HOMÉLIE
sur l'évangile de l'aveugle-né.
Sujet et division. Jésus passant, yit un homme qui était aveugle depuis sa naissance.
Jésus-Christ guérit cet aveugle; mais les pharisiens, intéressés à rabaisser les œuvres du Fils de Dieu , contestent la vérité de ce miracle. L'aveugle néanmoins d'ailleurs la soutient, et en rend hautement témoignage, De là nous comprendrons d'abord en quel aveuglement l'intérêt propre est capable de nous plonger et nous plonge tous les jours comme les pharisiens , première partie : et nous apprendrons ensuite , du témoignage de l'aveugle , à dissiper par les lumières de la foi les ténèbres de l'erreur, et à confondre le mensonge par une sainte confession de la vérité, deuxième partie.
Première partie. En quel aveuglement l'intérêt propre est capable de nous plonger et nous plonge tous les jours comme les pharisiens? Cette passion de l'intérêt propre aveugla les pharisiens, 1° sur la personne de Jésus-Christ ; 2° sur ses miracles.
1. Sur la personne de Jésus-Christ. Comme il était opposé aux pharisiens et que son crédit leur donnait de l'ombrage , c'était assez pour le décrier dans leur estime. Ils le traitent de pécheur, et quoi qu'on puisse leur dire , ils le croient tel et le veulent croire : Nos scimus quia hic homo peccator est. Excellente idée de
la malignité de l'esprit du monde. Qu'est-ce qui nous aveugle pour l'ordinaira dans nos opinions et dans nos préjugés conlre le prochain? l'intérêt qui nous domine. Que ne peut point l'aliénation des esprits et des cœurs , pour nous prévenir des erreurs les plus visibles au désavantage d'un ennemi ? Pouvonsnous conserver des sentiments équitables à l'égard de ceux qui prétendent aux mêmes rangs que nous? Qu'un homme soit dans notre parti, son dévouement à nos intérêts lui tient lieu auprès de nous de tout mérite ; mais qu'il soit dans un parti contraire , c'est dès lors, selon nous, le dernier des hommes. Plus donc d'équité, quand une fois l'intérêt prévaut; et c'est pour cela même que dans une cause nous avons droit de récuser un juge ou un témoin, s'ils sont convaincus d'y avoir quelque intérêt particulier.
2. Sur les miracles de Jésus-Christ. Quelque éclatant que soit le miracle de cette guérison opérée dans la personne de l'aveugle-né , les pharisiens ne le veulent pas reconnaître ; et, obligés enfin d'en convenir, ils nient au moins que Jésus-Christ en soit l'auteur. Ils le nient, dis-je, sans raison et conlre toute apparence de raison, parce qu'ils ont intérêt à le nier. Cet esprit intéressé ne produit-il pas encore aujourd'hui les mêmes effets ou les mêmes erreurs , non plus sur ce qui regarde simplement les miracles du Fils de Dieu, mais généralement, 1° Sur les points les plus essentiels et les plus incontestables de la religion. Un libertin ne veut rien croire, parce qu'il trouve , à ne rien croire, de quoi s'affermir dans sa vie déréglée et corrompue. 2° Sur les devoirs de la conscience les plus naturels et les mieux établis. Un homme raisonnera très-juste sur une question que vous lui proposerez , tant qu'il n'y sera point personnellement engagé; il vous donnera même une décision très-sévère. Mais qu'il vienne à y entrevoir quelque intérêt pour lui , il rabattra bien de cette sévérité, et trouvera des raisons pour douter de ce qui lui semblait auparavant indubitable. 3° Sur les faits les plus évidents qui ont rapport et à la justice et à la charité envers le prochain. Pourquoi nous entêtons-nous de mille fausses suppositions , que nous voulons soutenir pour vraies, et pourquoi nous appuyons-nous sur une infinité de jugements vains et téméraires? c'est qu'il y a dans nous des intérêts qui, occupant toute la capacité de notre cœur, ne laissent à notre esprit nul exercice de réflexion et de raison.
Deuxième partie. Comment le témoignage de l'aveugle guéri nous apprend à dissiper par les lumières de la foi les ténèbres de l'erreur, et à confondre le mensonge par une sainte confession de la vérité. Son témoignage en faveur de Jésus-Christ eut quatre qualités. Il fut sincère , pour confondre tous les artifices de la duplicité des pharisiens ; généreux , pour confondre l'orgueil de leur prétendue autorité ; convaincant , pour confondre la faiblesse de leur vaine science ; et constant , pour confondre la dureté de leur obstination.
1. Témoignage sincère. La sincérité de l'aveugle alla jusqu'à la naïveté, comme on le voit par la seule lecture de l'Evangile, et c'est ce qui déconcertait les pharisiens. Ils eurent beau le questionner et l'interroger : parce que la vérité ne se dément jamais et qu'elle est toujours la même , ils ne purent l'embarrasser, ni le faire tomber en aucune contradiction. Que pouvaient ils donc dire , et que pouvaient-ils faire pour éluder la force d'un témoignage si simple et si fidèle ? Voilà ce qui confond encore aujourd'hui l'aveuglement des libertins du siècle; voilà ce qui les désespère : le récit de certains miracles qui même humainement doivent être crus , et que la prudence la plus raftinée et la moins crédule est forcée de reconnaître.
2. Témoignage généreux. En vain les pharisiens usent de menaces envers ce pauvre. Ils peuvent intimider ses parents; mais pour lui, il ne craint rien, et continue toujours à tenir le même langage. Générosité qui humiliait ces esprits superbes, mais qui condamne encore bien davantage la faiblesse d'un million de chréiiens, persuadés de la vérité, et néanmoins lâches et timides quand il s'agit de la défendre et de l'appuyer.
3. Témoignage convaincant. C'est une chose digne d'admiration qu'un pauvre sans étude et sans connaissance raisonnât contre des docteurs d'une manière à leur fermer la bouche. Les plus savants théologiens n'auraient pas fait de ré»
ponses plus solides qu'il en fit à tout ce qu'on lui objecta. Telle est la victoire de la loi , et c'est ainsi qu'elle a triomphé et qu'elle iriomphe de toute la sagesse du monde.
4. Témoignage constant. Il persiste toujours à glorifier son bienfaiteur, et à publier le bienfait qu'il en a reçu. Les pharisiens le chassent enfin avec ignominie de la synagogue ; mais il n'en est que plus attaché à Jésus-Christ. Il l'adore comme son Dieu , il embrasse sa loi. S'il n'eût pas été plus ferme que nous , il eût bientôt démenti , par une honteuse et criminelle inconstance, ce qu'il venait d'alïirmer par une juste confession. Nous cédons aux moindres difficultés , et nous laissons notre toi se troubler. La nouveauté nous entraîne, et nous séduit par le vain éclat dont elle se pare. Tenons-nous-en à la foi de Jésus-Christ , tenons-nous-en à son Église, puisque la foi de Jésus- Christ n'est nulle part ailleurs que dans son Église.
Sujet. Voici la marque à quoi vous connaîtrez le Sauveur qui vous est né : c'est que vous trouverez un enfant emmaillotlé et couché dans une crèche.
Quel signe pour connaître un Dieu Sauveur î une étable , une crèche , de pauvres langes ! c'est néanmoins le signe le plus convenable , comme on le verra dans ce discours : Et hoc vobis signum.
Division. Signe le plus convenable, parce que c'est le signe le plus naturel et le plus efficace. Le plus naturel , puisqu'il nous marque parfaitement que le Sauveur est né, et pourquoi il est né; première partie. Le plus efficace , puisqu'il commence déjà à produire dans les e«priis et dans les cœurs les merveilleux effets pour lesquels le Sauveur est né ; deuxième partie.
Première partie. Signe le plus naturel, puisqu'il nous marque parfaitement que le Sauveur est né , et pourquoi il est né. Ce Dieu Sauveur devait faire deux choses : 1° expier le péché , 2° réformer l'homme pécheur. Or, pour nous marquer qu'il venait accomplir l'un et l'autre, il ne pouvait choisir un signe plus propre que la pauvreté et l'obscurité de sa naissance.
4. 11 devait expier le péché et satisfaire à la justice de son Père. Voilà ce qu'il fait dans la crèche, et à quoi lui servent les misères et les humiliations de la crèche. Que nous apprend donc autre chose cet état pauvre , cet état humble , cet état souffrant où il naît, sinon qu'il vient faire pénitence pour nous, et nous apprendre à la faire? Mystère adorable, et capable «s'exciter dans nos cœurs les sentiments de la plus vive contrition. Cet Enfant D.eu pleure dans sa crèche; et ses larmes , dit saint Bernard, me causent tout à la fois et de la douleur, et de la honte : de la honte, quand je considère que le Fils unique de Dieu a pleuré mes péchés , et que je ne les pleure pis moi-même ; de la douleur, quand je pense qu'après avoir fait pleurer Jésus Christ, je lui en donne tous les jours de nouveaux sujets.
2. 11 devait réformer l'homme pécheur. Ce qui perdait l'homme et ce qui le perd encore , c'est l'attachement aux honneurs , aux richesses et aux plaisirs du siècle. Mais que fait Jésus-Christ? Il vient au monde avec le signe de l'humilité, pour l'opposer à notre ambition; avec le si»ne de la pauvreté, pour l'opposer a notre avare convoitise ; avec le signe de la mortification , pour l'opposer à notre sensualité. Pouvait-il mieux nous l'aire entendre qu'il est ce Sauveur par
d'un Dieu confondra toujours l'aveugle cupidité du monde ; ce signe de la mortification d'un Dieu confondra toujours la mollesse du monde.
Deuxième partie. Signe le plus efficace , puisqu'il commence déjà à produire dans les esprits et dans les cœurs les merveilleux effets pour lesquels le Sauveur est né. C'est ce qui paraît, 1° dans les pasteurs qui furent appelés à la crèche de Jésus-Christ ; 2° dans les nu.gfs qui vinrent adorer Jésus-Christ.
1. Dans les pasteurs. C'étaient des simples et des ignorants, c'étaient des pauvres, c'étaient des hommes méprisables selon le monde par leur condition : mais tout à coup , à la vue de ce signe de la crèche, ces ignorants sont éclairés et remplis de la science de Dieu ; ces pauvres commencent à connaître le prix de leur pauvreté , et à l'aimer ; ces hommes , si vils et si méprisables selon le monde, deviennent les premiers apôtres de Jésus-Christ, et l'annoncent de toutes paris. C'est ce même signe qui , dans la suite des temps , a encore formé au milieu de l'Église tant de Saints pauvres ; et voilà ce qui doit consoler les petits et faire trembler les grands.
2. Dans les mages. Car si l'exemple des pasteurs doit faire trembler les grands, l'exemple des mages les doit rassurer. C'étaient des grands du monde, des sages du monde, des riches du monde : mais, par la vertu de ce signe, ces grands s'abaissent devant Jésus-Christ; ces sages se soumettent à la simplicité de la foi; ces riches se détachent de leurs richesses , et se font au moins pauvres de cœur. Changement d'autant plus miraculeux , que la grandeur du siècle est plus opposée à l'humilité chrétienne , la sagesse du siècle à la docilité chrétienne , et les richesses du siècle à la pauvreté chrétienne. Voilà ce qu'a pu opérer le signe de la crèche , et ce qu'il doit encore opérer dans chacun de nous , si nous voulons que ce soit pour nous un signe de salut.
Compliment au roi.
Sujet. Lorsque le huitième jour fut* arrivé, où l'enfant devait être circoncis, on le nomma Jésus, ainsi que l'ange l'avait marqué avant qu'il eût été conçu dans le sein de Marie, sa mère.
Pourquoi attend-on que l'enfant soit circoncis pour lui donner Je nom de Jésus, c'est-à-dire de Sauveur? et quel rapport le nom de Sauveur peut-il avoir avec la circoncision du Fils de Dieu? Importante question qui servira de fond à ce discours.
Division. Il fallait que Jésus-Christ, pour être parfaitement Sauveur, non • seulement en fit lui-même la fonction , mais qu'il nous apprit quelle devait ê're. pour l'accomplissement de ce grand ouvrage, notre coopération. Or dans ce mys tère il s'est admirablement acquitté de ces deux devoirs. Il a commencé à nous sauver par l'obéissance qu'il a rendue à la loi de l'ancienne circoncision , qui était la circoncision de la chair, première partie; et il nous a donné w\ moyen sûr pour nous aider nous-mêmes à nous sauver, par la loi qu'il a établie de la circoncision nouvelle, qui est la circoncision du cœur, deuxième partie.
Première partie. Jésus-Christ a commencé à nous sauver par l'obéissance qu'il a rendue à la loi de l'ancienne circoncision : car au moment qu'il fut circoncis, 1° il se trouva dans la disposition prochaine et nécessaire pour pouvoir être la victime du péché ; 2° il offrit à Dieu les prémices de son sang adorable , qui devait être le remède du péché ; 3° il s'engagea à répandre ce même sang plus abondamment sur la croix , pour la réparation entière du péché.
1. Au moment qu'il fut circoncis, il se trouva dans la disposition prochaine et nécessaire pour pouvoir être la victime du péché, et par conséquent pour être parfaitement Sauveur : car pour sauver des pécheurs et des coupables, il fallait un Juste, mais un Juste , dit saint Augustin, qui pût satisfaire à Dieu dans toute la rigueur de sa justice , et pour cela même un Juste sur qui pût tomber la malédiction que traîne après soi le péché, et le châtiment qui lui est dû. Ce Juste , c'était Jésus-Christ. Il ne devait pas être pécheur : comme pécheur, il eût été rejeîé de Dieu. Il ne suffisait pas qu'il fût Juste : comme Juste , il n'aurait pu être l'objet des vengeances de Dieu. Mais en qualité de médiateur, il devait, quoique exempt du péché et impeccable même, tenir une espèce de milieu entre l'innocence et le péché ; et ce milieu entre l'innocence et le péché, ajoute saint Augustin , c'était qu'il eût la marque du péché. Or où a-t-il pris la marque du péché? dans si circoncision.
2. Au moment qu'il fut circoncis , il offrit à Dieu les prémices de son sang adorable , qui devait être le remède du péché. La moindre action du Fils de Dieu pouvait suffire pour nous racheter : mais dans l'ordre des décrets divins , et de cette rigide satisfaction à laquelle il s'était soumis , il fallait qu'il lui en coûtât du sang , et c'est aujourd'hui qu'il commence à accomplir cette condition. Bien différent des prêtres de Baal, qui, pour honorer leur dieu , se faisaient de douloureuses incisions , jusqu'à ce qu'ils fussent tout couverts de sang , c'est pour sauver son peuple que , tout Dieu qu'il est , il endure une sanglante opération.
3. Au moment qu'il fut circoncis, il s'engagea à répandre son sang plus abondamment sur la croix , pour la réparation entière du péché. Car, selon saint Paul , tout homme qui se faisait circoncire se chargeait d'accomplir toute la loi. Or l'accomplissement de la loi , dit saint Jérôme , par rapport à Jésus-Christ , c'était la mort de Jésus-Christ même ; puisqu'il était la fin de la loi , et qu'il n'en devait être la lin que par la consommation du sacrifice de son humanité sainte.
Ce n'est donc pas sans raison que le nom de Jésus lui est donné dans ce mystère : et le sang qu'il verse pour nous sauver nous fait bien voir de quel prix est noire salut , et quelle estime nous en devons faire.
Deuxième partie. Jésus-Christ nous a donné un moyen sûr pour nous aider nous-mêmes à nous sauver, par la loi qu'il a établie de la circoncision nouvelle. Cette nouvelle circoncision est la circoncision du cœur : 1° il nous en fait une loi , 2° il nous en explique le précepte , 3° il nous en facilite l'usage.
1. II nous propose la circoncision du cœur, et il nous en fait une loi : car il n'abolit l'ancienne circoncision , ou plutôt l'ancienne circoncision ne finit en lui, que parce qu'il établit la nouvelle. Circoncision du cœur, c'est-à-dire retranchement de tous les désirs criminels et de toutes les passions déréglées. Circoncision nécessaire pour le salut , puisque la source de tous nos péchés, ce sont nos désirs et nos passions. Circoncision entière , qui s'étend à tout et qui n'excepte rien : il ne faut qu'une passion pour nous damner.
2. Il nous explique le précepte de cette circoncision nouvelle; comment? par son exemple : car dans sa circoncision nous trouvons les quatre passions les plus dominantes et les plus difficiles à vaincre, parfaitement sanctifiées et soumises à Dieu : celle de la liberté , par l'obéissance qu'il rend à une loi qui ne l'obligeait point ; celle de l'intérêt, par le dépouillement et le dénûment où il veut paraître; celle de l'honneur, par ce caractère ignominieux du péché, dont il consent à subir toute la honte ; et celle du plaisir, par cette opération douloureuse qu'il souffre. Voilà surtout les quatre passions que nous devons nousmêmes déraciner de notre cœur.
3. Il nous facilite l'usage de cette nouvelle circoncision, par où? par la vertu même du sang qu'il commence à répandre. Ce sang divin porte avec soi une double grâce : grâce intérieure , qui est celle du Sauveur ; grâce extérieure, qui est celle de l'exemple. Profitons-en, et entrons ainsi dans cette année, qui sera peut-être la dernière de notre vie.
Sujet. Jésus éiant né dans Bethléem de Juda , au temps que régnait Hérode, des mages vinrent d'Orient à Jérusalem , et ils demandaient : Où est le roi des Juifs qui est nouvellement né? car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer. Le roi Hérode ayant appris cela , en fut troublé, et toute la ville de Jérusalem avec lui.
Deux conduites bien différentes des mages et d'Hérode à l'égard de Jésus- Christ. Les mages le viennent chercher, mais Hérode conspire contre lui. Tirons de là deux grandes instructions , qui feront la matière de ce discours.
Division. Modèle de la solide sagesse des élus et des vrais chrétiens, dans la conduite des mages qui cherchent le Fils de Dieu, première partie. Idée de l'a-
veugle sagesse des réprouvés et des impies, dans la conduite d'Hérode, qui persécute le Fils de Dieu , deuxième partie.
Première partie. Modèle de la solide sagesse des élus et des vrais chrétiens, dans la conduite des mages qui cherchent le Fils de Dieu. Examinons tous les caractères de leur foi, 1° dans son commencement, 2° dans son progrès, 3° dans sa perfection.
1. Dans son commencement. Promptitude à suivre la vocation du ciel ; ce fut le premier effet de la foi des mages, et le premier trait de cette haute sagesse qui les mit en état de trouver Jésus-Christ. Dès qu'ils virent son étoile, ils partirent pour aller à lui. Ainsi, chercher Dieu de la manière efficace et solide dont le cherche une âme fidèle, ce n'est plus raisonner ni délibérer, c'est exécuter et agir: point de retardement. De plus, courage à surmonter toutes les difficultés: les mages quittèrent leur pays, leurs maisons, leurs familles, leurs états ; autre démarche de leur foi naissante , et nouvelle preuve de; leur éminente sagesse. Si nous voulons trouver comme eux Jésus-Christ, il faut vaincre comme eux tous les obstacles qui étonnent notre lâcheté et qui nous arrêtent.
2° Dans son progrès. Constance qu'ils témoignent lorsque l'étoile vient à disparaître ; leur foi n'en est point troublée ni déconcertée ; ils marchent et ils agissent toujours. C'est en quoi paraît le don de sagesse dont ils sont remplis, et c'est à de pareilles épreuves que Dieu nous met quelquefois après une conversion. Il retire certaines grâces sensibles, et il nous abandonne en quelque sorte à nous-mêmes, afin de nous donner lieu de lui marquer notre constance. Cependant , que font les mages pour suppléer au défaut de l'étoile ? ils s'informent, ils ont recours aux prêtres et aux docteurs de la loi : et nous , pour nous éclairer et nous soutenir, en quelque délaissement que nous semblions être, nous avons aussi bien qu'eux , dans l'Église de Dieu , des prêtres et des docteurs à qui nous devons nous adresser. Les mages nous apprennent quelque chose encore de plus : ei quoi? à chercher Dieu avec un généreux mépris de tous les respects humains. Au milieu de Jérusalem, et en présence même d'Hérode, ils demandent où est le nouveau roi des Juifs.
5. Dans sa perfection. Perfection de leur foi : arrivés à Bethléem, ils trouvent Jésus-Christ dans une étable et dans une crèche ; et , malgré l'état misérable où il est, ils le reconnaissent pour leur souverain. Perfection de leur foi: non contents de l'honorer comme le souverain monarque du monde, ils l'adorent comme leur Dieu. Perfection de leur foi : ils lui font des offrandes mystérieuses qui expriment sa divinité, son humanité, sa souveraineté; car voilà ce que signifient l'encens, la myrrhe et l'or qu'ils lui présentent. C'est ainsi que des étrangers vinrent chercher Jésus-Christ dans la Judée , t indis que les Juifs , au milieu de qui il était né , le renonçaient : et qui sait si Dieu ne nous enlèvera pas à nous-mêmes le talent de la foi, dont nous ne profitons pas, pour le transporter à des infidèles?
Deuxième partie. Idée de l'aveugle sagesse des réprouvés et des impies , dans la conduite d'Hérode qui persécute Jésus-Christ. Cette fausse sagesse 1° est ennemie de Dieu, voilà son désordre ; et 2° Dieu est son ennemi , voilà son malheur. Nous voyons l'un et l'autre dans Hérode.
\. Sagesse ennemie de Dieu, qui l'attaque et qui s'élève contre lui. Que ne (it point Hérode pour perdre Jésus-Christ? Or tout ce qu'il fit , ce fut une fausse politique qui le lui inspira : et combien y a-t-il encore de ces sages mondains aussi impies qu'Hérode , aussi opposés à Jésus-Christ , aussi intéressés et aussi hypocrites ?
2. Sagesse dont Dieu est ennemi, et qu'il réprouve. Que fait de sa part Jésus- Christ naissant, pour confondre la politique d'Hérode? 1° Il la trouble : Hérode est combattu de mille soupçons et de mille frayeurs ; et rien , ajoute saint Chrysostome , n'est plus capable de troubler la paix d'un mondain que la pensée d'un Dieu pauvre et humble. 2° 11 la rend odieuse : Hérode , en voulant satisfaire son ambition . est devenu l'horreur du genre humain : et qu'y a-t-il encore maintenant de plus odieux qu'un mondain qui sacrifie tout à sa fortune et à son intérêt? 3° Il la rend vaine el inutile : Hérode a beau faire massacrer tous les
enfants qui sont aux environs de Bethléem , Jésus-Christ éehappe à sa fureur; et le mondain , avec sa prétendue sagesse , a beau vouloir se rendre heureux , il ne l'est jamais. 4° Il la fait même servir malgré elle aux desseins de Dieu : Hé rode veut éteindre le nom du nouveau roi d'Israël qui vient de naître; et par les mesures qu'il prend, il contribue, au contraire , à le faire connaître davantage. Combien de fois l'impie a-t-il vu de la sorte, par une secrète disposition de la Providence, retomber sur lui son impiété même? Renonçons donc pour jamais à la sagesse du monde, qui est une sagesse réprouvée, et suivons la sainte sagesse de l'Evangile , pour aller à Dieu et pour le trouver.
Sujet. Or il était suivi d'une grande multitude de peuple et de femmes qui se frappaient la poitrine, et qui pleuraient. Kl Jésus se tournant vers elles, il leur dit : Filles de Jérusa îem , ne pleurez point sur moi , mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants.
Au lieu de pleurer Jésus-Christ , pleurons ce qui a fait pleurer Jésus-Christ : c'est ainsi que nous sanctifierons aujourd'hui nos larmes , et que nous nous les rendrons salutaires.
Division. Passion de Jésus-Christ causée par le péché, première partie ; renouvelée par le péché , deuxième partie ; rendue inutile par le péché , troisième panie. Voilà ce qui mérite toutes nos larmes.
Première partie. Passion de Jésus-Christ causée par le péché : car celte passion est la pénitence publique du péché , et nous devons ici considérer Jésus- Christ comme un Dieu pénitent. Or la pénitence renferme deux choses , la contrition et la satisfaction. Ainsi nous allons voir, 1° Jésus-Christ dans le jardin , contrit et ressentant toute l'amertume du péché; 2° Jésus Christ au Calvaire, expirant et portant sur son corps toute la peine du péché.
1. Jésus-Christ dans le jardin, contrit et ressentant toute l'amertume du péché. C'est là qu'il s'attriste , qu'il est saisi de frayeur, qu'il est accablé d'ennui , qu'il pleure : pourquoi ? pour les péchés de tous les hommes , dont son Père l'a chargé, selon la parole du prophète. Est-ce ainsi que nous pleurons nousmêmes nos péchés? nous les envisageons avec des sentimenis lout contraires; ou, si nous en concevons quelque douleur, ce n'est qu'une contrition languissante, une contrition superficielle, une contrition imaginaire, qui nous rend encore plus coupables devant Dieu.
2. Jésus-Christ au Calvaire, expirant et portant sur son corps toute la peine du péché. Cela nous étonne; mais notre erreur est de considérer Jésus-Christ, parce qu'il est en soi iniiniment saint et le Saint des saints : et nous ne prenons pas garde qu'il ne parut au Calvaire que comme la victime du péché, et qu'en cet état il n'y avait point de supplice qui ne lui fût dû. Aussi est-ce dans cette vue que le Père éternel prononce contre lui un arrêt de mort. Car, dit saint Pierre , c'est par un ordre exprès de Dieu qu'il a été livré, et les Juifs n'ont été que les exécuteurs de la sentence portée dans le ciel. Dieu ne se contente pas «Je le frapper ; il semble vouloir le réprouver en le délaissant. Ce délaissement est en quelque sorte la peine du dam, qu'il fallait que Jésus-Christ éprouvât pour nous tous, comme dit saint Pau!. Voilà ce que le péché a coûté à un Dieu ; mais n'est-ce pas le plus déplorable renversement , que nous, pécheurs, nous nous épargnions, tandis que le Juste fait une si sévère pénitence?
Deuxième partie. Passion de Jésus-Christ renouvelée par le péché. Que voyonsnous dans cette passion? 1° un Dieu trahi et abandonné par de lâches disciples; 2° un Dieu mortellement persécuté par des pontifes et des prêtres hypocrites ; 5° un Dieu raillé et moqué dans le palais d'Hérode par des courtisans impies; 4° un Dieu mis en parallèle avec Barabbas, et à qui Barabbas est préféré par un peuple aveugle et inconstant; 5° un Dieu exposé aux insultes, et traité de roi chimérique par une troupe de faux adorateurs ; 6° un Dieu crucifié par d'impitoyables bourreaux. Or voilà ce qui se renouvelle tous les jours dans le christianisme.
1. Un Dieu trahi et abandonné par de lâches disciples. Combien de chrétiens l'abandonnent de la sorte?
2. Un Dieu mortellement persécuté par des pontifes et des prêtres hypocrites. Ne voit-on pas encore de mauvais prêtres qui le persécutent par une vie scandaleuse? ennemis de Jésus-Christ encore plus dangereux, lorsqu'ils se couvrent du voile de l'hypocrisie.
3. Un Dieu raillé et moqué dans le palais d'Hérode par des courtisans impies. Comment est-il traité dans les cours des princes, et même des princes chrétiens? comment sa doctrine, ses maximes et la vertu y sont-elles regardées?
4. Un Dieu mis en parallèle avec Barabbas , et à qui Barabbas est préféré par un peuple aveugle et inconstant. Combien de fois lui avons-nous préféré nousmêmes une passion honteuse et un plaisir criminel?
5. Un Dieu expose aux insultes et traité de roi chimérique par une troupe de faux adorateurs. N'allons-nous pas l'insulter jusqu'à ses autels, en présence de son sacrement et dans la célébration des divins mystères?
6. Un Dieu crucifié par d'impitoyables bourreaux. Ne le crucifions- nous pas par nos péchés?
Troisième partie. Passion de Jésus-Christ rendue inutile par le péché. C'est, selon la pensée d'Arnould de Chartres, de quoi il se plaignit sur la croix, en disant à son Père : Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé? Il fut touché de la plus vive douleur à la vue de tant de réprouvés pour qui ses souffrances ne seraient de nul effet.
Encore si le péché nous rendait sa passion seulement inutile ! mais au moment qu'elle nous devient inutile , elle nous est préjudiciable ; car c'est un titre de condamnation contre nous. Que faisons-nous donc quand nous consentons à un péché contre lequel notre conscience réclame? Sans y penser et sans le vouloir expressément, nous prononçons contre nous le même arrêt de mort que les Juifs prononcèrent contre, eux-mêmes devant Pilate, lorsqu'ils lui dirent : Que son sang retombe sur nous ! Entrons dans le sentiment de saint Bernard : In me, non super me; Ah ! Seigneur, que votre sang tombe dans moi pour me sanctifier, et non sur moi pour me réprouver !
Sujet. C'est aujourd'hui le jugement du monde : e'est maintenant que le prince du monde I va être chassé ; et quand on m'aura élevé de la terre, j'attirerai tout à moi. Ce qu'il disait pour marquer de quel genre de mort il devait mourir.
Le jugement du monde, dans la passion de Jésus-Christ, c'est le mysîère que nous avons à considérer.
Division. Jésus-Christ jugé par le monde : première partie. Le monde jugé par Jésus-Christ : deuxième partie.
Première partie. Jésus-Christ jugé par le monde : i° au tribunal deCaïphe, qui fut le tribunal de la passion; 2° au tribunal d'Hérode, qui fut le tribunal du libertinage; 3° au tribunal de Pilate, qui fut le tribunal de la politique.
1. Au tribunal de Caïphe, qui fut le tribunal de la passion : pourquoi? 1° parce que ce fut la passion seule qui présida à ce premier jugement, car ce furent les ennemis de Jésus-Christ, les pontifes, les scribes , les pharisiens, qui, contre toutes les lois de l'équité , se déclarèrent alors ses juges ; 2° parce que , dans ce premier jugement, on n'observa point d'autres procédures que celles que la passion suggéra ; savoir : la violence , l'imposture , la calomnie; 5° parce que la passion seule exécuia ce jugement si inique. A peine le grand prêtre a-t-il prononcé que Jésus-Christ est digne de mort, que ses juges mêmes se mettent à l'insulter et l'outrager. Ils font plus : ils persuadent au peuple de demander à Pilate qu'il délivre Barabbas , plutôt que Jésus Christ. Tel est encore tous les jours le jugement du monde ; jugement de passion.
2. Au tribunal d'Hérode, qui fut le tribunal du libertinage; car ce fut là que Jésus-Christ fut méprisé, comme il Test encore présentement de tant d'impies.
Quatre caractères de l'impiété. 1° Curiosité: Hérode, homme sans religion , ayant entendu parler des miracles de Jésus-Christ, voulut lui en voir faire quelqu'un. 2° Ignorance : Jésus-Christ , sans faire aucun des miracles qu'Hérode attendait, en fait d'autres qui sont des miracles d'humililé, de patience, de douceur ; mais Hérode ne les connaît point. 3° Mépris des choses de Dieu : Hérode ne trouvant point dans Jésus- Christ de quoi contenter sa curiosité, il le méprise. I* Esprit railleur : Hérode, par dérision, fait couvrir Jésus-Christ d'une robe blanche , et le renvoie comme un fou. Idée parfaite du libertinage.
3. Au tribunal de Pilate, qui fut le tribunal de la politique. 1° Politique timide et faible pour les intérêts de Dieu : Pilate devait user d'autorité pour maintenir le bon droit de Jésus-Christ; mais il n'ose le faire. 2° Politique zélée pour les intérêts du monde : dès qu'il entend parler de César et du rapport que cette cause pouvait avoir avec la personne de ce prince, il témoigne de l'empressement et de l'ardeur. 3° Politique subtile et artificieuse pour accorder les intérêts de Dieu avec ceux du monde : il condamne Jésus-Christ à une sanglante flagellation , espérant par là d'une part lui sauver la vie , et d'autre part satisfaire les Juifs. 4° Politique déterminée à tout pour son intérêt propre : pressé par les Juifs qui le menacent de l'empereur, il consent à tout ce qu'ils demandent, et leur abandonne Jésus-Christ. Peinture abrégée , mais bien naturelle , de la politique du siècle.
Deuxième partie. Le monde jugé par Jésus-Christ. Les mêmes signes qui paraîtront au jugement dernier, parurent à la mort de Jésus-Christ. Le soleil s'éclipsa, la terre trembla , les morts ressuscitèrent , pour marquer que le Fils de Dieu , dès ce moment-là même , commençait à juger le monde. C'est aussi pour cela qu'il fut proclamé roi sur la croix , Jésus Nazarenus rex, comme il est qualifié de roi dans la description du jugement universel. Et dans ce jugement universel, que lera-t-il autre chose que ce qu'il faisait en publiant au monde son Evangile, et en prononçant contre les mondains ces fameux anathèmes ? Vœ vobis ! Malheur à vous! Or c'est sur la croix, reprend saint Jérôme, qu'il lésa fulminés solennellement et authentiquement, non par ses paroles, mais par son exemple : Malheur à voua , riches! malheur à vous qui cherchez votre consolation en ce monde ! etc.
Trois circonstances essentielles servent de preuve à cette vérité. 1° Au jugement dernier, le signe delà croix paraîtra dans le ciel. Or tout ce qu'elle aura alors de plus terrible et de plus convaincant contre les pécheurs, ne l'a t-elle pas dès aujourd'hui? 2° Selon le témoignage de saint Jean, le désespoir des damnés sera de voir le Dieu qu'ils auront outragé et crucifié. Or, dès ce jour, les réprouvés du siècle et les mondains n'ont-ils pas à soutenir cette vue , et les remords qu'elle excite dans leurs cœurs? 3° Les prophètes nous apprennent que le jour du jugement doit être singulièrement, et par excellence, le jour des vengeances du Seigneur. Or il est d'ailleurs évident que jamais Dieu n'a bien commencé à se venger que dans la passion de Jésus-Christ , et par la passion de Jésus-Christ. D'où il s'ensuit, selon la parole d'Isaïe, que le jour de la rédemption est le jour de la vengeance, et par conséquent celui du jugement du monde.
Voulez- vous quelques elïets particuliers de ce jugement? Les voici. Jésus-Christ meurt en réprouvant les uns, et en sauvant les autres; en réprouvant Judas, les Juifs , un criminel crucifié à ses côtés , jugement de rigueur ; et en sauvant un autre criminel pénitent, en convertissant des Gentils et plusieurs même de ceux qui l'ont crucifié , jugement de faveur. Tâchons à mériter nous-mêmes un jugement favorable.
Sujet. C'est lui qui a porté nos péchés en son corps sur la croix , afin qu'étant morts pour le péché , nous vivions pour la justice.
11 s'agit de concevoir aujourd'hui combien Dieu a en horreur le péché , et combien nous devons le haïr nous-mêmes.
Division. Le péché a fait mourir Jésus-Christ: première partie; et Jésus- Christ a fait mourir le péché : deuxième partie.
Première partie. Le péché a fait mourir Jésus-Christ. Six sortes de péchés ont contribué à cette mort : l'un qui a conspiré la mort du Fils de Dieu , l'autre qui l'a trahi et vendu, un autre qui l'a accusé, un autre qui l'a abandonné, un autre qui Ta condamné , enhn un dernier qui a exécuté l'arrêt porté contre lui.
1. Le péché qui a conspiré la mort de Jésus-Christ, c'est l'envie des scribes et des pharisiens. Envie , 1° formée en cabale ; 2° animée d'une maligne émulation ; 3° colorée du prétexte de la piété ; 4° violente et emportée jusqu'à la fureur. Tels sont les caracières ordinaires et les désordres de l'envie , surtout à la cour.
2. Le péché qui a trahi et vendu Jésus-Christ , c'est l'avarice de Judas. Avarice , 1° la plus infâme dans son entreprise ; 2° la plus aveugle dans son commerce; 3° la plus endurcie dans sa résolution ; 4° la plus désespérée dans son issue. Voilà les effets que produit tous les jours dans nous une insatiable convoitise. Combien de gens disent comme Judas et dans le même sens que Judas : Que voulez-vous me donner?
3. Le péché qui a accusé Jésus-Christ, c'est la calomnie des témoins qui déposèrent contre lui. Calomnie, 1° hardie à avancer les plus grossières impostures ; 2° faible pour les soutenir ; 3° artificieuse pour séduire et corrompre les esprits. Nous ne voudrions pas communément être les auteurs de la calomnie, mais nous autorisons les calomniateurs en les faisant parier, en les excitant , en les écoutant avec plaisir, en leur applaudissant ; péché très commun aux grands. Du reste, conduite admirable de Jésus-Christ, qui ne répond rien et qui se tait.
4. Le péché qui a abandonné Jésus-Christ , c'est l'inconstance et la légèreté du peuple juif. Inconstance, 1° la plus subite dans son changement; 2° la plus outrée dans les extrémités à quoi elle se porte. Les Juifs, six jours après avoir proclamé le Fils de Dieu roi d'Israël , poursuivent sa mort jusqu'à lui préférer un insigne voleur. Voilà le monde , voilà ses légèretés et ses perfidies ; voilà nos inconstances criminelles dans le service de Dieu.
5. Le péché qui a condamné Jésus-Christ , c'est la politique de Pilate. Il livre le Fils de Dieu aux Juifs : pourquoi? parce qu'il craint César, dont il est menacé. Rendons aux maîtres qui nous gouvernent tous les hommages qui leur sont dus ; mais que ce ne soit jamais aux dépens de Dieu ni de notre conscience.
6. Le péché qui a exécuté l'arrêt porté contre Jésus-Christ , c'est la cruauté de ses bourreaux. Ils le déchirent de coups par une sanglante flagellation, ils le comblent d'opprobres, ils lui mettent sur la tête une couronne d'épines. Examinons bien notre conduite , et nous trouverons que nous avons mille fois ainsi traité ce roi de gloire.
Deuxième partie. Jésus-Christ a fait mourir le péché, 1° dans le corps de l'homme ; 2° dans l'esprit de l'homme; 3° dans la volonté de l'homme ; 4° dans les passions de l'homme.
1. Dans le corps de l'homme , en nous inspirant , par son exemple, la mortification contre la sensualité et la mollesse. Il n'y a qu'à présenter à un sensuel ce Dieu pénitent dans l'état où Pilate le ht voir aux Juifs, en leur disant : Voilà l'homme. A la vue de ce corps meurtri et ensanglanté , qui ne se confondra pas de ses délicatesses?
2. Dans l'esprit de l'homme , en nous inspirant , par son exemple , l'humilité contre l'orgueil. Il veut être rassasié , comme dit le prophète, d'outrages et d'affronts. Après cela , un chrétien peut-il chercher à s'élever ?
3. Dans la volonté de l'homme , en nous inspirant , par son exemple , la soumission contre l'amour de l'indépendance. C'est par obéissance à son Père qu'il meurt : car, dit saint Paul , il s'est fait obéissant jusqu'à la mort. D'où nous apprenons deux choses : 1° la nécessité de l'obéissance, puisque c'est par elle que s'accomplit aujourd'hui notre salut ; 2° la mesure de l'obéissance , qui doit
700 ANALYSES DES SEUMONS.
s'étendre à tout, puisqu'un Dieu obéit jusqu'à donner sa vie et à mourir sur une croix.
4. Dans les passions de l'homme, suriout dans la plus violente de toutes, qui est la vengeance, en nous apprenant, par son exemple, à pardonner : il prie pour ses bourreaux. N'a-t-il donc pas bien droit de nous faire cette loi? Aimez vos ennemis.
Voilà le péché détruit : mais, hélas! combien de fois l'avons-nous ressuscité, et combien de fois l'allons-nous faire revivre? Le péché est l'ennemi de Dieu ' c'est mon propre ennemi; cela ne suffît-il pas pour me le (aire détester?
Sujet. L'ange dit aux femmes : Ne craignez point : vous cherchez Jésus de Nazareth nui a été crucifié : il est ressuscité, il n'est plus ici ; voici le lieu où on l'avait mis.
Sainte et merveilleuse résurrection , qui doit servir de fondement à la foi et à l'espérance chrétienne.
Division. Le Fils de Dieu, dit saint Augustin , nous présente tout à la (ois, dans sa résurrection , et un grand miracle, et un grand exemple. Miracle de la résurrection de Jésus-Christ , preuve incontestable de sa divinité; c'est par là qu'il confirme notre foi : première partie. Exemple de la résurrection de Jésus- Christ, gage assuré de notre résurrection future; c'est par là qu'il anime notre espérance : deuxième partie.
Première partie. Miracle de la résurrection de Jésus-Christ, preuve incontestable de sa divinité. Pourquoi la révélation de la divinité de Jésus-Christ étaitelle surtout attachée à sa résurrection? 1° parce que sa résurrection était la preuve que cet Homme-Dieu devait expressément donner aux Juifs pour leur faire connaître sa divinité ; 2° parce que cette preuve était en effet la plus naturelle et la plus convaincante de sa divinité; 3° parce que, de tous les miracles de Jésus-Christ faits par la vertu de sa divinité , il n'y en a point en de si avéré que la résurrection de son corps ; 4° parce que c'est celui de tous qui a le plus servi à la propagation de la foi et à l'établissement de l'Évangile , dont la substance et le capital est de croire en Jésus-Christ , et de confesser sa divinité.
1. La résurrection de Jésus-Christ était la preuve que cet Homme-Dieu devait expressément donner aux Juifs pour leur faire connaître sa divinité. Car, pendant sa vie , il leur avait toujours donné celte preuve préférablement à toute autre : marque évidente, dit saint Chrysostome , que, dans le dessein de Dieu , la résurrection de Jésus-Christ avait été ordonnée comme le signe de sa filiation divine. De là dépendait la foi de tout le rest<> : qu'eussent dit les Juifs et ses propres disciples , s'il ne fût pas ressuscité , après avoir prédit tant de fois qu'il ressusciterait ?
2. La résurrection de Jésus-Christ était en effet la preuve la plus naturelle et la plus convaincante de sa divinité; car quel miracle, que de se ressusciter soi-même ?
3. La résurrection de Jésus-Christ est, de tous les miracle?, le plus avéré. Les Juifs mêmes contribuèrent à le confirmer, en demandant à Pilate qu'il mit de* gardes autour du sépulcre ; car on ne peut pas dire qu^ ses disciples aieut enlevé son corps : les gardes l'auraient-ils permis? De plus, à que! dessein ses disciple* auraient-ils enlevé son corps, et pourquoi se sera;ent-i!s tant intéressés pour un homme dont ils eussent reconnu l'imposture, si tout ce qu'il leur avait dit de sa résurreciion se fût trouvé faux?
4. La résurrection de Jésus-Christ est, de tous les miracles, celui qui a le plus servi à la propagation de la foi et à l'établissement de l'Evangile , dont la substanc3 et le capital est de croire en Jésus-Christ et de confesser sa divinité. Avec quel zèle les apôtres ont-ils publié par toute la terre celte résurrection du Fils de Dieu, et qui ne sait pas quel a été le succès de leur prédication? Disons donc à Jésus-Christ , comme saint Thomas : Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu,
Servons-nous de la foi de sa résurrection et de sa divinité pour vaincre le monde : car, disait saint Jean : Quel est celui qui triomphe du monde, sinon celui qui croit que Jésus-Christ est Dieu?
Deuxième partie. Exemple de la résurrection de Jésus-Christ , gage assuré de notre résurrection future. Nous trouvons tout à la fois dans cette résurrection , 1° le principe , 2" le motif, 3° le modèle de la nôtre.
1 . Le principe par où Die» peut nous ressusciter : c *r la résurrection miraculeuse de Jé-us-Chrisi est l'effet d'une force souveraine et toute-puissante. Or s'il a pu , par sa toute-puissance, se ressusciter lui-même, pourquoi ne pourrat-il pas nous ressusciter ? Ainsi raisonnaient saint Paul et le saint homme Job.
2. Le motif qui eng »ge Dieu à nous ressusciter : car il est naturel que les membres soient unis au chef; et quand le chef se ressuscite lui-même, n'est-ce pas une suite , qu'il doit ressusciter ses membres avec lui? Or notre chef, c'est Jésus-Christ, et nous sommes tous les membres de Jésus- Christ.
5. Le modèle sur lequel Dieu veut nous ressusciter. Car, selon le témoignage de saint Paul , quand Dieu ressuscitera nos corps, ce sera pour les conformer au divin exemplaire qui nous est proposé dans la résurrection de Jésus-Christ , en sorte que nous aurons, pour ainsi parler, la même incorruptibilité , la même impassibilité , la même immortalité, la même clarté , etc.
Les grandes vérités! Malheur au libertin qui ne les croit pas ! malheur au chrétien qui les croit, et qui vit comme s'il ne les croyait pas! mais heureux le fidèle qui, non content de les croire, en fait la règle de sa vie, et en lire de puissants motifs pour animer sa ferveur!
Compliment au roi.