‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 2)Chapitre 136 sur 164 · POUR LE QUATRIÈME DIMANCHE DE L'AVENT · texte numérisé non relu

POUR LE QUATRIÈME DIMANCHE DE L'AVENT

Sujet. Le Seigneur lit entendre sa parole à Jean, fils de Zacharie, dans le désert; et il alla dans tout le pays qui est le long du Jourdain, prêchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés.

La pénitence est un baptême , parce que c'est elle qui nous lave de nos péchés, et qui nous purifie. Or le caractère de ce baptême ou de cette pénitence est l'esprit de sévérité , comme nous Talions voir dans ce discours.

Division. Sans examiner quelle doit être la sévérité de la pénitence, considérée de la part des prêtres qui en sont les ministres, et sans entrer dans ces fameuses contestations qui se sont élevées sur cette matière , ne regardons ici la pénitence que par rapport au pécheur qui la doit pratiquer , et qui se la doit imposer à lui-même. Or le grand principe qui doit animer et régler cette pénitence , c'est la sévérité. Sévérité nécessaire , sévérité douce. La pénitence prise par rapport à nous doit être sévère ; lre partie. Mais afin de ne pas rebuler nos coeurs , ajoutons que plus elle est sévère , plus dans sa sévérité même elle devient douce ; 2e partie.

Première partie. Sévérité de la pénitence, sévérité nécessaire. Qu'est-ce que la pénitence? C'est, dit saint Augustin , un jugement que l'homme exerce contre lui-même , mais qu'il exerce en qualité seulement de délégué , et comme tenant la place de Dieu , qu'il exerce en vertu de la commission que Dieu lui a donnée de se juger lui-même , qu'il exerce avec toute la dépendance d'un juge inférieur à l'égard d'un juge souverain; d'où nous devons former trois raisonnements qui nous convaincront que notre pénitence doit êire sévère. 1° L'homme dans la pénitence fait l'oflice de Dieu, en se jugeant lui-même : il doit donc se juger dans la rigueur. 2° L'homme dans la pénitence devient juge, non pas d'un autre, mais de lui-môme : il doit donc dans ses jugements prendre le parti de la sévérité. 3° Du jugement que l'homme lait de lui-même, il y a appel à un autre jugement supérieur , qui est celui de Dieu : il doit donc y procéder avec une équité inflexible.

1. L'homme dans la pénitence fait l'office de Dieu; c'est-à-dire, selon Tertullien , que la pénitence fait en nous la fonction de la justice et de la colère de Dieu. Or comment Dieu nous jugerait-il dans sa colère? et peut-on dire qu'il y ait quelque proporîion entre la pénitence d'un homme du monde et la justice de Dieu vindicative? Noire pénitence ne peut donc être une pénitence recevable au tribunal de Dieu , dès qu'elle n'est pas sévère.

Pour mieux comprendre cette pensée , imaginons-nous que Dieu a fait un pacte avec nous, et qu'il nous a dit ce que nous marque expressément l'Apôtre : Jugez-vous vous-mêmes, et je ne vous jugerai point. En quoi nous pouvons remarquer l'excellence et le mérite de la pénitence , qui nous affranchit en quelque sorte de la juridiction de Dieu.

Cela supposé, je dois faire r?ans ma pénitence ce que Dieu fera un jour dans son jugement. Que fera-t-il ? Une recherche exacte de toute ma vie : et teile est la recherche que j'en dois faire moi-même en me présentant au tribunal de la pénitence, et en m'accusant. Car si je me flatte moi-même, et si j'use de la moindre dissimulation , ma pénitence ne peut plus être qu'une pénitence chimérique v parce qu'elle n'est pas conforme au jugement de Dieu. En effet, Dieu nous jugera bien avec une autre sévérité; et si cela n'était pas, comment son jugement serait-il si terrible?

C'est pour cela que David demandait à Dieu , comme une grâce particulière , de ne pas permettre que son cœur consentît jamais à ces paroles de malice , et à ces prétextes que le démon nous suggère , pour nous servir d'excuses. Et parce qu'il savait que le monde est plein de ces faux élus, qui , en traitant avec Dieu , prétendent toujours avoir raison , ce saint roi ne voulait point de communica-

tion avec eux. Qui sont ces élus du monde? Ce sont , répond saint Augustin, ces pécheurs qui jugent toujours favorablement d'eux-mêmes, et qui ne s'imputent jamais à eux-mêmes leurs propres péchés ; et voilà ce que nous faisons. Disons plutôt à Dieu, comme le même prophète , en nous confessant criminels : Guérissez mon âme, Seigneur, parce que f ai péché contre vous. Ce n'est ni à mon naturel , ni à mon tempérament, ni au monde , que je dois m'en prendre, mais à moi-même.

2. L'homme dans la pénitence devient juge, non pas d'un autre, mais de lui-même. Si nous avions à juger les autres, il ne faudrait pas nous exhorter à la sévérité : car nous ne sommes que trop enclins à les condamner. Mais comme nous nous aimons nous-mêmes , la pénitence doit surmonter en nous ce fonds d'amour-propre , et elle ne le peut faire que par une sainte rigueur. Sans cela , à quelles illusions serons-nous sujets ?

3. Il y a appel du jugement que nous portons contre nous-mêmes; appel, dis-je , au tribunal de Dieu ; car Dieu , dans son jugement , ne jugera pas seulement nos crimes, mais nos justices , et en particulier nos pénitences. Or que nous servira-t-il alors de nous être tant épargnés? Que nous servira-t-il d'avoir cherché et trouvé des ministres indulgents ? Nous nous jugeons sévèrement , disait Tertullien , parce que nous savons qu'il y a une justice supérieure qui nous jugera si nous ne nous jugeons pas bien nous-mêmes. Aussi , ajoute saint Chrysostome , le juge inférieur doit toujours juger selon la rigueur de la loi.

Sévérité raisonnable : car en quoi consiste l'essentielle sévérité de la pénitence ? C'est à nous réduire aux bornes de la raison que Dieu nous a donnée ; c'eit à nous faire combattre , retrancher et détruire dans nous ce que notre raison condamne malgré nous. Voilà , pour user de cette expression , le raisonnable de la pénitence : si raisonnable, que vous êtes les premiers à en convenir; si raisonnable , que vous seriez même scandalisés qu'on manquât à l'exiger de vous ; si raisonnable , que nulle autorité n'en peut dispenser.

Heureux si nous goûtons cette vérité ! Heureux si , pour venger Dieu de nousmêmes , et pour le bien venger, nous faisons passer dans nous-mêmes toute sa colère ; en sorte que nous puissions lui dire comme David : In me transierunt irœ tuœ !

Deuxième partie. Sévérité de la pénitence , sévérité douce. Quand la pénitence nous serait inutile , disait Tertullien ; quand elle serait seulement sévère sans nulle douceur, Dieu l'ordonnant, il faudrait toujours nous y soumettre. Mais le même Tertullien a bien eu raison d'ajouter que la pénitence était dans celle vie la félicité de l'homme pécheur ; car j'appelle la félicité de l'homme pécheur dans cette vie, 1° ce qui produit en lui la paix de la conscience; 2° ce qui le remplit de la joie du Saint-Esprit. Or voilà les effets de la pénitence sévère , et il n'y a que la pénitence sévère qui ait la vertu de les opérer.

i. C'est la pénitence exacte et sévère qui produit la paix. Ainsi l'éprouva Madeleine, lorsque Jésus-Christ, louché de la ferveur de sa pénitence, lui dit : Vos péchés vous sont remis; allez en paix. Mais comment une pénitence sévère , qui fait en nous la fonction de la justice et de la colère de Dieu , peut-elle nous donner la paix ? C'est que par sa sévérité elle apaise Dieu ; qu'en apaisant Dieu , elle nous remet en grâce avec Dieu ; et que nous remettant en grâce avec Dieu, elle nous rassure contre les jugements de Dieu. Ainsi elle fait , parce qu'elle est sévère , la fonction de la colère de Dieu , mais bien plus efficacement que la colère de Dieu même : car Ja colère de Dieu toute seule punit le péché, mais ne l'efface pas ; ce qui se voit dans l'enfer : au lieu que la pénitence fait l'un et l'autre.

2. De celte paix intérieure naît une sainte joie : autre fruit de la sévérité de la pénitence. Qui peut l'exprimer ? 11 faut la sentir pour la connaître. Exemple de saint Augustin.

Répondez-moi, dit le mondain, de cette douceur de la pénitence, et je me convertirai. Vous raisonnez mal , reprend saint Bernard. Tout ce que je vous en dirais ne ferait nulle impression sur un cœur aussi sensuel que le vôtre. Mais commencez par vous vaincre en faisant pénitence , et vous en sentirez la dou-

ceur. D'ailleurs , fiez-vous aux promesses de voire Dieu ; si vous êtes généreux , il sera fidèle.

Mais n'en voyons-nous pas qui , dans leur pénitence , ne trouvent que des sécheresses? Je le veux ; maisqui sont-ils? Ceux qui ne veulent faire qu'une fausse pénitence, c'est-à-dire une pénitence aisée et commode ; et leur témoignage nous apprend bien qu'il n'y a que la pénitence sévère qui puisse avoir cette onction divine dont nous parlons.

C'est donc un abus , quand nous faisons de la sévérité de la pénitence un obstacle à la pénitence ; et l'artifice le plus dangereux dont se sert l'ennemi de notre salut pour nous détourner des voies de Dieu , est de nous représenter la pénitence sous des idées affreuses qui nous en donnent de l'horreur. Et parce qu'il se trouve même des ministres de Jésus-Christ qui mettent tout leur zèle à nous en faire des peintures effrayantes, qu'arrive- t-il ? Le libertin en profile, et le faible s'en scandalise : le libertin en profite , ravi qu'on lui exagère les choses, pour êlre en quelque sorte autorisé a n'en rien croire et surtout à n'en rien faire ; et le faible s'en scandalise en se décourageant, et en se laissant aller à un secret désespoir.

Mais moi, mon Dieu , tandis que vous me confierez le ministère évangélique , j'annoncerai tout à la fois à voire peuple, sans jamais les séparer , et votre justice , et votre bonlé : Misericordiam etjudicium cantabo tibi. Gardant ces règles, je ne craindrai rien ; ei jusqu'en la présence des rois , je parlerai , comme David , sans confusion.

Je conclus avec le divin Précurseur : Faites pénitence, parce que le royaume de Dieu approche , c'est-à-dire parce que la mort vient, et qu'elle vient bientôt. Combien louchent de près à ce dernier terme? Si je le leur faisais connaître , différeraient-ils à se convertir ? Or, ce qu'ils feraient , pourquoi ne le faisonsnous pas? Avons-nous une caution contre la mort? Sommes-nous certains de notre pénitence à la mort ? Qui nous répond de Dieu? qui nous répond de nousmêmes ? Et taut d'exemples que nous avons eus , et que nous avons encore devant les yeux, ne doivent-ils pas nous faire trembler?

Sujet. Au même instant que l'ange annonça ain pasteurs la naissance de Jésus-Christ, une troupe de la milice céleste se joignit à lui , et se mit à louer Dieu en disant : Gloire à Dieu au plus lin ut des cieux, et paix aux hommes sur la terre!

En deux paroles , voilà les deux fruits de la naissance du Sauveur, la gloire à Dieu, et la paix aux hommes. Mais le mondain superbe et ambitieux , dit saint Bernard , n'est pas content de ce partage. Outre la paix, il voudrait encore la gloire. Ayons en horreur ce sentiment ; et laissant à Dieu la gloire , contentonsnous de considérer ce mystère, par rapport à nous , comme un mystère de paix.

Dl vision. Jésus-Christ dans sa naissance est appelé par ïsaïe le prince de la paix ; et l'Apôtre nous apprend que la paix a élé le bienheureux terme de sa mission. Voilà pourquoi ce divin enfant voulut naître sous le règne d'Auguste, qui fut, de tous les règnes, le plus tranquille. Mais cette paix extérieure et temporelle, dont le monde jouissait alors, n'était encore que pour nous disposer à une autre paix plus avantageuse et plus sainte que le Fils unique de Dieu nous apportait du ciel. La paix avec Dieu , lre partie ; la paix avec nous-mêmes , 2e partie : la paix avec le prochain , 5e partie,

Prrmière partie. La paix avec Dieu. Comme pécheurs , nous étions ennemis de Dieu , et incapables par nous-mêmes de nous réconcilier avec Dieu. Il nous fallait donc un médiateur qui pût tout à la fois satisfaire à la justice de D.ca , et nous attirer la miséricorde de Dieu. Or c'est ce que fait Jésus-Christ, eu réunissant dans sa personne Dieu et rhomme.

1. Nous voyons d'abord dans cet enfant la miséricorde de D!eu incarnée et humanisée. La grâce de Dieu, dit saint Paul, a paru dans ce mystère , et s'est rendue sensible. Jusque-là Dieu n'avait encore eu que des pemées de paix,

comme parle le Prophète; mais aujourd'hui il en vienl à l'effet, et il les exécute en nous donnant un rédempteur.

2. Cependant Dieu n'oublie point ses intérêts ; car si nous voyons dans le rédempteur qu'il nous donne , la miséricorde de Dieu incarnée et humanisée, nous y voyons au même temps la justice de Dieu satisfaite et pleinement vengée , par la pénitence que ce Sauveur commence à faire pour nous. Tellement que la parole de David se vérifie dans Félable ; savoir , que la justice et la miséricorde se sont rencontrées, et qu'elles ont fait ensemble une alliance étroite.

Voici donc l'idée naturelle que nous devons avoir de ce mystère, exprimée dans ces belles paroles de l'Apôtre : Dieu était dans Jésus-Christ , réconciliant le monde avec soi , c'est-à-dire Jésus-Christ était dans la crèche , et il y était humilié, pauvre, souffrant ; et Dieu était dans Jésus-Christ , acceptant ses humiliations , sa pauvreté , ses souffrances , comme des satisfactions de tout ce que l'orgueil , la cupidité , l'amour du plaisir et de nous-mêmes nous ont fait commettre de crimes. Car, demande saint Bernard , comment Dieu n'aurait-il pas été fléchi par la pénitence de ce Fils bien-aimé, et Dieu comme lui? Et comment, satisfait par la pénitence d'un Dieu , pourrait-il rejeter la nôtre?

Je dis la nôtre, car avec la pénitence de Jésus-Christ notre Sauveur, il faut encore la nôtre pour consommer l'affaire de notre salut. Il faut de notre part une pénitence semblable à celle de Jésus-Christ , qui puisse être unie à celle de Jésus-Christ, et par conséquent une pénitence solide, efficace , sévère, comme celle de Jésus-Christ.

Si telle est votre pénitence , consolez-vous; vous êtes en paix avec Dieu : ou si c'a été jusqu'à présent une pénitence défectueuse, corrigez-en les abus , et convertissez-vous de bonne foi.

Deuxième partie. La paix avec nous-mêmes. Jésus-Christ, dans le mystère de sa naissance, nous apprend le secret d'entretenir cette paix avec nous-mêmes. Nous l'ignorions ce secret, et nous cherchions la paix où elle n'était pas ; savoir, dans la grandeur et dans l'opulence; mais Jésus-Christ, qui est le chemin, la vérité et la vie, nous découvre en ce saint jour les deux sources de la vraie paix , je veux dire, 1° l'humilité de cœur ; 2° la pauvreté de cœur.

1. C'est dans ce mystère qu'un Dieu-Homme nous prêche hautement l'humilité; et c'est de l'humilité que dépend non-seulement notre sainteté, mais notre félicité dans la vie. Car ce qui fait perdre si souvent la paix à notre cœnr, n'estce pas notre orgueil et notre ambition ? de là les inquiétudes , les tristesses , les mélancolies , les chagrins , les désespoirs. Reconnaissons-le de bonne foi : voilà, hommes du siècle , ce qui vous trouble.

Quand vous aurez renoncé à cette passion , dès là vous aurez la p ix; parce que dès là , soumis à Dieu , vous serez contents de votre fortune , et vous ne formerez plus tant d'intrigues qui vous agitent , et qui ne vous laissent pas un jour tranquille.

Apprenez donc de moi, vous dit Jésus-Christ, que je suis humble de cœur, et apprenez à l'être comme moi : alors vous trouverez le repos de vos âmes. Et ne pensez pas que cette humilité de cœur soit une faiblesse : c'a été la vertu des forts, la vertu des sages , la vertu d'un Dieu, qui s'est revêtu de notre chair pour nous en donner un modèle sensible.

2. Une autre source de nos combats intérieurs , c'est l'attachement aux biens de la terre. Quels soins pour les acquérir ! quelles peines pour les conserver ! quelles frayeurs au moindre danger de les perdre ! quels regrets après les avoir perdus ! Le remède , c'est le détachement évangélique. Un chrétien pauvre de cœur jouit toujours d'un repos inaltérable, soit qu'il soit dans l'indigence ou dans l'abondance , parce qu'il n'a point mis son appui dans les richesses périssables , et qu'il se conforme en tout à la volonté de Dieu.

Or c'est ce que votre Sauveur vient encore vous enseigner ; c'est ce que vous prêchent l'étable , la crèche , les langes de cet Enfant-Dieu. Il ne commence pas seulement à l'enseigner , mais à le persuader au monde. De pauvres pasteurs se retirent d'auprès de lui comblés de joie ; des riches ( ce sont les mages )

viennent à ses pieds déposer leurs trésors , et se faire un mérite et un plaisir d'y renoncer.

Crèche adorable de mon Sauveur , c'est loi qui me fais goûter la pauvreté que j'ai choisie ; et vous, mon Dieu, confondez-moi, si jamais ce sentiment sortait de mon cœur.

Troisième partie. La paix avec le prochain. L'Apôtre exhortant les Romains à la charité, leur disait : Si cela se peut, et autant qu'il est en vous , conservez la paix avec tous les hommes. Toutes ces paroles sont remarquables. Si cela se peut : l'impossibilité est la seule excuse légitime qui puisse là-dessus devant Dieu nous disculper , autant qu'il est en vous : en sorte que nous puissions nous rendre témoignage qu'il* n'a jamais tenu à nous , ni à nos soins. Avec tous les hommes : sans en excepter un seul, pas même ceux qui nous sont les plus opposés , parce que souvent c'est avec les plus difliciles et les plus fâcheux que nous avons à vivre dans une plus étroite société.

Or quel est le principe de cette paix ? une sainte conformité avec Jésus-Christ naissant. 1. C'est un Dieu qui se dépouille pour nous de tous ses intérêts. % C'est un Dieu qui nous prévient , selon le langage du Prophète , de toutes les bénédictions de sa douceur. Deux moyens pour entretenir une paix éternelle avec nos frères : désintéressement et doueeur.

1. C'est un Dieu qui , par amour pour nous , se dépouille de tous ses intérêts ; qui de maître se fait obéissant; de grand, petit; de riche, pauvre; et ce désintéressement est le plus nécessaire et le plus sûr moyen pour concilier les coeurs. Moyen nécessaire ; car de prétendre vivre en paix avec le prochain , tandis qu'on est dominé par l'intérêt, c'est se flatter d'une espérance chimérique : mais aussi, moyen sûr : ôtez l'intérêt, plus de divisions, de querelles, de procès : la paix régnera partout. S'il en doit coûter pour cela, faisons ce sacrifice à Jésus-Christ, il le mérite bien. Faisons-le à la charité; par là nous achèterons la paix, et la paix que nous aurons avec ce parent, avec ce frère, avec ce voisin, avec ce concurrent, vaudra mieux pour vous que l'intérêt qu'on vous disputait, et à quoi vous renoncerez.

2. Ce n'est pas seulement l'intérêt qui trouble la paix entre vous et le prochain : ce sont encore vos aigreurs, vos emportements, vos fiertés. Mais un second moyen pour la maintenir, cette paix si désirable , c'est la douceur. Or, rentrez dans l'étable de Bethléem , vous y verrez un Dieu qui vous prévient , un Dieu qui vous recherche, un Dieu qui s'attendrît sur vous, et qui veut ainsi se faire aimer de vous. Après cela , faites-vous un point d'honneur de n'aller jamais au devant de votre frère; prenez à son égard des airs dédaigneux, et traitez-le avec dureté : c'est renverser le plus solide fondement de la paix.

Quel est notre aveuglement ! Dans ce temps, où Dieu nous alïlige par le fléau de la guerre , nous lui demandons une paix qui ne dépend pas de nous ; et dans le cours de la vie , nous ne travaillons à rien moins qu'à nous procurer la véritable paix qui est entre nos mains. Les puissances de la terre sont souvent plus tôt d'accord que nous ne le sommes les uns avec les autres. Donnez-nous , Seigneur, celte paix après laquelle les peuples soupirent, et qui doit pacifier le monde chrétien ; mais prélérablement à cette paix, toute nécessaire qu'elle est, donnez-nous celle qui doit nous réconcilier avec vous, nous réconcilier avec nous-mêmes , nous réconcilier avec nos frères.

Compliment au roi.

AUTRE AVENT

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