoire de ces langues , qu'il les suive dans leurs phases , qu'il sache distinguer les dialectes , les locutions , les caractères, les orthographes, les formules qui ont appartenu à telle ou telle division ou à telle ou

telle époque des pays qu'il observe , et qu'il reconnaisse, pour ainsi dire, les provinces à leur accent, et les siècles à leur écriture.

Les religions successives de ces peuples évanouis , leurs liaisons politiques ou commerciales , leurs législations , leurs mœurs , leurs usages , leurs costumes, et jusqu'à leur mode (car l'empire de la mode est, je crois, aussi ancien et aussi vaste que le monde); tous ces objets, dis-je, fixeront l'attention de l'antiquaire; sans quoi l'antiquité n'aurait laissé après elle que des énigmes dont elle aurait gardé les mots.

Que dirons-nous maintenant de l'architecture, ce faisceau de tous les arts , cette science qui se compose de tant d'autres , et qui varie aussi dans ses principes , ainsi que dans ses formes , suivant les temps et les lieux? Ce ne sont point des dessins corrects , des profils , des élévations , des perspectives, des plans en relief, qui sont présentés à l'antiquaire : c'est par des vestiges douteux, des ruines informes, des débris de débris, que souvent il lui faut juger des plus magnifiques édifices ; c'est au milieu des bouleversemens qui les ont dispersés; c'est sous les attérissemens qui les couvrent, qu'il en recherchera les mesures, l'ordonnance, la disposition , la décoration et la première beauté ; c'est de la poudre de la destruction , c'est des ténèbres de l'ignorance que son génie fera renaître aux yeux de la pensée ces monumens dont nos

plus grands artistes s'effraient à force de les admirer; chefs-d'œuvre énormes et finis qui sembleraient attester des arts plus avancés alors qu'on ne les a vus depuis, des conceptions plus vastes, des calculs plus hardis, des procédés plus sûrs, enfin, que sais-je, des bras plus forts , et en même temps des mains plus délicates. Mais ne nous décourageons point , nous autres Français surtout , à la vue de ces triomphes des anciens ; celui qui nous a fait effacer leurs exploits saura aussi nous faire surpasser leurs travaux.

Hé bien, ce rassemblement, aussi effrayant qu'incomplet, des élémens dont se compose le véritable mérite d'un antiquaire, çst une faible esquisse de l'érudition, des connaissances et des travaux de M. Barthélémy. Si l'on veut lire attentivement et ses mémoires à l'académie des inscriptions, et ses dissertations, insérées dans le Journal des savans , et plusieurs observations ajoutées à divers ouvrages de ses confrères , et ce qui r«ste d'une correspondance soutenue pendant plus de cinquante ans avec tous les hommes de l'Europe les plus versés dans ce genre d'étude, on verra que chaque page , chaque ligne de ces écrits, ont nécessité la lecture, l'analyse, la confrontation de plusieurs volumes. Passons maintenant à toutes les langues vivantes et mortes qu'il a dû se rendre familières; joignons-y ces idiomes qu'on ne savait pas même avoir jamais existé, et

dont il ne restait de vestiges que sur quelques éclats de pierres brisées. Ces caractères , étrangers à toute autre écriture, étaient devenus le sujet d'un défi entre tous les savans de l'Europe, qui jusque-là n'avaient pas même osé hasarder une conjecture, lorsqu'au grand étonnement du monde lettré, M. Barthélémy en présente à la fois l'alphabet et l'explication. C'est ainsi qu'un autre de nos confrères , dont je ménage la modestie , frappé de quelques débris d'ossemens qui ne pouvaient appartenir à aucune classe connue du règne animal , a su les rapprocher , les assortir les uns aux autres, et que, jeune encore, il est parvenu à reconstruire on^e espèces disparues de notre globe , rétablissant, pour ainsi dire, de sa main, sur le tableau de la création , ce que le temps avait essayé d'en effacer.

Je me rappelle encore avec admiration ces renseignemens précis , ces détails presque minutieux que M. Barthélémy avait su recueillir sur l'ancienne géographie , l'ancienne topographie , et même les anciens aspects de ces contrées fameuses où il n'avait jamais porté ses pas, mais où sa rêverie se plaisait. De pareilles connaissances feraient honneur à qui les rassemblerait sur le pays qu'il habite , et pourraient même faire soupçonner notre savant d'avoir moins besoin de guide autour d'Athènes ou de Lacédémone que dans les environs de Paris.

Plus d'une fois en Italie, dans des terrains où les regards de ses compagnons auraient à peine aperçu des traces de ruines sous les herbes et les broussailles qui les couvraient , on l'a vu s'arrêter tout à coup, et reconnaître, comme par ressouvenir, des camps, des temples, des cirques, des hippodromes , des édifices publics ou particuliers ; en sorte que, conversant intérieurement avec les illustres mânes qui semblent toujours errer autour de la capitale du vieux monde, on l'eût pris pour un citoyen de l'ancienne Rome voyageant dans la moderne.

Parlerai -je de ce tact exercé en peinture, en sculpture , en gravure ; de cet œil de lynx qui portait la lumière sur tout ce qu'il observait? Un trait jusqu'alors inaperçu par tous les connaisseurs, un reste de signe effacé pour tout autre, lui indiquait le sujet, l'époque, la raison d'un monument, et jusqu'au nom de l'artiste; vous eussiez dit que le génie invisible de l'antiquité , à l'exemple du démon de Socrate, le suivait partout, et n'avait point de secrets pour lui.

Voilà certes une longue liste de titres , sinon à notre reconnaissance, au moins à notre admiration ; il me serait aisé d'y ajouter sans doute; mais, eji y ajoutant, je serais toujours sur d'en oublier; et, pour en donner la preuve, je n'ai point encore parlé d'environ quatre cent mille

médailles ', qui toutes ont passé par ses mains, toutes examinées rfe l'œil de la science , toutes pesées au poids du sanctuaire , toutes appréciées suivant le triple tarif de l'authenticité , de l'importance et de la rareté.... Quatre cent mille médailles! Il semble voir le contrôle et les signalelemens de l'armée de Darius, ou de cette vaste multitude d'ennemis qui , des confins de l'Europe , accouraient naguère à notre perte, et que notre armée, portée sur des ailes d'aigle, a moissonnés au lieu de les compter. '

Tant de travaux , et ceux dont ils sont le résultat, ne semblent-ils pas exiger les siècles d'un patriarche du premier âge du monde, au lieu des années d'un de nos contemporains? Que M. Barthélémy paraît jeune en comparaison de ce qu'il a fait ! Il prouvait du moins une grande vérité, encore plus évidemment démontrée par de récens prodiges; c'est que l'emploi des momens les multiplie; c'est que l'activité trouve plus que des jours dans des heures ; c'est que ceux qui ont mesuré la vitesse de la lumière n'ont point encore calculé tout le chemin que peut faire l'esprit dans un temps donné.

I . A toutes ces médailles il faut en ajouter une que M.«Barthé!emy ne connaissait pas ; c'est la sienne : on peut se la procurer,à l'Hôtel de la Monnaie , et sans doute elle fera autant de plaisir à ceux qui la verront qu'elle fait d'honneur à l'artiste qui l'a gravée , M. Dumarcst , membre de l'Institut.

On serait tenté de croire que les hommes qui amassent le plus de matériaux ne sont pas ceux qui les mettent le mieux en œuvre. Et en effet, ce n'est point dans les travaux des carrières de Paros qu'on aurait espéré trouver un Praxitèlç; mais Anacharsis fera changer d'opinion.

Sans doute , il n'est personne ici qui n'ait lu , qui n'ait relu avec transport ce livre dont chaque page nous instruit, dont chaque ligne nous intéresse; ce livre où notre admiration, continuellement excitée , hésite entre la conception et l'exécution, l'ensemble et les détails, le dessin et le coloris. Jamais peut-être le savoir et le talent, jamais l'exactitude et la grâce ne s'étaient montrés dans un aussi aimable accord, et n'avaient produit un aussi heureux effet. Que de choses, ou qu'on ne savait pas , ou qu'on n'avait pas encore si bien sues, qui se tiennent, qui se lient, qui témoignent les unes pour les autres, qui s'éclaircissent réciproquement , et qui s'entr'aident à plaire ! Un rayon de soleil a dardé sur l'ancienne Grèce; il a dissipé soudain le nuage ténébreux qui la couvrait, et vous invite à la parcourir. Quel délice de revoir dans leur ancienne fraîcheur, et les ombrages du Tégète, et les bords du Pénée, et les vallées de l'Hémus, et l'Attique, et l'Élide, et l'Argolide, et la Messénie, et l'Achaie, et tant de contrées autrefois superbes , autrefois délicieuses , qui , sous le sceptre de l'ignorance, le plus horrible des

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fléaux , ont perdu leurs ornemens , ont. perdu leurs charmes, mais sur qui luira toujours au loin la gloire de leurs immortels habitans, comme pour annoncer au monde que l'esprit survit à la matière! On aimerait à se promener, que dis-je? on se promène à son aise dans ces belles habitations des Grecs avec un interprète, ou plutôt un ami toujours prêt à satisfaire votre curiosité. A chaque station, vous observerez ensemble d'autres lois, d'autres mœurs, d'autres intérêts, d'autres préjugés. Athéniens, Spartiates, Thébains, Corinthiens, Macédoniens, Sybarites, passeront en revue sous vos yeux; temples, théâtres, lycées, bibliothèques, archives, gymnases, ports, arsenaux, vous seront ouverts; vous assisterez à toutes les solennités des Grecs , à leurs fêtes , à leurs spectacles, à leurs jeux, à leurs courses, à leurs combats. Admis dans l'intérieur des maisons qu'il vous plaira de choisir, chacun vous prendra bientôt pour confident; et ne vous en étonnez pas, car presque partout on se cache plus du voisin que de l'inconnu. Les personnages de tout rang, de toute profession, commerçans ou guerriers, prêtres ou magistrats, répondront à vos moindres questions ; pas un artiste qui ne brigue votre suffrage; pas un peintre, pas un sculpteur qui ne vous appellent dans leurs ateliers. Vous verrez Polyclète divinisant le marbre, et Pamphile corrigeant les premiers traits de crayon du jeune

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Apelle. Désirez-vous aussi connaître ceux qui ont excellé dans les travaux de l'esprit? là, comme ailleurs, les auteurs ne demanderont pas mieux que de vous lire leurs ouvrages; ils se persuadent tous que les applaudissemens de l'étranger portent d'avance leurs noms au-delà des bornes de leur patrie, et ce sont pour eux des arrhes de célébrité. Vous rencontrerez tantôt un rhéteur, tantôt un grammairien, un critique ou un rhapsode, et vous ne pourrez pas leur refuser votre attention; plus loin, vous entendrez des sophistes, des gymnosophistes, des hiérophantes, exposer chacun leur système, attaquer ceux de ses rivaux, et se livrer entre eux des combats philosophiques, où chacun frappe si bien et se défend si mal, qu'il ne reste personne debout.

Mais vous préférez sans doute l'honorable familiarité des vrais philosophes , des héros et des sages. Réjouissez-vous; Platon, Xénophon, Épamiuondas , Phocion , vous recevront dans leurs saintes demeures, et vous prouveront, à mesure que vous les connaîtrez mieux, tout ce qu'un homme peut laisser d'intervalle entre lui et le reste du genre humain. L'illusion est complète; vous*étes chez les Grecs , vous les voyez , non tels qu'ils sont, mais tels qu'ils étaient; vous les reconnaissez à leur esprit, à leur grâce, à leur instruction, à leur politesse, à toutes leurs manières, et presque à leur accent; car, même en

vous parlant votre langage, ils conservent toujours

l'harmonie du leur.

Tel est le prestige dont on ne peut se défendre en lisant ce chef-d'œuvre : ce n'est point un roman, car tout est vrai; ce n'est point un poème, car tout est sage; ce n'est point une histoire, car tout se montre à la fois; c'est un tableau peint avec les choses mêmes, une mosaïque d'un nouveau genre, où le sujet a fourni de quoi éterniser son image. Disons mieux; on rêve la Grèce : un songe nous la montre; songe bienfaisant que le ciel nous envoyait dans des temps d'agitations et d'alarmes où nous en avions trop besoin. En effet, nous nous en souvenons tous, quand cet ouvrage, si long-temps attendu , parut enfin , une fermentation secrète agitait déjà cet empire : le volcan ne lançait point encore ses flammes, le sol ne tremblait point encore ; mais des mugissemens souterrains imprimaient partout la terreur et nous annonçaient une grande catastrophe.... Anacharsis paraît; et chacun de nous, pour un moment du moins, distrait de ses craintes, de ses projets, de ses affaires, de ses querelles même, a pu se croire transporté loin de son pays et de son temps. Le voyageur scythe, attirant et fixant sur lui tobs les regards , établissait en quelque sorte un armistice au milieu de nos guerres intestines. Tous les partis réunis, sans s'en apercevoir, par un égal enthousiasme , avaient comme abandonné la

France pour se reposer en Grèce ; on voulait aussi avoir vécu , ne fut-ce qu'un jour , dans l'heureuse Arcadie.

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