‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 3)Chapitre 132 sur 139 · POUR UNE COMMUNAUTÉ DE CARMELITES, SUR SAINTE THÉRÈSE · texte numérisé non relu

POUR UNE COMMUNAUTÉ DE CARMELITES, SUR SAINTE THÉRÈSE

Sujet. Il viendra avec l'esprit el la vertu d'ÉHe pour former au Seigneur un peuple

parfait.

C'est avec ce même esprit que Thérèse est venue, et pour le même dessein.

Division. Comment Thérèse, animée du double esprit d'Elie, et réformatrice d'un grand ordre , a réformé le corps par la mortification , qu'elle a elle-même pratiquée avec une constance héroïque ; première partie : et comment elle a perfectionné l'esprit par l'usage de l'oraison , où elle s'est exercée avec de si merveilleux progrès ; deuxième partie.

Première partie. Comment Thérèse a réformé le corps par la mortification , qu'elle a elle-même pratiquée avec une constance héroïque. Son premier désir fut celui du martyre, et c'est pour cela que, dès son enfance, elle quitta la maison de ses parents , voulant aller en Afrique.

Ramenée bientôt dans la maison paternelle, là elle se condamne à un autre martyre plus rigoureux par sa durée, qui est une mortification entière de ses sens. Esprit de pénitence que Dieu lui inspira par un attrait particulier, par des signes visibles et des apparitions.

De là cette devise qu'elle prit : Ou souffrir, ou mourir. Sentiment qui lui fil surmonter tout; el c'est par ce même sentiment qu'une ànie religieuse devient victorieuse de tout.

Cependant de son cœur elle fait passer l'amour de la croix dans le cœur d'une inlini'é d'autres, par la réforme qu'elle établit au Mont-Carmel. Réforme qu'elle

oppose à la fausse réforme de Luther et de Calvin. Réforme la plus mortifiante, et dont elle porte la première toute l'austérité.

Ce ne fut pas sans de grandes difficultés et de grandes contradictions qu^elle entreprit ce saint ouvrage ; mais enfin elle le conduisit à sa perfection , et le déposa, pour ainsi dire, entre les mains de ses filles, à qui elle le confia. Or elles ne le soutiendront jamais mieux que par ce qui en a été le principe, c'està-dire par la mortification et une pleine abnégation d'elles-mêmes. Quel sujet de reproche , si elles le laissaient déchoir !

Deuxième partie. Comment Thérèse a perfectionné l'esprit par l'usage de l'oraison , où elle s'est exercée avec de si merveilleux progrès. Il s'agit ici de celte oraison extraordinaire, où elle fut élevée; et son exemple nous apprend trois choses : 1** par où l'on se doit disposer à ce don de Dieu ; 2" avec quel esprit il le faut recevoir ; 3^ de quelle manière on en peut faire le discernement.

Elle s'y est disposée par l'oraison commune et ordinaire , où elle a persévéré pendant vingt-deux ans , malgré toutes les aridités et toutes les sécheresses dont elle a été éprouvée de la part de Dieu. Nous , au contraire , nous abandonnons souvent cette oraison commune, ou du moins nous la négligeons, dès que nous y sentons la moindre peine , et qu'il y a la moindre violence à nous laire.

Elle a reçu ce don de contemplation et d'une oraison sublime et extraordinaire avec humilité , et sans rien perdre d'une docilité parfaite à la conduite de ses directeurs : mais nous , si nous n'y prenons garde , nous nous laissons enfler d'orgueil dès les premières faveurs que nous recevons de Dieu , et nous ne voulons plus d'autre guide que nous-mêmes.

Elle en a fait le vrai discernement par trois signes non suspects , dont le premier est l'attachement à la foi de l'Eglise; le second , la fidéhté aux devoirs de son état; et le troisième, l'utilité de ces faveurs célestes dont Dieu la gratifiait. C'est aussi , à notre égard , par où nous les pouvons discerner ; sans cela, on prend pour vrai don d'oraison ce qui n'en a que l'apparence.

SUR LA DIGNITÉ ET LE8 DEVOIRS DES PRÊTRES. Sujet. Que vos prêtres, Seigneur, soieni revélus de juslice et de sainteté.

Rien de plus nécessaire aux prêtres que cette sainteté et cette justice.

Division. Les prêtres doivent être saints, parce qu'ils sont les sacrificateurs du corps de Jésus-Christ, première partie; et parce qu'ils sont les pasteurs de l'Eglise de Jésus-Christ, deuxième partie.

Première partie. Les prêtres doivent être saints, parce qu'ils sont les sacrificateurs du corps de Jésus-Christ. En cette qualité, ils tiennent la place de Jésus-Christ, qui fut lui-même le premier sacrificateur de son propre corps, lorsqu'il institua son adorable sacrement. Or quelle sainteté est nécessaire pour occuper dignement une telle place, et pour exercer un tel ministère? D'autant plus que le prêtre, quoique substitut de Jésus-Christ , a néanmoins, dans l'exercice de son ministère, une espèce de pouvoir sur Jésus-Christ même.

Quelle dignité! s'écrie saint Augustin; c'est en quelque sorte dans les mains des prêtres que le Verbe de Dieu s'incarne tout de nouveau. L'Eglise , poursuit ce même saint docteur, croit en avoir beaucoup dit , quand elle chante que le Verbe divin n'eut point horreur de demeurer dans le sein d'une vierge , toute sainte qu'elle était. N'est-ce pas le même Dieu qui descend sur l'autel , et que les prêtres portent dans leurs mains ? Combien donc doivent-ils travailler à se ganctifier !

Mais, par un étrange abus, on ne voit que trop de prêtres bien éloignés de la sainieié q<»i leur convient, c'est-à-dire, qu'on ne voit que trop de prêtres mercenaires et intéressés, de prêtres ambitieux , de prêtres vains et présomptueux, de prêtres oisifs et voluptueux, de prêtres tout mondains. Honte du christianisme , ou plutôt de ceux qui déshonorent ainsi ce qu'il y a de plus vénérable dans le christianisme !

Î14r ANALYSES DES SERMONS.

Deuxième partie. Les prêtres doivent être saints, parce qu'ils sont les pasteurs de l'Eglise de Jésus-Christ, ils réconcilient les hommes avec Dieu , ils confèrent les sacrements, ils remetieni les péchés , ils insirulsent le peuple de Dieu : car tout cela est renlermc dans ces paroles de Jésus-Christ à ses apôires : Tout ce que vous lierez sur la tare , sera lié dans le ciel; et tout ce que vous délierez sur la terre , sera délié dans le ciel.

Après cela, nous ne devons point nous étonner que les plus grands monarques du monde aient témoigné tant de révérence pour les prêtres. Mais ce qui doit nous surprendre, c'e>t que ces prêtres, si distingués par leur caractère, ne s'efforcent pas d'av(»ir toute la pureté et toute la sainteté des anges. Comment pourront-ils s'entremettre d'une réconciliation aussi sainte que celle des pécheurs avec Dieu, s'ils sont eux-mêmes ennemis de Dieu? Comment oseront-ils administrer les sacrements de Jésus-Christ, et verser sur les fidèles les mérites de son sang avec des mains impures? Comment entreprendront-ils de juger, de condamner, d'absoudre, dans des dispositions toutes criminelles? Enfin, comment instruironî-ilâ le peuple de Dieu, en détruisant par leurs exemples ce qu'ils enseignent pnr leurs paroles ?

Car leurs exemples font beaucoup plus d'impression que leurs paroles. Leurs moindres fautes sont remarquées, et les scandales des prêtres n'ont que trop de fois servi à autoriser le libertinage des laïques. De là le décri du sacerdoce. De là le compte rigoureux que Dieu exigera de tant de prêtres. Les Saints euxmêmes en ont tremblé. Terribles paroles de saint Grégoire et de saint Chrysostorae. Avis important du bienheureux Laurent Justinien.

Sujet. S'étant avancé un peu plus loin , il se prosterna le visage contre terre, priant et disant : Mon Père 5 s'il est possible, faites que ce calice passe, et qu'il ne soit point poar moi : cependant que votre volonté s'accomplisse, et non la mienne.

Soumission de Jésus-Christ , modèle de la nôtre.

Division. La soumission chrétienne renferme deux choses, savoir : le sentiment et l'action : le sentiment dans le cœur pour vouloir tout ce que Dieu veut, première partie ; et l'action dans la praiique pour faire tout ce que Dieu veut, deuxième partie. Deux devoirs que Jésus-Christ nous enseigne ici par son exemple.

Première partie. Soumission dans le sentiment pour vouloir tout ce que Dieu veut. Ainsi Jésus-Christ dans sa prière, 1*^ se soumet au bon plaisir de son Père : Mon Père , dit-il , qu'il n'en soit pas comme je le veux , mais comme vous le voulez; 2** il s'y soumet dans un soulèvement général de toutes ses passions contre luimême ; ennui , crainte , tristesse , agonie ; 5» il s'y soumet dans un délaissement total , à ce qu'il semble , et de la part du ciel , et de la part des hommes ; 4" il s'y soumet de telle sorte qu'il agrée tout sans exception et sans réserve.

Vrai modèle d'une sainte soumission. Être soumis au bon plaisir de Dieu, lorsqu'il n'y a rien que de contraire à nos inclinations; être docile et souple sous la main de Dieu , lorsque toutes nos passions se révoltent et se soulèvent ; se conlormer à la volonté de Dieu, lorsque Dieu ne nous soutient par aucunes consolations sensibles , et q'ie le monde nous abandonne ; enfin , ne point njettre de bornes à notre sounùpsion et embrasser tout également, sans accepter une chose parce qu'elle nous fait moins de peine, ni rejeter l'autre parce qu'elle nous en fait davantage. Hors de là noîre confornuié et notre patience ne peut être d'un grand prix , et n'est pas même souvent une vertu clirétienne.

Deuxième partie. Soumission dans la praiiqsie et Tacuon pour faire tout ce que Dieu veut. (Tétait \\ volonté de Dieu que Jésus-Christ fût livré aux Juifs et condamné à la mort. Jusque-là cet Homme-Dieu, malgré toutes ses répugnances naturelles, s'ét-nt conlei.té de recevoir là-dessus l'ordre du ciel , j>arce que le temps de l'exécuion n'était pas encore venu ; mais dès qu'il se trouve à celte heure marquée par son Père, et que les Juifs avancent pour se s^dsir de sa

personne, quel merveilleux cîiangenient se fnit en loi! Auparavant, tout soumis qu'il éiait de cœur, il irembl.Hi néanmoins, il ressentait les plus violentes révoltes, il se troublait, et demandait à être délivré de sa passion : mais tout à coup le voilà plein de courage, qui anime ses apôtres, qui, sans se cacher, se fait au contraire connaître à ses ennemis, se présente à eux, défend à Pierre de rien entreprendre pour les arrêter, et s'abandonne lui-même entre leurs mains : Tout cela, dit-il , afin que le monde sache que f aime mon Vère, et quej'aC' cemplis ^dèlement tout ce quil lui plaît de m^ordomier.

Or il y a par rapport à nous-mêmes des volontés de Dieu pratiques et qui tendent à l'action : mais les suivons-nous en effet, et agissons-nous conformément à ses vues? faisons-nous tout ce qu'il veut, et toui ce qu'il nous prescrit dans noire état? Nous manquons à nos plus essentielles obligations. En vain après cela disons-nous tous les jours à Dieu, que votre volonté soit faite; ce n'est qu'un pur langage.

Il est vrai que cette soumission en pratique et en œuvres demande de la contrainte et de la gêne : mais Dieu ne mérite-t-il pas bien que nous noiîs contraignions et que nous nous gênions pour lui? ne lui obéirons-nous que lorsqu'il ne nous en coûtera rien? En quelque conjoncture que ce soit, imagirmns-nous que Jésus-Christ nous dit comme aux apôtres : Levez-vom, et marchons. Souvenonsnous de la grandeur du maître que nous servons, de ses promesses et de ses récompenses; et, dans la même résolution que saint Paul , disons-lui : Que voulez-vous; Seigneur, que je fasse?

Sujet. Le Sauveur du monde n'avait pas encore achevé de parler, que Judas, l'un des douze apôlres, arrive, et avec lui une troupe d'hommes armés, qui étaient envoyés par les prince» des prêtres. Or le disciple qui le trahissait leur avait donné ce signal, et leur avait dit : Celui que je baiserai est celui que vous cherchez; saisissez-le.

Ces seules paroles expriment assez toute l'horreur de la trahison de Judas.

Division. Le principe du crime de Judas , ce fut une passion mal réglée , première partie ; et le comble de son crime , ce fut un aveugle désespoir, deuxième partie.

Première partie. Le principe du crime de Judas, ce fut une passion mal réglée. Quelle passion? Sa seule avarice. Se voyant frustré du gain qu'il eûi fait, si l'on eût vendu ce parfum que Madeleine répandit sur les pieds de Jésus- Christ , et qu'on lui en eût mis l'argent entre les mains , il voulut se dédommager, et vendit pour cela Jé*us-Chrisl même trente deniers.

De là concluons trois choses, qui reg^irdent toute passion en général : combien il est dangereux de fomenter une passion dans notre cœur, puisqu'elle peut nous conduire aux plus grands désordres. Elle a fait de Judas un apostat et un homicide. Aussi quand Dieu a voulu punir les hommes sur la terre , et les plus .grands hommes, il n'y a point employé de jibis terrible châtiment que de les livrer à leurs passions.

Combien il est important d'attaquer la passion de bonne heure, puisque, lorsqu'elle s'est fortifiée, on ne peut , sans une extrême difliculté , la surmonter.

Combien il est nécessaire de n'en épargner aucune et de les réprimer toutes, puisqu'une seule sullit pour nous perdre. C'est une maladie mortelle , et il ne faut qu'une maladie mortelle pour nous causer la mort. Prière à Dieu.

Deuxième partie. Le comble du crime de Judas , ce fut un aveugle désespoir. Un apôtre réprouvé, quel abîme des jugements de Dieu! C'est là néanmoins que s'est terminée la trahison de Judas : pourquoi? Parce qu'il désespéra de la miséricorde de Dieu. Il fut touché de repentir, mais d'un repentir de démon, parce qu'il n'était pas accompagné de l'espérance chrétienne. Il reconnut son péché, mais il ne reconnut pas en même temps, remarque saint Bernard , la bonté de Dieu envers les pécheurs. Il rendit le prix pour lequel il avait vendu Ion maître ; mais, dit saint Augustin , il ne fit point attention au prix dont son

maître Tavait racheté. C'est ce qui le porta à ce dernier attentat, où, s'arrachant lui-même la vie, il consomma son éternelle damnation.

De là apprenons , 1° à craindre Dieu et à opérer notre salut avec tremblement, en quelque état et en quelque proHission que nous soyons ; 2® à ne point séparer la confiance de la crainte, mais à espérer toujours en Dieu, quelque pécheurs

Sue nous ayons été. Le plus grand artifice de l'esprit séducteur est de nous onner de la confiance avant le péché , et de nous l'ôter après le péché. Tant que le pécheur se confiera en la grâce divine , ce sera toujours pour lui une ressource, parce que ce sera un motif capable de l'attirer à Dieu, et de lui faire prendre une sainte résolution de se convertir.

Sujet. Quelque temps après, ceux qui se trouvèrent là dirent à Pierre : Assurément vous êtes de ces {^ens-Ià, car vous êtes aussi de Galilée. Mais il se mit h faire des imprécations , et à dire avec serment : Je ne connais point cet homme-là dont vous me parlez.

C'est ainsi que l'on renonce encore Jésus-Christ, jusque dans le christianisme.

Division. Jésus-Christ renoncé par le^ mativais chrétiens, première partie; les mauvais chrétiens renonces par Jésus-Christ , deuxième partie. Deux vérités affligeâmes, que le reniement de saint Pierre nous donne lieu de considérer.

Première partie. Jésus-Christ renoncé par les mauvais chrétiens. Faiblesse de Pierre , qui , malgré toutes les protestations qu'il avait faites au Fils de Dieu d'une fidéUié inviolable , le méconnut dans l'occasion et le renonça. Ainsi le renoncent tant de mauvais chrétiens.

Renoncement le plus universel , car on le renonce en tout ; c'est-à-dire, dans sa vie et ses exemples : on ne veut point s'y conformer. Dans sa mort et dans sa croix : c'est souvent pour nous , tout à la fois, et une folie et un scandale. Dans son Evangile et sa morale : on suit la morale du monde préférablement à la sienne. Dans ses sacrements, et surtout dans celui de son corps : on le déshonore par mille immodesties, par mille abominations, par un délaissement presque total. Dans ses disciples et ses sectateurs : on les méprise et on en raille.

Renoncement le plus criminel. Pierre fut d'autant plus coupable en renonçant Jésus-Christ, qu'il était un de ses apôtres ; et ce qui nous rend plus criminels quand nou> renonçons ce Dieu Sauveur, c'est la qualité de chrétiens dont nous sommes revêtus. Nous tombons alors dans une contradiction où ne tombent ni les infiJèles mêmes , ni les hérétiques.

Deuxième PARTIE. Les mauvais chrétiens renonces par Jésus-Christ. Il n'en fut pas ainsi de Pierre , parce que sa pénitence répara sou péché. Mais comme les mauvais chrétiens ajoutent à leur péché l'impénilence , ils verront s'accomplir à leur égard cette terrible menace de l'Evangile où il est dit du Fils de Dieu qu'il sera la ruine de plusieurs, même en Israël.

Dès sa vie mortelle , il a commencé à contredire et à renoncer le monde et les partisans du monde : mais c'est dans son jugement dernier qu'il les renoncera avec plus d'éclat.

Or entr e ses ennemis qu'il réprouvera , il n'y en aura point qu'il traite plus rigoureusement que les mauvais chrétiens ; pourquoi? 1° parce qu'ils auront été les plus rebelles; 2" parce qu'ils auront été les plus ingrats ; 3° parce qu'ils auront eu plus de part aux avantag-îs de sa loi. Voilà ce que nous ne pouvons prévenir avec trop de soin.

Sujet. Jésus ayant parlé de la sorle, un des soldats qui était à son côté lui donna un soufflet, en disant : Est-ce ainsi que vous réj)ondez au grand prêtre?

Jésus-Christ nous donne ici un bel exemple du pardon des injures. Division. Supporter les injures comme Jcsus-Chrisl sans en poursuivre la

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vengeance et sans éclater, première partie ; agréer même les injures comme Jésus-Christ, jusqu'à s'y exposer en certaines rencontres et à les aimer, deuxième partie.

Première partie. Supporter les injures comme Jésus-Christ , sans en poursuivre la vengeance et sans éclater. Quelle injure! un soufllet reçu, et de la manière la plus outrageante! Combien de raisons semblaient engager le Sauveur du monde à venger sur l'heure cet outrage? II le pouvait , puisque la vengeance lui appartient en qualité de Dieu : mais il aime mieux nous apprendre par son exemple à réprimer toutes nos vengeances, et il veut détruire par là tous les faux raisonnements et tous les prétextes dont notre passion cherche à s'autoriser.

Exemple si convaincant , qu'il ne nous laisse nulle ressource où nous puissions nous retrancher. S'il se fût contenté de nous dire : Je vous ordonne de ne point repousser la violence par la violence ; mais si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui encore laguuchef celte parole nous eût paru dure. Mais il nous l'ailoucit en y ajoutant son exemple : car l'exemple de ce Dieu Sauveur doit être la règle de toute notre vie.

Cependant, il y en a bien peu qui le suivent. On voit des hommes, sages du reste , des hommes vertueux , des hommes religieux ; mais où en voit-on qui soient patients dans les injures, et qui les reçoivent avec modération? On fait profession de piété et de la plus étroite morale , et néanmoins on est d'une sensibilité extrême sur les moindres offenses. Pour nous confondre, envisageons Jésus^Christ, et considérons celte face respeciable et adorable aux anges mêmes, couverte d'un soufflet.

Deuxième partie. Agréer même les injures comme Jésus-Christ, jusqu'à s'y exposer en certaines rencontres et à les aimer. Ainsi pour faire son devoir dans une charge , dans une dignité , dans un ministère, combien y a-i-il souvent de mépris, de railleries, de médisances, d'outmges à essuyer? Or je m'en dois faire alors un mérite; je dois les aimer pour Dieu.

Cela est bien parfait et bien difficile : mais souvenons-nous que notre divin Maître a voulu être rassasié d'opprobres, et qu'il en a fait ses délices. C'est pour cela que les Saints, et entre les autres saint Paul et David, les ont reçus avec tant de joie; et sans cela même on ne peut avoir l'esprit de Jésus-Christ, ni par conséquent être véritablement chrétien. Mais le moyen d'aimer ce qui nous olfense , ce qui nous humilie? En le regardant comme une portion des opprobres de Jésus-Christ , et comme une matière de sacrifice à Jésus-Christ.

Mais encore à quoi dans la pratique se réduit là-dessus notre obligation ? A aimer mieux se voir méprisé , moqué, condamné, persécuté, que de se départir jamais d'une exacte vertu en consentant à l'iniquité. Ce n'est pas que le cœur ne soit alors bien combattu; mais au milieu de ces combats, mille considérations le soutiennent, et Dieu d'ailleurs ne lui refuse pas le secours de sa grâce. Avec la force et l'onction de cette grâce , on s'écrie comme le Prophète : Cest un bien , Seigneur, que j'aie été humilié, puisque je le suis pour vous. Plaise au ciel que nous soyons animés de ce sentiment ! C'est par le mépris de la confusion, selon l'expression de l'Apôtre, que le Fils de Dieu a consommé notre foi ; et c'est par l'amour de la confusion que nous la consommerons nous-mêmes, et que nous parviendrons au plus pur christianisme , et à la vraie gloire qui en est la récompense.

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