‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 2)Chapitre 10 sur 164 · A UNE PERSONNE DE SES PROCHES · texte numérisé non relu

A UNE PERSONNE DE SES PROCHES

La perte que nous avons faite d'un ami qui nous aimait , et que nous aimions tendrement, est si grande pour nous , qu'il n'y a qu'une entière soumission aux ordres de la Providence qui nous en puisse consoler.

Une longue habitude avait formé entre nous une parfaite union ; la connaissance et l'usage de son mérite l'avait augmentée; l'utilité de ses conseils, sa prudence, l'étendue de ses lumières, son désintéressement, son attention et sa fidélité pour ses amis, m'avaient engagé à n'avoir rien de caché pour lui. Il se trouvera peu d'exemples d'un ami dont on puisse dire ce que je dis de celuici. Pendant quarante-cinq ans que j'ai été en commerce avec lui, mon cœur ni mon esprit n'ont rien eu pour lui de secret. Il a connu toutes mes faiblesses et mes vertus; il n'a rien ignoré des affaires les plus importantes qui sont venues jusqu'à moi : nous nous sommes souvent délassés de nos travaux par les mêmes amusements, et jamais je ne me suis repenti de la confiance que j'avais en lui.

A peine étais-je en âge de connaître les hommes , que je connus le P. Bourdaloue. J'y remarquai d'abord un génie supérieur aux autres : dès qu'il s'appliquait à quelque chose , il laissait ceux qui avaient le même objet bien loin derrière lui. L'estime que j'avais conçue pour sa personne augmenta par le commerce que j'avais avec le monde, parce que je ne trouvais point dans la plupart de ceux que je fréquentais la même élévation d'esprit , la même égalité de sentiments, la même grandeur d'âme, soutenue d'un naturel bon , facile, sans art et sans affectation.

Dès qu'il revint à Paris , il eut d'abord toute la réputation qu'il a eue jusqu'à sa mort. Les applaudissements qu'eurent ses sermons, le concours infini des auditeurs , l'empressement des grands à partager son amitié , tout ce qui est capable de gâter et de corrompre le cœur , lit en lui un effet tout contraire : il connut le monde, et c'est le seul fruit qu'il voulut retirer du commerce des hommes; il se servit de cette connaissance pour exciter les hommes à la vertu. Il crut profiler assez de la considération qu'on avait pour lui , s'il faisait connaître par ses discours à ceux qui venaient l'entendre ce que c'était que le monde, et s'il leur apprenait que ce qu'ils désirent avec plus d'ardeur est peu de chose , et qu'ils s'écartent presque toujours du véritable bien , pour chercher et pour suivre ce qui n'est qu'une simple idée , et ce qui n'a qu'une apparence sans fond.

» Cette lettre fut écrite l'année même de la mort dç Bourdaloue,

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