LE PREMIER DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE
SUR LE DEVOIR DES PÈRES PAR RAPPORT A LA VOCATION Di LEURS ENFANTS.
Sujet. La mère de Jésus-Christ lui dit : Mon fils , pourquoi en avez-vous [usé de la sorte avec nousl Votre père et moi, nous vous cherchions avec beaucoup d'inquiétude. Il leur répondit : Pourquoi me cherchiez-vous't ne savez-vcus pas qu'il faut que je m'emploie aux choses qui regardent mon Père1. Et ils ne comprirent pas ce qu'il leur dit.
Le Sauveur du monde, dans cette réponse qu'il fit à Marie, apprend aux pères et aux mères comment ils doivent se conduire à l'égard de leurs enfants, surtout en ce qui concerne le choix de l'état où Dieu les appelhj,
Division. Il n'appartient pas aux pères de disposer de leurs enfants en ce qui regarde leur vocation et le choix qu'ils ont à l'aire d'un état : première partie. Les pères uéanmoius sont responsables à Dieu du choix que font leurs enfanfs et de l'état qu'ils embrassent : deuxième partie.
Première partie. Il n'appartient pas aux pères de disposer de leurs enfants en ce qui regarde leur vocation et le choix qu'ils ont à faire] d'un état. Un pèi e qui veut se rendre maître de la vocation de ses enfants commet deux injustices, l'une envers Dieu, l'autre envers ses enfants.
i . Injustice envers Dieu, pareequ'il n'appartient qu'à Dieu de décider de la vocation des hommes : pourquoi ? deux raisons : c'est qu'il est le premier père de tous les hommes, et c'est qu'il n'y a que sa providence qui puisse bien s'acquitter d'une fonction aussi importante que celle de marquer aux hommes leur vocation. Il est le premier père, et c'est la qualité qu il prend dans l'Écriture. Il est même, remarque saint Grégoire, le seul père que nous reconnoissions selon l'esprit, et par conséquent le seul qui ait droit d'exercer sur les esprits et les volontés des hommes cette supériorité de conduite qui fait l'engagement de la vocation. Aussi tous les maîtres de la morale chrétienne ont-ils toujours regardé comme une offense griève d'embrasser un état sans la vocation de Dieu, et c'est à cette vocation que sa grâce est attachée. De plus, il n'y a que Dieu qui puisse bien appliquer les hommes à un emploi et leur assigner la condition qui leur convient, pareequ'il n'y a que lui qui puisse connoître les voies de leur salut et de leur prédestination éternelle. C'est oonc une témérité insoutenable dans un père de disposer d'un enfant, soit pour l'Église, soit pour le monde; et il ne le peut faire sans blesser Ses droits de Dieu.N'est-ce pas néanmoins ce qu'on fait tous les jours? 2. Injustice envers les enfants, pareequ'il est du droit naturel et du droit divin que celui-là choisisse lui-même son état, qui en doit porter les charges et accomplir les obligations. Là où il s'agit de vocation, il s'agit de salut. Or, dès qu'il s'agit du salut, point d'autorité du père sur le fils, pareeque tout y esî personnel. Un père, comme on le dira dans la suite, peut bien redresser le choix d'un enfant par de sages avis et même par la force de l'autorité paternelle, si cet enfant choisit mal; mais du reste., il ne peut disposer absolument de sa personne. Quels reproches recevront un jour làdessus de la part de leurs enfants tant de pères et de mères !
Deuxième partie. Les pères sont responsables à Dieu du choix que font leurs enfants, et de l'état qu'ils embrassent. Car ils doivent intervenir à ce choix comme directeurs et comme surveillants,'puisque Dieu leur a donué ce droit de direction et de surveillance. Ainsi, un enfant ne peut contracter un engagement, un mariage, sans l'aveu et la participation de son père ; et si le fils veut prendre ua parti qui, selon Dieu, lui soit pernicieux, le père estnon seulement en pouvoir, mais dans l'obligation de s'y opposer.
Afin de mieux entendre ce point, il faut remarquer que le choix d'uu état peut être mauvais en trois manières : ou par lui-même, ou par l'incapacité du sujet qui s'y engage, ou par les voies qu'il prend pour y entrer.
1 . Choix d'un état mauvais par lui-même, pareeque l'état est contraire au salut, ou du moins très dangereux pour le salut. Il est évident qu'un père doit faire tous ses efforts pour en détourner un enfant ; et si par des vues d'intérêt il est le premier à l'y porter, il se rend coupable devant Dieu, et il répondra à Dieu de la perte de son fils.
2. Choix mauvais par l'incapacité du sujet, pareequ'il n'a pas les qualités requises pour l'état qu'il embrasse. Un père qui connoît cette indignité est criminel de mettre son fils dans une place dont il ne pourra remplir les devoirs. Toutefois rien n'est plus ordinaire aux pères que d'établir ainsi leurs enfanîs, et de là tant de désordres.
3. Choix mauvais par rapport aux moyens d'entrer dans un état, et aux voies qu'on prend pour cela. Il y a des moyens injustes , et ne sont-ce pas souvent ceux dout un père se sert pour avancer un fils qu'il aime ? Abus qu'on ne peut irop condamner, ei qui fera tout ensemble la réprobation des pères et des enfants.
Ce n'est pas qu'il ne soit permis aux pères et aux mères de procurer à leurs enfants des emplois convenables. Mais leur premier soin doit être de les perfectionner et de les rendre dignes des emplois qu'ils leur procurent. Cette éducation des enfants leur coûtera bien des soins et bien des peines; mais ce sera aussi pour eus un grand fonds de mérites auprès de Dieu.