POUR LE QUATRIÈME DIMANCHE DE L'AVENT
SuJET. Jean-Baptiste venant dans tout le pays qui est le long du Jourdain, prêchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés.
Comme il y a une vraie et une fausse pénitence , la grande misère du pécheur, dit saint Chrysostome , c'est qu'étant assuré , comme il l'est , de la réalité de son péché, il ne peut jamais l'être absolument de la validité de sa pénitence. Cependant, pour calmer, autant qu'il est possible, nos esprits, il y a certains caractères propres de la véritable pénitence , et c'est à ces caractères que nous devons la reconnaître.
Division. Pour pouvoir compter sur notre pénitence , il en faut juger par les fruits. Or ces dignes fruits dont parlait Jean-Baptiste en prêchant aux Juifs , et qui rendent la pénitence efficace, se réduisent à trois : à retrancher la cause du péché, lre partie : à réparer les effets du péché, 2e partie : à assujettir le pécheur aux remèdes du péché , 5e partie.
Première partie. Retrancher la cause et la matière du péché, premier caractère à quoi nous devons reconnaître la vraie pénitence. Cette maxime est fondée sur deux principes.
Premier principe : on n'aime point lej^dié comme péché , mais on aime la matière et la cause du péché. Par exemJ B^aime le plaisir qui est criminel ; mais on l'aime parce qu'il est plaisir^É | point parce qu'il est criminel. On voudrait même pouvoir séparer YujM pftn3, et que ce qu'on aime ne fût point criminel : on n'est donc poLH Bernent criminel pour aimer le péché , puisqu'en effet on ne l'aime yjJÉ Brest pour aimer ce qu'on sait d'ailleurs
être péché. D'où vient que , haïs ^Breme le péché, l'on pèche toutefois parce qu'on aime ce qui est péché.^ ^r
De ce principe, il s'ensuit que ce n'est point absolument par la haine du péché, considéré comme péché, qu'il faut distinguer la vraie pénitence : car la pénitence la plus vaine peut avoir cela de commun avec la pénitence la plus solide. Mais nous la distinguerons , cette pénitence solide , par le renoncement à tout ce qui fait le péché.
C'est par là que l'homme pénitent, selon le précepte de l'Apôtre, doit s'éprouver lui-même. Vous ne savez si c'est un repentir sincère et efficace qui vous touche? voici la règle que vous donne le Prophète pour sortir de cette incertitude : Supprimez toutes les paroles , et convertissez-vous. Vous êtes du monde , et ce qui vous porte à mille péchés, c'est une dépense qui excède vos forces : retranchez cette dépense. Vous aimez le jeu , et c'est ce qui vous perd : retran-
chez ce jeu. Enfin , quoi que ce soit , sacrifiez-le. Voilà ce que saint Paul appelle combattre , non pas en frappant l'air, ni en donnant des coups perdus, mais en faisant tomber l'ennemi que Ton poursuit.
Second principe : on n'est pas toujours maître de ses pensées , mais on est toujours responsable de ses actions ; et quand nous venons à succomber dans une occasion dangereuse d'où nous avons pu sortir, on n'a jamais droit de dire alors : Je ne pouvais pas me défendre de ce péché; mais on doit dire : Je ne le voulais pas. Saint Paul gémissait de sa faiblesse ; et parce qu'il ne se contentait pas de gémir, mais qu'il veillait attentivement sur lui-même , cette attention sur lui-même était un témoignage de la sincérité de sa douleur. Au contraire, l'hypocrisie de la pénitence, c'est de déplorer, comme saint Paul , notre fragilité , et cependant de nous exposer à des occasions où toute la force des Saints suffirait à peine pour résister.
Vous êtes faible, il est vrai ; mais vous vous jouez donc de Dieu, si, dans le moment que vous pleurez votre péché, vous n'en voulez pas retrancher l'occasion. Ne dites point comme l'Apôlre : Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. Mais dites que vous voulez tout le mal que vous faites, et que vous ne voulez nullement le bien que vous ne faites pas : et de là même concluez que votre pénitence n'est que dissimulation et que mensonge.
Cependant on traite un confesseur d'homme difficile et scrupuleux, lorsqu'il suspend pour ceux qui ne veulent pas éviter certaines occasions la grâce de l'absolution. Mais quand la suspendra-t-il donc? et s'il y a des sévérités indiscrètes, ne serait-ce pas aussi une facilité criminelle, que de réconcilier et d'admettre à la participation des sacrements un pécheur qui s'obstine à demeurer dans un danger si évident et si prochain ?
Mais ce sont des occasions que je ne puis^quilter : vous les quitteriez s'il s'agissait de votre fortune. Mais ce sont des liens que je ne puis rompre sans éclat et sans scandale : le grand scandale est plutôt de ce que vous ne les rompez pas. Mais Dieu me prolégera : confiance présomptueuse , qui ne va qu'à tenter Dieu et qu'à fomenter votre impéniîence.
Deuxième partie. Réparer les effets du péché, second caractère à quoi nous devons reconnaître la vraie pénitence. Car la pénitence est une partie de la justice , et la justice demande nécessairement une réparation. Mais supposant la nécessité de cette réparation , quelle en doit être l'étendue ? Sur cela , deux maximes importantes de l'Ecriture.
Première maxime : pour se convertir efficacement , il faut faire , selon la parole de Jean-Baptise , de dignes fruits de pénitence ; c'est-à-dire , suivant l'explication de saint Grégoire , ne pas seulement pleurer le passé , mais produire dans l'avenir des fruits de grâce et de salut. Or quels sont ces fruits? réparer les effets du péché par des œuvres directement contraires au péché même , selon ses différentes espèces ; par exemple , réparer les effets de la calomnie par le rétablissement de l'honneur.
Dignes fruits de pénitence , parce qu'il faut pour les produire que le pécheur fasse des efforts dont il n'y a que la vraifr&énitence , qu'une pénitence surnaturelle , qui soit capable. Car sans cetlHf énitence surnaturelle , comment un riche pourra-t-il jamais se résoudre à se dépouiller pour rendre un bien qu'il a injustement acquis?
Fruits proportionnés, à quoi? à l'offense. On ne répare pas l'injustice par l'aumône , ni la médisance par la prière.
Fruit nécessaire : en vain imaginerons-nous des tempéraments ; il en faut toujours revenir à la décision de saint Augustin : Le péché n'est point remis si le dommage n'est réparé.
Fruits ceriains et non suspects : on ne soupçonnera jamais un pécheur qui veut bien se soumettre à une telle satisfaction de n'être pas bien converti. Mais quelle est l'illusion? c'est qu'au lieu déjuger de la pénitence par ses fruits , on en veut juger par des pratiques très-équivoques, et qui souvent ont plus d'éclat que de solidité. Beaux dehors , mais dehors trompeurs , si d'abord on ne satisfait pas aux devoirs naturels de la chanté et de la justice.
Seconde maxime : Il ne suffît pas de faire pénitence devant Dieu , il faut encore la faire devant les hommes , en réparant le scandale. Car le scandale est une partie du péché ; et puisque , en vous égarant , vous en avez égaré tant d'autres , n'est-il pas de Tordre que vous tâchiez par votre exemple à les ramener ? Mais ce n'est point là comment on raisonne dans le monde ; et si quelquefois on consent à faire pénitence et à se convertir, du reste, on veut toujours garder les mêmes apparences du péché , vivre toujours dans le même faste , être toujours des mêmes sociétés.
Est-ce ainsi que tant de fameux pénitents , dans l'ancienne loi et dans la loi nouvelle , se sont convertis? Apprenons comme eux à faire cesser, non-seulement le mal, mais Papparence du mal. Ayons là-dessus égard au jugement du monde , qui ne condamne pas seulement le péché , mais les apparences du péché, et qui s'en scandalise. S'il nous paraît un censeur trop sévère , bénissons Dieu de ce que le vice n'a pas encore prévalu jusqu'à pouvoir obtenir du monde , que le monde l'approuvât, et reconnaissons notre aveuglement de ne vouloir pas en croire le monde , dans une chose où le jugement même du monde s'accorde si bien avec le jugement et la loi de Dieu.
Troisième partie. S'assujettir aux remèdes du péché , troisième caractère de la vraie pénitence. Le péché, surtout quand l'habitude en est formée, est comme une dangereuse maladie , contre laquelle il est nécessaire que la pénitence emploie les plus souverains remèdes. Deux sortes de remèdes : 1° les uns pour nous garantir du péché ; 2° les autres pour punir le péché.
1. Remèdes préservatifs et propres à nous garantir du péché. Il n'y a personne qui, par les différentes épreuves qu'il en a faites , n'ait connu ou du moins ne puisse connaître ce qui serait capable de le préserver du péché , et de le maintenir dans l'ordre. Or la preuve convaincante d'une sincère conversion est de prendre ces moyens. Vous avez souvent éprouvé que le plus puissant préservatif contre la cupidité et l'amour du plaisir qui vous domine est l'occupation et le travail; occupez-vous, et fuyez l'oisiveté. Vous savez que la fréquente confession serait un secours toujours prêt et presque toujours immanquable contre les tentations qui vous attaquent , et vous n'ignorez pas quel besoin vous auriez d'un directeur sage et ferme ; mais parce que la confession vous gêne , vous n'approchez du saint tribunal que très-rarement. Peut-on présumer alors que votre pénitence ait été de bonne foi? Que ne fait-on pas tous les jours pour la guérison du corps? Pourquoi ne le faites- vous pas pour la guérison de votre âme?
2. Remèdes , pour ainsi dire, correctifs et propres à punir le péché. Si le châtiment , un châtiment volontaire et rigoureux , suivait de près le péché , il n'y* a point de passion ni d'habitude qu'on ne déracinât. Ce n'est pas à dire que la pénitence soit une vertu servile ; car on peut se punir par amour, et par zèle de sa perfection. Ainsi, quand l'Eglise autrefois punissait par des peines canoniques chaque espèce de péché , elle ne croyait pas ôter par là aux fidèles cet esprit d'adoption qu'ils avaient reçu dans la loi de grâce. L'innocence ilorissait alors, et la pénitence était exemplaire, parce que le péché n'était point impuni. Mais aujourd'hui l'on en veut être quitte à ©oins de frais , et de là l'inondation de tous les vices.
Faisons maintenant ce que l'Eglise faisait dans ces premiers siècles. Le droit de Dieu est toujours le même : et nous avons toujours la même obligation de satisfaire à sa justice. N'attendons pas qu'il nous punisse lui-même. Si ceux qu'il a commis pour être les médecins de nos âmes sont trop indulgents, suppléons à leur indulgence par notre sévérité. Appliquons aux maux spirituels de nos âmes des remèdes spécifiques. En un mot , convertissons-nous à Dieu de bonne foi , et Dieu se convertira à nous.
SUJET. L'ange leur dit : Ne craignez point; car je viens vous annoncer une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie : c'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est Jésus-Christ.
L'ange parlait à fies pasteurs , c'est-à-dire des hommes simples et pauvres. Qu'auraient-ils pu craindre dans un mystère où ïe Sauveur du monde venait honorer leur condition, par le choix qu'il faisait de leur pauvreté? Mais moi je parle au milieu de la cour , et à des auditeurs pour qui je ne sais si cette naissance doit être un sujet de consolation. Leur dirai-je : Ne craignez point ? leur dirai-je : Craignez ? Je leur dirai i'un et l'autre dans ce discours , parce que la nouvelle que je leur annonce est tout à la fois pour eux un sujet de crainte et un sujet de joie.
Division. Jésus-Christ a paru dans le monde, pour être et la ruine des uns, et la résurrection des autres. Sa naissance doit donc être aussi tout à la fois, et un sujet de crainte, et un sujet de joie. Crainte et joie , deux sentiments exprimés dans ces paroles du Prophète : Servez le Seigneur, et réjouissez-vous en lui avec tremblement. Êies-vous de ces mondains qui, aveuglés par le dieu du siècle, quittent la voie du salut pour suivre la voie du monde; craignez, parce que ce mystère va vous découvrir des vérités bien affligeantes : lrc partie. Etesvous de ces chrétiens fidèles qui cherchent Dieu en esprit et en vérité ; consolezvous, parce que ce mystère vous découvrira des trésors infinis de grâces et de miséricorde : 2e partie.
Première partie. Mystère de crainte : pourquoi ? parce que ce Sauveur qui vous est né n'est peut-être pour vous rien moins qu'un Sauveur, et cela par les fausses idées que vous vous en formez, et par l'abus que vous faites de sa miséricorde. 1. Vous voulez qu'il vous sauve, mais vous vous mettez peu en peine qu'il vous délivre de vos péchés. 2. Vous voulez qu'il vous sauve, mais vous prétendez qu'il ne vous en coûte rien. 3. Vous vouiez qu'il vous sauve , mais vous ne voulez pas que ce soit par les moyens qu'il a choisis. Trois contradictions qui portent avec elles leur condamnation , et qui doivent bien vous faire trembler.
i. Vous voulez que ce Dieu-Homme vous sauve , mais vous ne voulez pas qu'il vous délivre de vos péchés , première contradiction. Car il n'est Sauveur que pour vous affranchir de la servitude du péché, selon la parole de l'ange à Joseph : Vous l'appellerez Jésus , parce qu'il délivrera son peuple de ses péchés. L'ange ne dit pas : 11 délivrera son peuple des calamil es temporelles qui l'affligent; mais, de ses péchés, c'est-à-dire des vices, des passions, des habitudes dont il est esclave.
Or est-ce ainsi que vous l'entendez? de quelle passion, de quelle inclination vicieuse ce Sauveur vous a-t-il délivrés , et avez -vous voulu qu'il vous délivrât ? Il n'est donc pas plus votre Sauveur que s'il n'était pas né pour vous.
Nous plaignons les Juifs de ce que , le Sauveur étant né au milieu d'eux , ils ont néanmoins perdu tout le fruit de ce bienfait, inestimable. Et pourquoi Pont- Us perdu? parce qu'ils se sont figure un autre Sauveur que celui qui leur était promis. Sans penser qu'il devait être le libérateur de leurs âmes , ils ne l'ont regardé que comme le restaurateur du royaume d'Israël : et par là , dit saint Augustin, ils ont été frustrés, et des biens éternels qu'ils ne cherchaient pas, et des biens temporels qu'ils attendaient. Tel est notre malheur.
Nous invoquons Jésus-Christ comme Sauveur, mais nous l'invoquons dans le même esprit que le Juif réprouvé l'invoquerait. Nous l'invoquons pour les biens de cette vie , mais avec une indifférence entière pour les biens de l'autre. Sommes-nous dans l'adversité; c'est alors que nous avons recours à lui. Mais sommes-nous dans l'état du péché; nous ne nous souvenons plus qu'il y ait un Sauveur tout-puissant pour nous en faire sortir. .
2. Notre aveuglement va encore plus loin. Nous voulons que ce Dieu-Homme nous sauve , mais sans au'il nous en coûte rien : seconde contradiction. Cur il
n'est notre Sauveur qu'à condition que nous nous sauverons nous-mêmes avec lui et par lui. Comme Sauveur, il a souffert , il a prié, il s'est livré pour nous , mais sans préjudice de ce que nous devons faire nous-mêmes et pour nousmêmes ; en sorte que , tout Sauveur qu'il est , il consent que nous périssions , plutôt que de nous sauver de cetie rédemption gratuite telle que nous l'imaginons.
Il faut donc que nous accomplissions, comme l'Apôtre, dans notre chair, ce qui a manqué aux souffrances de la chair innocente et virginale de Jésus-Christ. Mais c'est ce que vous ne voulez pas. Vous voulez le salut, mais sans l'acheter ; et tant que vous vous en tenez là, Dieu m'ordonne de vous déclarer que ce salut n'est point pour vous.
3. Enfin , vous voulez que ce Dieu-Homme vous sauve , mais par d'autres moyens que ceux qu'il a choisis : troisième contradiction. Haine du monde, détachement du monde, renoncement au monde , voilà les moyens qu'il nous a marqués : mais vous en voudriez de plus conformes à vos idées et à votre goût. Or, ces moyens conformes à votre goût et à vos idées ne vous sauveront jamais : et c'est ce qui vous doit saisir de frayeur.
Pour mieux sentir ce terrible mystère, faisons une supposition. Si Dieu vous avait envoyé un Sauveur né dans l'opulence et dans la grandeur , et qui vous eût apporté un Evangile favorable à la cupidité et aux sens, qu'auriez-vous à changer dans vos sentiments et dans votre conduite pour vous y accommoder? Ne pourrais-je pas vous dire alors : Ne craignez point ; car je vous annonce une heureuse nouvelle? et quoi? c'est qu'il vous est né un Sauveur selon vos désirs. Mais puisque ce Sauveur envoyé de Dieu vous est venu prêcher un Evangile directement opposé, n'ai-je donc pas droit aussi de vous dire, par une règle toute contraire : Tremblez ?
Deuxième partie. Mystère de consolation. Quoique Dieu ne fasse acception de personne, il est néanmoins vrai que la prédilection de Dieu dans l'ordre de la grâce a toujours paru être pour les pauvres et pour les pciits. Ce fut d'abord à des bergers qu'il se fit connaître; et c'est ce qui devrait affliger et désoler les riches et les grands du monde , si ce même mystère ne nous découvrait pas d'ailleurs pour les grands et pour les riches trois sujets de consolation. 1° Quelque éloignés que vous paraissiez être du royaume de Dieu , riches et grands , Jésus- Christ ne vous rebute point. 2° Sans cesser d'être ce que vous êtes , il ne tient qu'à vous d'avoir avec lui une sainte ressemblance. 5° Vous pouvez vous servir de votre opulence même et de vos richesses comme d'autant de moyens pour l'honorer.
1. Ce Dieu , naissant dans la bassesse et l'humiliation, ne rejette point toutefois la grandeur : premier sujet de consolation. Exemple des mages qu'il appelle à son berceau. En quoi il a plus fait encore , ce semble , pour les grands que pour les pciits ; car, selon la remarque de saint Chrysostome , pour attirer à lui des grands et des sages du siècle , il fallait une grâce et une vocation beaucoup plus forte.
Après cela , ne vous plaignez plus , grands du monde , que votre Dieu réprouve votre condition. 11 en réprouve les abus, mais sans la réprouver ellemême.
2. Sans cesser d'être ce que vous êtes , il ne tient qu'à vous de vous rendre semblables à Jésus-Christ naissant : second sujet de consolation. Car vous pouvez être grands et humbles de cœur, riches et pauvres de cœur. Par là même vous avez encore l'avantage de pouvoir être plus conformes que les autres à ce modèle des prédestinés. Et en effet, le caractère de ce Sauveur n'est pas précisément d'èîre pauvre et humble, mais d'être grand et humble, riche et pauvre tout à la fois : et voilà ce qu'il n'appartient qu'aux grands et aux riches de pouvoir parfaitement imiter.
Aussi quels sont ces mages qu'il attire à sa crèche? des grands qui semblent n'être grands que pour faire paraître dans leur conduite une humilité plus profonde et une obéissance plus exacte ; des riches qui se font un mérite de renoncer à leurs trésors , et de les apporter à ses pieds.
5. Enfin , vous pouvez vous servir de votre grandeur même et de vos richesses comme d'autant de moyens pour rendre à ce Dieu naissant le double tribut qu'il attend de vous : troisième sujet de consolation. 1° En qualité de Dieu humble, il veut être glorifié. 2° En qualité de Dieu pauvre , il veut être assisté. Or rien ne l'honore plus que les hommages des grands ; et plus vous êtes riches , plus vous êtes en état de l'assister , non plus dans lui-même , mais dans ses membres , qui sont les pauvres. Dès là votre grandeur et votre abondance sanctifiées, bien loin d'être des obstacles à votre salut , en deviendront le gage et le prix.
Compliment au roi,