LE SECOND DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE
sur l'état du mariage.
Sujet. // y eut des noces à Cana en Galilée, et la mère de Jésus s'y trouva. Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples.
Il n'y a rien dans l'état du mariage que de profane, si on n'y appelle Dieu, et si ce n'est Dieu qui y appelle.
Division. Il y a dans l'état du mariage des devoirs de conscience et des obligations à remplir, des peines très difficiles et très fâcheuses à supporter, et des dangers extrêmes par rapport au salut, à éviter. Or, sans la grâce et la vocation divine, on ne peut, ni satisfaire à ces obligations, première partie ; ni supporter ces peines, deuxième partie; ni se préserver de ces dangers, troisième partie.
Première partie. Il y a dans l'état du mariage des devoirs de conscience et desobligations indispensables à remplir; et Tonne peut y satisfaire sans la grâce et la vocation divine. Nous devons considérer le mariage, dit saint Augustin, comme sacrement, comme lien d'une société mutuelle,et par rapport à l'éducation des enfants, dont il est une légitime propagation. Or, sous ces trois qualités, il a des obligations très étroites et toutes différentes.
i . Obligations du mariage considéré comme sacrement. Dès que c'est un sacrement, il n'est permis de s'y engager qu'avec une intenliou pure et sainte; il n'est permis de le recevoir qu'avec une conscience nette et exempte de péché ; il n'est permis d'en user que dans la vue de Dieu et pour une fin digne de Dieu. Mais qui pense à ces obligations ? qui en est instruit? On a quelque égard à la sainteté des autres sacrements; maison traite celui-ci comme une affaire temporelle, comme une négociation, comme un trafic mercenaire.
2. Obligations du mariage considéré comme lien d'un esociété mutuelle. Il demande un amour respectueux, un amour fidèle, un amour officieux et condescendant, un amour constant et durable, un amour chrélieu. Mais, par un renversement bien déplorable, cette société que devroient conserver entre eux le mari et la femme, comme un des biens les plus estimables de leur état, est tous les jours exposée aux ruptures, aux aversions, aux éclats et aux divorces les plus scandaleux.
5. Obligations du mariage considéré par rapport à l'éducation des enfants, dont il est une propagation légitime. Il faut les nourrir, ces enfants, il faut les pourvoir et les établir ; surtout il faut les instruire et les élever dans le christianisme. On pense communément assez à leur subsistance et à leur établissement selon le monde, mais on ne s'applique guère à leur éducation selon Dieu. Voilà pourquoi dans cet état du mariage l'on a tant besoin de la grâce, et pourquoi l'on n'y doit pmnt entrer sans vocation.
Deuxième partie. Il y a dans l'état du mariage des peines à supporter, et l'on ne peut bien supporter ces peines sans l'assistance du ciel et le secours de la grâce. Pour les connoitre, nous n'avons qu'à regarder le mariage sous les mêmes rapports.
i . Peines du mariage considéré comme sacrement. Cette qualité de sacrement le rend indissoluble, et cet engagement perpétuel en fait une espèce de servitude. Dans le sacerdoce on est engagé pour toujours, mais l'on n'est engagé qu'à Dieu et à soimême : au lieu que dans le mariage on est encore engagé à un autre que Dieu et que soi-même. Dans l'état religieux il y a un noviciat et un temps d'épreuve; mais il n'y en a point dans le mariage.
2. Peines du mariage considéré comme lien d'une société mutuelle. Quelle croix quand deux personnes obligées de vivre ensemble viennent à ne se pas accorder! Et pour bien s'accorder, que ne doit-on pas souffrir l'un de l'autre, et quelles condescendances ne faut -il pas avoir?
5. Peines du mariage considéré par rapport à l'éducation des enfants, dont il est une propagation légitime. Souvent on n'est pas en pouvoir de les entretenir, ni de les avancer, quelque bien nés qu'ils soient; et plus souvent encore, quelque pouvoir qu'on ait de les établir et de les pousser, ce sont des enfants, ou incapables et sans génie,
ou indociles et déréglés. Si l'on avoit recours à Dieu, il délivreroit de ces peines, ou il les adouciroit.
Troisième partie. Iî y a dans l'état du mariage des daDgers à éviter, et c'est un dernier motif pour ne pas s'engager dans cet état sans y être appelé de Dieu. Trois dangers par rapport à la conscience. Car il faut accorder ensemble trois choses les plus difficiles à concilier, savoir : la licence conjugale avec la continence et la chasteté; une véritable et intime amitié pour la créature, avec une fidélité inviolable pour le créateur; un soin exact et vigilant des affaires temporelle?, avec un détachement d'esprit et un dégagement intérieur des biens de la terre. Tout cela fondé sur les mêmes qualités du mariage.
\. Danger du mariage considéré comme sacrement, l'incontinence : d'autant plus criminelle, que le sacrement est plus saint. Car il y a une chasteté propre du mariage, et la dignité du sacrement donne aux fautes qu'on y commet une malice particulière. Or combien est-t-il à craindre qu'on ne se laisse emporter à la passion sans égard aux règles qui lui sont prescrites?
2. Danger du mariage considéré comme lien d'une société mutuelle. Cette société demande l'union des cœurs , mais sans préjudice de ce qu'on doit à Dieu et au prochain. Or combien de fois arrive-t-il qu'une femme oublie ce qu'elle doit à Dieu et ce qu'elle doit au prochain, pour entrer dans les sentiments d'un mari qu'elle aime, pour seconder ses vengeances, pour se conformer à tous ses désirs?
5. Danger du mariage considéré par rapport à l'éducation des enfants. Dans l'obligation de les pourvoir, il faut s'employer à la conduite des affaires et à l'administration des biens ; il faut ménager, conserver, amasser. Or est-il aisé de garder en cela le juste tempérament et le détachement du cœur qui nous sont ordonnés ? Il est donc d'une extrême importance de n'entrer dans !e mariage que par le choix de Dieu, et d'y attirer sur soi les lumières et les bénédictions de Dieu.