‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 140 sur 164 · LE TROISIÈME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

LE TROISIÈME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE

Sujet. Jésus dit au centurion : Allez, et qu'il vous soit fait selon que vous avez cru.

Rien de plus puissant auprès de Dieu que la foi ; elle obtient tout : et rien qui mérite plus nos réflexions que les vrais effets de la foi par rapport au salut.

Division. La foi nous sauve, première partie. La foi nous condamne , deuxième partie.

Première partie. La foi nous sauve, et comme perfection de nos bonnes œuvres, et comme principe de nos bonnes œuvres.

1 . La foi nous sauve comme perfection de nos bonnes œuvres, parceque c'est surtout de la foi que vient aux bonnes œuvres que nous pratiquons leur efficace et leur prix. Ainsi l'enseignent expressément saint Paul et saint Augustin : l'un contre les Juifs qui se confioient dans les œuvres de la loi de Moïse; et l'autre contre les péîagiens, qui faisoient fond sur leurs bonnes œuvres naturelles. Et c'est encore ce que tous les Pères ont prouvé contre tous ces hérétiques qui tiroient avantage de leurs œuvres, et à qui ces saints docteurs faisoient voir que hors de l'Eglise et sans la vraie foi il n'y avoit point d'œuvres méritoires, et par conséquent de salut. De là que de bonnes œuvres perdues, et de là même quelle estime devons-nous faire du don précieux de la foi ?

2. La foi nous sauve comme principe de nos bonnes œuvres, parceque c'est delà foi que nous vient cette ardeur qui nous porte à les pratiquer. Car la foi, selon l'Apôtre, est la cause mouvante qui fait agir toutes les vertus. Il va encore plus loin, et, selon ce même apôtre, c'est la foi qui produit en nous les actes mêmes de toutes les vertus. C'est pour cela que le concile de Trente appelle la foi le commencement, le fondement et la racine de notre justification. Mais si cela est, pourquoi donc y a-t-il tant de chrétiens qui se damnent ? On pourroit répondre que c'est qu'il y a jusque dans le christianisme très peu de chrétiens qui aient vraiment la foi. Chrétiens de nom, sans l'être

en effef.Mais supposant qu'ils aient la foi, la réponse est qu'on peut avoir la foi, et agir contre les lumières et les maximes de la foi. Or la foi alors, bien loin de nous sauver, nous condamne.

Deuxième partie. La foi nous condamne. Mais pourquoi et comment nous condamne-t-el!e ? '

i. Pourquoi la foi nous condamne-t-el!e? Parceque nous ne vivons pas selon ses maximes, et que vivant alors dans le désordre, 1° nous la retenons captive dans l'injustice, selon l'expression de saint Paul ; 2° nous lui enlevons le plus beau fruit de sa fécondité, qui sont les bonnes œuvres ; 5° dans le sentiment de l'apôtre saint Jacques, nous la faisons enfin mourir elle-même au milieu de nous.

2. Comment li foi, au jugement de Dieu, nous condamnera-t-elle ? En nous convaincant de trois choses : i° que nous pouvions vivre en chrétiens; 2° que nous devions \ivre en chrétiens ; 5e- que nous n'avons vécu rien moins qu'en chrétiens.

Conclusion. II faut, ou que la foi nous sauve, ou qu'elle nous condamne. Entre ces deux extrémités, point de milieu. C'est à nous de choisir lun ou l'autre: mais y a-t-il là-dessus à délibérer? Pensons souvent aux accusations que la foi formera contre nous. Voilà ce que nous devons prévenir, el à quoi nous devons nous préparer tous les jours de notre vie.

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