‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 3)Chapitre 131 sur 139 · LA RELIGION · texte numérisé non relu

LA RELIGION

Sujet. Le royaume des cioux est semblable à un trésor enlerrc dans un champ : l'homme qui l'a trouvé le cache; elj transporté de joie, il va vendre tout ce qu'il possède, et adulte ce champ.

Quel est ce trésor, et où est-il caché, si ce n'est dans l'état religieux? Division. Le trésor dont il est ici parlé, c'est le parfait christianisme. Or voici les trois avantages de l'âme religieuse : c'est qu'en quittant le monde et se con-

ANALYSES ftES SERMONS. C9t

sacrant à la religion , elle trouve parfaitement le christianisme, imenit ; première partie : c'est qu'embrassant une vie cachée, elle le met en sûreté, abscondit; deuxième partie : et c'est que , ne se réservant rien , elle l'achète au prix de toutes choses ,-'6/ vendit urdversa quœ habet, et émit ; troisième partie.

Première partie. Premier avantage de l'âme religieuse, c'est qu'en quittant le monde et°se consacrant à la religion, elle trouve parfaiiement le christianisme : invenit. Le christianisuie pur et sans îsche ne se trouve point dans le monde ; mais on le trouve dans i'étfit religieux : car c'est là qu'on trouve des communautés d'âmes éluc:^ , qui , vivant dans la chair, comme parle TApôlre, ne vivent point selon la chair ; d'âmes innocentes et tout ensemble pénitentes ; de s;4nies vierges qui usent de ce monde comme n'en «sani point, qui sont crucifiées au monde , et à qui le monde esî, crurifié. Tout cela nous paraît grand et au-dessus de l'homme, mais tout cela est nécessiiire pour le vrai chrisiinnisnie.

Hors de la religion ce trésor ne se trouve qne raremenî, ou même, à prendre le monde dans !e sens de l'Ecriture , ne s'y trouve point du tout. Car tout ce qui est dans le monde est ou concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux , ou orgueil de la vie.

En eiï'et , en quoi consiste ce christianisme qui est par excellence le don de Dieu? Dans la béatitude de la pauvreté, dans la gloire de l'iuimiliié, dans le goût et l'attrait de l'austérité. Or voilà ce que le monde ne connaît point. Dans le monde il y a des pauvres , mais qui s'esiimeîU malheureux de l'ôire. Dafis le monde on voit des hommes humiliés, mais qui ont en horreur l'humiliation. Dans le monde on soniTre, mais on est au désespoir de souffrir, il n'y a que dans la religion où Fou trouve des pauvres qui se font un bordieur de leur pauvreté ; il n'y a que dans la religion où l'on se glorifie d'être obscur et humilié; il n'y a que dans la religion où l'on souffre avec joie , et où l'on se fasse un plaisir d'être mortifié.

Deuxième partie. Second avantage de l'âme religieuse, c'est qu'embrassant la vie religieuse , elle met en sûreté ce trésor du christianisme qu'elle a trouvé : abscondit. La retraite religieuse est poor elle un préservatif, 1» contre la corruption du monde , 2*^ conire les railleries et la censure du monde , 5® contre les vaines complaisances et la fausse gloire du monde.

1. Préservatif contre la corruption du monde. Car l'âme religieuse s'étant séparée du monde , elle est à couvert de la dissipation du monde , de ses attraiis , de ses exemples , de ses lois , de ses usages ; et , au lieu que le monde corrompt pour les mondains les choses même les plus indifférentes , la religion sanctifie tout.

2. Préservatif contre les railleries et la censure du mond^. Il y a des âmes dans le monde qui voudraient servir Dieu , mais le respect humain les arrête : au lieu que l'âme religieuse est indépendante des jugements da monde, et que la censure même du monde serait pour elle une raison de s'attacher à son devoir ; car le monde ne censure les religieux qu'autant qu'il les voit s'écarter de leur profession.

3. Préservatif contre les vaines complaisances et la fausse gloire du monde. Qu'un chrétien du monde fasse la moindre partie de ce que fait une âme religieuse, on l'exalte, on le canonise , et les louanges qu'il reçoit sont une dangereuse tentation pour lui : mais dans la religion la vie parfnite est une vie ordinaire, et par conséquent à l'abri de toutes les atteintes d'une vanité secrète.

Troisième partie. Troisième avantage de l'âme religieuse , c'est qu'elle donne tout pour posséder ce précieux trésor du christianisme : Vendit universa quœ habet, et émit. On voudrait être chrétien dans le monde; ma'S en même temps on voudrait qu'il n'en coulât rien. Dans la religion , on sacrifie tout pour cela , et l'on se dépouille de tout. Belles paroles dans le monde prétendu chrétien , belles apparences de réforme : mais dans la pratique, oisiveté, mollesse, amourpropre. Dans la religion, exercices pénibles, jeûnes, vailles, silence, pauvreté, offices divins, etc.

Dans le monde on professe le christianisme ; mais en même temps on fait dans l€ monde sa volonté , et on veut totqours la faire. Dans la religion on y renonce;

Cl n'est-ce pas le plus grand de tous les sacrifices? La plupart des vertus du monde sont des vertus païenne.^ : dans la religion ce sont des verlus vraiment chrétiennes. Erreur de Luther, lorsqu'il osa avancer que les vœux de la religion n'ajoutaient rien à la sainteté du baptême , et qu'un simple chrétien donnait autant à Dieu qu'un religieux.

DEUXIÈME SERMON SUR l'ÉTAT RELIGIEUX : LE CHOIX QUE DIEU FAIT DE l'aME RELIGIEUSE , ET QUE l'aME RELIGIEUSE FAIT DE DIEU.

Sujet. Souvenez-vous-en, Israël, et ne l'oubliez jamais : vous choisissez aujourd'hui le Seigneur, afin qu'il soit votre Dieu; et le Seigneur vous choisit aujourd'hui, afin que vous soyex son peuple particulier. -

Ces paroles expriment parfaitement ce qui se passe entre Dieu et l'âme religieuse , lorsqu'elle se consacre à la religion.

Division. Le choix que l'àme religieuse fait de Dieu , afin qu'il soit particulièrement son Dieu : première partie. Le choix que Dieu fait de l'àme religieuse , afin qu'elle soit particulièrement sa créature : deuxième partie.

Première partie. Le choix que l'âme religieuse fait de Dieu, afin qu'il soit particulièrement son Dieu, i^ Choix glorieux à Dieu; 2" choix heureux pour l'âme religieuse ; S'' choix qui lui rend Dieu souverainement nécessaire ; 4*^ choix après lequel aussi Dieu lui suffit ; 5° choix enfin par où Dieu devient spécialement et plus proprement son Dieu.

1. Choix glorieux à Dieu : car c'est reconnaître authentiqueraent l'excellence de l'être de Dieu et sa souveraineté , puisqu'il n'y a qu'un Dieu qui mérite que nous quittions tout pour le posséder. Hommage qui lui est dû, et qu'il ne reçoit dans toute son étendue , que de l'âme religieuse.

2. Choix heureux pour l'âme religieuse. Ce choix est pour elle une assurance aussi grande qu'on peut l'avoir en cette vie , qu'elle aime Dieu de cet amour parfait dont la grâce est inséparable.

j 3. Choix qui rend Dieu souverainement nécessaire à l'âme religieuse. Si par son infidélité elle venait à ne pas trouver Dieu dans la religion, ne pouvant d'ailleurs y trouver les consolations du monde, quelle serait sa ressource? Du reste , heureuse nécessite qui l'oblige à s'attacher à Dieu.

4. Choix après lequel aussi Dieu suffît à l'âme religieuse. Les mondains , comblés des biens du monde, ne sont pas encore contents : l'âme religieuse , avec Dieu seul , jouit d'une paix parfaite , et nous sert de preuve sensible pour connaître comment Dieu seul fera dans le ciel toute notre béatitude.

5. Choix par où Dieu devient spécialement et plus proprement le Dieu de l'âme religieuse. Dieu lui tient lieu de tout ; il est donc particulièrement son Dieu. De plus, il est le Dieu de tout l'univers par la nécessité de son être ; mais il est plus proprement le Dieu de l'âme religieuse par le choix libre et volontaire qu'elle a fait de lui.

Deuxième partie. Le choix que Dieu fait de l'âme religieuse , afin qu'elle soit particulièrement sa créature. Elle ne pouvait choisir Dieu, si Dieu auparavant ne l'avait choisie et recherchée : mais pourquoi Dieu l'a-t-il choisie? 1° afin qu'elle soit sainte ; 2*^ afin qu'elle soit irrépréhensible ; 5" afin qu'elle serve de m'odèle aux chrétiens du siècle ; et c'est ainsi qu'elle appartient spécialement à Dieu, et qu'elle en est particulièrement la créature.

1. Afin qu'elle soit sainte; car Dieu l'a choisie afin qu'elle soit plus dévouée à son service. Or Dieu étant saint, et le Saint des saints, dit saint Chrysostome, il veut et il doit être servi par des saints. Et n'est-ce pas de quoi sont remplies tant de communautés religieuses?

2. Afin qu'elle soit irrépréhensible. Dans l'état religieux une sainteté ordinaire ne suffît, pjs ; il faut une sainteté irréprochable, une sainteté à répreuye de tt)ute censure, une sainteté où le monde, ce monde critique et si attentif à observer les personnes religieuses , ne puisse découvrir aucune tache. Il faut , pour l'honneur de Dieu, que les religieux puissent dire aux mondains ce que saint

Paul disait aux païens : Capite nos : Examinez-nous , et voyez s'il n'y a rien dans toute notre conduite que vous ayez droit de reprendre.

5. Afin qu'elle serve de modèle aux chrétiens du siècle ; car qu'est-ce qu'un vrai religieux , sinon un chrétien parfait , et une image vivante de la peri'eciion évangélique?

Les personnes religieuses sont donc le peuple de Dieu particulier, et d'une façon plus propre ses créatures , puisque rien ne leur manque pour être totalement, uniquement et irrévocablement à Dieu.

TROISIÈME SERMON SUR l'ÉTAT RELIGIEUX : LE RENONCEMENT RELIGIEUX, ET LES RÉCOMPENSES QUI LUI SONT PROMISES.

Sujet. Pierre prenant la parole, dit à Je'sus-Christ : Vous voyez , Seigneur, que nous avons tout quitté, et que nous vous avons suivi; quelle récompense en recevrons-nous donc? Jésus -Christ leur répondit : Je vous dis en vérité qu'au temps de la résurrection, vous qui m'avez suivi, vous serez assis sur des trônes, pour juger les douze tribus d'Israël. Et quiconque aura quitté sa maison , ses frères et ses sœurs, son père et sa mère, recevra le centuple, et aura pour héritage la vie éternelle.

Voilà en quoi consiste le renoncement reh'gieux ; et le fruit que l'âme religieuse en doit espérer; voilà ce qui a porté tant de chrétiens à se séparer du monde, et à se dépouiller de tout pour suivre Jésus-Christ.

Division. Avoir tout quitté pour suivre Jésus-Christ, c'est pour l'âme religieuse une grâce inestimable, et le fonds de toutes les grâces dont elle est redevable à Dieu dans la religion : première partie. Avoir droit aux promesses de Jésus-Christ, c'est pour l'âme religieuse une récompense et.une béatitude commencée, mais qu'elle doit soutenir par sa ferveur, et qu'elle doit continuellenient mériter dans la religion : deuxième partie.

Première partie. Avoir tout quitté pour suivre Jésus-Christ, c'est pour l'âme religieuse une grâce inestimable, et le fonds de toutes les grâces dont elle est redevable à Dieu dans la religion. Bien loin de se glorifier du sacrifice qu'elle a fait, elle en doit remercier Dieu, qui lui a inspiré le dessein de renoncer, 1° à des biens onéreux , 2** à des biens contagieux, 3*^ à des biens qui, dans la vicissitude continuelle des choses de la vie, et plus encore dans l'inévitable nécessité de la mort , n'aboutissent qu'à affliger l'homme et à le rendre malheureux.

4. Biens onéreux, je dis onéreux pour la conscience : ce sont de grandes charges devant Dieu , à qui il en faut rendre compte. Les vrais chrétiens en ont tremblé, lorsqu'ils ont été pourvus de ces biens; mais l'âme religieuse en est déchargée. Et n'est-il pas plus avantageux pour elle de ne les point posséder, que de les avoir, et de courir le risque affreux de se perdre? A quoi a-t-elle proprement renoncé? est-ce à l'agréable de ces biens? Non, puisqu'il est même défendu aux chrétiens du siècle. Elle n'a donc fait , à le bien prendre , que se délivrer de ce que ces biens ont de pénible.

2. Biens contagieux : biens qui souillent l'âme par la cupidité qu'ils y allument. 11 est d'une extrême diliiculié de les posséder sans s'y attacher ; et, en s'y attachant, il n'est pas possible de se sauver. C'est donc un parti bien plus aisé à l'âme religieuse de s'en défaire tout d'un coup , et de s'épargner ainsi tant de combats que les chrétiens du siècle ont à soutenir, pour accorder ensemble la possession de ces biens et le soin de leur salut.

5. Biens qui, dans la vicissitude continuelle des choses de la vie et dans l'inévitable nécessité de la mort , n'aboutissent qu'à affliger l'homme et à le rendre malheureux. Ce sont des biens lii^giles; miUe accidents les ftjnt perdre, la mort au UiOins les enlève: et sur cela, à quels chagrins ne sont pas exposés les gens du monde? tandis que l'âme religieuse est indépendante de toutes les calamités publiques ou particulières , et qu'elle voit sans regret approcher la mort.

Deuxième partie. Avoir droit aux promesses de Jésus-Christ , c'est déjà pour l'âme religieuse une récompense et une bçatitudç commencée,

mais qu'elle doit

T02 ànalysis des sermons.

soutenir par sa ferveur, et qu'elle doit continuellement mériter dans la religion. Trois promesses de Jésus-Christ : 1^ conlîance au jugement de Dieu, et même supériorité et prééminence ; 2*^ le centuple en ce monde ; 3^ la vie éternelle dans l'autre.

1. Confiance au jugement de Dieu, et même supériorité et prééminence. Exemple de saint Hilarion qui s'écriait à la mort : Sors, mon âme; que crainstu? il y a près de soixante-dix ans que tu sers Dieu. Outre la confiance , supériorité et préémiiîenca : Je vous dis en vérité qu'au temps de la résurrection, vous qui m'' avez suivi ^ vous serez asuis sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël. En effet, la vie des personnes religieuses sera la condamnation de^ mondains.

2. Le centiiple en ce monde. Qu'est-ce que ce cantuple? Laliberié de l'esprit, la p;iix intérieure , les dons de la grâce. Erreur du mondain qui voudrait, jouir de ce ceniuple, sans se meitre auparavant dans les dispositions nécessaires. Il est vrai qu'il y a des âmes religieuses qui ne le goiiient pas; mais pourquoi? parce qu'elles ne sont pas vraiment religieuses selon l'esprit et le cœur.

5. La vie éternelle dans l'autre inoîuie. Ainsi l'a dit en termeîs formels le Fils de Dieu : Quiconque aura quitté sa maison, ses frères et ses sœurs , son père et sa mère , recevra le centuple ^ et possédera la vie éternelle. Or de telles espérances et de tels avantages ne sont-ils pas déjà pour l'âme religieuse une félicité anticipée : et qu'y a-t-il de plus propre à exciter sa ferveur ?

QUATRIÈME SERMON SUR l'ÉTAT RELIGIEUX : l'oPPOSITION MUTUELLE DES RELIGIEUX ET DES CHRETIENS DU SIECLE.

SvJET. Je vous conjure, moi qui suis dans les chaînes pour le Seigneur, de tous conduii'» d'une manière qui soit digne de votre vocation.

Une vierge qui se consacre à Dieu par la profession religieuse peut dire , comme saint Paul, qu'elle est dans les chaînes pour le Seigneur ; et c'est par son exemple qu'elle nous apprend au moins à remplir dignement les devoirs de la vocation chrétienne.

Division. Rien n'est plus capable de confondre la lâcheté des chrétiens du siècle, que de considérer la perfecdon de Tétat religieux : première partie. Et rien n'est plus propre à consoler les religieux et à les coiifirmer dans leur vocation , que d'envisager les malheurs presque inévitables et les obligations des chrétiens du siècle : deuxième partie.

Première partie. Rien n'est plus capable de confondre la lâcheté des chrétiens du siècle , que de considérer la perfection de l'état religieux. Celle vue , 1" leur découvre sensiblement ce qu'ils doivent être et ce qu'ils ne sont pas ; 2° les détrompe de l'erreur dont- ils se préviennent souvent, que la loi de Dieu est pour eux quelque chose d'impraticable ; 5° réfute toutes les excuses qu'ils allèguent, quand on leur reproche leur paresse et leur négligence dans la voie de Dieu.

1. Cette vue découvre sensiblement aux chréiii ns du siècl^^ ce qu'ils doivent être et ce qu'ils ne sont pas. Dans les premiers siècles de l'Église, il n'y avait point de religieux, parce que les chrétiens, vivani en chrétiens, éiaient alors comme autant de religieux. Dans la suite des temps, cet heureux état du chiistianisme a changé par le dérèglement des mœurs; et Dieu a suscité les religieux, afin qu'ils lussent pour les chrétiens du siècle une imî^ge sensible de la perfection dont ils sont déchus et où ils doivent tendre. Que doivent-ils donc dire en voyant 1;j sainteté de la profession religieuse? ce que disait à peu près saint Antoine après avoir vu saint Paul anachorète : Malheur à moi qui porte en vain le nom de chrétien!

2. Cette vue détrompe les chrétiens du siècle de l'erreur dont ils se préviennent souvent, que la loi de Dieu est pour eux quelque chose d'impraticable. Quand ils voient tant de religieux pratiquer les conseils même les plus héroïques, comment peuvent-ils se persuader que l'observation des préceptes leur est impossible? Non

poteris quod istiet istœ? Quoi ! vous ne pourrez pas faire au moins une partie de ce que font ceux-ci et celles-là ?

5. Celte vue réfute toutes les excusas qu'allàguent les chrétiens div siècle, quand on leur reproche leur paresse et leur négligence dans la voie de Dieu, Quel prétexte peut les justifier? est-ce la naissance, l'éducation , l'âge , le tempérament , les infirmités ? mais ils voient clans les communautés religieuses des personnes de toute condition , de tout âge, de tout tempérament, poster avec constance, et même avec une sainte allégresse, tout le poids de la règle la plus austère.

Deuxième partie. Rien n'est plus propre à consoler les religieux et à les confirmer dans leur vocation» que d'envisager, 1*^ les misères presque inévitables des chrétiens du siècle ; 2° leurs obligations indispensables jusque» au milieu du monde.

1. Les misères presque inévitables des chrétiens du siècle. Le religieux a ses croix : mais n'en a-t-on pas d-ins le monde; et , croix pour croix, celles de la religion ne valent-elles pas mieux, puisqu'elles sont saluiaires? On dépersd dans la religion : ne dépend-on pas dans le monde; et la servitude n'y est-elle pas incomparablement plus dure ? Ainsi du reste.

2. Les obligations indispensables des chrétiens du siècle. Obligations auxquelles leur salut est attaché; obligation^ qui, dans ce qu'elles ont de plus essentiel et de plus onéreux, sont aussi étroites pour les personnes du monde que pour les religieux ; enfin obligations que les personnes du monde ne peuvent néanmoins remplir qu'avec des violences extrêmes, au lieu que les âmes religieuses ont toutes les facilités imaginables pour s'aequilter, soit des devoirs commun^ à tous les états du chrisiianisme, soit des devoirs propres de leur profes^sion. Du reste, avantages qui ne diminuent en rien le mérite du sacrifice que font à Dieu les personnes religieuses.

CINQUIÈME SERMON SUR l'ÉTAT RELIGIEUX '. COMPARAISON DES PERSONNES RELIGIEUSES AVEC JESUS-CHRIST RESSUSCITÉ.

Sujet. Si uous sommes entés en Jésus-Christ par la ressemblance de sa mort , nous le serons en même temps par la ressemblance de sa résurrection.

État de Jésus-Christ ressuscité, vrai modèle de la perfection religieuse; ou» vie religieuse dans sa perfection , fidèle ioiage de l'état de Jésus-Christ ressuscité.

Division. Conformité de l'état religieux avec l'état de Jésus-Christ ressuscité , soit par rapport au corps, soit par rapport à l'âme. Par rapport au corps; c'est ce que fait l'aagélique pureté que professent les âmes religieuses : première partie. Par rapport à l'âme ; c'est ce que fait l'entier éloignement du monde, et l'intime commerce avec Dieu où vivent les personnes religiesises : deuxième partie.

Premièiœ PARTIE. Couformité de l'état religieux avec l'état de Jésus-Christ ressuscité par rapport au corps : c'est ce que fait l'angélique pureté que professent les personnes religieuses. Quatre qualités des corps glorieux , selon saint Paul, et en particulier du corps de Jésus-Corist ressuscité: 1" corps tout spirituel, Sarget corpus spirilale ;V cov^^ incorroptiblc. Sur ;et in incorruptiom; 3*^ corps tout éclatatit de gloire, Surget m glofiâ; i" Cîrps plein de force, Surget in virtale. Or voilà dans une vierge dévouée à Dieu les quatre efîets de la chasteté.

1. Corps tout spirituel, Sxrgel corpus spiritale : c'est-à-dire corps alïVanchi de la serviiuie dessens.Tel fut celui de Jésu^-Chiiïiî ressuscité, tels seront ceux des bienheureux après la résurreciion , et tel est l'état où le vœu de chasteté met une personne religieuse.

2. Corps incorruptible, Surget in incorrupiione. La chasteté, semblable à ce précieux parfum que Madeleine répandit sur les pieds du Sauveur du monde , est, dans la pensée des Pères, comme un baume sacré qai maintient le corps d'une épouse de Jésus-Christ dans une intégrité parfaite. Hors de la religion elle serait en danger de se corrompre ; mais l'état religieux est pour elîe un préservatif assuré.

3. Corps tout éclatant de gloire , Surget in gloriâ. C'est une inviolable chasteté qui fait aux yeux de Dieu le plus bel agrément d'une vierge. C'est elle qui l'élève à la noble alliance qu'elle contracte avec le Verbe de Dieu , en devenant l'épouse de l'Agneau.

4-. Corps plein de vertu et de force , Surget in virtute. La pureté des corps glorieux après la résurreciion sera une pureté sans effort ; mais la pureté d'une vierge sur la terre est une pureté victorieuse , qui résiste et qui triomphe.

Du reste, tout cela demande dans les personnes religieuses un grand soin de se conserver, et l'exercice de toutes les vertus nécessaires pour se maintenir : morale que les chrétiens du siècle doivent s'appliquer à eux-mêmes.

Deuxième partie. Conformité de l'état religieux avec Tciat de Jésus-Christ ressuscité par rapport à l'âme ; c'est ce que faii rentier éloignement du monde et l'intime commerce avec Dieu où vivent les personnes religieuses. Comment vécut Jésus-Christ sur la terre durant les quarante jours qu'il y demeura après sa résurreciion ? 1*^ 11 y fut séparé du commerce des hommes; 2° si de temps en temps il se lit voir à ses disciples, ce ne fut que pour des besoins imporiants; 3° dans ces apparitions il vit ses disciples et leur parla, mais en leur témoignant toujours une sainte impaiience de les quitter; 4*^ du reste, il n'eut d'entretien qu'avec Dieu , et toute sa conversion fut dans le ciel. Or n'est-ce pas là, en figure et en abrégé , la vie d'une âme religieuse ?

1. Jésus-Christ fut séparé du commerce des hommes, et toute la vie d'une âme religieuse est une vie cachée avec Jésus-Christ en Dieu.

2. Jésus-Christ de temps en temps se fit voir à ses disciples, mais ce ne fut que pour des besoins importants, pour les rassembler, pour les confirmer, pour les consoler, pour les instruire. Une âme religieuse ne doit avoir de commerce avec les chrétiens du siècle qu'autant que l'édification , le zèle, la charité , la nécessité le demandent.

3. Jésus-Christ dans ses apparitions vit ses disciples et leur parla, m^iis en leur témoignant toujours une sainte injpatience de les quitter. Dans les visites qu'une âme religieuse reçoit quelquefois de ses proches, elle n'aspire qu'à rentrer bientôt dans sa retraite , et qu'à retourner à ses exercices.

4. Jésus-Christ n'eut d'entretien qu'avec Dieu , toute sa conversation fut dans le ciel; et une âme religieuse n'est occupée que de Dieu , ni ne goûte que les choses du ciel. Heureuse vie dont elle comprend le bonheur, et dont elle rend sans cesse à Dieu des actions de grâces.

SIXIÈME sermon sur l'ÉTAT RELIGIEUX : l'aLLIANGE DE l'aME RELIGIEUSE

avec dieu.

Sujet. Mon bien-ainié est à moi, ei je suis à lui.

C'est l'âme religieuse qsii parle, et qui, sous la figure de l'Epouse des Cantiques , nous fait connaître la sainte alliance qu'elle a contractée avec Dieu.

Division. Tiois choses forment une alliance ; le choix, l'engagement cl la société. Que fait donc une jeune personne en embrassant la profession religieuse ? elle choisit Dieu ; première partie : elle s'engage à Dieu ; deuxième partie : elle s'acquiert , pour ainsi dire , un droit spécial sur tous les trésors de Dieu et sur Dieu même ; troisième partie.

Première partie. L'âme religieuse choisit Dieu. Car qu'est-ce que la profession religieuse? Le choix le plus singulier que Dieu puisse faire de la créature, et le choix le plus authentique que la créature puisse faire de Dieu. Dieu appelle l'âme , et l'âme lui répond. Or cette correspondance n'est rien autre chose que le choix qu'elle fait de Dieu.

Choix si excellent et si parfait, que l'âme religieuse a droit pour cela de quitter père et mère , et de rompre en quelque sorte les liens les plus sacrés de la nature. 11 n'en est pas de même des vierges du siècle : toutes vierges qu'elles sont, elles n'ont pas encore choisi Jésus-Christ d'une manière qui les autorise à se

ANALÏièES DES SERMONS. 705

retirer de la maison paternelle. II y a plus : non-seulement l'âme religieuse quille père et mère, mais elle se quille encore elle-même.

Choix qui devient pour l'âme religieuse une raison de servir Dieu avec loulo la ferveur que demande son éiat.

Deuxième partie. L'âme religieuse s'enga^^e à Dieu : V engagement sacré; 2° engagement solennel ; 3^ engagement irrévocable.

1. Engagement sacré, car c'est un engagement de vœu. D'où il s'ensuit que c'est le plus grand de tous les engagemenls, et qu'en ce qui regarde l'observance des choses que l'âme religieuse a vouées , elle ne peut commettre d'inUdélité qui ne tienne de la nature du sacrilège.

2. Engagement solennel. Il n'est appelé profession que parce qu'il est contracté à la lace des autels, et devant les ministres de l'Eglise. Dilïérence d'un vœu solennel et d'un vœu particulier. L'Eglise accepte le premier, et n'accepte pas l'autre.

3. Engagement irrévocable. Les iweux de l'âme religieuse sont indissolubles. Elle a néanmoins encore tout à craindre de sa volonté, qui, par son inconstance, peut, non pas se dégager de l'obligation , mais se relâcher dans l'observation de ses vœux ; et voilà ce qui doit exciter sa vigilance.

Troisième partie. L'âme religieuse acquiert un droit spécial sur tous les trésors de Dieu et sur Dieu même. Dieu est le Dieu de tout le monde , mais il se donne spécialement aux âmes qui ne veulent que lui , et qui ne s'attachent qu'à lui. Or que veut autre chose Tâme religieuse, et quel auire bien se réservci-elle? Deux témoignages tirés de l'Ecriture, l'un de David, l'autre des Juifs lorsqu'ils entrèrent dans l'a terre promise.

11 est vrai que l'âme religieuse, en faisant alliance avec Jésus-Christ, fait alliance avec un Dieu pauvre , avec un Dieu humilié , avec un Dieu crucifié , et qu'elle doit entrer avec lui en société de peines et de maux ; mais dans Jésus- Christ tout s'est converti en biens. Ce sont des maux pour les mondains qui n'en profitent pas , et qui les portent sans consolation : mais ce sont des biens pour l'âme religieuse , qui se les rend salutaires , et qui , par la grâce de Jésus-Christ, y goûte une onction toute divine.

Voilà ce qui doit servir de modèle aux chrétiens du siècle. L'exemple d'une âme religieuse, sa fidélité, sa ferveur, sa constance, son déiachement, confond leur tiédeur, leur lâcheté, leurs attaches criminelles aux biens de la terre. Du reste , quelque différence qu'il y ait entre l'état religieux cl celui des gens du inonde, deux vérités sont ceriaines : 1° que les gens du monde peuvent euxmêmes être parfaits dans leur état et selon leur état , comme les religieux ; 2" que non-seulement ils le peuvent, mais qu'ils y sont même indispensablement obligés.

exhortation sur la êharité envers les pauvres.

Sujet, Donnez, et vous serez entièrement purifiéi.

La corruption du siècle, selon saint Beinard, vient surtout de trois sources, qui sont l'orgueil des richesses , les attraits d'une vie sensuelle, et la dissipation des affaires humaines. Or point de meilleur préservatif contre ces trois écueils, que les œuvres de la charité chrétienne.

Division. Rien de plus eflicace que les œuvres de la charité chrétienne pour défendre notre humilité de l'orgueil des richesses, première partie ; notre pureté, des attraits d'une vie sensuelle , deuxième partie; notre piété , de la dissipation des affaires humaines, troisième partie.

Première partie. Uien de plus efficace que les œuvres de la charité chrétienne pour défendre notre humihté de l'orgueil des richesses. Car si le riche a du bien , il doit , en vertu de l'obligation de l'aumône et des œuvres de charité, se dire à lui-même que ce bien n'est point proprement à lui , qu'il ne l'a que par commission, et qu'il en est coujptable à Dieu et aux pauvres : à Dieu, dont il fa reçu ; aux pauvres , pour qui il l'a reçu* i

T. iv. 4^

De là il s'ensuit qu'il ne doit se considérer que comme le tuteur des pauvres, et comme ayant été éiabli de Dieu pour les servir.

Servir les pauvres, ministère honorable, puisque c'est servir Jésus-Christ même ; mais , du reste , ministère bien capable de rabattre les enflures de notre cœur et les hauteurs de notre esprit. Exemples de saint Louis, et des deux saintes Elisabeth.

Deuxième partie. Rien de plus efficace que les œuvres de la charité chrétienne pour délendre notre pureté des attraits d'une vie sensuelle. La raison est, que la pratique des œuvres de charité lious engage à voir les pauvres, et à être témoins de leurs misères. Or celte vue est le remède le plus prompt et le plus sûr contre l'amour de nous-mêmes et les sensualités du siècle.

De là l'on apprenû à s'occuper moins de sa personne , à retrancher les excès dans les ornements mondains et dans les repas , à soutMr dans les occasions , enfin à soutenir les austérités de la pénitence.

Troisième partie. Rien de plus eflicace que les œuvres de la charité chrétienne pour défendre notre piété de la dissipation des affaires humaines. Une vie agissante est à craindre par la dissipation où elle jette ; non pas néanmoins qu'elle soit pour cela condamnable. Il y a des soins dans la vie , et des soins humains, dont on est obligé de se charger; mais le moyen d'en éviter la dissipation et d'y entretenir sa piété , c'est d'y joindre les œuvres de charité.

Car ces œuvres de charité étant plus communément pratiquées avec une intention sainte et en vue de Dieu, elles inspirent la dévotion , elles la nourrissent, ou elles la rallument lorsqu'elle commence à s'éteindre.

autre sur la charité envers les pauvres.

Sujet. Le bon grain, c'est la parole de Dieu.

Ce bon grain , cette parole de Dieu se dispense encore à certains jours dans les assemblées de charité , et dans les exhortations que les prédicateurs, figurés par le laboureur de l'Evangile , y font en laveur des pauvres. Miiis d'où vient qu'on en retire si peu de fruii? c'est ce qu'il faut présentement examiner.

Division. Dans les différentes qualités de la bonne ou de la mauvaise terre où le grain est jeté , nous pourrons reconnaître les divers caractères des personnes qui assistent aux assemblées de charité et aux exhortations qu'on y lait ; et de là nous apprendrons pourquoi les pauvres retirent si peu d'avantage de tant de discours. Point d'autre partage de cet entrelien.

L Le laboureur alla semer son grain. C'était de bon grain ; mais d'abord une partie de cette semence tomba près du chemin : les passants la foulèrent aux pieds, et les oiseaux la mangèrent. Qu'est-ce que ce grand chemin ouvert à tout le monde? Ce sont ces âmes volages et dissipées, qui apportent aux assemblées de charité un esprit distrait et sans arrêt. Tout ce qu'on leur dit en faveur des pauvres ne fait nulle impression sur leur cœur. Elles n'en profilent, ni pour la réformation de leur vie, ni pour le soulagement des pauvres.

A cette dissipation , que doivent-elles opposer? Le remède d'une sérieuse réflexion.

II. Une autre partie du grain tomba sur des pierres. Image de ces âmes dures que rien ne peut émouvoir. On a beau leur représenter les besoins des pauvres, elles y sont insensibles. S'a^it-il d'elles-mêmes, elles sont délicates jusqu'à l'excès. S'agit-il d'autrui , elles n'y prennent aucune part.

Caractère de dureté, dont nous avons un exemple dans le mauvais riche , et que Dieu punit très-sévèremeiit.

III. 11 y eut encore du grain qui tomba au milieu des épines. Ces épines, selon l'explication môme de Jésus-Christ, ce sont les passions du siècle; et ces passions , suivant la pensée du même Sauveur, se réduisent à trois espèces : savoir, l'inquiéiude des soins temporels, la cupidité ou le désir empressé d'amasser les biens de la tcire, et rattachement aux plaisirs de la vie. Trois obstacles qui

énervent toute la force de la parole de Dieu , trois sortes d'épines qui étouffent la charité dans les cœurs.

Sur cela trois avis : 1** point de soin plus essentiel que celui de satisfaire aux devoirs de la chariié ; !2^ la charité est récoinpeiisée par les trésors du ciel , et même par les biens de ce monde; 3" de tous les plaisirs, le plus doux doit être de poulager les affligés.

IV. Il y eut une bonne terre où le grain lomb i et où il profita ; et il y a des âmes où la parole de Dieu opère et produit des œuvres de charité , mais avec celte différence marquée dans la paral)ole de l'Evangile, qui csi qu'elles rendent, les unes trente, les autres soixante , et d'autres ceui pour un. C'est-à-dire, que les unes se born-înt précisément au précepte de l'aumône ; que les autres î^joutent aux aumônes d'obligation des aumônes de surérogaiion , et que d'autres enfin vont jusqu'à une espèce de profusion.

Or de quel nombre sommes-nous? c'est ce que nous devons sérieusement examiner devant Dieu , qui lui-même nous en fera rendre un compte très-exact.

Sujet. L'esprit du Seigneur s'est reposé sur moi : c'est pour cela qu'il m'a envoyé prêcher l'Evangile aux pauvres, consoler ceux qui sont dans l'affliction, et annoncer aux captifs leur délivrance.

Ces pauvres, ces affligés, ces captifs, ce sont les prisonniers, que les prédicateurs sont chargés de recommander à la charité des fidèles.

Division. Assister les prisonniers , c'est un des plus excellents actes de la charité chétienne : comment cela? Parce que c'est Jésus-Christ qui nous en a donné l'exemple; première partie : parce que c'est Jésus-Christ qui en a fait le commandement; deuxième partie : parce que, en soi, c'est un des moyens les plus efficaces de sanctification et de salut; troisième partie.

Première partie. C'est Jésus-Christ qui nous en a donné l'exemple : et où î dans tous les mystères de sa vie. Dans son incarnation, il est descendu sur la terre pour sauver des esclaves. Dans sa prédication , il est venu nous annoncer notre liberté. Dans sa passion , il a versé son sang pour nous racheter. Dans sa résurrection, il est allé visiter des c;>piifs qui l'allendaient et qui soupiraient après lui. Dans son ascension, il a emmené avec lui cette troupe d'élus qu'il avait tirés des limbes, et les a mis en possession de î-a gloire.

Récapitulation et applicaiion de tous ces exemples.

Deuxième partie. C'est Jésus-Christ qui nous en a fait le commandement : car c'est lui qui nous a fait le commandement de la charité , et de ceue charité particulière. D'où vient que, dans l'arrêt qu'il prononcera un jour contre les réprouvés , il marquera ce point : J'étais en prison, et vous ne nCavez pas visité.

Il est vrai que celte obligation est renfermée dans le précepte général de l'aumône ; mais ce précepte de l'aumône e>t fondé sur les besoins et les misères du prochain. Par conséquent, où les misères sont plus grandes, l'obligation est plus étroite : or y a-t-ilune misère p.^reille à celle des prisonniers?

Troisième partie. C'est en soi un des moyens les plus efficaces de la sanctification et du salut. Outre le mérite de la charité et les bénédictions qu'elle attire de la part du ciel, pour peu qu'on fasse de réflexion aux objets qu'on a devant les yeux e.1 visiiartt les prisons, on appr^^ndà craintire Dieu, à redouter sa justice et ses jugemcnis , à expier le péché qui en est le sujet , et à s'en préserver.

SUR LA charité ENVERS LES ORPHELINS.

Sujet. La religion pure et sans tache aux yeux de Dieu notre père, est de visiter les

orphelins dans leur affliction.

Point de paroles plus propres à exciter fout notre zèle en faveur des pauvres orphelins.

Division. Toute cette exhortation ne doit être, sans autre partage, qu'une exposition suivie de ces paroles de saint Jacques.

708 ANALYSES DEà SERMONS.

I. La religion. La charité commune envers les pauvres est sans covitredit une partie essentielle de In religion , puisque c'est un devoir que la religion nous recommande , et sur lequel nous serons jugés de Dieu : mais cela est surtout vrai de la charité particulière envers les pauvres orphelins, puisqu'il n'y a qu'un esprit de religion qui nous porte à en prendre soin.

II. La religion pure et sans tache. Car la vraie religion doit glorifier Dieu et édilier le prochain. Or est-ce glorifier Dieu que d'abandonner ces pauvres enfants? n'est-ce pas renverser Tordre de sa providence? et de quelle édification peuvent être pour le prochain toutes les œuvres de piété que nous pratiquons dV.illeurs, si nous manquons à ce devoir important?

lU. La religion pure et sans tache aux yeux de Dieu, notre père. Dieu est le père des pauvres , et spécialement des orphelins : donc la vraie religion doit engager toute âme chréiienne à aimer singulièrement les orphelins , et à les secourir.

IV. La religion pure et sans tache est de visiter les orphelins. Pourquoi les orphel'ns? Parce que Torphelin est de tous les pauvres le plus destitué de secours et de moyens. Aussi Dieu avait-il ordonné, dans l'ancienne loi, que chaque famille adoptât un orphelin , et qu'il fût iraiié comme les autres enfants. Il voulait de plus qu'une partie des dîmes fût affeciée aux orphelins, et que les juges leur rendissent la justice préicrablement à tous les autres.

V. La religion est de visiter les orphelins dans leur affliction. En quel état se trouve cette maison destinée à les recueillir, et que n'y souffrent ils point? leur sang demandera justice à Dieu contre ceux qui les auront délaissés.

SUR LA CHARITÉ ENVERS LES NOUVEAUX CATHOLIQUES. Sujet. Que la pais soit sur nos frères, avec la cliarité et la foi.

Tant de nouveaux catholiques et tant d'autres disposés à le devenir, ce sont nos frères , dont la Providence nous a chargés , et que nous devons assister.

Division. Il faut pourvoir à leurs besoins temporels , première partie ; et il faut encore plus pourvoir à leur salut éternel , deuxième partie.

Première partie. Il faut pourvoir à leurs besoins tempor( Is, en les assistant dans leur pressante nécessité. Sans cela ils doivent tomber dans une extrême minière. Car ils n'ont plus les secours qu'ils avaient dans l'Eglise protestame , et qui les faisaient subsister. Si donc ils ne reçoivent encore de nous aucune assistance , où en seront-ils? Quelle honte sera-ce pour le service de Dieu et

^Teur nombre est trop grand, dit-on : mais le peut-il être trop? Il n'est trop erand que parce que plusieurs ne veulent en rien contribuer, ou ne veulent pas assez contribuer. On ne peut non plus s'excuser sur le malheur des temps , et il n'y a qu'à se consulter soi-même de bonne foi , pour découvrir l'illusion de ce

^* Deuxième partie. 11 faut pourvoir à leur salut éternel , en les confirmant dans la foi et en achevant leur conversion , qui n'est encore qu'imparfaite et qu ebauchée. Il s'agit pour cela de gagner leur esprit et leur cœur : leur esprit , en leur persuadant toujours de plus en plus la vérité de notre religion ; leur cœur, en les y affectionnant et la leur faisant aimer. Or jamais nous ne leur ferons mieux connaître la vérité de notre religion que par la chanté qui s y pratique , et dont ils ressentiront les effets; ni jamais nous ne les affectionnerons plus à cette même religion que par le zèle que nous témoignerons pour leur soulagement.

De là concluons que nous y sommes irès-étroitement obligés : car si noua devons assister nos frères dans les besoins du corps, à plus forte raison le devons-nous dans les besoins de l'âme.

Sujet. Marie Madeleine prit une livre d'huile de senteur, d'un nard excellent et de grand prix, et elle eu arrosa les pieds de Jésus.

Ce que fit Madeleine pour Jésus-Christ, c^est ce que nous devons faire pour ses ministres assemblés dans celle maison , en répandant sur eux nos charités.

Division. Noire charité aura ces trois avantages , qu'elle sera d'un plus grand mérite auprès de Jésus-Christ que l'action môme de Madeleine, première partie ; qu'elle sera d'une ulililé si évidente , qu'il n'y aura point d'esprits assez criiiques pour ne la pas approuver, deuxième partie ; que le fruit s'en répandra dans toute l'Eglise , troisième partie.

Première partie. Charité d'un plus grand mérite auprès de Jésus-Christ que l'action même de Madeleine. L'action de Madeleine ne fut que l'ombre, que la figure de l'aumône et de la charité chrétienne. Or la seule figure ayant été d'un si grand mérite auprès du Sauveur des hommes, combien plus est-il glorifié de la vérité même et de l'effet?

Madeleine ne se contenta pas de répandre ce parfum sur les pieds de Jésus- Christ : elle le répandit encore sur sa tête. Image de ce que nous faisons en assistant les ministres de l'Eglise. Les autres pauvres sont comme les pieds do Jésus-Christ; mais ceux-ci en sont comme la tête. On a du zèle pour l'ornement des autels : les tabernacles et les autels vivants du Dieu de gloire , ce sont les prêtres.

Deuxième partie. Charité d'une utilité si évidente , qu'il ne peut y avoir d'esprits assez critiques pour ne la pas approuver. On juge de Tuiiliié d'une entreprise par la fin et par les moyens. Or la fin qu'on se propose ici, c'est la sanctification de l'Eglise; et les moyens qu'on y veut employer, c'est de former do dignes ministres et d'habiles ouvriers dans la vigne du Seigneur.

Il y en a assez d'autres : mais d'habiles, de zélés , de laborieux, il y en a peu ; et c'est pour en élever qu'on travaille à l'établissement de ce séminaire, qui ne peut être fondé que sur les libéralités des fidèles.

Troisième partie. Charité dont le fruit se répandra partout. De celle maison sortiront des troupes entières de prédicateurs, de directeurs , de docteurs vertueux et savants, qui se distribueront dans toute la France, et y porteront la parole du salut et la bonne odeur de Jésus-Christ.

Il ne faut point dire qu'on a d'autres pauvres à assister : si l'on veut bien mesurer ses charités , on trouvera de quoi pourvoir aux uns et aux autres.

Il ne faut point ajouter qu'il y a d'autres séminaires dans tous les diocèses : ce sont des séminaires particuliers , mais celui-ci est comme un séminaire général. Si notre foi nous est chère, nous ne manquerons aucune occasion de l'étendre et de lui soumettre les cœurs.

AUTRE SUR LA CHARITE ENVERS UN SEMINAIRE. Sujet. Le zèle de votre maison me dévore.

Nous pouvons regarder ce séminaire comme la maison de Dieu , et nous devons être là-dessus animés du même zèle que le Prophète.

Division. Dans cette maison de Dieu nous avons deux choses à considérer : qui sont ceux que nous devons assister, première partie : et pourquoi nous les devons assister, deuxième partie.

Première partie. Qui sont ceux que nous devons assister? Ce sont de véritables pauvres, ce sont de saints pauvres, ce sont des pauvres qui ont ciioisi Jésus-Christ, en embrassant l'état ecciésiastique , et que Jésus Christ a choisis en les y appelant.

Ce sont de pauvres étrangers, bannis de leur pairie en haine de leur religion. Ce sont des pauvres envers qui nous pratiquerons lont à la fois l'aiimôîie corporelle, en coritribuant à leur substance; et Taumôiie spirituelle, en !cs affer-

missant dans leur attachement a la vraie foi, et en leur associant de zélés ouvriers qtii les secondent.

Enfin , ce sont des pauvres qui , pnr leurs prières, nous rendront au centuple ce qu'ils auront reçu de nous. En est-il donc qui méritent plus nos soins et notre assistance?

Deuxième partie. Pourquoi particulièrement les devons-nous assister? Parce qu'ils sont destinés à combattre l'erreur et à maintenir, autant qu'il leur sera possible, la religion dans des royaume? hérétiques, où l'Eglise est persécutée et opprimée. Avant que d'agir, il faut qu'ils se disposent et qu'ils se forment. Voilà pourquoi on les retire dans ce séminaire, établi selon l'idée du concile de Trente : mais de quoi y seront-ils entretenus , si les charités viennent à leur manquer? C'est donc à nous qu'ils s'adressent , comme l'ange de la Macédoine s'adressa à saint Paul.

La charité , dit-on , ne peut fournir à tout. Faux prétexte : on trouve bien de quoi fournir à tant de dépenses inutiles. Ayons plus de foi et plus de confiance en Dieu. Mais, ajoute-t-on, il faudrait pour cela se retrancher bien des choses : hé bien ! peut-on se les retrancher pour une œuvre plus importante?

SUR l'observation des règles.

Sujet. Paix et miséricorde à tous ceux qui observeront cette règle.

Rien de plus important que de maintenir la règle dans une communauté religieuse.

Division. Dans la profession religieuse nous ne pouvons, sans l'observation de nos règles, conserver la paix, ni avec Dieu, première partie; ni avec nousmêmes, deuxième partie; ni avec le prochain, troisième partie.

Première partie. Dans la profession religieuse nous ne pouvons, sans l'observation de nos règles, conserver la paix avec Dieu. Qu'esi-ce que la règle qui nous est prescrite dans la religion ? C'est une volonté spéciale de Dieu par rapport à nous et pour nous. Quand donc je m'attache à observer cette règle, je m'unis de volonté avec Dieu , et dès là je suis en paix avec lui. Mais , par un effet tout contraire , quand je désobéis à ma règle , je me sépare en quelque sorie de Dieu ; par conséquent je romps la paix entre lui et moi.

Si je ne la romps pas absolument, cette paix, parce que la transgression de ma rè^le ne va pas jusqu'au péché mortel, du moins je la trouble, et j'arrête ainsi le cours des communications et des grâces de Dieu.

Mais, dira-t-on, la transgression de la règle n'est pas même une offense de Dieu vénielle : à quoi je réponds que l'infraciion de la règle |)eut n'êîre pas un péché, prise en elle-même, et l'être dans ses circonstances. Quoi qu'il en soit, il sutïit que ce soit une imperfection , pour m'empêcher d'avoir avec Dieu une union aussi étroite que je dois la souhaiter.

Deuxième partie. Dans la profession religieuse nous ne pouvons , sans l'observation de nos règles , conserver la paix avec nous-mêmes. La raison en est que nous avons alors dans nous-mêmes deux esprits tout opposés qui se combattent sans cesse : savoir, l'esprit de la règle et l'esprit de la liberté : l'esprit de la règle qui nous inspire la soumii^sion , et l'esprit de la liberté qui nous porte à l'indépendance. Or, dans cette contrariété , comment une âme religieuse aurat-elle la paix? quelles douceurs goûtera-t-e!le? Les douceurs du monde lui sont interdites , et elle se prive des douceurs de la religion.

Aussi l'expérience nous npprend-elle que , des personnes religieuses qui se trouvent mal contentes dans leur état, la plupart ne le sont que parce qu'elles ne remplissent pas assez fidèlement leurs devoirs.

Troisième partie. Dans la profession religieuse nous ne pouvons, sans l'observation de nos règles , conserver la paix avec le procliain , c'est-à-dire avec nos supérieurs et avec nos frères. Qu'est-ce, dans une communauté religieuse, que le supérieur? c'est le prolecteur et le tuteur de la règle. Le moyen donc de la mler et d'être en paix avec lui? Il est obligé d'agir contre les transgresseurs ,

et d'en venir à des punitions; ces punitions aigrissent les e?priîs, et de là les mécontentements mutuels et les divisions. Une sainte régularité entretiendrait entre le chef et les ineumbres une parfaite intelligence.

mée que par trop d'exemples.

EUR LE RENOUVELLEMENT DES VOEUX DE RELIGION. Sujet, Renouvelez-vous en esprit.

C'est Jésus-Christ même qui nous parle par la bouche de son apôtre , et qui nous demande un parfait renouvellement d'esprit et de cœur.

Division. Qjjaire choses à considérer : savoir, comment le renouvellement des vœux honore Dieu; comment il nous sanctitic nous-mêmes; comment Jésus- Christ surtout, présent aux yeux der. personnes qui le font, a spécialement droit de l'exiger d'elles ; et comment enfin elles n'ont jamais été mieux disposées à le faire dignement.

I. Le renouvellement des vœux honore Dieu. Car renouveler ses vœux, c'est ratifier le premier sacrifice qu'on a fait de soi-même à Dieu, et donner à connaître combien le joug du Seigneur est doux ; combien Dieu est un bon maître, un maître fidèle dans ses promesses et magnifique dans ses récompenses , un maître digne de nos services , puisqu'après une longue épreuve on veut bien tout de nouveau se dévouer à lui.

H. Le renouvellement des vœux nous sanctifie nous-mêmes. En effet, de la manière dont on le pratique, il entrelient dans les esprits et dans les cœurs un souvenir salutaire des oblig;Uions qu'on a contractées devant Dieu. Or ce souvenir est le plus excellent moyen pour se maintenir toujours dans une sainte ferveur.

III. Jésus-Christ, présent à ce renouvellement des vœux , a un droit spécial de l'exiger des personnes qui le font. C'est devant le sacrement de nos autels que se passe celte cérémonie. C'est donc en présence de Jésus-Christ sacrifié pour nous. Or, en cet état, n'a-t-il pas droit d'exiger de nous sacrifice pour sacrifice?

IV. Jamais leâ personnes qui font ce renouvellement de leurs vœux, ne furent mieux disposées à le faire d'une manière digne de Dieu. Elles s'y sont préparées par la retraite , par la revue de leurs fautes , par des œuvres de pénitence ; elle» y sont encore animées par la solennité de la cérémonie et par les exemples les «nés des autres.

SUR l'obéissance RELIGIEUSE.

Sujet. Obéissez à vos supérieurs , et soyez-leur soumis.

Cette règle générale que l'Apôlre donnait à tous les fidèles , convient particulièrement aux religieux. L'obéissance est une des plus excellentes vertus de leur état.

Division. Obéissance de l'action, première partie; obéissance de la volonté, deuxième partie; obéissance du jugement, troisième partie.

PuEMiÈRE PARTIE. Obéissancc de l'aciion. Elle consiste à faire ce qui est ordonné. Obéissance nécessaire en vertu du vœu.

Mais de pins , obéissance qui doit être prompte et sans retardement.

Universelle et sar.s bornes.

Indépendantede toute considération humaine et sans acception de personnes.

Telle a été l'obéissance de Jésus-Christ; mai» souvent ce n'e>t pas la nôtre. On obéit, mais lentement, mais imp;^riaitement, mais trop humainement.

DEUxifcME PARTIE. Obéissancc de la volonté. Sans cette dis|)osiiion du cœur et

712 ANALYSES DES SERMOΫS^.

cette volonté , nous n'avons qu'une obéissance servile et d'esclave. Or une obéissance scrvile et d'esclave n'est point une obéissance religieuse , ni une vertu. Tout le mérite d'une vraie obéissance est dans le sacrifice de la volonté.

De là trois conséquences : Que je dois trembler, quand un supérieur m'ordonne des choses selon mon inclination et selon mon goût , parce que je dois craindre alors que ma volonté ne soit pas sacrifiée.

Que je dois au contraire me réjouir selon Dieu et en Dieu, quand un supérieur m'emploie à des fonctions qui me mortifient et qui me gênent, parce qu'alors le sacrifice de ma volonié est plus certain et plus excellent.

Que c'est une erreur de croire pratiquer l'obéissance, quand, par dessollicitalions et des poursuites, on amène les supérieurs à tout ce qu'on souhaite.

Ce n'est point ainsi que Jésus-Christ a obéi. Il a pleinement soumis sa volonté h la volonté de son Père. Mais, par un étrange renversement, quelle est quelquefois l'obéissance des personnes même religieuses? Une obéissance de respect humain, une obéissance de contrainte, une obéissance d'artifice ou d'une espèce de violence.

Troisième partie. Obéissance du jugement. C'est par là que nous achevons de soumeiire lout l'homme à Dieu, en lui soumettant noire esprit et notre entendement. Soumission d'un prix inestimable, et sans laquelle toute notre obéissance, soit de l'action , soit de la volonté, ne peut se soutenir. Car comment ferai-je avec exactitude et avec promptitude ce que mon supérieur m'enjoint, et comment m'y affeciionnerai-je , si je le condamne dans ma pensée?

Mais l'obéissance doit-elle être aveugle? Oui. Non pas qu'en certaines conjonctures elle ne puisse découvrir ce qu'elle pense et le représenter, pourvu que ce soit avec humilité et avec docilité. Du reste, dans son aveuglement elle est plus éclairée, plus droite, plus siire, que toute la sagesse de l'esprit humain. Le supérieur peut se tromper dans ce qu'il me commande, et c'est à lui d'y prendre garde : mais moi je ne me trompe point en lui obéissant , puisque je fais ce que Dieu veut de moi.

De plus , nous ne pouvons douter que Dieu n'éclaire les supérieurs ; et en agissant selon leurs vues , nous agissons selon les lumières de Dieu. Enfin nous ne devons pas aisément juger d'eux : car souvent ils ont des raisons très-solides, mais qui nous sont inconnues.

Page 1