LE QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE
SïIIÎ LES AFFLICTIONS DES JUSTES ET LA PROSPERITE DES PECHEURS.
Sujet. Jésus étant entré dans une barque, ses disciples le suivirent ; cl aussitôt il s'éleva sur la mer une grande tempête, en sorte que la barque étoit couverte de fois. Lui cependant dormoit; et ses disciples le réveillèrent, en lui disant: Seigneur, sauvez-nous; nous allons périr! Jésus leur répondit: Pourquoi craignez-vous, hommes de peu de foi ?
Voilà une image bien naturelle de ce qui se passe tous les jours à l'égard des Justes. Tandis que les pécheurs sont dans la prospérité,, les Justes souvent sont accablés d'afflictions et de misères. Or il Faut là-dessus les rassurer et les consoler.
Division. Dans les afflictions des Jusies et la prospérité des pécheurs, il n'y a rien qui doive ni qui puisse ébranler cotre foi, première partie. Il y a même de quoi établir et confirmer notre foi, deuxième partie.
Première partie. Dans les afflictions des Justes e( la prospérité des pécheurs, il n'y a rien qui doive ni qui puisse ébranler notre foi. C'est assez que nous sachions que Dieu a ainsi réglé les choses, pour nous y soumettre et n'en point prendre de scandale. Or nous avons mille preuves qui nous montrent que rien n'arrive que par la conduite de la Providence.
Cette conduite de Dieu n'est pas néanmoins si obscure et si cachée, que nous n'en puissions découvrir quelques raisons qui suffisent pour la justifier, et les voici.
1 . Dieu veut éprouver ses élus, et leur donner occasiou de lui marquer par leur constance leur fidélité. C'étoit la réponse que faisoit aux infidèles un des plus zélés défenseurs de la loi chrétienne. Dieu nous examine, disoit-il; il sonde le cœur de l'hoinme/par où? par les afflictions. Si Dieu ne met pss l'impie à de pareilles épreuves, c'est qu'il ne le juge pas digne de lui.
2. Dieu veut purifier ses élus de toutes les affections de la terre. Si les prospérités temporelles étoient attachées à la vertu, la plupart ne serviroient Dieu que dans cette vue, et par conséquent ne l'aimeroient pas pour lui-même.
o.Dieu veut assurer le salut de ses élus, et les mettre à couvert du danger inévitable qui se rencontre dausles prospérités du siècle. Car il n'est rien déplus contagieux que les biens de celte vie, et c'est pour cela que Dieu en prive les Justes.
4. Dieu par une aimable violence veut forcer ses élus de se tenir unis à lui, en leur rendant tout le reste amer, et ne ieur offrant partout ailleurs que des objets qui leur inspirent du dégoût. Si le monde eût été à leur égard ce qu'il est à l'égard de tant de mondains, ils c'auroient jamais pensé à Dieu.
5. Dieu veut fournir à ses élus une matière continuelle de combats, aGn que ce soit
pour eux une continuelle matière de triomphe et de mérite. Sans combat point de victoire, et sans victoire point de couronne.
6. Dieu veut punir ses élus en ce monde, afin de ne les point punir en l'autre. Il n'y a point d'homme si juste à qui i! n'échappe des fautes dont il e4 redevable à la justice de Dieu; et Dieu dès maintenant le châtie en père miséricordieux, pour ne le point châtier après la mort en juge sévère.
Voilà donc la Providence justifiée sur le partage des prospériiés et des adversités temporelles entre les Justes et les pécheurs. Car comme Dieu prend soin de ses élus par les adversités qu'il leur envoie, au contraire il se tourne contre les pécheurs par les prospérités mêmes dont il les laisse jouir, et qui les perdent.
Deuxième partie. Il y a même dans les afflictions des Justes et la prospérité des pécheurs de quoijétablir notre foi. Car ce partage nousmontre trois choses, savoir: qu'il y a une autre vie que celle ci, que Jésus-Christ est fidèle dans les promesses qu'il nous a faites, et que Dieu nous sauve selon l'ordre de prédestination qu'il a marqué pour tous les hommes.
\ . Qu'il y a une autrevie que cel'e-ci, et d'autres biens à espérer. Sans cela, comme remarque Guillaume de Paris, où seroit à l'égard des élus la sagesse et la bonté de Dieu? Sans cela, poursuit le mèrne Père, on pourrait dire que les Justes seroient des insensés, et que les impies seroient les vrais sages. Ne vous troublez point, mon Frère, conclut saint Augustin : l'impie a sou temps qui est bien court, mais vous aurez le vôtre qui sera éternel. C'est ce qui consoloit le saint homme Job et io Roi-prophète.
2. Que Jésus-Christ est fidèle dans les promesses qu'il nous a faites, et vrai dans ses prédictions. Il dit a ses disciples, et dans leur personne à tous les Justes : Le monde se réjouira, et vous serez dans la tristesse. Nous voyons cette parole accomplie, et c'est une preuve que l'autre s'accomplira: Votre tristesse sera changée en joie.
o. Que Dieu nous sauve selon l'ordre de prédestination qu'il a marqué. Car il a résolu que nous ne serions sauvés que par une sainte conformité avec Jésus-Christ, son Fils. Ainsi nous le témoigne expressément l'Apôtre.
Il est vrai néanmoins qu'il y a des gens de bien dans la prospérité ; mais il le faut de la sorte, afin que l'état de la prospérité temporelle ne soit pas absolument exclu du royaume de Dieu. De pus, si les Sainls se sont vus dans une prospérité humaine, c'est ce qui les fai-oit trembler. Enfin, sans quitter leur condition, ils savoient bien, sous les dehors d'une condition aisée et commode, garder toutes les pratiques de l'abnégation chrétienne.
Il est encore vrai qu'on a vu et qu'on voit des pécheurs dans les mêmes adversités que les Justes. Mais sans examiner tontes les raisons que Dieu a de ne vouloir pas que le vice toujours prospère, c'est assez d'avertir ces pécheurs que leurs afflictions sont pour eux des grâces de Dieu, et les grâces les plus précieuses s'ils en veulent profiter.