‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 3)Chapitre 130 sur 139 · CONTENUS DANS CE VOLUME · texte numérisé non relu

CONTENUS DANS CE VOLUME

POUR LA FÊTE DE SAIiSÏ ETIENNE.

Sujet. Etienne, plein de grâce et de force, faisait des prodiges et de grands miracles parmi

le peuple.

Voilà en deux mots le précis de tout ce que nous avons à considérer, et , autant qu'il nous est possible, à imiter dans la personne du glorieux martyr saint Etienne.

Division. Éiienne a été jiîein de grâce dans rnccompHssement de son ministère, et cela seul est un miracle de sainieié dont Dieu s'est servi pour çammencer à former les mœurs du christianisme naissant : première partie. Etienne a éié plein de force dans la consommaiion de son martyre, et cela seul est, non pas un prodige, mais plusieurs prodiges ensemble qui ont obscurci tout l'éclat et toute la gloire des yerlns du paganisme : deuxième partie.

Première partie. Etienne plein de grâce dans l'accomplissemenf de son ministère. 11 était diacre , et même le premier des diacres de TÉglise. Charge lionorable , mais qui l'engageait à deux choses : l'une, d'administrer les biens de l'Église , dont il était jar oiïice le dispensateur; l'autre, de gouverner les veuves qui, renonçant au monde, se consacraient à Dieu dans l'état de la viduité. Charge où la sainteté même trouvait des risques à courir; mais où Dieu voulait que saint Éiienne, par sa probité et par ea sagesse, servît d'exemple à tous les siècles futurs.

1. Comme dispensateur des biens de l'Église , Éiienne était responsable de sa conduite à Dieu et aux hommes : première épreuve de sa vertu , où paraît sa probité et toute la grâce dont il fut rempli ; cardans un tel ministère, qu'y a-l-il de plus difficile que de conserver devant Dieu tout le mérite d'un p;u fait désintéressement, et d'en avoir devant les hommes toute la réputation? Tel fut le double avant;ige de saint Etienne; et qu'il serait à souhaiter que les biens ecclésiastiques fussent de nos jours ainsi disper.sés!

2. Comme directeur des veuves qui vivaient séparées du monde, Etienne était chargé de leur conduite : autre épreuve bien dangereuse ; car à quels périls , à quels discours et à quels iioupçons n'tst-on pas exposé dans un emploi où l'on est obligé de traiter souvent avec les pei sonnes du sexe? Que n'en coûta-t-il point à saint Jérôme? ftiais pj.rla t-on jamais de saint Etienne qu'avec respect et avec éloge? Il n'y a que la probité, ei la probité reconnue, qui puisse être de la sorte au-dessus de tous les jugements du monde ; et voilà le fruit de la grâce dont Etienne eut la plénitude. Erreur, si nous prétendons , surtout dans un siècle comme celui-ci , échapper à la malignité du monde par une autre voie que par celle d'une exacte et constante régularité.

A cette probité se trouva jointe une sagesse toute divine. Pour en être persuadé, il n'y a qu'à lire ce beau discours qu'il lit aux Juifs; et ce qu'il leur disait, à combien de chrétiens pourrait on encore le dire : Dura cervice et incircumcisis cordibus et auribus, vos semper Spiriiui sanclo resîstitis.

Deuxième partie. Etienne plein de force dans la consomnjulion de ^on martyre. Deux miracles, où il a fait éclater cette force : nnracle de patience dans toutes les circonstances de sa mort; niiraclc de charité envers les auteurs de sa mort.

i. Miracle de patience dans toutes les circonstances de sa mort. C'a été le premier martyr dont l'exçmple a foriifié tous les autres, mais qui , marchant à

f)8fi ANALYSES DES SERMONS.

leur lêie comme leur chef, avait besoin d'une plus grande force. Il a souffert de tous les genres de m:irlyre un des plus cruels ; et, au milieu de son lourmenl , il conserva toute la paix de son âme. Et nous , que voulons-nous souffrir? Saint Etienne a irionij'hé des lourmenis et de la mort, et tous les jours nous sommes vaincus p »r U mollesse et par les douceurs de la vie.

2. Miracle de chariié envers les auteurs de sa mort. Non-seulement il leur pardonna , mais il pria pour eux , et avec plus de zèle que pour lui-même; car en priant pour lui-même il se tenait debout , mais en priant pour ses bourreaux il fléchit les genoux. Dans une telle charité, quelle force ! Aussi Dieu l'écoula-l-il ; et de là vint la conversion de Saul. Un des signes les plus certains de notre prédestination bienheureuse , c'est cette charité envers nos ennemis. Pardonnons, et Dieu nous pardonnera.

POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN l'ÉVANGÉLISTE.

Sujet. Pierre, se retournant, vit venir après lui le disciple que Jésus aimait, et qui pendant la cène s'était reposé sur son sein.

La plus glorieuse qualité de saint Jean a été d'être le disciple bien-aimé de Jésus-Christ ; et par son exemple il nous apprend comment nous devons participer nous-mêmes à un avantage si précieux.

DivisiOiN. La faveur des grands a coîumunément trois défauts essentiels. Elle est injuste de la part du niiàtre qui la donne , orgueilleuse et lière dans la conduite de celui qui la possède, et odieuse à ceux qui n'y parviennent pas. Mais la faveur spéciale dont Jé>us-Lhrist a gratilié saint Jean eut trois caractères tout opposés. Elle a été parfaitement juste dans le choix que Jésus-Christ a fait de cet apôtre : première 5 artie. Elle a été solidement humble et bienfaisante dans la manière dont cet apôtre en a usé : deuxième partie. Et elle n'a rien eu d'odieux à l'égard des autres disciples , auxquels cet apôtre semble avoir été préféré : troisième partie.

Première partie. Faveur part; itement juste dans le choix que Jésus-Ciirisl a fait de saint Jean, 1*^ parce que cet apôtre a été vierge; 2*^ parce qu'il a été fidèle à Jésus-Christ dans la tenialion.

1. 11 a éié vierge; et qui ne sait pas combien la virginité plaît à Jésus-Christ , qui est la pureté même? Comme donc le Sauveur des hommes voulut avoir sur la terre une mère vierge, ne nous élonnons pas qu'il ait voulu pareillement avoir sur la terre un (avori vierge , et que ce soit lui qu'il ail fait reposer sur son

sein.

2. Il a été fidèle à Jésus-Christ dans la tentation. Les autres apôtres abandonnèrent cet Honmie-Dieu, mais saint Jean le suivit jusques au Calvaire; et voilà pourquoi ce Dieu Sauveur lui conlia sa mère. C'est ainsi que nous mériterons la faveur de Jésufi-Chrisi , soit par la pureté de Tàme et du corps , soit par la constance dans les dégoûts et les désolations.

Deuxième partie. Faveur solidement humble et bienfaisante dans la manière dont saint Jean en a usé : 1° humble par rapport à lui ; 2° bienfaisante par rapport à nous.

\ . Humble et modeste par rapport à lui. Comment parle-t-il de lui-même dans tout son Evangile? sans se nommer jamais. C'est ce disciple, dit-il toujours, comme s'il parlait d'un autre. S'il eût dit ; C'est ce disciple qui aimait Jésus , il eût lait connaître en cela son propre mérite; mais il dit : Ceu ce disciple qui était aimé de Jésus. Or, à être aimé, il n'y a ni louange ni mérite. Quand il s'est nouimé ailleurs, c'est pour s'appeler seulement notre frère : Jean, voire

frère.

2. Bienfaisante et utile pour nous. Si saint Jean est entré dans tous les secrets de Jésus-Christ , c'a été pour nous les communiquer. C'est à lui que nous devons la connaissance des personnes divines , et des plus profonds mystères de la religion. Telle est la manière dont nous devons user nous-mêmes des faveurs et des grâces du ciel. Soyons humbles en les recevant, et n« cherchons point à

nous en glorifier. Faisons-en part au procha;n, et employons-les à Pon utilité. Par exemple , sommes-nous riches , soulageons les pauvres.

Troisième partie. Faveur qui n'a rien eu d'odienx par rapport aux autres disciples , auxquels saint Jean semble avoir clé préféré ; car elle ne Ta pas exemple plus que les autres de boire le calice de Jésus-Christ et de souffrir. Au lieu d'un martyre que les autres ont souffert, il en a enduré trois , l'un au Calvaire, le second dans Kome , et le troisième dans soa exd.

1. Au Calvaire, et ce fut le martyre de son cœur. Que ne souffrit-il pas en voyant expirer son maî;re?

2. Dans Rome, et ce fut un martyre de sang. Qiiel supplice d'élre plongé peu à peu dans l'huile bouillante!

3. Dans son exil , où il mourut. C'est ainsi que Dieu aime ses élus , et n'espérons pas qu'il nous aime autrement. Nous buvons tous le calice des souffrances : mais combien le boivent en réprouvés , au lieu de le boire comme les amis et les élus de Dieu?

Sujet. Dieu a choisi ce qu'il y avait de plus faible dans le monde pour confondre les forts; et il a pris ce qu'il y avait de moins noble et de plus méprisable , même les choses qui ne sont point, pour détruire celles qui sont.

Pensée bien humiliante pour les sages et les grands du monde, mais bien consolante pour les petits et pour les pauvres. Celle conduite de Dieu a paru admirablement dans sainte Geneviève.

Division. Simplicité de Gî^neviève , plus éclairée que toute la sagesse du momie : première pariie. Faiblesse de Gpneviève , plus puissante que toute la force du monde : deuxième partie. Et, pour parler de la sorie , b:)sses!-e de Geneviève, plus honorée que toute la grandeur du monde : troisième partie.

Première partie. Simplicité de Gciieviève , plus éclairée que toute la sagesse du monde : 1° par l'union qu'elle voulut avoir avec Dieu ; 2" par les saintes corn • munications que Dieu eut réciproquement avec elle.

i. Par l'union qu'elle voulut avoir avec Dieu. Dans ce d^^ssein elle se cimsacra à lui par le vœu de virginité, mais après avoir consulté là-dessus deux grands évêques, ne voulant pas suivre ses propres luioières; en celn d'autant plus sage qu'el'e se défia plus d'«!lle-n)ême et de sa sng^ sse. Pour mieuiv observer son vœu et pour se tenir plus étroitement liée à Dieu , elle se sépara du monde, et embrassa la retraite; elle s'employa aux exercices les phis bas di la charité et de l'hunudilé , et elle pratiqua une austère pénitence. \oï\\ quelle fut la sagesse de Geneviève; ce fut une sagesse évangélique, et la sagesse de l'Evangile passe toute la sagesse du monde.

2. Par lei saintes communications que Dieu eut avec elle ; car c'est aux simples que Dieu se communique : et de quels dons ne combla-t-il pas G^^neviève? Quelles connaissances, quelles vues , quel dii-cernement des e^piit^!

Quatre règles pour engiger Dieu à répandre sur nous ses lumières : 1" suivre le conseil de nos pasteurs et de nos directeurs ; 2° fuir le monde et les vains commerces du monde ; 5° s'adonner à la pratique de bonnes œuvres ; 4'^ se purifier par la pénitence.

Deuxième partie. Faiblesse de Geneviève plus puissimte que toute la force du njonde : i" pour la guérison des corps; 2" pour la guérison des âmes.

1. Pour lu guérison des corps. Tant de miracles pubUés, connus, avérés, le font bien voir. 11 n'y a que pour elle-même qu'elle n'usa point de ce don des miracles; mais sa patience d;ms les maux de la vie ne fut-elle pas un miracle encore plus grand que tous les autres?

2. Pour la guérison des âmes. Combien de conversions a-t-eile opérées? combien d'afflictions a-t-elle soulagées , soit pendant sa vie, soit depuis sa mort? Assez lorle dans sa faiblesse même pour fléchir les puissances du ciel , pour

688 ANALYSES DES SEUMONS.

huinilit r les plus fières puissances de la terre , pour confondre toutes les puissances (ic renier.

Voilà pourquoi nos pères ont mis sous sa protection celte ville capitale; et combien de lois en avons-nous éprouvé les salutaires elîeis? Mais nous avons bien lieu de craindre que nos désordres ne les arrêtent; car qu'est-ce que Paris, et (juelle corruption de moeurs !

TuoisiÈviE PAuTiE. Bassesse, pour ainsi dire, de Geneviève , plus honorée que loiite la grandeur du monde. Honorée, 1** par les princes et par les rois ; 2" par les évêques et les prélais de l'Eglise ; 5^ par les Saints. Ce n'est pas qu'elle n'ait eu des persécuiious à soutenir; mais on sait avec quel éclat elle en a triomphé.

Surtout depuis qu'elle jouit de la gloire d^ns le ciel, quel culte lui a-l-on rendu sur la terre? Culte le plus solennel , culte le plus universel , culte le plus ancien et le plus constant, cidte le plus religieux. C'est ainsi que la mémoire du Juste, selon la parule du proplièle, est éternelle, et que celle des pécheurs périra. Aspirons, non pas aux mômes honneurs en ce monde, mais à la même gloiie dan> l'éternité bieiihcureuse.

POUR LA FKTE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES. Sujet. Dieu l'a fait Siiint par TtiTicace de sa foi et de sa douceur.

C'est l'éioge que l'Ecriture fait de Moïse , et qui convient parfaiten»ent à saint François de Sales. Sa douceur a été tout évangélique , et doit nous servir d'instruction et de modèle.

Division. François dt; Sales , par la force de sa doticeur, a triomphé de l'hérésie : première partie. Frai c )is de Sales , par l'onction de sa douceur, a rétabli la oiéié dans l'Eglise : deuxième partie.

PREMii:uE PARTIE. FriJHçois de Sales, par ia force de sa douceur, a triomphé de l'hérésie. En quel éiai se trouvait le diocèse de Genève, lorsqu'il en fut fait évoque? L'hérésie y éî:!i' dcniïuanle ; et ce saint pasteur y convertit pl'is de Foixanle-dix mille l.é'étiques. Mais par où opéra-l il ce miracle? ce l'ut surtout par sa douceur : 1" c'oueeur patienta, qni hn rendit tout supportable ; 2" douceur enireprenjnte (t agissante, qui lui rend.t tout possible.

4. Douceur pjtienle. Il a eu à supporter les calomnies, les insultes, les révolîcs, les attentais ; mais sj douceur à soulfrir iout ei à pardonner tout U^ faisait a nier de cessx mêmes qui s'étaient élevés contre lui , et par là il les gagn:iit.

2. Douceur entreprenante et Rgi?s;»nte. Il a paru dans les cours des princes comme ni! Elie. De tous les avantages qu'ils lui ont offerts, il n'en a accepté aucun ; et l'unique grâ !e (}u'i! en voulut obtenir, ce fit l'extirpation de l'iiérésie. C<mibien de courses :<p()stiil!(iues et (ie voyages lui en a-t-il con;é?conibiea de veiil s et de travaux? Mii» ce qui donstait h tout cela une mervei;leu*ie efficace, c'éiail sa douceur. Parla doctrine on convainc les esprits ; mais par la douceur on gagne les cœurs.

De là, double in.^irucîion. 1*^ Apprenons à estimer notre foi, pOi;r laquelle François de Sales a si dignement ombattu, et culiivons la dans nous-mêmes comme il l'a cultivée dans les autres. 2^ Traitons le prochain avec douceur : c'est par laque nous le corrigerons, plutôt que par une autorité dominante et par une sévériié outrée. Si nous sonmies sévères, soyons-le p'us pournouîniêmes que pour les autres.

Dcuxi^JWE PAHTiE. FraDcois de S des, par Tonciion de sa douceur, a rétabli la pic)é dans l'Eglise. Il l'a rétablie, V par la douceur de sa doctrine, 2" p.sr la douceur de sa condiiiie, 5^ par la doîiceur de ses exemples.

l. Par la doucem- de sa doctrine. Cy n'est, pas qn'elle ne lût très-sévère dans ses maximes : mais l'onction (ju'il y mettait , soit en prêchant , soit en conversant, soit en écrivant , lui donnait une grâce particulière, et la faisait recevoir avec plus de fruit.

2. Par la doueeur de sa conduite dans le gouvernement des ânjes : témoin col ordre illustre de la Visiialion qu'il a institué, ei dont le principal esprit est un esprit de charité.

5. Par la douceur de ses exemples. La Providence l'a attaché h une vie , ce semble, assez commune, afin qu'elle nous devînt imitable. Il a borné toute sa sainteté aux devoirs de son ministère , et c'est surtout dans les devoirs de notre condition que doit consister notre piété. Mais, du reste, que cette parfaite observation des devoirs de chaque état coûte dans la pratique ! qu'il faut pour cela se faire do violences et remporter de victoires !

POUR LA fP.TE de saint FRANÇOIS DE PAULB. Sujet. Je suis le plus petit dans la maison de mon père.

C'est ce que disait Gédéon , et c'est ce qu'a dit après lui l'humble François de Paule. L'humilité fut son caractère , et doit faire le sujet de son panégyrique.

Division. Espèce de combat entre Dieu et François de Paule. Saint François de Paule a employé tous les efîorls de son humilité pour se faire petit dans le monde : première partie. Et Dieu a employé tous les trésors de sa magnificence pour le faire grand ; deuxième partie.

Première partie. Saint François de Paule a employé tous les efforts de son humilité pour se faire petit dans le monde. Dès Tâge de treize ans il se retira dans un désert, afin d'y mener une vie cachée, et d'y cacher son humilité même.

Cependant, après six années de retraite, sa sainleté malgré lui le fil connaître. Un grand nombre de disciples se joignirent à lui, et il devint fondateur d'un nouvel ordre dans l'Eglise. Mais de quel ordre? d'un ordre qu'il établit sur le seul fondement de l'humilité; d'un ordre qu'il gouverna par le seul esprit de l'humilité ; d'un ordre qu'il distingua par le s«ul caractère de l'humilité.

Son nom se répandit dans les cours des princes. Un de nos rois l'appela auprès de lui, et il parut à la cour de France. Mais s'il entra à la cour, ce ne lut que par la porte de l'humilité; s'il y demeura, ce ne fut que pour y exercer l'humilité; s'il en sortit, il en remporta toute son humihté.

Ce fut par le même esprit d'humilité que, non content de renoncer à l'épiscopat, il renonça même au sacerdoce. Soyons humbles , par proportion, comme lui. L'humilité est l'abrégé de toute la perfection chrétienne , puisqu'il n'y a point de désordre que l'humilité ne puisse corriger, ni de vertu qu'elle ne nous fasse acquérir.

Deuxième partie. Dieu a employé tous les trésors de sa magnificence pour glorifier saint François de Paule et pour le faire grand. 11 l'a glorifié en deux manières : 1** par soi-même , 2*^ par le ministère des créatures.

1. Dieu l'a glorifié par soi-même, en lui communiquant deux des caractères les plus essentiels de sa divinité , savoir, la science et la puissance : la science , pour prévoir les choses futures , et pour découvrir les secrets des cœurs ; lu puissance , pour opérer les plus grands miracles. En combien d'occasions François de Paule a-t-il l'ait éclater ce don des miracles et ce don de prophétie?

2. Dieu l'a glorifié par le ministère des créatures. Tous les éléments lui ont obéi , toutes les puissances de la terre l'ont honoré , surtout Sixte IV, pape ; Louis XI, roi de France ; Charles VIII, successeur de Louis.

Mais si Dieu l'a tellement glorifié pendant sa vie, combien plus encore l'a-t-il glorifié après sa mort? Son sépulcre, selon l'expression du prophète , a été un des plus glorieux : et de quelle gloire jouit son âme bienheureuse dans le ciel? telle est la véritable grandeur où nous devons aspirer. Nous ne devons pas souhaiter de briller dans le monde comme saint François de Paule; mais nous devons travailler à devenir grands comme lui auprès de Dieu et dans l'éternité.

ANALYSEg DES SEHMONS.

Sujet. 11 y eut un homme envoyé de Dieu, qui s'appelait Jean. Ce fut lui (jui vint pour

rendre témoignage à la lumière.

Voilà îe véritable caractère de saint Jean -Baptiste , et sa principale fonction en qualité de précurseur. Il a été le témoin de Jésus-Christ , et il est venu pour

Division. Témoigriage de Jean-Bapiisîe en faveur de Jésus-Christ : première partie. Témoignage de Jéjus-Christ en faveur de Jean-Bapiiste : deuxième

ParJuiÈRE PARTIE. Témoignage de Jean-Baptiste en faveur de Jésus-Christ. Ce divin précurseur a ea toutes les quilités d'un parfait témoin : 1^ témoin fidèle et désintéressé ; S'' témoin instruit et pleinement éclairé ; 5^ témoin sûr et irréprochable; 4^ témohi zélé et ardent; 5*^ témoin constant et ferme.

1. Témoin fidèle et désintéressé. On voulut le reconnaître pour le Messie ; mais il proîesîa hautement qu'il ne Télait point.

, 2. Tcîîioin instruit et pleinement éclairé. Tout ce que nous savons de Jésus- Christ et tout ce que nous en devons savoir, c'est Jean-Baptiste qui nous Ta enseigné le premier, par les différents témoignages qu'il a rendus à Dieu ce

Sauveur. ■ . , , . , t -r

5. Témoin sûr et irréprochable. C'était un saint , et repute saint par les Juits

mêmes. . , -^ i

4. Témoin zélé et ardent. Avec quel zèle parlait-il aux Juifs, leur reprochant leur incrédulité et les appelant race de vipères? // est venu avec f esprit d'Elie,

5. Témoin constant et ferme. Depuis sa conception jusqu'à sa mort, il n'a point ces^é de remplir son ministère. Mourir comme il est mort , pour la justice, c'était mourir en témoin de Jésus-Christ. ^

Bendons nous-mêmes témoignage à Jésus-Christ par l'observation de sa loi ; et sovons des témoins lldèles , zélés , irréprochables et constants.

De'^uxième PARTIE. Témoignage de Jésus-Ciirist en faveur de Jean -Baptiste. Le Sauveur du monde , pour honorer son précurseur, a rendu témoignage , 1^ à la grandpiir de sa peràonne; 2*^ à la dignité de son ministère; 5° à l'excellence de sa prédication ; 4"* à l'efficace de son baptême; 5** à la sainteté de sa vie et à rausté.ité de sa pénisence. ,.,„.,

1. A la grandeur de sa personne. Je vous dis en vente : Parmi les enfants des hommes, il n'y en a point de plus grand que Jean-Baptiste.

2. A la dignité de son ministère. Je vom déclare que Jean est encore plus que prophète. Car c'est de lui qu'il est écrit : Voici mon ange que f envoie devant vou€ , pour vous préparer la voie.

5. A l'excellence de sa prédication. Toute l'excellence de la prédication consiste à éclairer et à toucher : or, selon le témoignage de Jésus-Christ, Jean-Baptiste était un flambeau luisant et ardent.

4. A l'eûicace de son baptême. Le fils de Dieu voulut lui-même le recevoir.

5. A là sainteté de sa vie et à l'austérité de sa pénitence. Qu'êtes-vous allé voir dans le désert? un roseau que le vent agile? un homme vêtu mollement? Ainsi parlait le Sauveur du Donde , pour faire connaître la constance de Jesn, et sa vie austère et mortiliée.

Tachons, par la sainteté de nos mœurs, à mériter que Jesus-Christ nous reconnaisse un jour devant son Père; et craignons au contraire qu'il ne rende témoignage contre nous , par l'opposition qui se rencontrera entre noire conduite et celle de saint Jean.

Sujet. Pierre lui répondit : Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant.

C'est ainsi que saint Pierre confessa le premier la divinité de Jésus-Christ ; et c'est en conséquence de cette confession , aussi bien que nour son amour envers le Fils de Dif^u , que Jésus-Christ rétablit ciief de l'Eglise.

Division. Foi de saint Pierre, opposée à notre infidélité : première partie. Amour de saiiit Pierre, opposé à notre insehsibiliié : deuxième partie.

Première partie. Foi de saint Pierre, opposée à notre ii^fidélité. Nous devons apprendre de lui deux choses : 1^ à contesser comme lui la ïoi que nous avons dans le cœar ; 2*^ à réparer comme lui par une fervente pénilence notre lâcheté, si quelquefois nous sommes assez nsalheureux pour manquer de ferveur et de cofirage dans la confession de notre foi.

1. A confesser la foi que nous avons dans le cœur. F^a foi de saint Pierre fut une foi pratique qui se produisit par les œuvres, et la nôire n'est qu'une foi oisive et sans ac^ioa. La foi de saint Pierre tut une foi généreuse, en vertu de laquelle il abandonna tout ce qu'il possédait et tout ce qu'il était capable de posséder; et la noire ne nois fait renoncer à rien. La foi de saint Pierre fut une foi pleine de confiance, qui le fit marcher sur les eaux; et la noire s'étonne du moindre danger. La foi de siinl Pierre lut une foi à i'épreuve de tout scandale; et le plus léger scandale décoacerte la nôtre. Ce n'est pas que la foi de cet apôtre fût d'abord parfaite , et nous en avons toutes les impertccùons sans en avoir les perfections. Mais aprè^ tout , malgré les imperfections à quoi il était encore sujet, il confessa hauJement Jésus-Christ, et le reconnut comme Dieu. Sans une confession JiasUe et publique de notre foi, selon que les occasions lê^ demandent, il n'y a point de salut à espérer pour nous.

2. A réparer par une fervente pénitence notre lâcheté, si quelquefois nous sommes assez malheureux pour manquer de courage dans la confession de notre foi. Saint Pierre renonça Jésus-Christ : et en combien de rencontres le renonçons-nous? Chute de saint Pierre qui doit nous faire trembler, et qui procéda de trois causes : savoir, de sa présomption, de son orgueil et de son imprudence. Mais par quelle pénitence se reîeva-t-ii d'une telle chute? Pénitence la plus prompte , la plus sincère , la plus constante. Si nous tombons comme lui, faisons pénilence comme lui.

Deuxième partie. Amour de s:5int Pierre oppo?é à notre insensibih'té. Ce fut par son amour pour Jésus-Christ, que ciH ^pôlre mérita l'entier accomplissement de la promesse que le Fils de Dieu lai avait faite, de lui confier les'oin et la conduite de l'Eglise. Aussi le Sauveur du monde , avant que de l'établir pasteur de son troupeau , lui demanda-t-il par trois fois : M'aimezvoiis, et m'ainwzvous plus que les autres? Amour de saint Pierre, 1" amour humble, 2*^ amour généreux.

4. Amour humble. Pierre ne répondit pas à Jésus-Christ, Je vous aime plus que les autres, mais simplement , Je vous aime, ne voulant pas se préférer ij eux. 11 ne répondit pas même absolument, /e vous aimey mais. Vous savez que je vous aime, comme se déliant de lui-même et de son propre sentiment. Enfin, il s'attrista voyant que Jésus-Christ lui demandait plusieurs fois : 31' aimez-vous? car il commença à craindre en eifet de n'aimer pas autant cet aimable maître qu'il le croyait.

2. Amour généreux , c'est-à-dire amour fervent, patient, héroïque. Fervent : avec quelle ardeur prêcha-t-il Jésus-Christ? patient : que n'eut-il point à souffrir pour le nom de Jésus Christ? héroïque : quel martyre endura-t-il pour la cause de Jésus-Christ? Est-ce ainsi que nous aimons Dieu et Jésus-Christ? Avons-nous cet amour fervent? nous ne faisons rien pour Jésus-Christ, ou le peu que nous faisons, nous ne le faisons encore qu'avec froideur. Avons-nous cet autour patient? la moindre peine nous abat. Avons-nous cet amour héroïque? puisque les plus légères difficultés nous étonnent, peut-on penser que nous soyons dans la

disposition de sacrifier noire vie? Ranimons dans nos cœurs ce saint amour ; et si nous ne l'avons pas, demandons-le à Dieu.

POUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE, SUR l'oBÉISSANCE A l'ÉGLISE.

Sujet. Et moi je vous dis que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle.

C'est à cette Église dont saint Pierre a été le fondement que nous devons notre obéissance et une parfaite soumission.

Division. Nous devons à l'Eglise une double obéissance : l'obéissance de l'esprit , pour croire les vérités qu'elle nous propose ; première partie : l'obéissance du cœur, pour suivre les lois qu'elle nous impose; deuxième partie.

Première partie. Obéissance de l'esprit, pour croire les vérités que l'Égli? nous propose. Elle est la dépositaire , l'organe et l'interprète de la vérité. C'e^ à elle à nous mettre en main le sacré dépôt de la parole de Dieu , et à nous l'expliquer; elle a pour cela un pouvoir qu'elle a reçu du Fils de Dieu. Or elle ne peut user de ce pouvoir qu'autant que nous sommes obligés de nous soumeilre à ses décisions et de la croire. Ce qui faisait dire à saint Augustin qu'il ne croirait pas à l'Evangile , si l'autorité de l'Eglise ne Vy engageait. En effet, sans celle autorité de l'Eglise , il n'y aurait plus de règle fixe et certaine pour connaître le vrai sens de l'Evangile.

Maxime de saint Augustin , sans laquelle on ne peut conserver dans l'Eglise de Dieu ni la paix, ni l'ordre, ni l'unité de la doctrine, ni l'humilité de l'esprit. Maxime si nécessaire, que l'Eglise prolestante elle-même en a reconnu la nécessité. Maxime qui présuppose l'infaillibilité de l'Eglise , et d'où suit toujours l'obligation indispensable de lui obéir.

Quatre choses sur cette obéissance de l'entendement. 1° C'est, à proprement parler, cette obéissance qui nous unit à l'Eglise, et qui nous fait membres de son corps : exemple de Tertullien. 2*^ Sans cette obéissance, il ne sert à rien d'être extérieurement dans le corps de TEglise, car l'extérieur de la proîe?sio[i et du culte n'est point ce qui nous lie à l'Eglise : exemple des donatistes. S'* Cette obéissance a été de tout temps l'épreuve à quoi l'on a distingué les vrais fidèles : exemple des saints Pères et en particulier de saint Jérôme. 4* Cette obéissance doit être une obéissance pratique , et non de paroles seulement. Voilà sur quoi, nous serons jugés de Dieu. En vain aurons-nous pratiqué de bonnes œuvres, qi marché dans la voie étroite sans la soumission à l'Eglise, nos œuvres son i inutiles ; et l'on peut même dire que, pour certains esprits , la voie étroite esfc en partie de renoncer à leurs sentiments pour prendre ceux de l'Eglise. Il est vrai que l'Eglise est gouvernée par des hommes ; mais elle n'en est pas moins infaillible , puisque ces hommes sont conduits par l'esprit de Dieu.

Deuxième partie. Obéissance du cœur pour suivre les lois que l'Eglise nous impose. 1" L'Eglise est notre mère , donc elle a droit de nous commander ; '^^ ce qu'elle nous conmiande est d'une obligation étroite et rigoureuse; 5*^ nous ne pouvons violer ses commandements, sans violer un des commandements les plus authentiques de la loi de Dieu ; 4° la téwiérilé avec laquelle nous transgressons les préceptes de l'Eglise, ne procède souvent que d'un fonds de libertinage.

i. L'Eglise est notre mère, donc elle a droit de nous commander. La vérité de celle conséquence se découvre d'elie-raême. Il n'y a eu que les hérétiques qui n'aient pas reconnu sur cela le pouvoir de l'Eglise, par une prévention d'esprit; et il n'y a que les mauvais catholiques qui, le reconnaissant, refusent de s'y soumettre par une dépravation de cœur.

2. Ce que l'Eglise nous commande est d'une obligation éiroiie et rigoureuse. Il faut bien que cela soit, puisque les ordres d'un père obligent un fils, sous peine de péché ; j)uisque Jésus-Christ veut qu'on tienne pour païen et pour publicain celui qui n'obéit pas à l'Eglise ; puisque le même Sauveur a donné pouvoir à son Eglise de nous excommunier, lorsque nous lui sommes rebelles. Ainsi en particulier saint Augustin a-l-il parlé du jeûne ordonné par l'Eglise, comme

d'un jeûne de précepte. D'aulant plus criminels quand nous désobéissons à celle mère , qu'elle ne nous comaiande rien que de raisonnable.

3. Nous ne pouvons violer les commandements de l'Eglise, sans violer un des commandements les plus authentiques de la loi de Dieu : car Dieu, dans sa loi, nous commande d'obéir à l'Eglise.

4. La témérité avec laquelle nous transgressons les préceptes de l'Eglise , ne procède souvent que d'un fonds de libertinage. Ceci ne regarde point ceux qui ont eu le malheur de naître dans l'hérésie, mais les catholiques. Quel autre esprit qu'un esprit de libertinage peut les porter à violer des préceptes dont la pratique demande si peu d'efforts , et que l'Eglise a pris tant de soin de proportionner à noire faiblesse? Honorons notre religion, en honorant l'Eglise; édilions nos frères nouvellement convertis , et soutenons par nos bons exemples ce que la grâce a fait en eux.

Sujet. Paul , serviteur de Jésus-Christ , appelé à l'apostolat.

Voilà le ministère de ce grand apôtre : ministère qu'il a parfaitement soutenu.

Division. Saint Paul a été le fidèle serviteur de Jésus Christ ; pourquoi? parce qu'il a pleinement accompli le ministère de l'apostolat ; première partie : parce qu'il a parfaitement honoré le ministère de l'apostolat; deuxième partie : parce qu'il s'est conlinuelîemcnt immolé pour le ministère de l'apostolat : Iroisième partie.

Première partie. Saint Paul a pleinement accompli le ministère de Papostolal. 11 avait été choisi de Dieu, 1" pour confondre le judaïsme, 2^ pour convertir la genliliié , 5*^ pour former le christianisme dès sa naissance. Or c'est de quoi il s'est pleinement acquitté.

1. Il a confondu le judaïsme : par où? par son exemple. Car lorsqu'il prêchait Jésus-Christ aux Juifs , sa prédication devait avoir d'autant plus de force , qu'il avait été lui-même un des plus ardents persécuteurs de l'Eglise chrétienne , ei c'était aussi la preuve dont il se servait souvent.

2. Il a converti la gentiliic. D'où vient qu'il a été appelé par excellence l'apôtre des Gentils. Depuis l'Asie jusqu'aux extrémités de l'Europe , il a établi l'empire de la foi.

3. Il a formé le christianisme, soit par les grands mystères qu'il nous a révélés , soit par les saintes règles de conduite qu'il nous a tracées dans ses divines Epîtres. C'est là , tout mort qu'il est , qu'il nous prêche encore. Profilons de ses enseignements.

Deuxième partie. Saint Paul a parfaitement honoré le ministère de l'apostolat : comment cela? par son désintéressement, qui a surtout consisté en trois choses :

1. Il exerça gratuitement le ministère dont Dieu l'avait chargé, ne demandant rien et n'acceptant rien. Or qu'y a-t-il qui fasse plus d'honneur à l'Evangile que ce détachement?

2. Il ne se prêcha point lui-même, mais uniquement Jésus-Christ; c'est-àdire qu'il n'eut point en vue sa propre gloire , mais qu'il ne chercha que la gloire de Dieu et le salut des âmes : ne se prévalant point de ses talents naturels, fuyant les applaudissements des hommes, ne souffrant jamais que , sous ombre d'estime et de confiance , on s'attachât à lui personnellement.

3. Il était aussi zélé pour son ministère exercé par d'autres, que par luimême ; ne se réjouissant pas moins des succès des autres que des siens propres, et toujours conient pourvu que Jésus-Christ lût annoncé et connu. C'est ainsi que les ministres évangéliques se rendent irréprochables, et c'est par là même qu'ils honorent, comme saint Paul, leur ministère.

Troisième partie. Saint Paul s'est continuellement immolé pour le ministère de l'apostolat. Double sacrifice qu'il comuicnçu dès l'instant de sa vocation à

^OA ANALTSia DES SERMONS. '

Tapostolat, et qui a duré , sans parler de son martyre, autant que sa vie : l'un de patience , l'autre de pénitence.

1. Sacrilice de patience, par où il fe dévoua aux persécutions des hommes pour le nom de son Dieu. Par quelles épreuves nVt-il pas passé ? il nous l'apprend lui-même dans le récit qu'il fait de ses souffrances. Du resîe, quelle différencia entre cet apôire et nous? 11 s'est sacrifié dans son ministère, et nous nous épargnons dans le nôtre.

2. Sacrifice de pénitence. Ce n'était point assez pour saint Paul d'être persécuté, s'il ne se persécutait lui-même, châtiant tous les jours son corps et le réduisant en servitude. Il se traitait de la sorte, premièrement pour son propre salut ; secondement, ainsi qu'il le témoigne, pour toute l'Eglise. Deux grandes leçons pour nous. C'éiait un saint, et nous sommes pécheurs : nous devons donc encore bien plus faire pénitence que lui. C'était pour l'Eglise qu'il se mortifiait; il faut donc, à son exemple, sacrifier dans notre profession , nos forces , notre santé , noîre vie , pour ceux que Dieu commet à nos soins, et dont il nous demandera compte.

Sujet. En même temps une fcftime de la ville, qui était de mauvaise vie, ayant su que Jésus-Christ mangeait chez un pharisien, y apporta un vase d'albâtre plein d'une huile de parfum; et s'étant prosternée à ses pieds , elle commença à les arroser de ses larmes, e* elle les essuya avec ses cheveux.

Celte femme, c'est Madeleine, qui nous donne ici le modèle d'une parfaite pénitence.

Division. Pénitence de Madeleine , pénitence prompte pour surmonter tous ces retardemenis si ordinaires aux pécheurs : première partie. Pénitence généreusî^, pour irionjpher de tous les obstacles, et en paîticuher de ces respects humains qui arrêtent tant de pécheurs: deuxième partie. Pénitence efficace, pour sacrifier à Dieu tout ce qui avait été la matière et le sujet de son péché : Iroisième partie.

Première partie. Pénitence prompte. Dès qu'elle connut, elle ne délibéra point. Elle marcha , elle exécuta. Se convertir, ce n'est point raisonner, mais conclure et agir. On ne se convertit point sans connaître ; usais aussi connaître, à l'égard des prédestinés, est le point décisif de la conversion.

Mais encore que connut Madeleine? Deux choses : 1" que cet homme qu'elle cherchait était sauveur, et sauveur des âmes; 2° que ce sauveur était d;ms la maison du pharisien , c'est-à-dire que celte maison était le lieu marqué dans l'ordre de la prédestination divine , où elle devait trouver l'aiiteur de son salut. Voilà ce qui la rendit si diligente et si active. Surtout, en connaissant, elle aima, et son amour acheva de la déterminer.

Appliquons-nous cet exemple. ISous savons qu'il faut nous convertir, mais nous différons toujours. De nous représenter l'injustice et la témérité de ces retardements , c'est ce qui nous touche communément assez peu. Que nous manque-t-il donc pour devenir plus prompts et plus agissants? Un peu de cette charité qui triompha du cœur de Madeleine. Or à quoi tient-il que ce feu divin ne prenne dans nos coeurs? Madeleine connaissait-elle mieux Jésus-Clirist que nous ne le connaissons; et même ne peut-on pas dire que nous le connaissons mieux qu'elle ne le devait alors connaître? Faisons une fois ce que tant de fois nous avons proposé de faire.

Deuxième partie. Pénitence généreuse. Le plus grand obstacle que la pénitence ait à vaincre, c'est le respect humain : mais Madeleine sut bien le surmonter. Elle ne craignit poini de se produire au milieu d'une assemblée. Elle quiita , pour ainsi dire , le luxe d'une mondaine, mais elle en retint tout le Iront ; ou elle convertit l'effronterie du péché dans une sainte effronterie de la pénitence.

Mais à quel respect humain pouvait-elle être sensible , puisque c'était une

pécheresse déjà connue? Il est vrai, c'était une pécheresse connue; mais qnel est l'effet du péché? de nous rendre honienx pour le bien , autant que nous sommes hardis pour le mal. Or c'est ceiîe honfe que Madeleine eut à surmonier, et qu'elle surmonta. La pénitence, par un effet tout contraire, la rendit honteuse pour le mal , et hardie pour le bien.

Soyons bien persuadés de celte maxime, que quirid le respect hi^mrsin nous dominera, nous ne serons point propres pour le royai^me de Dieu. Disons comme l'Apôtre : Si j& cherchais à plaire mix hommes, je ne serais pas serviteur de Jêsiis-Christ. Y a-t-ii un respect humain que nous ne snrnionuo= s poi;r une fortune temporelle? comtHent troHvons-noîîs si diflicile pour Dieu ce qui nous devient si facile pour nn intérêt péii-s^ible?

Thoisième pautie. Pénitence ofiicace. L'efficace de la pénitence, selon saint Paul , consiste à faire servir pour Diru ce qu\m a lait servir pour le péché. Or telle est la pénitence de Madeleine. Elle emp'oie ses yeux à pleurer, ses cheveux à essuyer les pieds de Jésus-Christ, ses nsains à répandre s^ir les pieds de ce même Sauveur les liqueurs précieuses , et les parfums dont elle se servait pour contenter ses sens.

Voilà pour tant de femmes du monde la solide preuve d'une sincère conversion : faire à Dieu le sacrifice de tout ce qui a f ervi à l'offenser ; toute autre marque est équivoque et trompeuse. Comment détrîiire le péché, lorsqu'on n'en veut pas couper la racine?

Parce que la pénitence de Madeleine fut eilicace , ce fut une péniiepce durable; et moins cette sainte pénitente s'épargna dans tome la suite de ^a vie, plus elle goijîa cette paix intérieure ('ont la grâce la renîpîit lorsque le Fils de Dieu lui dit, en lui remettant ses péchés : Allez en paix. C'est ce que nous éprouverons nous-mêmes; Dieu , dans noire péniierice, nous rendra aimable ce qui paraissait d'abord insupportable à la nature.

Sujet. Dieu est fidèle, par qui vous avez été appelés à la compagnie de son Fils Jésus-Christ

notre Seigneur.

C'est ce que disait l'Apôtre aux chrétiens de Corinlhe, et ce qui convient parfaitement à saint Ignace.

Division. Fidélité de Dieu dans la vocation d'Ignace : première partie. Fidélité d'Ignace à suivre la vocation de Dieu : deuxiènie partie.

Première partie. Fidélité de Dieu dans la vocation d'Ignace. 1° Fidélité envers TEglise.; 2" fidélité envers Ignace même.

1. Fidélité de Dieu envers l'Eglise , pour l'intérêt de laquelle il suscita Ignace, en lui inspirant le dessein d'une vie apostolique : c'était un temps où l'hérésie s'élevait de toutes parts; et Dieu, pour la combattre et pîïur défendre son Ej^ilise, appela saint Ignace. Voilà ce qui a rendu les enfants d'Ignace si odieux à tous les hérétiques : haine dont ils doivent se glorifier. Quelle était la source la plus commune des désordres qui régnaient dans l'Eglise? L'ignorrmce des vérités de ia foi. Dieu donc envoya Ignace pour enseigner et par l«ji-môïne et par ses succesÊeurs, pour catéchiser, pour instruire la jeunesse, pour ouvrir des écoles publiques, où l'on apprit, non point précisément les sciences profanes, mais la science du sàlut.

2. Fidélité de Dieu envers Ignace, le rendant cap;'.bîe de soutenir une si sainte entreprise, et par les dons extraordinaires de la grâce, le mettront en éiat de l'exécuter. C'était un homme sans lettres et saiîs études ; mais Dieu fout à coup l'éclaira dans sa retraile, et lui communiqua les pins siîbliiueo connaissances. Non-seulement Ignace fut éc'airé d'en haut po;>r lui-même, fisais pour la conduite des autres : il n'y a, pour en eue convaincu, qu'à lire ce livre admirable des Exercices qu'il composa. C'était un élranî^er, un mendimî, ua inconnu : mais Dieu lui promit de lui être propice à Uome , et il le fut. Cependant le ciel permit

qu'Ignace fût persécuté : il est vrai ; mais êire persécuté pour la justice , et tirer de ses persécutions de nouveaux avantages pour faire connaître et aimer Dieu, ne sonl-ce pas des grâces et des effets de la fidélité de Dieu? En quelque éiat que nous soyons , si c'est Dieu qui nous y engage , il nous y soutiendra.

Deuxième partie. Fidélité d'Ignace à suivre la vocation de Dieu. Fidélité nécessaire, et sans laquelle il ne pouvait être un parfait ministre du Dieu vivant. Fidélité qui se réduisit à deux choses : 1° nu soin qu'il prit d'acquérir toutes les dispositions requises pour son ministère ; V au zèle qu'il fit paraître dans l'exercice de son ministère.

1. Soin qu'il prit d'acquérir toutes les dispositions requises pour son ministère. Ce fut en effet pour cela qu'Ignace travailla d'abord à acquérir toutes les vertus que demande le ministère évangélique , surtout une parfaite mortification. Comment se traita-t-il dans la grotte de Manrèze? Ce fut pour cela qu'à l'âge de irenle-trois ans, il s'abaissa jusqu'à se renfermer avec des enfants dans une école, pour y apprendre les lettres ; pour cela, qu'il vint continuer ses études à Paris , mendiant lui-même son pain de porte en porte, afin de fournir à sa subsistance. Chose merveilleuse! c'est là que ce zélé disciple devint bientôt maître, et qu'il jeta les premiers fondements de son institut, eu s'associant des compagnons.

2. Zèle qu'il fit paraître dans l'exercice de son ministère. Sans parler de tout le resie, il suffit de considérer cette compagnie dont il forma le dessein, dont il fut l'instituteur et le conducieur, et dont l'unique fin est la gloire de Dieu et la sanciification des âmes. Dire d'Ignace qu'il a été le fondateur de la Compagnie de Jésus , c'est faire en un mot l'éloge complet de son zèle ; car c'est donner à entendre que, non content de glorifier Dieu par lui-même ,il l'a glorifié encore par tant de missionnaires, de prédicateurs, de directeurs des consciences, de savants hommes, de martyrs. Soyons fidèles à Dieu comme ce grand saint, en remplissant les devoirs de notre état. La fidélité de Dieu consiste à nous donner sa grâce; et notre fidélité doit consister à agir avec la grâce de Dieu.

POUR LA FÊTE DE NOTRE-DAME-DES-ANGES , SUR l'iNDULGENGE DE PORTIUNCULE.

Sujet. Ce pauvre a prié, et le Seigneur l'a exauce'.

Ce pauvre, c'est saint François priant dans l'église de Portiuncule, et demandant à Jésus-Christ, par l'intercession de Marie, une indulgence plénière pour tous les pécheurs qui visiteraient cette église avec les dispositions convenables.

Division. François qui prie pour les pécheurs, et qui, par le mérite de sa personne, est digne d'être exaucé : première partie. Marie qui intercède pour François , et qui s'y trouve engagée par les plus puissants motifs : deuxième partie. Jésus-Christ qui accorde, en faveur de l'un et de l'autre, une indulgence que nous devons regarder comme un des dons de Dieu les plus estimables : troisième partie.

Premiîoie PARTIE. Françoîs qui prie pour les pécheurs, et qui, par le mérite de sa personne, est digne d'être exaucé : car qu'était-ce que François? 1^ Un pauvre volontaire , 2° un pauvre crucifié , 3" un pauvre désintéressé pour luimême et zélé pour le prochain.

1. Un pauvre volontaire, un pauvre évangélique, instituteur d'un ordre de pauvres , parfaits imitateurs de la pauvreté de Jésus-Christ. En fallait-il davantage pour lui faire trouver grâce auprès de Dieu , qui se plaît à écouter jusqu'aux simples désirs des pauvres?

2. Un pauvre crucifié, c'csi-à-dire un pauvre revêtu de la mortification de Jésus-Christ , jusqu'à porter les stigmates de ce Dieu Sauveur. Quelle austérité de vie, quels jeûnes, ([uel renoncement à tous les plaisirs! Esprit de pénitence qu'il a laist^é en héritage à ses enfants. Or combien Dieu devait-il être touché de la prière d'un homme en (pii il découvrait des traita si marqués et une si par-

faite image de son Fils! Jésus-Christ prie pour nous dans le ciel, en montrant à son Père les cicatrices de ses pbies ; et François priait sur la terre, en montrant à Dieu les mômes blessures imprimées sur son corps.

3. Un pauvre désintéressé. Pour qui adressait-il ses vœux au ciel? Pour les autres , et non pour lui-même. Nos prières n'ont pas la même eflicace auprès de Dieu , parce que nous ne sommes ni pauvres de cœur, comme saint François , ni crucifié au monde, ni charitables, ni désintéressés.

Deuxième partie. Marie qui intercède pour François, et qui s'y trouve engagée par deux grands motifs: 1" motif de piété maternelle; 2** motif d'intérêt propre.

1. Motif de piété maternelle envers saint François : car la mère de Dieu ne devait-elle pas spécialement chérir un homme qui faisait une profession particulière de lui appartenir, et qui , dans l'église de Portiuncule , voulut contracter une alliance étroite avec elle , en se dévouant à son service , et la choisissant pour chef de son ordre ? Quand donc François , à la tête de ses enfants , priait au pied de l'autel , Marie , prosternée devant le trône du Seigneur, lui présentait elle-même leur prière.

!2. Motif d'intérêt propre. De quoi s'agissait-il dans la concession de l'indulgence que demandait saint François? L'église de Portiuncule, érigée sous le nom de Marie et sous le glorieux titre de Notre-Dame-des-Anges , était dans un abandon qui la déshonorait , et il était question de la mettre dans un nouveau lustre en y attirant les peuples et en y rétablissant le culte de la reine du ciel. De plus , il s'agissait de favoriser un ordre qui, de tous les ordres de l'Eglise, devait être un des plus ardents défenseurs des privilèges de cette vierge, surtout de son immaculée conception. Ce n'est point en vain qu'on honore Marie et qu'on se confie en elle, lorsque ce n'est point un stérile honneur qu'on lui rend, ni une confiance présomptueuse qu'on a dans sa médiation.

Troisième partie. Jésus-Christ qui accorde, en faveur de Marie et de saint François, une indulgence que nous devons regarder comme un des dons de Dieu les plus estimables. Entre les autres indulgences, celle-ci est une des plus authentiques et des plus assurées, 1^ parce que c'est une indulgence accordée immédiatement par Jésus-Christ; 2^ parce que c'est une indulgence attestée par les miracles les plus certains; 5" parce que c'est une indulgence répandue parmi le peuple chrétien avec un merveilleux progrès des âmes.

1. indulgence accordée immédiatement par Jésus-Christ : donc indulgence qui doit être infaillible. François néanmoins en communiqua avec le souverain pontife : car tel est l'ordre et l'esprit de Dieu , que toute révélation soit soumise au tribunal et au jugement de l'Eglise. En quoi la conduite de saint François condamne bien celle des hérétiques , qui ne veulent s'en rapporter qu'à euxmêmes.

2. Indulgence attestée par des miracles certains, quoi qu'en puissent dire ces prétendus esprits forts qui demandent des miracles pour croire , et qui ne veulent croire nul miracle.

3. Indulgence répandue parmi le peuple chrétien avec un merveilleux progrès des âmes : c'est ce qu'ont éprouvé tant de pécheurs convertis , tant de chrétiens lâches excités et ranimés , tant de Justes même sanctifiés. Da reste, pour gagner cette indulgence plénière, il faut renoncer pleinement au péché; et voilà pourquoi il y en a très-peu à qui elle soit appliquée. Ne négligeons rien pour profiter d'un avantage si précieux.

SuJF.T. Qui d'entre les forts vous peut être comparé, et qui vous est semblable, Seigneur, à vous qui êtes grand et mugniHque dans votre sainteté.

Quoique cet éloge ne convienne proprement qu'à Dieu , on peut dire néanmoms, par proportion , que, de tous les Saints , il n'y en a point eu de plus grand ni de plus magnifique dans sa sainteté que saint Louis.

Division. Saint Louis a été un grand saint, parce qu'étant né roi, il a fait servir sa dignité à sa sainteté : preiisière partie. Saint Louis a été un grand roi, parce qu'il a su, en devenant saint, faire servir sa sainteté à sa dignité : deuxième partie.

Première partie. Saint Loui«; a été un grand saint, parce qu'étant né roi, il a fait servir sa flignité h fa sainteté. En e(fet, sa grandeur n'a servi qu'à le rendre, 1^ liuri'ble (levart Dieu avec phîs de mérite; 2" charitable envers le prochain avec plus d'éclat; o^f^évère à soi-même avec plus de force et de vertu.

1. Hnmble devant Dieu. Tont roi qu'il étair , il ne se considéra que comme un sujet né ponr dépendre de Dieu et pour obéir h Dieu ; et il préféra toujours la Qualité de chrétien à celle de roi : de là procédait ce zèle admirable qu'il eut pour loutce q«n nncernail la gloire de Dieu et de son culte; delà ce zè!e pour la discipline de l'Egls*^, ce zèle rour la réformation e t la pureté des mœurs, ce zèle de Ja m^^dson de Dieu qui le dévor^»it : or ce zèle n'eut de si merveilleux succès que parce qu'il éîait «outenu de la puissaisce royale.

2. Charisab'e envers le prochain : rendant lui-niême justice à tout le monde, se fanHliarisaiu avec if s pauvres, porlarsi en terre les corps de ses soldats tués dans ime sanglante bataille, fondant des hôpitaux sans nombre. Or, à tout cela, combien lui servit le pouvoir que lui donnait la dignité de roi?

5. Sévère à soi-même. AuFtcrité qni, dans le rang où le ciel l'avait fait naître, doit être regardée comme un miracle de la grâce. Car quel miracle qu'un roi couvert du cihce , atténué de jeûnrs, couché sur le sac et sur la cendre, toujours appliqué à combattre ses pasj^ïons et à morutier ees désirs! Voilà noire condamnation. Saint Lonis s'est sanctiiié jusque sur la trône : qui peut donc nous empêcher, chacun d«ns iotre état, de nous fanclifier?

Deuxième partie. Saint Louis a été un grand roi , parce qu'il a su, en devenant saint , faire servir sa sainteté à sa dignité. Il a été grand dans la guerre, grand dans la paix, grand darss l'adversHé, grand dans la prospérité, grand dans le gouvernement de eon royaume, grand dans sa conduite avec les étrangers ; et c'est à quoi a servi sa sainteté.

1. Grand dans la guerre et dans la paix. Il n'a point aimé la paix pour vivre dans l'oisiveté, et il n'a point ainté la guerre pour satisfaire son anibition. Qui le rendait si intrépide et si fier dans les combats? c'était le zèle de la cause de Dieu qu'il défendait.

2. Grand dans l'adversité. Exemple de sa prison, où sa seule sainteté put si bien le soutenir.

5. Grand dans la prospérité. Jamais la France n'avait été plus floris?ante, ni le peuple plus heureux, parce que saint Louis se faisait une religion de contribuer à la félicité de ses sujets.

4-, Grand dans !e gouvernement de ses états. Jaloux par piété d'y maintenir le bon ordre, il sut se (aire obéir, craindre et aimer. Divers exemples.

5. Grand dans sa conduite avec les étrangers. C'était, dans le monde chrétien, le pacificateur et le médiateur de tous les différends qui naissaient entre les têtes couroî^nées. De toutes parts on avait recours à lui, parce qu'on connaissait sa probité et son incorruptible équité. Exen)ples.

Fausse idée des libertius, qui se persuadent qu'en suivant les règles de la sainteté évangélique , on ne peut réussir dans le monde.

PREMIER sermon SUR l'ÉTAT RELIGIEUX : LE TRe'sOR CACHE DANS

Page 1