II
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Non, s'il vous plaît. Et si vous alliez en avoir besoin dans la route, et que je vous en eusse privé! cette idée-là seule lui ferait perdre auprès de moi toute sa vertu. — Non, dit le comte, il vous a fait (\u bien; je le tiens quitte du reste : permettezmoi seulement de renvoyer chez moi un trèsaimable compagnon de voyage, mais dont je doute que vous puissiez tirer grand parti. — Comment cela? — Parce que je crains qu'il ne parle pas votre langue.- — De qui parlez-vous? dit la comtesse.— De Virgile, dit le comte en montrant un petit Elzévir qui se trouvait dans la cassette : j'en ai été charmé jusqu'à présent; mais j'ai peur après ceci , ajouta-t-il avec un regard qui expliquait parfaitement sa pensée, qu'il ne me trouve beaucoup moins d'attention. — Marraine, dit Martine en les interrompant, voilà les ouvriers qui disent qu'ils ont fini , et qui viennent vous demander pour boire. — Mais l'ouvrage est-il vraiment fini? répond la comtesse; est-il bien fait? puis-je partir en sûreté? qu'en pensez-vous, M. le comte? et puis le ressort en question est-il remplacé ? — Non , j'ai déjà eu l'honneur de vous dire qu'il ne pourrait l'être que demain ou après. Cependant, pour obéir à votre impatience, on y a suppléé, du mieux qu'on a pu, avec une forte pièce de bois que nous avons adaptée à la soupente, et qui soutiendra la voiture de reste, mais qui la rendra un peu plus rude. — Plus rude! monsieur, ah!
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voilà précisément tout ce que je crains; iîînsi, attendons le ressort. — Je n'osais vous le proposer, dit le comte, de peur de vous paraître un conseiller intéressé. — D'ailleurs, ajouta-t-elle, j'avais la fièvre hier; et malgré toute la science de mon Esculape, elle pourrait revenir demain. — Madame, il le craint lui-même; et s'il avait quelque autorité sur vous, il ne vous permettrait certainement pas de rien brusquer. — D'un autre côté , ce qui me presse encore de partir, c'est que je vous arrête. — Rassurez-vous, madame; il y a telle personne qui pourrait m'arréter toute la vie. — Aussi bien j'ai un jugement un peiî hasardé à vous faire expier. — Hasardé? reprend-il, et à propos de quoi? — A propos de ce compagnon de voyage, dit-elle en montrant le Virgile, dont vous croyez que je ne pourrais tirer aucun parti. — Ah! madame, pardonnez si, au premier coup d'œil, je vous avais prise pour une femme. — Qu'entendez-vous par là, s'il vous plaît?— Oui, pour une personne charmante; mais auprès de qui mon ami perdrait son latin. — Voulez-vous, puisque vous me condamnez à garder la chambre, que nous prenions votre ami en tiers, et que nous en lisions quelque chose ensemble ? »
Là-dessus elle ouvre le Virgile au hasard, et tombe précisément sur le quatrième livre de l'Enéide. Ah ! dit-eile, c'est ici que les femmes apprennent à se défier des hommes. — Effective-
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ment, dit le comte, nous devons tons rougir pour Énée; mais tout le monde n'a pas de si grandes affaires , ou du moins il faut espérer que les dieux ne se mêlent point des affaires de tout le monde.
— Vous êtes étonné de ma science; mais sachez que ce qui m'a fait apprendre le latin , c'est que je ne pouvais pas supporter de lire Virgile en français. Quelle honte pour la France que le plus parfait des poètes n'ait eu jusqu'à présent que d'aussi pitoyahlcs traducteurs ! — En effet , dit le comte, il a toujours été en mauvaises mains jusqu'à l'abbé Desfoutaines. — Inclusivement, ajoute la comtesse ; comment vouli^-vous qu'un pédant comprenne un poète? — Eh bien! soyez contente, il lui naît un vengeur comme pour sa Di-
don ; et tel que vous me voyez — Comment!
serait-ce vous qui vous chargeriez de l'entreprise?
— Hélas! tant de gloire ne m'appartient point; mais je m'en repose sur un bon camarade de classe que j'avais au collège de la Marche, à Paris, l'année d'avant Mahon, un petit Auvergnat qui, à quinze ans, est devenu amoureux de la poésie de Virgile. — Un amoureux de quinze ans! c'est un peu jeune pour les muses. — Jusqu'à présent c'est le plus favorisé. Déjà tout le pays latin le voyait d'un œil d'envie ; on aurait dit que Virgile lui-même l'avait déclaré son héritier. — Alors il sera bien riche. — Ce qui le prouverait, c'est qu'il est impossible de lire de suite quelques vers de
Vun comme de l'autre , sur le sujet le plus indifférent en apparence, sans être étonné de l'émotion qu'on éprouve. — II faut donc que votre petit Virgile en herbe soit né aussi tendre que spirituel , aussi bon que fin ? — Eh bien î quand il aurait été au couvent avec vous, au lieu d'être au collège avec moi, vous ne le définiriez pas mieux. — Il faut convenir, dit la comtesse, que l'esprit et la sensibilité sont deux beaux présens du ciel; sans cela point de poètes. — S'il fallait opter, dit le comte, lequel choisiriez - vous ? — Il suffirait d'avoir de l'esprit, dit la comtesse, pour ne pas préférer l'esprit : l'autre me paraît d'une nature bien supérieure; et ne trouvez-vous pas, comme moi, que le sentiment est comme l'ame de la pensée?
Après la découverte intéressante qui vient d'être faite des deux côtés, qu'un homme du grand monde et une très-belle dame peuvent quelquefois être dispensés d'ignorance, on commence à se regarder avec d'autres yeux : ce n>st pas que ces yeuxlà ne fussent déjà suffisamment prévenus; mais toute prévention triomphe quand elle se voit justifiée, et redouble quand elle triomphe. La connaissance devient donc, je ne dis pas de jour en jour, mais d'heure en heure, plus intime; et quoiqu'on n'en fasse pas tout-à-fait autant pour l'amour du latin que pour l'amour du grec, chacim remercie en secret Virgile du service qu'il
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rend à tous les deux. Cependant l'heure de la retraite arrive; et notre belle enrhumée , après avoir pris son thé , congédie son répétiteur , et se couche à peu près résignée à tout ce qui pourra l'empêcher de se remettre en marche le lendemain.
« Marraine, dit Martine, en réveillant sa maîtresse vers neuf heures du matin, venez voir notre voiture par la fenêtre; comme ça vous est bien raccommodé : le ressort est arrivé ; il n'y paraît plus. — Et not' bon monsieur, qui vous est toujours là! Quoi! depuis la pointe du jour! ah dame! on voit comme il vous aime, celui-là, et comme il a bien envie que vous partiez, et bien vite encore; car il vous a fait graisser les quatre roues pour que ça vous roule mieux. — Taisez-vous, petite imbécille, dit la dame avec impatience, et allez l'avertir. » Il arrive et rend compte de son travail; on le remercie, avec moins de vivacité, moins de franchise que la veille, et d'un ton un peu plus dolent. «Vous porteriez-vous moins bien? dit le comte. — Je ne sais, mais le ciel se couvre^ l'air est refroidi; je suis si sensible aux changemensde temps!... et après être restée, comme j'ai fait, trois ou quatre jours sans sortir, je ne sais pas si je ferais bien de me hasarder. Vous riez , vous me trouvez sûrement bien timide? — Vous ne le serez jamais autant qu'on le serait pour vous, reprend le comte ; peut-être même auprès de vous, ajouîa-t-il en baissant la voix. — Et puis (continue
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la dame, comme si elle n'y avait pas pris garde) ces glaces cassées , qui vont m'ex poser à tous les les vents, enrhumée comme je Tétais encore hier, toujours, dit-elle, avec une petite toux qui venait, je crois, du cœur. — Oh! pour ça, dit Martine, les glaces ont été raccommodées avec du papier, si vrai, que c'est mademoiselle Katel qui les a collées elle-même comme des images. — Ce sera de joli ouvrage, dit madame de Blumm en haussant les épaules. — Eh pardi! marraine, puisque c'était ni plus ni moins que M. le comte qui lui montrait à le faire. — Je ne sais pourquoi elle m'ennuie, cette petite personne. — Ah! marraine, elle est pourtant bien gentille! et puis si vous aviez vu comme elle vous travaillait de bon cœur, comme elle vous regardait toujours M. le comte, pour bien examiner s'il était content; comme elle lui demandait souvent, avec sa petite voix toute douce, fais-je-t'y bien? et puis comme elle se dépéchait pour que vous puissiez partir tout de suite. — Elle est donc bien pressée? mais elle me lionnera au moins encore un jour, car je sens que j'en ai besoin; et puis des glaces rapetassées avec du papier, cela ne tiendra pas, et moi les vents coulis sont ma mort. — Comment donc que nous allons faire, dit Martine, pour arriver à la noce? — Encore de vos niaiseries , mademoiselle? M. le comte, je rougis d'être si peureuse et si importune; mais vous encouragez toutes mes fai-
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blesses en vous y prêtant. — Commandez, madame, vos ordres n'ont pas besoin de préambules. — Serait-il donc impossible de me faire venir trois bonnes glaces qui me garantissent parfaitement? Cela doit se trouver dans quelque ville à portée ; et vous qui avez déjà tant de connaissances dans le pays.... » Le comte, au lieu de répondre, va prendre les mesures des glaces à remplacer; il expédie , l'instant d'après, le petit chariot qui doit les rapporter, et revient presque aussitôt ayant à peine laissé à la comtesse le temps de bien gronder Martine.
Voilà donc encore un jour, dirons -nous, de perdu ou de gagné! qu'en fera-t-on? On reprend Virgile, toujours plus ravissant à relire qu'à lire; on suit Enée et Didon dans leurs amours, si brûlans d'un côté, si froids de l'autre; on les suit
même à la chasse, même dans la grotte fatale
Mais on voit ensuite arriver Mercure ; et quoique pour des amans il ne soit pas d'ordinaire im trouble-féte, le livre tombe des mains de la comtesse. « En voilà donc assez pour aujourd'hui, dit le comte, ainsi laissons là Virgile. — Point, lui dit la comtesse, mais son héros. Je ne saurais supporter l'idée d'une femme aussi malheureuse et aussi aimable, et encore moins celle d'un amant aussi aimé, aussi froid, aussi ingrat ; je ne sais , mais cela me donne le frisson. »
Iai comte prenait de tout ce qu'il entendait ce
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qui lui en revenait; et devenu de moment en moment plus confiant : « Si vous vouliez d'autres livres, dit -il, il y a ici près une grande bibliothèque, dont le bourguemestrc m'a laissé la disposition; mais, par malheur, le jour commence à baisser, en sorte que nous ne pourrions en profiter que demain, et demain, dit-il d*un ton léger... — Eh bien! demain, répond la comtesse, pourquoi pas? — Oui, mais si les glaces arrivaient dans la nuit. — Ah î si elles arrivaient , il faudrait partir. — Vous en brûlez d'envie, disaitil avec un regard qui semblait demander si cela était bien vrai. — Le voyez-vous sur mon visage ? répond-elle en souriant. — Au moins je tâche de ne pas l'y voir; ahl si.... Je n'en vais pas moins donner un coup d'œil à nos travaux , pour que tout soit prêt comme vous le désirez , et qu'il n'y ait plus , s'il est possible , que votre volonté qui
vous arrête ; et alors je vous proposerais —
Quoi? de partir peut-être. Y pensez-vous? dans l'état où je suis. — C'est bien votre médecin qui vous conseillerait une pareille imprudence ! non , mais pour essayer vos forces. — Eh bien ! — Nous tenterions une petite partie de promenade , d'autant plus que tous les gens et tous les chevaux (lu château sont à mes ordres. — Voilà qui serait bien fait pour me tenter; mais... — Mais vous êtes si pressée, n'est-ce pas? —Encore le même relrî#in ; on dirait que vous le désirez. — Allons ,
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je vais dire à la petite bourgiiemestre. — (Cette petite demoiselle-là me donne le cauchemar). — Je lui dirai donc que si vous n'êtes point partie demain matin , on vienne vous prendre en calèche ; mais bon ! vous êtes si pressée , répète-t-il encore d'un ton plus gai, pour ne pas dire plus leste, et avec l'air de chercher , ou plutôt avec l'espoir de trouver dans les yeux de la comtesse une réponse favorable. Néanmoins à cette seconde réponse elle parut ou crut devoir paraître un tant soit peu plus sérieuse. Le comte, aussi attentif aux plus imperceptibles variations de cette charmante physionomie qu'il aurait pu l'être à chaque ligne du livre de sa destinée , eut peur d'avoir poussé la plaisanterie un peu loin ; il pensait que la dame devait avoir trouvé dans son air , dans son ton , dans ses manières , je ne sais quoi d'avantageux, de sûr de son fait, que les dames les mieux disposées ne pardonnent que bien difficilement ; il en est comme d'un vaisseau qu'on risque de submerger par le vent le plus favorable en déployant trop de voiles. Voilà donc ce pauvre comte occupé , sans qu'il y paraisse , à repasser dans sa mémoire jusqu'au moindre mot , au moindre signe, à la moindre raine qui aurait pu scandaliser la bonne comtesse. Il se la représente aussi sévère qu'il l'a vue facile jusque-là; il se fait des monstres de tout, il craint tout; car il n'y a pas de conscience plus timorée que celle d'une jras-
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sion naissante, et l'amour vit de scrupules en attendant mieux ; enfin que faire? continuer sur le même ton, serait trop hasarder; changer de ton, serait s'accuser ; entrer en eltplication , serait une gaucherie, et il n'y a rien de pis ; l'amour gauche est un sot enfant. Le comte jugea donc que le meilleur parti était d'avoir l'air de ne s'être aperçu de rien , de prendre bien respectueusement congé de la dame , et d'aller comme à l'accoutumée veiller au travail de la voiture.
La comtesse, de son côté, ne laissait pas que d'avoir ses petits remords des airs légers de M. de Gluksleben ; elle sentait bien au fond du cœur qu'elle les lui pardonnait, mais elle ne savait pas trop si elle devait se les pardonner elle-même. Le comte avait pris des manières un peu plus gaies, un ton un peu plus confiant sans doute ; mais de temps en temps un doux sourire , un doux regard , une douce parole ne l'y avaient-ils point autorisé ? n'a-t-il pas vu clairement qu'il pouvait se le permettre , et ne doit-on pas même lui savoir gré des limites qu'il n'a point dépassées? Cependant le comte aura pu la croire coquette ; mais elle sent bien qu'elle ne l'est pas, car la coquetterie n'est pas tendre. La coquetterie, avec Tair de se laisser aller, sait très-bien se maîtriser elle-même ; et voilà ce que notre chère comtesse ne sait pas , du moins aussi bien qu'elle le voudrait. Mais que pensera le comte de ce changement de ton, de cette froi-
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deur affectée à la fin de la conversation?... n'estce pas de quoi le refroidir par la suite?.... et quelle triste récompense de tant d'empressemens , de tant de soins ! D'ailletirs pourquoi vouloir donner tant d'importance à ce qui n'en peut avoir aucune? c'est vraiment là de la pruderie. Ah! si le comte pouvait lire dans son ame, il verrait combien on est loin d'être une prude.
Voilà comme l'excellente personne se querellait en quelque sorte elle-même, et s'accusait pour excuser. Pendant qu'elle est ainsi livrée à toutes les oscillations d'un esprit hors de son assiette , la bonne et joyeuse Martine rentre en sautant , en riant comme à son ordinaire , et la comtesse , qui ne savait sur qui passer son humeur, s'en prend à la pauvre fille.... « En vérité, mademoiselle. — Tiens , moi ! une demoiselle , à c'te heure ! — Non, je ne ris pas, vous êtes si folle, si indiscrète, que j'en rougis toujours. — Mais d'où donc ça vient ça, ma bonne marraine; car je m'en suis déjà bien aperçue, surtout quand M. le comte est là; et même à présent que je l'ai nommé, v'ià encore madame qui rougit ; comme si ce n'était pas un beau monsieur, et bien honnête encore, et bien aimable encore , et qui aime bien ma maîtresse encore? — Quand je dis que je rougis, c'est pour vous, mademoiselle. — Oh! que non, madame, c'est ben pour lui; car v'ià qui vient de plus fort en plus fort. — La petite sotte! vous ré^
pétez dc\aiit lui tous les propos en l'air qu'il a pu tenir en arrière de moi ; vous arrangez tout cela à votre manière; vous lui prêtez votre langage, et Dieu sait encore s'il y a un mot de vrai dans tout ce que vous dites. — Ah! madame, que je sois ime menteuse , si je mens ! moi , mentir ! et a ma marraine encore ! il n'y a pas un vilain péché que je n'aimerais mieux faire que celui-là. — Heureusement, dit la comtesse en haussant les épaules , que c'est à moi qu'elle parle. — Ah ! si vous saviez ! — Quoi ? — Mais il ne faut pas le dire. — A la bonne heure. — J'ai été ce malin dans la chambre de M. le comte. — Comment dans sa chambre ! fi donc! fi, mademoiselle! comme vous avez été élevée ! — O madame ! il n'y était pas. — C'est presque encore plus mal. — Effectivement, j'aurais mieux aimé qu'il y soit; mais j'ai trouvé du moins une belle feuille de papier qu'il avait commencé d'écrire avant de monter à cheval; car c't homme-là il sait tout; il vous écrit comme un maître d'école ; t'nez , regardez plutôt. — Fi donc î encore une fois , c'est très-vilain ce que vous avez fait là, je ne ris pas, mademoiselle, entendez-vous? c'est une mauvaise action; regarder dans les papiers de quelqu'un , les détourner, les lire !... — Oh! pour ce qui est de ça, madame, soyez bien sûre que je n'ai rien lu,puisqtie je ne sais lire que dans le moulé. — N'importe, l'action est toujours mauvaise; allez bien vite re-
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porter cela où vous l'avez pris, et prenez bien garde seulement qu'on ne vous voie en y entrant; voilà qui vous montre ce que c'est qu'une mauvaise action, puisqu'il faut se cacher même pour la réparer. Mais non, continua-t-elle, après un moment de réflexion , vous feriez encore quelque étourderie ; laissez plutôt cela ici, et allez bien regarder partout pour voir si vous pouvez remettre le papier sans qu'on le voie; allez, et regardez bien. Fi ! que je serais honteuse ! »
Des esprits malins pourraient soupçonner que la morale de notre aimable prêcheuse sur le chapitre de la curiosité était particulièrement destinée à l'usage de sa femme de chambre; car, dès que Martine a eu le dos tourné, on a fermé le verrou, de crainte sans doute que le comte n'entrât inopinément; et la chère dame aura eu d'autant plus de mérite à ne pas lire la lettre , qu'elle s'en sera procuré tout le loisir ; quoi qu'il en soit, la voici :
Ce mercredi.
« Ma lettre de dimanche dernier vous a instruit, « mon bon père, assez en détail démon accident, x( de ma rencontre avec cette aimable voyageuse, « de nos embarras communs, de sa désolation, du a petit épisode comique de ce bon bourgue- « mestre, etc. Je croyais d'abord que j'en serais
et quitte, avec ma jolie compagne de malheur, « pour quelques politesses à lui faire, quelques « galanteries à lui dire , quelques petits^services à « lui rendre; mais il faut que j'ouvre ici mon ame a à mon bon père, au tendre conâdent de mes « plus secrètes pensées ; je commence à craindre « que l'accident n'ait des suites, et surtout à m*at- « trister de ce qu'il n'en aurait que pour moi; « vous m'avez souvent reproché un flegme, une « indifférence avec les femmes, qui, dites-vous, « ne conviennent pas mieux à mon âge que l'a- « raour ne conviendrait au vôtre. Ah! mon père, « que vous me trouveriez changé ; mais aussi que « vous seriez peu surpris en voyant l'auteur du « prodige! Imaginez donc, non pas. ce que vous « avez jamais vu de plus frappant, mais, ce qui « vaut bien mieux , de plus séduisant : une ame a visible plutôt qu'une beauté ; voilà ce qui m'a « saisi au premier coup d'œil , et la physionomie « m'empêchait en quelque soi te de distinguer la « figure; mais cette figure a eu son tour; et quel a regard s'arrêterait impunément sur ces beaux « cheveux dont le blond argenté contraste si « agréablement avec la couleur des sourcils et des a paupières; sur ce teint délicat dont la blancheur a ressemble à de la candeur ; sur ces joues bril- « lantes qu'on croirait toujours colorées par l'in- « nocence?.... Et vous-même, mon père, si vous « pouviez voir un moment ce front uni comme
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« la simplicité ; et cette bouche expressive qui a « parlé avant que de s'ouvrii"; et ces yeux couleur « de pensée, d'où il sort plus de rayons qu'ils « n'en reçoivent; et ce nez qui, par sa forme, sa « finesse, par je ne sais quelle physionomie qui cf n'appartient qu'à lui , devient comme le point « de réunion de tous les charmes du visage; et a même jusqu'à ce menton , qu'on ne peut s'em- « pécher de regarder aussi , à part du reste , et où « l'on croit voir commencer encore l'ensemble de a tous les traits?....
« Vous riez, bon père; oui , vous riez, je le vois « d'ici; vous dites, mon pauvre Adrien est fou; « mais vous dites aussi, comme tous les pères, « cela passera, et moi je dis que non. Si vous « vous voyiez madame de Blumm , ce charme ré- « pandu jusque sur les moindres détails de sa « personne; cette taille souple et ronde, qui a « tenu un moment tout entière entre mes deux « mains, quand je l'ai sortie de la voiture; et cette « contenance modeste, et cette démarche légère, a et ces formes sveltes et nobles que la peinture « réserve pour les déesses; oui, encore une fois, c( vous seriez frappé comme votre fils de ce je ne « sais quoi, tout ensemble noble et champêtre, « élégant et simple , tranquille et animé dont son « air se compose; de ce corps presque aérien , où « la nature n'a employé de matière que ce qu'il rt en faut pour montrer la grâce et pour loger
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« l'esprit.... Je m'enivre d'elle en vous en parlant, « bon père; passez-le moi, je ne puis en parler « qu'à vous; pourquoi faut-il que bientôt je la « voie fuir pour aller chercher un mari que je a déteste sans le connaître ! et moi que je la fuie « pour une femme que je bais de même! Ah! cher a père, que j'ai de mérite à la servir avec tant de « zèle , à lever , comme je fais , tous les obstacles « qui l'arrêtent, à ne pas la suivre au bout du a monde, à me souvenir de mes derniers enga- « gemens ! Vous m'entendez, mon père, ah! si... »
La lettre n'allait que jusque-là ; encore une fois nous ne nous permettrons pas de dire que la comtesse se soit permis d'y jeter les yeux. On remarquera cependant qu'au bruit de Martine qui remontait, le verrou a été retiré, et que la comtesse est allée à sa rencontre la lettre à la main , et que la petite lui a trouvé un certain air plus gai, plus ouvert, plus accord que le moment d'auparavant, honni soit qui mal j pense; cela ne veut pas dire que la lettre ait été lue, mais cela ne veut pas dire non plus qu'elle ne l'ait pas été.
Eh bien ! petite folle, dit la comtesse, le comte n'est-il pas chez lui? — Ohl non, marraine; t'nez, regardez plutôt là-bas, là-bas, au fond de la cour, vous le verrez autour de notre carrosse. —7 Et l'homme d'ici qui le sert ne serait-il pas revenu ? Bon ! il est allé au château. — La porte du comte
est-elle ouverte? — ^ Toute grande. — N'y a-t-il rien de dérangé dans la chambre? — Pas une papillote. — Ou était la lettre ? — Sur la table. — Était-elle au bout, ou bien au milieu? — Au milieu; la place est encore marquée par la poudre ; mais queuque ça fait ça , marraine ? — Cela fait beaucoup , petite niaise ; car vous voyez bien que , si le comte en rentrant trouve la lettre à une autre place, il verra que la lettre a été touchée, et il pensera que sûrement elle a été lue. — Comment, bonne marraine, est-ce qu'une lettre touchée ou une lettre lue c'est la même chose? — Mais, en vérité, à peu près, dit la comtesse en souriant, et en songeant apparemment à la curiosité des autres femmes. Allons, dépéchez-vous , car on peut revenir. Martine, remets la- lettre. Est-ce bien comme cela qu'elle était ? répète la comtesse en regardant de près sur la table. — Oh! oui, marraine, tout juste; mais t'nez, voyez-vous par la fenêtre M. le comte qui se retourne et qui revient?— Eh vite ' eh vite ! sauvons-nous, w Et les voilà qui s'envolent toutes deux comme des colombes effarouchées.
Le comte ne tarde pas à remonter , un peu inquiet de la réception qu'on va lui faire; mais au lieu d'un visage sévère, il en trouve un brillant de joie et d'amitié; il prend bonnement cet air gracieux pour la récompense des soins qu'il vient de se donner pour hâter le départ qu'au fond de
Famé if rebute. Qiie de bontés ! lui dit la comtesse, que de fatigues ! et c'est moi qui en suis la cause; car je ne vous ai pas perdu de vue, et je disais en regardant par la fenêtre : Encore s'il me donnait un moyen de reconnaître tant de soins.
— Ah! madame, si j'osais, je vous en proposerais un bien doux pour moi. — Dites toujours. — Ce serait d'en profiter le plus tard que vous pourrez.
— Je ne sais ce que vous en pensez , dit la comtesse , mais les choses s'arrangent presque d'une manière à vous le faire croire. — J'abuse peutêtre d'une lueur de bonté, dit le comte, mais passez-moi une curiosité que chaque instant augmente, et que chaque regard justifie. — Il faudrait être bien ingrate ou bien dissimulée pour ne pas la satisfaire. — Yous êtes donc bien pressée? dit-il en la regardant avec une tendre inquiétude. — Bien pressée , répond-elle ; c'est , grâce au ciel , le premier mot que Martine vous a dit; au fait, comment voulez-vous que je ne le sois pas ? il y va pour moi d'un si grand intérêt !
— Eh! juste Dieu! reprend le comte, il y a de grands intérêts pour tout le monde; mais, ajoutat-il avec un ton qui expliquait parfaitement sa pensée , ils n'emportent pas toujours la balance.
— Eh bien! monsieur, les attentions flatteuses.... pour ne pas dire touchantes, que vous voulez bien avoir pour moi , vous acquièrent une véritable amie, et me font un devoir de vous parler
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en toute confiance. Une affaire importante m'appelle à Prague. Vous souriez ! — Moi , madame ? et qui ne sourirait pas à tant de grâce, et à cette aimable rougeur qui vous embellirait encore,* si cela se pouvait. — Il n'y a là, reprend-elle, ni de quoi rire, ni de quoi rougir; Martine vous l'a dit, je vais me marier. « Là-dessus elle regarde le comte, le comte la regarde; puis, après un moment de silence des deux parts , qui ne signifiait sûrement pas qu'on n'eût rien à se dire : « Ah ! madame, reprend le comte en soupirant, je crains pour vous une mésalliance. — En quoi donc ? reprend la comtesse; si la naissance est quelque chose, si la fortune est quelque chose, l'égalité s'y trouve. — Voilà bien deux égalités, dit le comte , mais il y en aura toujours une qui ne se trouvera jamais, non jamais. Au moins êtes -vous aimée comme vous le méritez? — Je ne suis pas même connue, et je ne me marie, le croiriez-vous? que pour faire plaisir à une personne dont je ne veux plus me séparer; le modèle des amies, des sœurs ! — Quelle complaisance ! — J'ai été élevée avec elle dès la plus tendre enfance ; nous avons sucé le même lait, car ma mère est morte en couches, et sa mère, la plus aimable des femmes de son temps , amie intime de la mienne, a voulu me nourrir en même temps que sa fille , qui est née le même jour que moi; nous avons depuis toujours été entre les mains des mêmes gouvernantes , et en
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pension dans les mêmes couvens. — Je commence à concevoir votre résolution de continuer toutes les deux comme vous avez commencé. — Vous la concevriez bien mieux, si vous la connaissiez. Sachez donc que notre amitié , préparée avant notre existence, et comme née avec nous, a pour ainsi dire grandi avec nous jusqu'à l'âge de dixhuit ans, époque fatale où des raisons de famille nous séparèrent. Ln excellent oncle, que j'avais pour tuteur* obligé de revenir dans le Palatinat, m'y mena avec lui , et m'y fit épouser un de ses meilleurs amis; c'était un homme très-riche, d'une grande naissance et d'un plus grand mérite, mais beaucoup plus âgé que moi, et d'une santé trèsaffaiblie, que j'ai soigné, servi et même regretté comme un second père. 11 y a deux ans que je l'ai perdu , sans qu'il me soit resté aucim fruit de notre mariage : ces deux ans oiit été consumés à des affaires, à des chicanes toujours renaissantes, presque toujours sans autre fondement que la grande fortune que mon mari avait trouvé le moyen de me laisser au grand chagrin des collatéraux; enfin, pour cette fois, la justice a prévalu; et dès que je me suis trouvée maîtresse de mon bien comme de ma personne, je n'ai plus songé qu'à me rapprocher de ma noble nourrice et de ma tendre amie. Mon amie, de son côté, pour être plus sûre que nous ne nous quitterions jamais , m'a proposé de munir avec son frère; il est d'un
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premier lit, il a dix ans de plus qu'elle; il est assez avancé dans le service, il aura de grands biens, et il l'a persécutée pour me le faire épouser. — Et! — Et j'y «li consenti. Vous paraissez étonné; mais si vous connaissiez mon amie ! — Je l'aurais épousée peut-être, mais à coup sûr je n'aurais épousé personne par amitié pour elle. — Elle me le peint comme un homme d'un extérieur imposant, qui a beaucoup de dignité dans les manières, beaucoup de fermeté dans le caractère, exact, rangé , sérieux , très-habile en affaire , toujours occupé de choses utiles, et qui paraît destiné à jouer un grand rôle dans le monde. Mais comme il faut un contre-poids à tout, et que mon amie ne sait rien déguiser, elle ajoute qu'il serait disposé peut-être à un peu de jalousie. — Eh quoi î madame. — Quoi! monsieur. — Mille pardons; je m'étais imposé la loi du silence, j'y reviens. — Ah! je vous entends à demi mot. Cette jalousie, n'est-ce pas? cela ne pouvait pas m'effrayer; je ne porte que mon amie dans mon cœur; et la douce pensée de rentrer sous le toit de l'amitié (moi qui n'ai , grâce au ciel , jamais connu un autre sentiment), de passer ma vie entre celle qui m'a donné son lait et celle avec qui je l'ai partagé, a fait disparaître toutes les autres considérations.... — Non, je n'y tiens pas, dit le comte; comment l'amitié, que je croyais une lumière de plus pour la raison, l'amitié aurait aussi ses imprudences?
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Et quelles imprudences ? — Quoi ! madame ,
vous faire épouser un inconnu! — On se trouve si mal eu pareille circonstance de ceux qu'on croyait le mieux connaître, que souvent le meilleur parti à prendre, c'est.... — En vérité, madame, c'en est un tout autre que celui que vous prenez. — Non, monsieur; c'est de laisser un peu aoir le hasard , de s'armer au besoin de quelque adresse et de beaucoup de résignation ; d'étudier le caractère de l'homme qu'on vous destine pour y accommoder le nôtre; de s'attendre à tout, de ne s'etïrayer de rien; enfin, de penser qu'une ame tranquille, une humeur douce, une conduite irréprochable, doivent conjurer tous les orages.... M. deGlukleben reste quelque temps sans parler.) — Vous ne répondez pas, monsieur? — Madame, j écoute encore. — Et qu'est-ce que vous écoutez? — Les pensées qui naissent de vos paroles. — Vous .me blâmez? — Oui, madame, autant que l'admiration en est capable. — Grâces pour les %omplimens, expliquez-vous. — Vous le voulez? je commence par applaudir du fond de mon cœur à ce noble et doux sentiment qui règne sur toute votre existence, et qui vous inspire le généreux projet de payer de votre vie entière les soins donnés à vos premières années; mais devez -vous donc à la sœur d'épouser le frère, à la belle-mère de vous donner au beau-fils ? Vous ne le connaissez pas ce frère , ce beau-fils , je ne le connais
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pas non plus; mais, chère comtesse, dit-il avec un tendre intérêt voilé sous l'air du badinage, laissez-moi vous dire ce que j'en pense, et permettez-moi d'être ce qu'on appelle à Rome l'avocat du diable , pendant que vous vous disposez à faire un bienheureux. — Je vous l'abandonne d'ici à la signature du contrat. — Le croiriez-vous? je le juge d'après les propres paroles de sa sœur : Un extérieur imposant, dit-elle, de la dignité dans les manières; ces qualités-là me deviennent suspectes quand elles se font remarquer, et surtout par une sœur : il faut de cela sans doute, mais il n'en faut pas trop , et il n'en faut pas en famille, // est ferme ^ dit-elle; mais une sœur n'a pas une autre expression pour parler de la rudesse de son frère ; // est naturellement sérieux • sérieux^ en pareil cas, est un synonyme de triste; rangée c'est un éloge qui convient à tous les hommes parcimonieux; ne pensant qu'à V utile ^ et dès lors méprisant l'agréable ; enclin à la jalousie.... à la jalousie! ai-je bien entendu, madame ? — Hélas ! oui , monsieur , dit la belle comtesse en souriant ; mais encore une fois qu'importe pour qui n'a pas d'autre projet que de se conduire de son mieux ? — Et vous croyez que cela suffit contre un caractère jaloux, chère comtesse? les vierges sages y perdraient leur peine : vous ne savez donc pas qu'on est jaloux, non point parce qu'on en a quelque sujet, mais parce qu'on
en a le défaut. Vous aurez beau être exemplaire avec un homme comme celui-là^ il vous suffira d'être belle, d'être spirituelle, d'être franche, d'être aimable, d'être douce, que sais-je? d'avoir tous les défauts que je vous vois et tous ceux dont je vous soupçonne. — Vous me les feriez désirer. — La jalousie se sert de tout pour se tourmenter elle-même, excepté souvent de ce qui pourrait la justifier; car tout éveillée qu'elle paraît, elle a d'ordinaire les yeux fermés pour la réalité, et s'en tient à ses rêves. — En vérité , comte , vous devriez vous faire un scrupule d'inquiéter une pauvre femme sur un parti pris; et ce malheureux homme qu'est-ce qu'il vous a fait? — Comment! ce qu'il m'a fait, madame? je le regarde d'avance comme un ennemi personnel; il peut vous rendre malheureuse. — Je devrais peut-être me fâcher; mais je vous remercie. — Je voudrais me tromper, mais je crains. — Et sur quoi fondé? — Le voici : il ne vous a jamais vue; il sait seulement depuis quelque temps que vous jouissez d'une grande fortune ; et c'est depuis ce temps-là qu'il persécute sa sœur pour vous parler de lui; et vous cédez , et vous consentez , et la chose est comme faite. — Comme vous y allez ! il est vrai que tous les arrangemens sont pris, qu'il ne me reste qu'à me rendre auprès de mon amie le plus tôt que je pourrai , et que même le moindre retard pourrait tout faire manquer, puisque celui
dont nous parlons est absolument obligé de partir sans délai pour son régiment. — Eh bien ! attendez qu'il en revienne, dit le comte en riant. — J'attendrais long-temps, car il est cantonné aux extrémités de la Transylvanie. — Attendez toujours. — Il est destiné à faire la guerre en Turquie. — Attendez encore. — Non, vraiment, il n'y a pas un instant à perdre; et voilà pourquoi je pressais les postillons de tous mes moyens, craignant de ne pouvoir jamais leur promettre assez d'argent, ni leur faire boire assez d'eau-devie... et vous voyez ce qui en résulte. — El vous, chère comtesse, vous voyez comme j'en suis touché. — Mais ce n'est pas la peine de vous dire, ajoute la dame, que ma confiance n'est pas toutà-fait désintéressée , et qu'elle attend la vôtre. — En vérité, dit le comte, j'admire comme nos situations se rencontrent presque aussi juste que nos voitures, et vous serez étonnée de voir que mon histoire est à peu près l'androgyne de la vôtre. — Contez-la-moi, quelle qu'elle soit, ne fut-ce que pour me distraire des inquiétudes que vous venez de me donner.
11 allait commencer , lorsque Martine arrive en courant : Marraine, marraine, dit-elle tout essoufflée, venez, venez donc voir la jolie calèche et les beaux chevaux qui sont là-bas; j'ai demandé au cocher pour qui : il m'a répondu que c'était pour M. le comte et madame la comtesse. —