‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 4)Chapitre 110 sur 114 · Deuxième partie. Domaine universel que nous devons reconnaître, comme · texte numérisé non relu

Deuxième partie. Domaine universel que nous devons reconnaître, comme

Jésus-Christ , par une entière oblation de nous-mêmes : car le mérite de la religion , dit saint Ambroise, est &c fai'C à Dieu l'oblation de soi-même dans une éiendue proportionnée à celle du domaine de Dieu. Jésus-Christ s'offre à son Père sans réserve, et jusqu'à s'engager même à lui sacrifier tout son sang et sa vie. Et si nous voulons user de réserve avec Dieu , c'est que nous ne connaissons point encore assez bien le domaine de Dieu d'une part, et de l'autre la tyrannie du monde : le domaine de Dieu , de qui tout dépend ; la tyrannie du monde , qui prétend qu'on lui sacrifie tout , et pour qui en effet nous n'épargnons rien.

Avons-nous jamais bien pénétré le sens de ces paroles que Dieu dit à Moïse, et sur quoi est fondée la cérémonie de ce jour : Mea sunt omnia : Tout est à moi? Tout est à Dieu, parce qu'il est l'auteur de tout, parce qu'il est le conservateur de tout, parce qu'il dispose de tout : de là apprenons comment nous devons être à Dieu ; et toutefois comment y sommes-nous ? nous occupons-nous de lui? agissons-nous pour lui? nous soumettons-nous à lui et à ses ordres?

Vouloir retenir quelque chose et le refuser à Dieu , c'est n'avoir plus pour Dieu cet amour de préférence qui le met à la tête de tout ; et ne le pas aimer de cet amour de préférence, c'est se rendre indigne de sa grâce : voilà ce qui arrête tant de conversions, tin pécheur voudrait se donner à Dieu ; mais ce qui le retient, et ce qui fait évanouir tous ses projets, ce n'est souvent qu'un seul point. Disons à Dieu comme David : Lœtus obtuli universa : C'est avec joie, Seigneur, que je vous offrirai toutes choses : pourquoi? Tu dominons omnium : C'est que toutes choses vous appartiennent.

Troisième partie. Domaine éternel que nous devons reconnaître, comme Jésus-Christ, par une prompte oblation de nous-mêmes. En conséquence de cette éternité de domaine, il n'y a pas un moment où nous ne devions être à Dieu, puisqu'il n'y a pas un moment où nous ne dépendions de Dieu. D'où saint Thomas conclut que l'homme , dès le premier instant qu'il connaît Dieu , est obligé de l'aimer et de s'élever vers lui ; et c'est en ce sens que saint Augustin disait à Dieu : Beauté si ancienne, je vous ai aimée trop tard. C'est encore par cette règle que les prophètes ne demandaient pas moins à l'homme qu'une éternité de culte et d'adoration , c'est-à-dire un culte de toute la vie.

Jésus-Christ nous donne là-dessus un grand exemple. Dès sa plus tendre enfance il se présente à son Père; mais nous, nous voulons être à Dieu : quand? toujours pour l'avenir, et jamais pour l'heure présente. Est-ce !à honorer Dieu, ou n'est-ce pas l'outrager? Mais que fera-t-il? il nous méprisera à son tour, et il nous privera de sa grâce; en sorte que nous ne reviendrons jamais à lui. Cela néanmoins ne doit pas désespérer ceux qui jusqu'à présent ont passé de longues années sans se donner à Dieu ; car il y en a eu, après tout , qui, malgré d'aussi longs retardemenls, ont été appelés et reçus de Dieu ; mais aussi, comme il y en a plusieurs à qui Dieu n'a pas fait la même miséricorde , c'est ce qui doit instruire et saisir de frayeur ceux qui, dans un âge moins avancé , sont en état de consacrer à Dieu les prémices de leurs années. Ne différons donc pas; mais offrons-nous, comme Jésus-Christ, de bonne heure, et par Marie.

Compliment au roi.

PREMIER SERMON SUR L'ASSOMPTION DE LA VIERGE. Sujet. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée.

Ce mystère de l'assomption de Marie est par excellence le mystère de sa gloire ; mais si nous savons bien nous l'appliquer et en profiter, il n'est pas moins le mystère de notre espérance.

Division. Nous donnons communément dans deux erreurs sur le sujet de la gloire de Ma?ie : l'une regarde les moyens par où elle y est parvenue ; et l'autre, les avantages qui nous en doivent revenir. Or voyons, pour nous garantir de la première erreur, quel a été le vrai principe de la béatitude de Marie ; première partie ; voyons , pour nous préserver de la seconde , quelle est la mesure du

pouvoir de Marie ; deuxième partie. Voilà de quoi exciter tout à la fois et régler notre espérance.

Première partie. Quel a éié le vrai principe de la béatitude de Marie , c'està-dire pourquoi Marie est-elle aujourd'hui glorifiée dan? le ciel? est-ce parce qu'elle a été mère de Dieu? Non; mais, 1° parce qu'elle a été obéissante et fidèle à Dieu; 2° parce qu'elle a été humble devant Dieu.

1. Parce qu'elle a été obéissante et fidèle à Dieu., C'est ainsi que le Sauveur du monde s'en déclara , lorsque cette femme de l'Évangile lui ayant dit : Bienheureux le sein qui vous a porté! il lui fit cette réponse : Mais plutôt, heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pr auquel Par où il donnait à entendre , reprend saint Augustin , que c'était l'obéissance et la fidélité de Marie qui faisait son bonheur, et non pas la maternité divine. Or ce qui faisait alors le bonheur de Marie , c'est ce qui a fait depuis sa gloire dans le ciel. Avoir été mère de Dieu , c'est un bonheur qu'a reçu Marie ; mais avoir été fidèle à Dieu , c'est un mérite ; et Dieu , dans sa mère même , ne couronne que le mérite.

2. Parce qu'elle a été humble. C'est en ce sens que saint Ambroise prend ces paroles de Marie : Quia respexit humilitatem ancillœ suce ; ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes : Parce que le Seigneur a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante, et qu'il a été louché de l'aveu qu'elle en faisait; pour cela , et pour cela spécialement , elle sera béatifiée. Les anges , dit saint Bernard , voyant Marie monter au ciel avec tant de pompe , eurent bien lieu de s'écrier comme les compagnes de l'épouse : Quœ est ista ? Qui est celle-ci? mais on eût bien pu leur répondre ce que saint Paul disait du Fils de Dieu : Quod autem ascendit, quid est, nui quia et descendit? Elle est élevée , parce qu'elle s'e t abaissée.

Voilà , encore une fois , ce que le Sauveur du monde a couronné dans Marie, sans considérer en aucune sorte qu'elle était sa mère : pourquoi ? parce qu'en la couronnant, il n'agissait ni en fils , ni en homme, mais en Dieu et en juge souverain. Ainsi l'avait-il déjà traitée par avance aux noces de Cana et en d'autres occasions. On peut dire néanmoins d'ailleurs que sa maternité a contribué à sa béatitude : comment? en ce qu'elle a eu, comme mère de Dieu, de plus grandes grâces dont elle a rempli la mesure par sa fidélité ; en ce que sa maternité a rehaussé le prix de son humilité : mais toujours est-il vrai que la cause prochaine de la béatitude de Marie n'a point été sa maternité divine, et que c'a été seulement sa fidélité d'une part, et de l'autre son humilité.

Puissants motifs , 1° pour exciter notre espérance : Marie ne parvient à la gloire que par le même chemin qui nous est ouvert à tous; 2° pour nous inspirer un saint mépris de tout ce qui s'appelle distinction et grandeur dans le monde; ce n'est point par là que nous mériterons la gloire du ciel ; 5° pour nous faire même peu compter sur certaines grâces , quoique d'un ordre surnaturel, à moins qu'elles ne soient soutenues par la sainteté de notre vie.

Deuxième partie. Quel est dans le ciel le pouvoir de Marie pour nous secourir? 11 est certain que nous pouvons saintement et utilement invoquer la mère de Dieu ; car on s'adressait bien à elle lorsqu'elle était sur la terre , et l'on employait bien sa médiation auprès de Jésus-Christ pour obtenir de lui des grâces : maintenant qu'elle est dans le ciel , pourquoi le pourrait-on moins? 1° Est-ce qu'elle ne voudrait plus s'intéresser pour nous? mais dans le ciel sa charité est plus ardente que jamais ; 2° est-ce qu'elle ne peut plus nous secourir? mais dans l'état de sa gloire, serait-elle moins puissante qu'elle ne Pétait parmi nous, et dans ce lieu d'exil? 5° est-ce qu'elle ne connaît plus nos besoins , et qu'elle n'entend plus nos prières? mais les anges , à qui Dieu a conîié nos personnes, nous entendent bien ; 4° est-ce que l'usage de l'invoquer blesse l'honneur de Dieu? erreur pitoyable; car nous l'invoquons , non comme celle à qui il appartient de donner la" grâce , mais comme celle qui peut nous l'obtenir. Nous pouvons donc invoquer Marie, et ce droit de recourir à elle est, un des plus fermes appuis de notre espérance. Nous avons dans celle vierge , 1° une avocate toutepuissante auprès de son Fils, qui est notre juge; et quand nous l'appelons toutepuissante, ce n'est pas à dire qu'elle soit au-dessus de son Fils, mais qu'elle peut

tout obtenir de lui , et par la prééminence de sa dignité, et par le mérite de sa personne; 2° une mère de miséricorde pour les pécheurs, puisque c'est aux pécheurs mêmes qu'elle est en quelque manière redevable de toute sa gloire.

Voilà notre espérance : mais quel en est l'abus ? c'est que nous osons nous promeure de la protection de Marie, 1° des grâces chimériques et impossibles ; 2° des grâces possibles, mais miraculeuses; 3° des grâces, s'il y en avait de telles , incapables de nous sanctifier, et beaucoup plus capables de nous pervertir ; 4° des grâces selon notre goût et les désirs corrompus de notre cœur. Or ce n'est point pour cela que la mère de Dieu est puissante. Espérons en elle» mais que notre espérance soit juste et réglée.

Prière à la Vierge.

DEUXIÈME SERMON POUR LA FÊTE DE l'aSSOMPTION , SUR LA DEVOTION

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