‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 142 sur 164 · SUR LA SOCIÉTÉ UES JUSTES AVEC LES PÉCHEURS · texte numérisé non relu

SUR LA SOCIÉTÉ UES JUSTES AVEC LES PÉCHEURS

Sujet. Tandis que les gens dormoient, l'ennemi vint, et sema de l'ivraie parmi le bon

grain.

Les pécheurs sont dans cette vie parmi les Justes comme l'ivraie parmi le bon grain, et il est important que les Justes soient instruits de la manière dont ils doivent se comporter, et qu'ils sachent quelle tociéié ils peuvent avoir avec les pécheurs.

Division. Nous devons demeurer avec les pécheurs comme Dieu y demeure. Or Dieu n'est avec les pécheurs que par la nécessité de son être, et nous ne devons demeurer avec eux que par la nécessité de notre état, première partie. Dieu tire sa gloire des pécheurs, et travaille en mèrne temps à leur salut : et c'est ainsi que nous devons rendre notre commerce avec les pécheurs également profitable pour nous et pour eux-mêmes, deuxième partie.

Première partie. Dieu n'est avec les pécheurs que parla nécessité de son vire, et nous ne devons, demeurer avec eux que par la nécessité de noire état, A entendre

7âO ANALYSES DES SERMONS.

parler l'Ècriture/oa diroit que Dieu n'est pas avec les pécheurs, et qu'il y est. Il n'y est pas comme ami par une protection spéciale, et par !a communication de ses dons; imâs il y est comme Dieu créateur qui doit veiller au gouvernement du monde et conduire toutes les créatures. Il y est par son immensité divine, dont il ne peut se dépouiller, et qui le rend partout présent. Admirable idée de la conduite que nous devons observer à l'égard des libertins du siècle. Vivons avec eux autant que nous y sommes obligés ; car il y a certaines liaisons qu'il ne nous est pas permis de rompre : mais du reste, dès que nulle nécessité ne nous rt tient auprès d'eux, séparons-nous-en et fuyons-les. Ainsi l'ordonnoit saint Paul aux chrétiens de Thessalonique, et ainsi le praliquoit David. Ainsi Dieu lui-même le commandoit en termes formels aux enfants d'Israël, leur défendant tout commerce avec les nations infidèles. Nous devons donc faire dès maintenant ce qui se fera à la résurrection générale, où les élus seront séparés des réprouvés ; et c'est en cela que consiste par avance la gloire et la perfection des Justes sur la terre. Exemple d'Acham et de Judas. Voilà pourquoi l'Eglise excommunie certains pécheurs. Si elle ne lance pas ses foudres sur les autres, ce n'est pas qu'elle nous permette de les fréquenter ; et indépendamment des anathèmes de l'Eglise, nous ne pouvons nous lier avec les impies, 1° sans devenir coupables d'un mépris exprès de Dieu; 2° sans devenir le scandale de nos frères; 3° sans devenir ennemis de nous-mêmes, en nous perdant nous-mêmes.

\ . C'est mépriser Dieu , puisque c'est s'unir avec ses ennemis. Exemple de Josaphat.

2. C'est scandaliser le prochain : car que peut-on penser d'un homme ou d'une femme qu'on voit toujours en certaines compagnies et avec des gens décriés?

5. C'est se perdre soi-même , ou s'exposer à se perdre : car qui ne sait pas combien les mauvaises compagnies sont dangereuses? Exemple des Juifs. Défense de l'Église. Passage de Tertullien. Si nous examinons bien quel est le principe de la corruption du siècle , nous n'en trouverons point de plus commun que les sociétés et les conversations du monde profane.

Deuxième partie. Dieu tire sa gloire àes pécheurs, et travaille en même temps à leur salut ; et c'est ainsi que nous devons rendre notre commerce avec les pécheurs également profitable pour nous et pour eux-mêmes.

\ . Que Dieu tire sa gloire des pécheurs , c'est ce que prouve saint Augustin en faisant voir comment Dieu s'est servi desinGdèles pour opérer les merveilles de sa grâce, des hérétiques pour éclaircir les vérités de la religion , des schismatiques pour établir la perpétuité de son Église , et des Juifs pour rendre témoignage à Jésus-Christ. Il s'est servi des Romains pour exercer ses vengeances sur Jérusalem, et àes tyrans pour avoir des martyrs sur la terre et des Saints dans le ciel. Quand doue nous nous trouvons nécessairement engagés avec les pécheurs , nous devons de même en profiter pour notre sanctification et notre perfection. Car quelles occasions ne nous fournissent-ils p3s de pratiquer la patience, la charité, l'humilité, les plusémineutes vertus? Mais nous renversons là-dessus tous les desseins de la Providence. Une femme vivant avec un mari emporté et vicieux pourroit, par sa douceur et sa soumission, acquérir des mérites sans nombre; mais elle perd tout par ses murmures et ses révoltes. Ainsi des autres. Et il ne faut point dire que dans un auire état on travailleroit mieux à se sanctifier. On ne le peut mieux faire que dans l'état qui nous est marqué de Dieu , pareeque c'est pour cet état qu'il nous a préparé les secours de sa grâce , et que c'est dans cet élat que nous lui donnerons de plus solides témoignages de notre fidélité.

2. Dieu tirant sa gloire des pécheur?, pense en même temps à leur salut. Il les appelle à lui, il les invite à la pénitence , il leur en procure les moyens. Voilà comment nous devous , en profitant des pécheurs pour nous-mêmes, profiter nous-mêmes aux pécheurs. Devoir général : la charité nous oblige tous, comme chrétiens, de nous aider les uns les autres par de salutaires conseils, de sages remontrances, de bons exemples. Devoir particulier et spécialement propre de certains états : c'est à un père de corriger un fils entraîné par le feu de ses passions, à une mère de corriger une fille, à un maître de corriger un domestique. Devoir encore plus particulier pour les pécheurs eux-mêmes , lorsqu'ils ont eu le bonheur de se reconnoître : ils doivent

liicher de gagner autant d'ames à Dieu par leur zèle, qu'ils en ont perdu par leurs scandales.

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