‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 2)Chapitre 12 sur 164 · LETTRE DE M. DE LAM0IGN0N. XV · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. DE LAM0IGN0N. XV

s'est-il servi de son crédit pour se mêler dans les intrigues de la cour , ou pour élever ses parents , qui , par leur naissance et par leur mérite , étaient en état de recevoir les grâces qu'il pouvait faire tomber sur eux?

Un autre ministre voulut attirer auprès de lui le P. Bour Jaloue : il le connut , il l'aima , il lui confia ses prospérités et ses chagrins. Ce commerce ne diminua rien de l'estime et de la confiance du premier. Quoiqu'ils eussent l'un et l'autre des intérêts différents , tous deux le regardaient également comme un ami fidèle ; il répondait à leur amitié par un sincère attachement , sans se mêler d'aucune affaire, sans même vouloir négocier entre eux, parce qu'il ne croyait pas que le temps en fût encore venu. Content de leur dire à chacun ses sentiments sur ce qu'ils lui proposaient, il faisait des vœux au ciel pour ces deux grands hommes, dont l'union était si nécessaire à la France.

Il a gardé la même conduite à l'égard de tous ceux qu'il à fréquentés ; et des familles qu'il voyait ordinairement , et qui quelquefois étaient divisées entre elles, nous n'en avons connu aucune où, malgré leur division , il n'ait été également honoré et aimé de ceux qui les composaient.

Ce n'était point par orgueil ni par gloire qu'il voulait qu'on le désirât , et qu'il n'allait jamais au devant des nouvelles habitudes : c'était par la crainte d'entrer dans d'autres affaires que celles de sa profession. Il donnait ses conseils à ceux qui les lui demaudaient; il n'était pas jaloux qu'on les suivît, excepté sur ce qui regardait la conscience : c'était uniquement sur ce point qu'il se rendait inflexible : il fallait lui obéir, ou le quitter. En toute autre matière, il se contentait de dire son sentiment, de l'appuyer déraisons solides; mais il ne voulait point, par prudence, se charger d'aucune négociation.

Avec quelle sagesse savait-il distinguer les conseils qui pouvaient regarder la conscience de ceux qui n'étaient que pour les affaires du monde! L'avez-vous jamais vu, comme d'autres directeurs, faire de toutes les actions des points de conscience; vouloir gouverner partout, sous prétexte de conduire les âmes à la perfection ; se rendre nécessaire entre le mari et la femme , entre le père et les enfants, entre le maître et les domestiques, et s'ériger un tribunal souverain , pour savoir et pour ordonner jusqu'aux moindres choses qui se font dans une maison ?

Le P. Bourdaloue était aussi très-éloigné de ceux qui condamnent tout sans rien examiner. 11 voulait réfléchir longtemps avant que de donner ses décisions. 11 présumait toujours le bien , et ne croyait le mal que lorsqu'il en était pleinement convaincu. Il n'effrayait point les hommes par sa présence ni par ses discours ; il les ramenait , au contraire , par sa prudence et par une certaine insinuation à laquelle il était difficile de résister.

Sévère et implacable contre îe péché , il était doux et compatissant pour le pécheur. Loin d'affecter une austérité rebutante , et dont bien des gens de sa profession se font un mérite , il prévenait par un air honnête et affable. Austère pour lui-même, exact à observer ses devoirs, il était indulgent pour les autres, sans rien perdre de la sévérité évangélique, et sans donner dans aucun relâchement. Ses manières ont plus attiré d'âmes dans la voie du Seigneur que celles de bien d'autres, qui s'imaginent que la vraie dévotion consiste autant dans l'extérieur que dans l'intérieur.

Instruisait-il à contre-temps ceux qui conversaient avec lui? les reprenait-il à tout propos? en un mot, était-il prédicateur à toute heure et en tous lieux? Il prenait les temps propres pour dire à chacun ce qui lui convenait ; il ne laissait jamais échapper ces moments heureux que lui donnait la Providence; et il avait un talent admirable pour ne rien souffrir dans une conversation qui fût

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