‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 4)Chapitre 109 sur 114 · POUR LE LUNDI DE PAQUES · texte numérisé non relu

POUR LE LUNDI DE PAQUES

Sujet. Tandis qu'ils s'entretenaient et qu'ils raisonnaient ensemble, Jésus se joignit à eux, et marcha avec eux; mais ils avaient un voile sur les yeux pour ne le pas connaître.

Ces disciples, dont il est parlé dans l'Evangile, manquaient de foi en Jésus- Christ et d'amour pour Jésus-Christ. Or c'est pour leur inspirer l'un et l'autre qu'il les rend témoins de sa résurrection.

Division. Résurrection de Jésus-Cltrisi, motif puissant pour croire sa divinité: première partie. Résurrection de Jésus-Christ , engagement indispensable à aimer sa sainte humanité : deuxième partie.

(La première partie de ce sermon est la même que celle du sermon précédent.)

Deuxième partie. Résurrection de Jésus-Christ, engagement indispensable à aimer sa sainte humanité : pourquoi? 1° parce que c'est pour nous qu'il est ressuscité ; 2° parce que , dans le triomphe même de sa résurrection , il a voulu conserver les marques les plus authentiques et les caractères les plus visibles de son amour pour nous, savoir, les cicatrices des blessures qu'il avait reçues dans sa passion ; 5° parce qu'en ressuscitant glorieux, il a élevé son humanité à un état de perfection où nous ne pouvons nous défendre de l'aimer, mais d'un amour pur et tout spirituel.

1. C'est pour nous que Jésus-Christ est ressuscité : ainsi nous l'enseigne l'Apôtre : Resurrexit propter justificaiionem nostrnm. En effet, il n'est ressuscité qu'afin de nous res^u citer avec lui , et de ressusciter lui même dans nous. Dieu donc, dans sa résurrection , nous le donne une seconde fois comme il nous le donna dans sa naissance en qualité de sauveur, en qualité de pasteur, en qualité de docteur et de maître : en qualité de sauveur, puisque, dans sa résurrection , il mit le sceau à tout ce qu'il avait fait et à tout ce qu'il avait souffert pour notre salut; en qualité de pasteur, puisque son premier soin, après sa résurrection, fut de ramasser son troupeau, que l'infidélité avait dissipé; en qualité de docteur et de maître, puisque tout le temps qu'il demeura sur la terre depuis qu'il fut ressuscité, il l'employa à instruire ses disciples. Or que doit nous inspi-

rer tout cela? un zèle ardent et un amour tendre pour cet Homme-Dieu.

2. Dans sa résurrection, Jésus-Christ a voulu conserver les marques les plus authentiques et les caractères les plus visibles de son amour pour nous, savoir, les cicatrices des blessures qu'il avait reçues dans sa passion : par où il nous fait entendre que, dans le séjour même de sa gloire, il ne veut point nous oublier, mais qu'il veut nous servir d'avocat auprès de son Père. Nous ne devons donc jamais l'oublier nous-mêmes.

3. Jésus Christ , en ressuscitant glorieux, a élevé son humanité à un état de perfection où nous ne pouvons nous défendre de l'aimer, mais d'un amour pur et tout spirituel. Il Ta rendue impassible et immortelle ; il l'a revêtue de toute la splendeur que répand sur elle sa divinité.

Concluons avec saint Paul : Que celui qui n'aime pas le Seigneur Jésus soit anathème! Aimons-le, non pas toujours d'un amour sensible , mais d'un amour solide. Or est-ce l'aimer de la sorte , que de vivre comme nous vivons?

Sujet. Après qu'il eut parlé de la sorte, il fut enlevé à leur vue vers le ciel.

Jésus-Christ, dans son ascension, nous fait connaître à quelle gloire nous sommes appelés , et la vue de cette gloire doit exciter toute notre ferveur.

Division. Pour arriver à la même gloire que Jésus-Christ , il faut la mériter comme Jésus-Christ, première partie : pour la mériter comme Jésus-Christ, il faut souffrir comme Jésus-Christ , deuxième partie.

Première partie. Pour arriver à la même gloire que Jésus-Christ , il faut la mériter; car il n'y est parvenu lui-même que par la voie du mérite. Ainsi, 1° on n'obtient cette gloire qu'en la méritant , 2° mais aussi est-on sûr de ne la mériter jamais sans l'obtenir.

1. On ne l'a point qu'on ne la mérite, on ne l'a que parce qu'on la mérite, et on ne l'a qu'autant qu'on la mérite. On ne l'a point , dis-je, qu'on ne la mérite : tel est l'ordre de Dieu ; et c'est un article de notre foi. Fausse doctrine de Calvin , qui a voulu combattre ce point. On ne l'a que parce qu'on la mérite ; tellement qu'elle est le partage du mérite seul , à l'exclusion de tout autre titre. La raison est que , suivant les décrets de la Providence , cette gloire ne doit être donnée aux hommes que selon les lois d'une justice rigoureuse. Il n'en est pas ainsi des récompenses du monde. Enfin , on ne l'a qu'autant qu'on la mérite. Si l'un est plus récompensé dans le ciel que l'autre , ce n'est que parce qu'il a acquis plus de mérites que l'autre. Il en va tout autrement dans le monde. On voit tous les jours des mérites médiocres l'emporter sur des mérites éclatants.

2. D'ailleurs aussi est-on sûr de ne mériter jamais la gloire du ciel sans l'obtenir. On mérite souvent les récompenses du monde sans les avoir : outre le mérite, il faut des patrons ; on est exposé à l'envie, à l'intrigue, à la cabale, aux caprices et aux préjugés du maître. Mais rien de tout cela avec Dieu. Quoi que je fasse , si c'est pour lui que je le fais , il m'en tiendra compte. Quel est donc notre aveuglement de mener une vie si inutile? Enfants des hommes, jusqu'à quand aimerezvous la vanité et c lier c lier ez-vous le mensonge? Vous êtes si ardents pour des biens périssables, jusqu'à quand négligerez-vous des biens éternels?

Deuxième partie. Pour mériter la même gloire que Jésus-Christ, il faut souffrir comme Jésus-Christ : 1° on ne va à la gloire du ciel que par les souffrances, 2° mais toutes sortes de souffrances ne conduisent pas à celte gloire.

1. On ne va à la gloire du ciel que par les souffrances : Jésus Christ n'y est point autrement arrivé; car il a fallu que le Christ souffrît, et qu'il entrât ainsi dans sa gloire. Or s'il l'a fallu pour le Christ, ne le faut-il pas pour nous ? C'est pourquoi les Saints se glorifiaient et se félicitaient eux-mêmes de leurs souffrances : et c'est cela même qui leur a donné, sur le sujet des prospérités temporelles, des sentiments si contradictoirement opposés à la cupidité et à l'a-» mour-propre. Enfin , c'est dans cette vue que le Fils de Dieu a prononcé ces anathèmes : Malheur à vous, riches ! malheur à vous qui goûtez les douceurs de la

vie ! et qu'au contraire il a dit : Bienheureux les pauvres ! bienheureux ceux qui pleurent! Cependant on veut avoir en ce monde toutes ses aises; et l'on écarte, autant qu'il est possible , tout ce qui fait de la peine et qui mortifie.

2. Toutes sortes de souffrances ne conduisent pas à la gloire du ciel. Il faut que ce soient des souffrances pour la justice et pour Dieu, des souffrances sanctifiées par notre soumission à la volonté de Dieu. Sans cela c'est souffrir comme les démons; c'est aller à la perdition et à la mort , par où les Justes et les vrais chrétiens vont au salut et à la vie. Car les souffrances, selon l'usage qu'on en fait, mènent à l'un ou à l'autre. Que ne souffre-t-on pas tous les jours pour le monde? mais on ne veut rien souffrir pour Dieu. Ayons sans cesse , pour nous animer, Jésus-Christ devant les yeux, et la gloire dont il va prendre possession.

Sujet. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit.

Il est important de connaître quel est cet Esprit que le Fils de Dieu nous a promis comme aux apôtres, et quels effets il doit opérer en nous.

Division. Esprit de vérité qui nous éclaire, première partie; esprit de sainteté qui nous purifie , deuxième partie ; esprit de force qui nous anime, troisième partie.

Première partie. Esprit de vérité qui nous éclaire. Pouvoir 1° enseigner sans exception toute vérité, 2° l'enseigner sans distinction à toutes sortes de sujets, 3° l'enseigner en toutes manières , c'est ce qui n'appartient qu'à l'Esprit de Dieu.

1. Il n'appartient qu'au Saint-Esprit de nous enseigner toute vérité : car il y a des vérités que la chair et le sang ne révèlent point, des vérités qui semblent choquer la raison humaine, des vérités gênantes, humiliantes, mortifiantes. Si donc un homme en est persuadé, ce ne peut être que l'effet d'un esprit supérieur qui agit en lui; et cet esprit supérieur, c'est l'esprit de Dieu.

2. Il n'appartient qu'au Saint-Esprit d'enseigner toute vérité à toutes sortes de sujets. Donnez au plus habile docteur certains esprits grossiers à instruire : avec toutes ses lumières, il ne les éclairera pas. Mais quand l'esprit de Dieu s'en rend le maître , comme c'est lui qui les a formés , il les élève à tout ce qu'il veut.

3. Il n'appartient qu'au Saint-Esprit d'enseigner toute vérité en toutes manières; c'est-à-dire dans un instant, sans qu'il en coûte ni étude , ni travail, et jusqu'à déterminer les hommes à mourir pour la défense des vérités qui leur ont été révélées.

Or voilà ce que fait le Saint-Esprit dans les apôtres. Il leur enseigne les vérités les plus dures en apparence, et les plus contraires aux sens et à la nature. Il les leur enseigne sans nulle disposition de leur part, puisque c'étaient des hommes à qui Jésus-Christ lui-même avait reproché leur aveuglement , et leur lenteur à comprendre et à croire. Il les leur enseigne dans un moment , et jusqu'à les résoudre à souffrir le martyre. On a vu dans la suite ces mêmes effets du Saint-Esprit en des millions de fidèles. Mais qu'a fait le démon? Il a opposé à cet esprit de vérité l'esprit du monde , qui est un esprit de mensonge ; et c'est cet esprit du monde qui conduit tout. Car à nous voir agir, peut-on dire que ce soit l'esprit de Dieu qui nous dirige , et que nous soyons bien convaincus des vérités qu'il est venu nous apprendre ?

Deuxième partie. Esprit de sainteté qui nous purifie. C'est pour cela que le Fils de Dieu en parlait à ses disciples comme d'un baptême : Vos autem baptizabimini Spiritu Sancto. Voyons, 1° l'excellence , 2° les obligations de ce baptême.

4. Excellence de ce baptême. Ce fut comme un bnplême de feu ; et ce baptême de feu alla jusqu'à purifier les cœurs des apôtres d'un certain genre d'attache qu'ils avaient eu , et qu'ils conservaient pour Jésus-Christ même. Car Rattachant à Jésus-Christ , dit saint Augustin, ils ne l'envisageaient point encore

avec des yeux assez purs, et ils le considéraient trop selon l'humanité et selon la chair. Voilà pourquoi le Sauveur du monde leur disait: Si je ne m'en vais, l'Esprit consolateur ne viendra point dans vous. Jugeons d<i là ce que nous devons penser, non-seulement de ces attaches grossières qui portent évidemment le crime avec elles; mais de bien d'autres attaches innocentes , à ce qu'il paraît , honnêtes et même sain: es, mais dont l'esprit de Dieu nous ferait voir le danger si nous voulions nous rendre attentifs à sa voix.

2. Obligation de ce baptême. C'est de retrancher tout ce qu'il y a d'humain dans nos pensées, dans nos désirs, dans nos paroles et dans nos actions. Voilà le miracle que nous devons demander au Saint-Esprit , et c'est pour nous purifier de la sorte qu'il se répandra sur nous.

Troisième partie. Esprit de force qui nous anime. Nous en avons un exemple bien sensible dans les apôtres. L'esprit de force dont ils sont remplis leur inspire un zèle 1° qui les fait parler hautement et 6e déclarer, 2° qui les encourage à tout entreprendre, b° qui les rend capables de tout souffrir pour le nom de Jésus-Christ.

1 . Zèle qui les fait parler hautement et se déclarer. Ils s'étaient tenus renfermés dans le cénacle; mais tout à coup ils en sortent, et rendent un témoignage public à Jésus-Christ.

2. Zèle qui les encourage à tout entreprendre. Ils se proposent la conversion du monde entier, et ils en viennent à bout.

3. Zèle qui les rend capables de tout souffrir. Persécution , contradiction , opprobres, rien ne les arrête. Ils méprisent les tourments et la mort.

C'est par cette force chrétienne que nous pourrons connaître si nous avons reçu nous-même le Saint-Esprit.

Compliment à la reine d'Angleterre.

Sujet. Au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprii.

Voilà , en trois paroles, le sommaire de notre foi. C'est à Dieu à nous éclairer, pour pouvoir parler dignement de ce grand mystère et en tirer de salutaires instructions.

Division. Croire un Dieu en trois personnes, c'est le plus grand hommage de foi qu'une créature puisse rendre à Dieu, première partie : croire un Dieu en trois personnes, c'est le plus grand sujet de confiance que h créature puisse avoir en son Dieu, deuxième partie : croire un Dieu en trois personnes, c'est avoir devant les yeux le plus puissant motif et le plus excellent modèle de la charité, qui doit tous nous unir en Dieu et selon Dieu , troisième partie.

Première partie. Croire un Dieu en trois personnes, c'est le plus grand hommage de foi que la créature puisse rendre à Dieu. Je ne puis me former de Dieu une plus haute idée que quand je reconnais qu'il est incompréhensible. Or dans quel mystère Dieu est-il plus incompréhensible à l'homme? n'est-ce pas dans la Trinité? D'où il s'ensuit que je ne puis plus exalter de ma part le souverain être de Dieu , que par la créance de cette ineffable Trinité.

Que iais-je quand je crois un Dieu en trois personnes ? je lui fais un sacrifice de la plus noble partie de moi-même , qui est ma raison; et comment le fais-je? de la manière la plus excellente et la plus héroïque; et en quoi consiste-i-il? le voici. Je crois un mystère dont je n'ai nulle expérience T et dont il m'est impossible d'avoir la moindre idée avant que Dieu me l'ait révélé : et quand Dieu me l'a révélé , je le crois de telle sorte, que ma raison ne p^ut s'en faire juge, ni l'examiner ; enfin , ce qui fait la perfection de mon sacrifice , je crois ce mystère, quoiqu'il semble répugner positivement à ma raison.

Telle est notre foi. Nous la professons de bouche, nous disons assez que nous serions prêts à mourir pour la défendre : mais il ne s'agit point présentement de mourir pour la foi ; il s'agit de la soutenir et de l'honorer par l'innocence

et la pureté de nos mœurs. Souvenons-nous que nous adorons une Trinité dont le caractère propre et essentiel est la sainteté.

Deuxième partie. Croire un Dieu en trois personnes, c'est le p'us grand sujet de confiance que la créature puisse avoir en son Dieu. Quand on nous instruit au christianisme, par où commence-t-on? par ce qu'il y a de plus relevé et de plus diflicile à croire, qui est le mystère de la Trinité. Pourquoi s'attache-t-on d'abord à cet article? parce que c'est !e fondement de toute nuire espérance; car je ne puis être sauvé sans la foi d'un Dieu en trois personnes; comme cette foi demande un plus grand effort de notre part, aussi la profession que nous eh faisons est-elle d'un plus grand mérite : et Dieu nous dit alors ce qu'il dit à Abraham : Quia fecisti liane rem, multiplicabo semen tuum. De là vient que cette formule de foi que nous prononçons en confessant la Trinité, et qui est conçue en ces termes, Au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, est si sainte et si vénérable dans notre religion. De là vient que nous la mettons à la tête de toutes nos actions, afin qu'elle les sanctifie et qu'elle les rende mériîoires. Pratique qui nous est venue des apôtres, et que l'Église observe solennellement et constamment dans tous ses divins oiïices. Si nous l'avions jusqu'à présent observée nous-mêmes dans le même esprit et avec la même piété que l'Église, combien de mérites aurions-nous acquis devant Dieu?

Quand à l'heure de notre mort le prêtre priera pour nous , quel nom emploiera-t-il pour rendre ses vœux plus efticaces? Les noms du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Et quand, s'adressant à Dieu, il lui recommandera lame du mourant, de quelle raison se servira-t-il? De celle-ci : Quoiqu'il ait péché, Seigneur, il a confessé votre auguste Trinité.

Troisième partie. Croire un Dieu en trois personnes, c'est avoir devant les yeux le plus puissant moiif et le plus excellent modèle de la charité qui doit nous unir en Dieu et selon Dieu. 1° La foi de la Trinité est le motif et comme le lien substantiel de la charité qui doit être entre nous, 2° le mystère de la Trinité tu est encore le grand modèle que Jésus-Christ nous a donné dans son Évangile.

1. La foi de la Trinité doit être le lien de notre charité mutuelle. Ainsi l'enseigne saint Paul : Puisque vous n'avez tous qu'un même Dieu , disait-il aux premiers fidèles, que vous n'avez tous qu'une même foi, que vous n'avez tous qu'un même baptême, et que vous ne faites tous qu'un même corps, qui est TÉglise, n'est-il pas juste que vous n'ayez tous qu'un même esprit? Au nom de qui avez-vous été bap'.isés, ajoutait le même apôtre, pour arrêter certaines discordes? n'est-ce pas au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit , et cette unité de religion ne doit-elle pas former enire vous l'union des cœurs? Ainsi font compris les hérétiques mêmes : dès là qu'ils font secte et qu'ils composent une Église prétendue, ils commencent à s'entr'aider.

2. Le mystère de la Trinité est le grand modèle de notre charité. Que demandait Jésus-Christ à son Père pour ses disciples? Qu'ils ne fussent qu'un entre eux , comme le Père et le Fils, dans l'auguste Trinité, ne sont qu'un. Dans cette Trinité adorable , point d'intérêts différents , point de sentiments opposés, point de volontés contraires. Nous formons-nous sur ce modèle?

sur le très-saint sacrement.

Sujet. Ma chair est vraiment une viande.

Une viande sacramentelle, une viande qui, toute matérielle qu'elle est, a la vertu de nous conserver la grâce, c'est ce qui en fait l'excellence. Telle est la chair du Fis de Dieu.

Division. La gloire du corps de Jésus-Christ, c'est d'avoir été donné à l'Église dans le saint sacrement de l'autel , première partie : la gloire de 1 Église, c'est d'avoir reçu et de posséder le corps de Jésus-Christ dans ce sacrement, deuxième partie.

Première partie. La gloire du corps de Jésus-Christ , c'est d'avoir été donné à l'Église dans le saint sacrement de l'autel. Il était juste que Jésus- Christ ira-

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vaillât à honorer sa chair, et deux raisons l'y obligeaient : 1° l'honneur qu'il vait fait à celte chair de contracter avec e'iie une alliance si étroite dans son incarnation ; 2° les humiliations extrêmes à quoi il l'avait réduite dans sa passion. Or c'est dans la divine Eucharistie qu'il l'élève jusqu'à être l'aliment de nos âmes , et que , toute matérielle qu'elle est , il lui donne la vertu de vivifier nos esprits.

Après cela faut-il s'étonner que Jésus-Christ nous ait proposé son corps à adorer dans nos temples? car nous l'y adorons, disent saint Ambroise et saint Augustin : deux témoignages bien puissants contre les hérétiques. C'est pour cela même aussi que l'Église a institué cette fête, que nous célébrons à l'honneur du corps de Jésus-Christ.

Mais pourquoi celte cérémonie, de porter en pompe le corps du Fils de Dieu? C'est 1° en mémoire de ce qu'il se porta lui-même , quand il distribua à ses apôtres sa chair et son sang; 2° en action de grâces de ce qu'il allait lui-même autrefois parcourant les villes et les bourgades ; 3° pour lui faire une réparation authentique des opprobres qu'il souffrit dans les rues de Jérusalem , lorsqu'il fut traîné de tribunal en tribunal ; 4° pour lui faire honneur, dit le cardinal Du Perron , de toutes les victoires qu'il a remportées sur l'hérésie dans le sacrement de son corps; 59 pour lui laire comme une amende honorable de tant d'outrages qu'il a reçus et qu'il reçoit sans cesse, des mauvais chrétiens, dans l'Eucharistie. Quelle doit donc être, pendant cette octave, l'occupation d'une âme fidèle? d'entrer dans les senliments de l'Église, et d'honorer avec elle la chair du Rédempteur.

Deuxième partie. La gloire de l'Église , c'est d'avoir reçu et de posséder le corps de Jésus-Christ dans le sacrement de l'autel. Car c'est par là, 1° qu'elle est honorée delà présence réelle d'un Dieu, 2° qu'elle est honorée de ses entretiens et de sa familiarité la plus intime, 3° qu'elle est même honorée de l'union la plus parfaite avec lui , puisque ce Dieu-Homme, par le moyen de son sacrement, s'unit aux fidèles, qui sont les membres de l'Église, et vient demeurer en eux : tellement que, dans la pensée des Pères, l'Eucharistie est pour nous comme une extension du mystère de l'incarnation ; 4° qu'elle est enfin nourrie de son corps et de son sang adorable.

De tout ceci nous devons remporter deux senliments : 1° de respect et de vénération pour l'Église , 2° de zèle pour l'innocence et la pureté de nos corps, nespect et vénération pour l'Église ; car pouvons-nous Thonorer assez après que Jésus-Christ Ta tant honorée? Cependant, c'est nous-mêmes tous les jours qui la déshonorons. Zèle pour l'innocence et la pureté de nos corps, puisqu'en vertu de la communion , ils deviennent les sanctuaires vivants et les membres de Jésus-Christ même. Quelle indignité donc et quelle horreur, de les profaner par des excès honteux !

Sujet, Jacob fut. le père de Joseph, l'époux de Marie , de laquelle est né Jésus, qu'on

appelle Christ.

Voilà le plus bel éloge de Marie ; voilà ce qui rend sa conception , non-seulement si glorieuse, mais si sainte. L'Église prétend honorer aujourd'hui la grâce qui la sanctifia dès le moment qu'elle fut conçue , et c'est de là que nous devons tirer de solides instructions pour nous.

Division. Marie, parle privilège de sa conception, pleinement victorieuse du péché, nous fait connaître, par une règle toute contraire, l'état malheureux où nous a réduits le péché , première partie. Marie , sanctifiée par la grâce de sa conception , nous fait connaître l'heureux état où nous sommes élevés par la grâce de noire baptême , deuxième partie. Marie , fidèle à la grâce de sa conception, nous fait connaître , par son exemple, l'obligation indispensable que nous avons de ménager et de conserver la grâce en vertu de laquelle nous sommes tout ce que nous sommes , troisième partie.

Première partie. Marie, par le privilège de sa conception, pleinement victorieuse du péché, nous fait connaître, par une règle toute contraire, l'état malheureux où nous a réduits le péché. Tous les autres avantages que pouvait avoir Marie dans sa conception n'eussent rien été aux yeux de Dieu sans la grâce, et Dieu à ce moment ne la considéra, ni ne l'estima que parce qu'elle lui parut dès lors revêtue de la grâce. De là comprenons , 1° quel est le fond de notre misère , d'avoir été conçus hors de la grâce ; 2° quels en sont les effets, puisque par là nous nous trouvons malheureusement sujets à tous les désordres que traîne après soi le péché d'origine.

Ce n'est pas assez : mais 1° le comble de notre misère , c'est que , tout humiliante qu'elle est , elle ne nous humilie pas ; 2° l'excès de notre misère , c'est que, toute déplorable qu'elle est, nous ne la déplorons pas; 3° le prodige de notre misère , c'est qu'au lieu de la déplorer, nous nous aveuglons tous les jours jusqu'à nous en féliciter et à nous en glorifier ; 4° l'abus de notre misère, c'est que nous en tirons même avantage jusqu'à nous en servir comme d'une excuse dans nos péchés, et jusqu'à nous en prévaloir contre Dieu; 5° la malignité de notre misère, c'est que le péché où nous avons été conçus, infecte dans nous tout ce qui vient de Dieu et fout ce que nous avons reçu de Dieu ; 6°. l'abomination de notre misère , c'est que , non contents d'être enfants de colère par nature , nous le sommes et nous voulons bien l'être par notre choix ; 7° l'abomination de désolation dans notre misère, c'est qu'outre le péché de nos premiers parents , qui est retombé sur nous , nous suscitons encore tous les jours dans le christianisme de nouveaux péchés originels, pires que celui-là, et d'une conséquence pour nous plus pernicieuse.

Deuxième partie. Marie , sanctifiée par la grâce de sa conception , nous fait connaître l'heureux état où nous sommes élevés par la grâce de notre baptême. Cette grâce que reçut Marie dans sa conception , 1° sanctifia sa personne , 2° releva le mérite de toutes les actions de sa vie. Grâce qui sanctifia la personne de Marie , et qui par là même la disposa à être la mère de Dieu, en la rendant digne de Dieu ; grâce qui releva le mérite de toutes les aciions de Marie , puisque la Mère de Dieu , dans tout le cours de sa vie , n'a pas fait une seule action qui n'ait tiré son prix et sa valeur de cette première grâce.

Ainsi , par proportion , la grâce de notre baptême 1° sanctifie nos personnes, 2° répand sur nos actions un mérite qui les rend dignes de la vie éternelle que nous devons posséder en Dieu. Elle sanctifie nos personnes, en nous élevant jusqu'à la dignité d'enfants de Dieu. Quel avantage ! voilà le titre qui fait notre véritable grandeur. Elle répand sur nos actions un mérite qui les rend dignes de la vie éternelle : car, en vertu de cette grâce, nous devenons les héritiers de Dieu et les cohéritiers de Jésus-Christ ; et toutes nos bonnes oeuvres, consacrées par cette grâce, nous donnent un droit certain à fa gloire céleste.

Troisième partie. Marie, lidèle à la grâce de sa conception, nous fait connaître , par son exemple , l'obligation indispensable que nous avons déménager et de conserver la grâce par où nous sommes tout ce que nous sommes. 1° Marie, quoique exempte de tome faiblesse et continuée en grâce dans sa conception , n'a pas laissé de fuir le monde et la corruption du inonde; 2° Marie, quoique conçue avec tous les privilèges de l'innocence , n'a pas laissé de vivre dans l'austérité et dans les rigueurs de la pénitence ; 5° Marie , quoique remplie du Saint-Esprit dès l'instant de son origine, n'a pis laissé de travailler; et sans mettre jamais de bornes à sa sainteté , elle a toujours été croissant en vertus et en mérites.

i. Marie a fui le monde, quoique le monde n'eût rien pour elle de dangereux; et nous, pour qui il est si contagieux, nous le recherchons, et nous prétenions que Dieu, pour nous y soutenir malgrénolre faiblesse, fasse des miracles.

2. Marie a vécu dans la pénitence , quoiqu'elle eût été conçue avec tous les privilèges de l'innocence; et nous, pécheurs , nous voulons goûter toutes les douceurs de la vie.

3. Marie, quoique pourvue d'une grâce surabondante, s'est néanmoins tou-

jours appliquée à croître en venus et en mérites ; et nous, en qui la grâce laisse toujours un si grand vide , quelque peu de bien que nous lassions , nous nous en tenons îà.

Compliment au roi.

PREMIER SERMON SUR l'aNNONCIATION DE LA VIERGE.

Sujet. Alors Marie dit à l'ange : Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon

voire parole.

C'est en conséquence de cette réponse et de ce consentement de Marie, que ! e Fils de Dieu descendit de sa gloire , et s'incarna dans les chastes entrailles de cette vierge.

Division. Marie conçut le Verbe de Dieu , et par l'humilité de son cœur, première partie; et par la pureté de son corps, deuxième partie.

Première partie. Marie conçut le Verbe de Dieu par l'humilité de son cœur. C'est l'humilité, «lit saint Augustin , qui , de la pari de l'homme, doit être la première et l'essentielle disposition aux communications de Dieu : si donc Dieu choisit Marie pour sa mère , préférablcment à toute autre femme, c'est qu'elle lui parut seule dans l'état de celte humilité parfaite qu'il demandait.

En effet, remarque saint Bernard , un Dieu qui lui-môme était sur le point de s'humilier jusqu'à l'excès en se revêlant de notre chair, devait avoir des complaisances infinies pour l'humilité. Mais qu'y eut-il donc de si singulier dans l'humilité de Marie? 1° Ce fut une humilité jointe à la plénitude du mérite. On la salue comme pleine de grâce , Gratiâ plena; et elle répond qu'elle est la servante du Seigneur : Ecce ancilla Uomini. 2° Ce fut une humilité dans le comble de l'honneur. Un ange lui vient annoncer qu'elle sera mère de Dieu, Ecce concilies; et elle ne se donne que le titre de servante de Dieu : Ecce ancilla Domini. Or voilà ce qui ravit le ciel ; voilà ce qui achève de déterminer le Verbe de Dieu à sortir du sein de son Père pour se renfermer dans le sein de Marie. Tandis qu'elle s'humilie devant Dieu, le Fils de Dieu s'anéantit en elle : Exinanivil semetipsum.

De là apprenons l'humilité. Une mère de Dieu humble, un Dieu anéanti, quelles leçons pour nous ! Sans l'humilité il n'y a ni christianisme, ni religion, puisque sans l'humilité il n'y aurait pas même d'incarnation ni d'Homme-Dieu. Il est vrai que l'humilité est une vertu assez inconnue à la cour; mais c'est pour cela même qu'il faut l'y prêcher, afin de l'y faire connaître. Cependant, pemon être humble et grand tout à la fois? En pouvons-nous douter depuis que le Fils même de Dieu a pu devenir humble en demeurant Dieu , et depuis que Marie a pu être la plus humble de toutes les créatures , en devenant la mère de Dieu? Oui, on peut être humble et être grand ; et l'avantage même des grands est de trouver dans l'humilité de quoi sanctifier leur condition , et de trouver dans leur condition de quoi rendre leur humilité plus sainte et plus précieuse devant Dieu.

Deuxième partie. Marie conçut le Verbe de Dieu par la pureté de son corps et par sa virginité. Le prophète avait prédit que le Messie naîtrait d'une vierge; et il était, dit saint Bernard, de la dignité d'un Dieu, en se faisant homme, d'avoir une mère vierge, puisque toute autre eonc^ption que celle-là eût obscurci l'éclat et la gloire de sa divinité. Aussi, selon la belle réflexion du même saint Bernard, tout ce mystère se passe entre Dieu, un ange et Marie, qui nous marquent autant de caractères différents de la pus parfaite pureté. Que devonsnous conclure de là? que Dieu étant par lui-même la pureté essentielle, i! (allait et une pureté angélique, et une pureté virginale , pour concéder entre Dieu et l'homme celle ineffable union qui s'est accomplie dans le Verbe fait chair.

Dieu même, dans ce mystère, donne la préférence à la pureié virginale, en choisissant une mère vierge, et lui députant un ange qui n'est auprès d'elle que son ambassadeur. Ne nous en étonnons p^s, poursuit saint Bernard, puisque la pureté de cette vierge était d'un mérite qui relevait au-dessus de celle des anges :

car les anges sont, purs par nature et par privilège de béatitude et de gloire : mais Marie l'était par choix et par vertu. Et jusqu'à quel point l'éiait-elle ? i° jusqu'à se troubler à la vue d'un ange; effet de sa vigilance pour conserver îe trésor de sa virginité : 2° jusqu'à être prête de renoncer à la maternité divine, plutôt que de cesser d'être vierge; efi'et de sa constance pour ne pas perdre le trésor de sa virginité. Or c'est cela même qui engage Dieu à lui donner son esprit, Spiritus sancfus superveniel in te; et à venir lui-même dans elle pour s'y faire chair : Verbum caro factum est.

Après celte alliance merveilleuse qu'un Dieu a contractée avec notre chair, quel soin ne devons-nous pas avoir de maintenir nos corps dans une pureté inviolable, et pouvons-nous trouver étrange que saint Paul et les Pères aient témoigné une horreur spéciale pour l'impureté? Le mystère de l'incarnation donne à ce péché un caractère de malice tout particulier.

DEUXIÈME SERMON SUR l'aNNONCIATION DE LA VIERGE. Sujet. Le Verbe s'est fait chair, et il a demeuré parmi nous.

C'est le grand mystère que célèbre l'Église. Mystère de la bonté et de la charité de Dieu envers les hommes ; mystère qui , tout incroyable qu'il paraît, a été cru dans tout le monde. Il s'agit dans ce discours d'en donner une connaissance aussi parfaite que nous pouvons l'avoir.

Division. Trois alliances merveilleuses. Alliance du Verbe avec la chair par rapport à Jésus-Christ , qui devient Homme-Dieu , première partie : alliance du Verbe avec la chair par rapport à Marie, qui devient mère de Dieu , deuxième partie : alliance du Verbe avec la chair par rapport à nous , qui devenons enfants de Dieu , troisième partie.

Première partie. Alliance du Verbe avec la chair par rapport à Jésus-Christ, qui devient Homme-Dieu. Miracle que la foi nous révèle, et d'où il s'ensuit que la chair de l'homme , considérée dans la personne du Rédempteur, est vraiment la chair d'un Dieu , et qu'elle est entrée en possession de toute la gloire de Dieu. De là vient encore que dans Jésus-Christ, entre la chair et îe Verbe , il n'y a rien eu de divisé , et que ce qui était vrai de l'un , par une communication d'attributs , l'est aussi de l'autre. Parce que la chair de Jésus-Christ a été passible, nous disons que le Verbe de Dieu a souffert ; et parce que le Verbe est égal à Dieu , nous ne craignons point de dire que la chair de Jésus-Christ est assise à la droite de Dieu.

Trois hérésies : 1° de ceux qui ont combattu la divinité de Jésus-Christ, 2° de ceux qui n'ont pas voulu reconnaître l'humanité de Jésus-Christ , 5° de ceux qui, reconnaissant la divinité et l'humanité de Jésus C'irist, ont seulement nie l'union de l'une et de l'autre , telle que le Saint-Esprit l'a laite , et telle qu'elle subsistera toujours. Dogmes impies, que l'Église a trappes de ses anaîhèmes.

Il est donc vrai que le Verbe de Dieu s'est réellement fait chair ; et puisque la chair de ce Verbe fait homme est la chair d'un Dieu , jugeons avec quel sujet saint, Paul a prononcé un si terrible arrêt contre ceux qui la reçoivent indignement dans la communion. Quelle épreuve Marie fit-elle d'elle-même avant que de consentir à l'incarnation de ce Dieu-Homme dans son sein ? Faisons de nous la même épreuve pour nous disposer à la communion pascale.

Deuxième partie. Alliance du Verbe avec la chair par rapport à Marie, qui devient mère de Dieu. Alliance que l'hérésiarque Nestorins ne voulut pas reconnaître, refusant à Marie le titre de mère de Dieu. Mais on sait avec quel zèle l'Éulise prit les intérêts de celte vierge, et comment elle arrêta dans le concile d'Éphèse que le litre de mère de Dieu serait un terme consacré contre l'hérésie neslorienne, comme celui de consubstantiel l'avait été dans le concile deNicée contre l'hérésie arienne.

Ainsi nous croyons que Marie est véritablement mère de Dieu ; et c'est sur cette maternité divine que sont fondés tous les honneurs que nous lui rendons. Nous n'en iàisons pas une divinité; mais sans l'élever jusqu'à Dieu, est-il du

reste une grandeur comparable à celle de cette mère de Dieu? Considérons-la sous deux rapports, l'un à Dieu, l'autre aux hommes : 1° Marie , mère de Dieu ; c'est le premier rapport : 2° Marie , mère de Dieu , devenue par là même la médiatrice et comme la mère des hommes ; c'est le second. Or quelle gloire lui doit revenir de l'un et de l'autre?

1. Marie, mère de Dieu. La virginité et la maternité jointes ensemble, quel prodige ! Un Dieu dépendant d'une vierge en qualité de fils , quel honneur pour cette vierge !

2. Marie, mère des hommes, puisque tous les hommes sont non-seulement les frères , mais les membres de ce Dieu-Homme qu'elle a porté dans son sein. De \ là médiatrice et protectrice des hommes. Adressons-nous donc à elle avec con« fiance ; ce ne sera pas en vain : mais nous en recevrons ce que tant d'autres en ont reçu.

Troisième partie. Alliance du Verbe avec la chair par rapporta nous, quï devenons enfants de Dieu. O.r le Verbe divin n'a pu se revêtir de la chair de l'homme, sans contracter avec les hommes la plus étroite affinité ; et du moment qu'il nous a ainsi unis à lui, en sorte que nous ne faisons avec lui qu'un même corps , nous pouvons dire, dans un sens propre et réel , que nous sommes enfants de Dieu. Sur cela , voyons 1° ce que nous devons à Dieu, 2° ce que nous nous devons à nous-mêmes.

1. Ce que nous devons à Dieu comme enfants de Dieu : l'obéissance à ses ordres , et le zèle pour sa gloire. Sans cela, que sert-il de l'appeler notre Père? Si celte obéissance et ce zélé nous doivent coûter, ils ont encore plus coûté à Jésus-Christ.

2. Ce que nous nous devons à nous-mêmes comme enfants de Dieu : ne pas dégénérer de cette glorieuse qualité par une conduite qui nous en rende indignes.

Sujet. Le temps de la purification de Marie étant accompli selon la loi de Moïse , ils portèrent l'enfant à Jérusalem , pour le présenter au Seigneur.

Tout cela se fait selon la loi , et nous apprend comment nous devons nousmêmes observer la loi de Dieu.

Division. En ce que Marie obéit à la loi, nous trouvons la confusion de notre orgueil qui s'élève contre la loi de Dieu , première partie : en ce que Marie surmonte toutes les difficultés de la loi , nous trouvons la condamnation de notre lâcheté qui se décourage au moindre effort qu'il faut faire pour garder la loi de Dieu, deuxième partie.

Première partie. En ce que Marie obéit à la loi , nous trouvons la confusion de notre orgueil qui s'élève contre la ioi de Dieu. Nous nous élevons contre cette loi divine , 1° par une révolte de cœur, 2° par un aveuglement d'esprit : or l'obéissance de Marie confond aujourd'hui l'un et l'autre.

1. Révolte de cœur, lorsque nous disons comme l'ange rebelle : Nonserviam; Je ne veux point me soumettre. C'est surtout le péché des grands. Mais sont-ils plus grands que ne l'était la mère de Dieu? Non-seulement elle se soumet à la loi , mais elle y soumet son fils , c'est-à-dire un Dieu. Belle leçon et pour les grands et pour les petits. Pourquoi un Dieu-Homme sujet à la loi? pour vous faire entendre, grands du monde, l'obligation où vous êtes de vivre dans un parfait assujettissement aux lois de Dieu. Obligation spéciale pour trois raisons : 1° parce que plus vous êtes grands, plus vous êtes capables de rendre à Dieu l'hommage qui lui est dû en qualité de souverain législateur ; 2° parce que Dieu ne vous a distingués dans le monde que pour le glorifier de la sorte ; 3° parce que Dieu , en vous plaçant au-dessus du commun des hommes, a prétendu vous proposer au monde comme des modèles de l'obéissance que nous lui devons. Je dis plus : pourquoi une mère de Dieu , et par son ministère un Ilomrne-Dieu , ioumis à la loi? Pour trois autres raisons qui vous regardent , vous que le Sei-

gneur a réduits au rang des petits : l°pour vous consoler de l'état où vous êtes; 2° pour vous instruire de la manière dont vous devez obéir aux hommes pour Dieu, et à Dieu dans ies hommes; 5° pour confondre vos désobéissances à îa loi de Dieu, lorsque vous avez tant de soumission aux lois des hommes. 11 es*, vrai que l'assujettissement où nous lient fa loi de Dieu , nous paraît gênant et humiliant Muais Jésus-Christ et Marie s'en font une gloire. Après cela laissons-nous entraîner à l'esprit du monde, ennemi de toute loi de Dieu!

2. Aveuglement d'esprit, quand nous cherchons des prétextes pour nous décharger du fardeau de la loi de Dieu. Jésus-Christ et Marie s'y soumettent, quoiqu'ils eussent un droit incontestable de s'en dispenser : Dieu , dit saint Augustin, n'ayant pas voulu que notre religion , dont Jésus et Marie jetaient alors les premiers fondements , commençât par une dispense. C'était néanmoins une dispense légitime , et presque toutes les nôtres sont fausses et abusives. Suis je obligé à cela? dit-on ; est-ce un commandement absolu pour moi? Ce n'est point ainsi que le Sauveur du monde et sa sainte mère se sont retranchés sur l'obligation ; et c'est une règle qui va à nous faire violer les lois les plus indispensables. Mais ne nous y trompons pas , car Dieu en jugera tout autrement que nous.

Deuxième partie. En ce que Marie surmonte toutes les difficultés de la loi, nous trouvons la condamnation de notre lâcheté qui se décourage au moindre effort qu'il faut faire pour garder la loi de Dieu. Nous nous figurons que cette loi exige trop de nous , 1° parce qu'elle nous engage à nous dépouiller en mille occasions de ce que nous avons de plus cher]; 2° parce qu'elle nous prive de certaines joies et de certaines douceurs de la vie à quoi nous sommes attachés; 3° parce qu'elle nous ordonné en bien des rencontres de renoncer à un certain honneur mondain dont nous nous piquons. Mais à cela j'oppose trois leçons que nous fait aujourd'hui Marie.

Première leçon : Marie n'a qu'un fils ; et pour se soumettre à la loi , elle se résout à le sacrifier. Ce que nous avons de plus cher est-il comparable à ce Dieu-Homme? Souvent même ce que nous avons de plus cher n'esi-il pas pour nous la source de mille peines ? Quels motifs se proposa Marie en présentant son fils? qu'elle le sacrifiait à Dieu, qu'elle fléchissait la colère et la justice de Dieu, qu'elle attirait sur elle les faveurs de Dieu. Entrons dans les mêmes sentiments , et rien ne nous coûtera.

Seconde leçon : Marie , pour garder la loi, sacriiie toutes les joies de son âme.

quelle ressenura alors, uevons-nous reluser après fier à la loi de Dieu des joies aussi vaines que les nôtres, des joies que nous sacrifions tous les jours au monde, et à quoi l'esprit de pénitence nous oblige de renoncer ?

Troisième leçon : Marie , pour accomplir la loi, sacrifie jusqu'à son honneur, puisqu'on se purifiant elle paraît de même condition que les autres femmes. Or la loi de Dieu ne nous engage à rien de si humiliant; mais tous les jours néanmoins nous l'abandonnons pour un faux honneur, et pour contenter une folle ambition.

Compliment au roi.

Sujet. Le temps de la purification de Marie étant accompli selon la loi de Moïse, il» portèrent l'enfant à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur.

Deux mystères exprimés dans ces paroles , la purification de Marie, et la présentaiion de Jésus-Christ. Tirons-en les fruits de sainteté qu'ils peuvent produire dans nos cœurs.

Division. Jésu?-Christ dévoué et consacré à Dieu, nous apprend à connaître

Dieu : première partie. Jésus-Christ offert et immolé pour nous, nous apprend à nous connaître nous-mêmes : deuxième partie.

Première partie. Jésus-Christ dévoué et consacré à Dieu, nous apprend à connaître Dieu, 1° comme souverain Seigneur; 2° comme source de tous les biens; 5° comme vengeur du péché.

1. Comme souverain Seigneur. Si Marie présente Jésus-Christ, c'est pour honorer la souveraineté de Dieu , selon qu'il était porté dans la loi : Consacrezmoi chaque premier-né ; car (ouïes choses m'appartiennent. 11 fallait que la loi de grâce donnât à celte cérémonie toute sa perfection : comment? en offrant à Dieu, dans la personne de Jésus-Christ, un premier-né au-dessus de tous les autres ; c'est-à-dire, 1° un premier-né qui représentât tous les hommes dont il est le chef; 2° un premier-né égal à Dieu , et vrai Dieu. De là comprenons quel est le souverain empire de Dieu, et de là même jugeons quel est le désordre de l'homme qui veut vivre à l'égard de Dieu dans l'indépendance ; indépendance qu'affectent surtout les grands; indépendance qui vient dans les uns d'un oubli général de leurs devoirs ; dans les autres , d'un excès d'amour-propre ; dans ceux-ci , d'un esprit d'orgueil ; dans ceux-là, d'un fonds de libertinage. Que nous prêche au contraire l'exemple de Jésus-Christ? une dépendance entière de Dieu : tel est le premier fruit que nous devons retirer de celte solennité. Je ne suis pas à moi, mais à Dieu, donc je ne dois vivre que pour Dieu : c'est dans cet esprit que tout chrétien a dû se présenter aujourd'hui devant les autels, pour faire à Dieu un sacrifice parfait de lui-même.

2. Comme source de tous les biens. Des Juifs offraient à Dieu leurs premiersnés en mémoire du bienfait signalé qu'ils avaient reçu , lorsque Dieu , pour les délivrer de l'esclavage de Pharaon , avait fait périr dans une seule nuit tous les premiers-nés d'Egypte; ci. Jésus-Christ, qui était la fin et le consommateur de la loi, est aujourd'hui offert comme premier-né de tout le genre humain , en action de grâces des obligations infinies que nous avons à Dieu. De sorte que ce Sauveur des hommes est 1° le modèle de notre reconnaissance envers Dieu; 2° le supplément de noire reconnaissance envers Dieu ; 5° la perfection de noire reconnaissance envers Dieu. Mais au lieu de celte reconnaissance , quelle est notre ingratitude! nous méconnaissons les bienfaits de Dieu, et nous en abusons. Cependant nous lui en rendrons compte ; et s'ils ne servent pas à notre sanctification, ils serviront à notre damnation.

5. Comme vengeur du péché. Jésus-Christ est offert à Dieu comme la victime du péché, et c'est ici, aussi bien que dans sa circoncision, qu'il parait sous la ibrme de pécheur, ou qu'il se substitue en la place des pécheurs : du reste, cette oblation ae Jésus-Christ ne nous dispense pas du devoir de la pénitence; au contraire, elle doit, nous y exciter en nous faisant voir combien Dieu hait le péché, et jusqu'à quel point il doit être haï et puni par nous-mêmes : mais c'est ce que nous ne voulons point comprendre.

Deuxième partie. Jésus-Christ offert et immolé pour nous, nous apprend à nous connaître nous-mêmes. Kien de plus nécessaire que celle connaissance de nous-mêmes ; et en particulier, rien de plus utile que la connaissance de notre vraie grandeur. Or, ce mystère nous découvre 1° notre excellence , 2° notre dignité.

1. Notre excellence, c'est-à-dire ce que nous valons dans l'estime de Dieu. Pouvons-nous l'ignorer en voyant Jésus-Christ livré pour nous? Voilà, homme, ce que votre âme et votre salut ont coûté à Dieu. Tellement qu'il y a de la proportion entre votre salut et le sang d'un Dieu, entre votre âme et la vie d'un Dieu, enlre vous-même et la personne d'un Dieu. Cela supposé, quel est notre aveuglement, d'abandonner le soin de cette âme et de ce salut! Le Fils de Dieu disait autrefois : Quel échange l'homme donnera-t-il pour son âme; mais nous pouvons bien dire à présent : Pour quel échange l'homme ne donnerait-il pas son âme , et ne la donne-t-il pas lous les jours ? Or c'est ce prodigieux aveuglement que Jésus-Christ est venu guérir.

2. Notre dignité, c'est-à-dire ce que nous sommes par la vocation et par la prédestinai ion de Dieu ; car, en conséquence de cette rédemption que le Sauveur

des hommes vient de commencer en se présentant pour nous , nous appartenons spécialement à Dieu. Appartenir aux hommes , c'est un esclavage qui nous humilie ; mais appartenir à Dieu , c'est un état de liberté qui nous relève en nous dégageant de la servitude du monde et de l'enfer : deux conséquences que lirait l'Apôtre de ce principe : Empli estis pretio magno : Vous avez été achetés à un grand prix. 1° Glorifiez donc Dieu , et portez-le dans vos corps en vous revêtant de la mortificaiion de Jésus-Christ; 2° ne vous engagez donc plus dans la servitude des hommes : servitude si pernicieuse pour le salut , et même si dure pour ia vie présente. Appliquons-nous à nous-mêmes cette parole de l'évangile de ce jour : Sancium Domino vocabilur : car, selon le sens qu'elle exprime , nous sommes chacun le saint du Seigneur, c'est-à-dire que nous sommes totalement dévoués au Seigneur.

Compliment au roi.

Sujet. Le temps de la purification de Marie étant accompli selon la loi de Moïse, ils portèrent l'enfant à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur.

C'est ainsi que nous devons nous présenter nous mêmes à Dieu.

Division. Jésus-Christ se présente à Dieu pour reconnaître et pour honorer le domaine de Dieu : domaine essentiel que nous devons reconnaître, comme Jésus-Christ , par une sincère oblation de nous-mêmes ; première partie : domaine universel que nous devons reconnaître, comme Jésus-Christ, par une entière oblation de nous-mêmes ; deuxième partie : domaine éternel que nous devons reconnaître, comme Jésus-Christ, par une prompte oblation de nousmêmes; troisième partie.

Première partie. Domaine essentiel que nous devons reconnaître, comme Jésus Christ, par une sincère oblation de nous-mêmes. De tous les tributs que nous devons à Dieu comme au souverain Seigneur, celui par où nous distinguons Dieu comme Dieu , c'est cette oblation de nous-mêmes ; car nous ne nous devons nous-mêmes qu'à Dieu : voilà l'important devoir que Jésus-Christ nous enseigne dans ce mystère. Il sait que le domaine de Dieu son Père a été violé , et il en vient réparer la gloire : comment? en s'offrant lui-même. Mais que sert de nous offrir ainsi nous-mêmes, puisque nous appartenons déjà essentiellement à Dieu en qualité de créatures? 11 est vrai, nous appartenons d'une façon à Dieu par la nécessité inséparable de notre être : mais comme il nous a faits libres , nous pouvons d'ailleurs ne lui pas appartenir par le choix injuste et criminel de notre volonté. Or il veut qu'en nous présentant nous-mêmes à lui, nous lui appartenions volontairement, comme nous lui appartenons déjà nécessairement : voilà ce qui fait en quelque sorte la perfection de son domaine , ce qui fait sa gloire et la nôtre.

Qu'est-ce proprement que nous-mêmes, et qu'entendons-nous par nous offrir nous-mêmes ? C'est offrir notre cœur, qui est comme notre premier-né. Dieu veut l'avoir; il en est jaloux, et il le mérite bien : serons-nous assez injustes pour le lui refuser? Nous lui avons dit cent fois que nous lui donnions ce cœur ; mais par le péché nous le lui avons ravi : et pourquoi? pour une passion qui nous dominait. Faisons-lui le sacrifice de cette passion , ei il nous comblera de ses grâces.

Vous me direz : Mais cette passion est criminelle ; comment donc l'offrir à Dieu? Voici le miracle de la grâce : c'est que ce qui nous rend criminels sert à nous sanctifier par le sacrifice que nous en faisons. Ain^i , il faut, ou que nous soyons saints pour nous offrir à Dieu , ou qu'en nous offrant à Dieu nous devenions saints ; car nous le devenons en effet, puisjue s'oîïrir à Dieu sincèrement et de bonne foi, c'est se sanctifier, il n'en est pas ainsi à l'égard des grands : on peut se donner à eux, et n'en être pas meilleur : à quel autre maître dois je donc plutôt me consacrer qu'à Dieu.

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