‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 131 sur 164 · LE DIMANCHE DES RAMEAUX · texte numérisé non relu

LE DIMANCHE DES RAMEAUX

Sujet. Or tout ceci se fit afin que cetle parole du Prophète fût accomplie : Dites à la fille de Sion : Voici votre roi qui vient à vous plein de douceur.

Pourquoi les Juifs font-ils au Fils de Dieu une entrée si solennelle et si glorieuse ? C'est en vue du miracle qu'il venoit d'opérer dans la résurrection de Lazare. Or ce miracle, Jésus-Christ le renouvelle en ce saint temps par la résurrection spirituelle et la conversion de tant de pécheurs : et l'Église veut que , ressuscites et convertis , ils reçoivent ce divin Sauveur dans eux-mêmes par la communion pascale. Pour me conformer au dessein de l'Église , c'est de cette communion pascale que je dois vous entretenir.

Division. Deux sortes de personnes reçoivent le Fils de Dieu dans Jérusalem, ses disciples et les pharisiens. Ses disciples le reçoivent avec honneur, et les pharisiens dans la résolution de le perdre. Dans le triomphe dont les disciples honorent ce divin maître, je trouve l'idée d'une sainte et parfaite communion : première partie. Mais dans la manière dont ce même Dieu est reçu des pharisiens , je trouve l'idée d'une communion indigne et sacrilège : deuxième partie. Pour les Justes, il vient comme un roi débonnaire et bienfaisant; pour les impies engagés et obstinés dans le crime, il vient comme un ennemi terrible et redoutable.

Première partie. Idée d'une bonne communion dans le triomphe dont les disciples honorent le Fils de Dieu. Il y a dans ce triomphe quatre circonstances à remarquer : i° ce sont les disciples qui reçoivent aiusi Jésus-Christ; 2° ils vont au-devant de lui ; 3° ils portent dans leurs mains des branches de palmiers et d'oliviers; 4° ils se dé-

pouillent de leurs vêtements, et les mettent sous les pieds de leur maître. Belle Ogure de la communion des Justes.

i. Ce sont les disciples de Jésus-Christ qui le reçoivent en triomphe; et pour le hien recevoir dans la communion, il faut être son disciple, et l'être en effet et dans la pratique. 11 s'est lui-même déclaré qu'il ne vouloit faire la pâque qu'avec ses disciples. Vous me direz qu'il ne parloit alors que de la pâque judaïque, j'en conviens : mais s'il parloit ainsi de l'ancienne pâque, que pensoit-il de la nouvelle? Et d'ailleurs ce qui se passoit dans la pâque des Juifs n'étoit-il pas une leçon pour nous, mais une leçon exacte et précise, de ce qui devoit être accompli dans celle des chrétiens? Qu'il n'y ait donc personne assez téméraire, concluoit saint Chrysostome, pour prétendre avoir part à cette pâque sans être en grâce avec Dieu , et sans avoir ce caractère particulier de disciple de Jésus-Christ. Tel est l'ordre que le grand Apôtre avoit luimême intimé à toute l'Église par ces courtes paroles : Probet autem seipswn homo : Que l'homme s'éprouve.Sans cela il ne nous est pas permis de faire la pâque, et nous n'y devons pas penser. Je me trompe , nous y devons penser; et si, pour n'y avoir pas pensé, nous manquons à recevoir Jésus-Christ dans cette fête solennelle, nous commettons un nouveau crime, et nous désobéissons à ses ordres.Mais l'ordre de Jésus-Christ est-il que nous le recevions sans être du nombre de ses disciples? A Dieu ne plaise ! mais son ordre est que vous vous déclariez ses disciples , et que vous retourniez à lui par une sincère pénitence , afin d'être en état de prendre place parmi les conviés qu'il fait appeler.

2. Les disciples vont au-devant de Jésus-Christ, et c'est ainsi que nous devons anticiper sa venue par une sainte préparation. Je m'explique. Car attendre, comme tant de mondains , le jour même de la communion pour s'y disposer, n'est-ce pas se mettre dans un danger évident de profaner cet adorable mystère? Ce point ne regarde pas ces âmes innocentes qui font du sacrement de Jésus-Christ leur plus commune nourriture. Quoiqu'elles aient toujours sujet de craindre, elles ont encore plus droit d'espérer : une communion les dispose à l'autre. Mais pour vous, mondains, qui passez les années entières sans confession et sans communion, attendre à vous y préparer que vous soyez au jour précis où vous devez garder le précepte et y satisfaire, n'est-ce pas mépriser votre Dieu, et vous exposer vous-mêmes à un scandale presque inévitable ? Car si moi , par exemple, qui vous écoute au sacré tribunal , je ne vous trouve pas prêts, que ferai je alors ? Vous accorderai- je la grâce de l'absolution? ce seroit trahir mon ministère. Vous la refuserai-je ? il n'y aura donc point de pâque pour vous. Si dès le commencement du carême vous aviez eu recours à un confesseur, et que vous lui eussiez découvert votre état, on auroit mis ordre à tout : et n'est-ce pas pour cela que le carême est institué ? Si donc vous avez différé jusques à présent, au moins ne différez pas davantage. Ecce Sponsus venit, exile obviam ei : Voilà l'Epoux qui approche ; allez vous présenter à lui. Prœoccupemus faciem ejas in confessionc • Prévenez-le et gagnez-le par uue bonne confession. Que feriez-vous si l'on vous annonçoit que le plus grand des rois vient en personne loger chez vous? Que ne faites-vous pas même tous les jours pour un particulier, pour un ami?

5. Les disciples vont au-devant de Jésus-Christ avec des branches de palmiers et d'oliviers. La palme est le symbole des victoires que nous devons remporter sur le péché, sur le monde, sur nous-mêmes ; et l'olive, le signe de la paix que nous devous faire avec Dieu.

4. Les disciples se dépouillent de leurs habits, et les étendent dans le chemin par où Jésus-Christ devoit passer. Cérémonie qui vous apprend, Mesdames, à vous défaire de tout ce qui s'appelle superlluité mondaine ; surtout de cette superfluité d'ajustemens et de parures.

Que fera Jésus-Christ de sa part? 11 viendra dans nous comme un roi triomphant: Ecce rex tuus. Quand je communie en état de grâce, non seulement Jésus-Christ est en moi, mais il y règne, il y commande, il s'y fait obéir.

Il y viendra non seulement en roi triomphant, mais en roi débonnaire et bienfaisant. A ne considérer que sa grandeur, je m'écrierois comme saint Pierre : Exi à me, quia pcccator sum : Éloignez-vous de moi, mon Dieu, car je suis un pécheur. Mais il sait bien me rassurer par la manière dont il se donne à moi dans ce sacrement. C'est

là qu'il obscurcit toute sa splendeur, là qu'il s'abaisse, là qu'il se fait petit et pauvre, aGn que nous puissions avoir un accès facile auprès de lui.

C'est donc pour nous qu'il viendra, c'est pour nous combler de ses grâces : Venit tibi. Quand il fut entré dans Jérusalem, tout ce qu'il y avoit de malades, d'aveugles, de paralytiques, parut devant lui, et il les guérit. Ainsi guérira-t-il toutes nos intirmités spirituelles. Disons-lui comme David : Sana me, Domine, etsanabor : Guérissez-moi, et je serai guéri ; ou comme le centenier : Tanthm die verbo : Prononcez seulement une parole, et vous rendrez une santé parfaite à moname.

Deuxième partie. Idée d'une communion sacrilège dans la manière dont Jésus- Christ fut reçu des pharisiens et de leurs partisans. i<> Ils ne le reçoivent que par respect humain : Timebant vero plebem.2° Dès que le Fils de Dieu paroît dans Jérusalem, ils conspirent et forment des desseins contre lui : Collegerunt concilium adversus Jesum. 5» Ils contredisent ses miracles, et ils s'aveuglent pour ne les pas reconnoître : Videntes autem mirabiliaquœ fecit, indignati sunt. Mais comment est-ce aussi que Jésus-Christ vient à eux? Comme uu ennemi redoutable. Que de rapports avec la communion des pécheurs !

1 . Les pharisiens ne reçoivent le Fils de Dieu que par respect humain et par politique ; et c'est ce que font encore certains pécheurs endurcis, qui veulent seulement garder les apparences et sauver les dehors de la religion. C'est un magistrat, c'est un père de famille, c'est une femme de qualité, c'est un homme de l'Église, qui se décrieroient, s'ils ne se présentoient pas comme les autres à la sainte table. Ils communient donc, mais comment? par une espèce de contrainte : Timebant verà plebem,

2. De là ces hommes perdus de conscience et impies conjurent contre Jésus-Christ dans le cœur, au même temps qu'ils reçoivent son sacrement ; de même que les pharisiens conspirent contre lui en le recevant dans Jérusalem. On forme des projets pour satisfaire ses passions brutales, et le jour même de la communion devient un jour d'excès et de débauche. On déclame tant contre de légères imperfections qu'on remarque dans quelques âmes dévotes qui fréquentent le sacrement, et l'on ne dit presque rien de ces chrétiens sacrilèges qui profanent le corps de Jésus-Christ : mais c'est contre eux qu'il faudroit employer le zèle évangélique.

5. Par un dernier trait de ressemblance avec les pharisiens, ils traitent d'illusions tous les miracles de Jésus-Christ, je veux dire tous les effets de grâce qu'opère la communion quand elle est bien faite. Je n'ai donc point de peine à comprendre pourquoi Jésus-Christ pleure sur eux comme il pleura sur Jérusalem. Il voit que le même sacrement qu'il a institué pour la sanctification des âmes va faire leur réprobation.

Mais si cela est, ne vaudroit-il pas mieux ne point communier du tout que de communier indignement? Autre désordre. L'un ne vaut pas mieux que l'autre; car l'un et l'autre est un mal : mais entre l'un et l'autre il y a un milieu, qui est de communier et de bien communier.

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