LE SIXIÈME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE
SI a LA SAINTETÉ ET LA FOBCE DE LA LOI CHRÉTIENNE.
Sujet, te royaume des deux est semblable à un grain de sénevé, qu'un homme prend, et sème dans son champ. C'est le plus petit grain de toutes les semences; mais lorsque ce grain a jwussé. il s'élève au-dessus de toutes les autres plantes, et il devient arbre.
Voilà , selon saint Jérôme et tous les interprètes, la figure de la loi chrétienne. Rien de plus pelit dans son commencement, et rien de plus étendu daus son progrès.
Division. Saiuteté de la loi chrétienne, première partie. Force de la loi chrétienne, deuxième partie. Donc loi chrétienne, loi toute divine.
Première partie. Sainteté de la loi chrétienne dans son auteur, dans ses m.iximes , dans ses conseils , dans ses sectateurs , dans ses myslères.
i. Dans sou auteur. C'est Jésus-Christ, la saiuteté même. Quels auteurs ont eus les autres lois, et qu'étoit-ce par exemple qu'un Mahomet? Quels auteurs out eus les hérésies , et qu'étoit-ce qu'un Luther, un Calvin ?
2. Dans ses maximes. Quoi de plus pur et de plus sublime? C'est cette loi sainte, dit Lactance, qui a éclairci toutes les lois de la nature, qui a mis la dernière perfection à toutes les lois divines, qui a autorisé toutes les lois humaines , et qui a détruit sans exception toutes les lois du vice et du péché. Au contraire, les lois païennes ont toléré tous les crimes ; et à quelle licence les hérésies ont-elles porté?
3. Dans ses conseils. Qu'est-ce que cette pauvreté évangélique qu'elle nous propose? Qu'est-ce que ce renoncement volontaire à tous les plaisirs des sens?
4. Dans ses sectateurs. Il n'y a qu'à lire daus saint Luc quelle étoit la vie des premiers fidèles. Il n'y a qu'à consulter toutes les histoires saintes. Il n'y a qu'à considérer tous les états du christianisme, où l'on a vu et où l'on voit encore tant de Saints. Ce n'est pas qu'il n'y ait des chrétiens très corrompus; mais la religion chrétienne n'est point responsable de leur libertinage et de leur corruption, car elle est la première à les condamner.
5. Dans ses mystères. A quelle pureté de mœurs ne nous engagent-ils point, dès que nous nous soumettons à les croire? A quelle perfection ne nous élèvent- ils point?
La loi chrétienne est donc une loi sainte, et de quelle sainteté? d'une sainteté solide, agissante, universelle, sage, patiente, religieuse envers Dieu, charitable envers le prochain , sévère pour elle-même. De là concluons deux choses : que la sainteté de cette loi es.t un des motifs les plus puissants pour nous y attacher ; et que la sainteté de cette même loi est notre confusion et notre condamnation , si nous ne travaillons pas à nous sanctifier.
Deuxième partie. Force de la loi chrétienne. Cette fcrce toute divine a paru dans l'établissement et la propagation du christianisme. De quoi s'agissoit-il quand Jésus- Chrht vint prêcher au monde une loi nouvelle ? Il étoit question d'abolir toutes les superstitions du paganisme, et d'établir une loi austère et mortifiante, une loi contraire à toutes les inclinations de la nature. Que falloit-il pour en venir à bout? Il falloit surmonter la puissance des souverains , la sagesse des politiques , la cruauté des tyrans , le zèle des idolâtres, l'impiété des athées. Si Jésus-Christ, dit saint Augustin, en eût conféré avec un des philosophes de ce ttmps-là , ce philosophe n'eût-il pas traité cette entreprise de chimère et de folie? Voilà néanmoins ce qui s'est fait, et c'est la merveille que nous voyons.
Il n'y a que la loi chrétienne qui se soit établie par des principes où toute la raison de l'homme se perd , et parmi les plus violentes persécutions. Mais il le falloit ainsi , afin que les peuples connussent que c'étoit la loi de Dieu et l'œuvre de Dieu.
Nous voyons encore de nos jours ce même prodige se renouveler parmi les nations étrangères et les infidèles; ctsurcela nous pouvons bien féliciter l'Eglise comme la féli- B. % 46
(itoit le prophète sous le nom de Jérusalem.Toutes les religions païennes se sont éiablies par la licence des mœurs, et les hérésies par la violence , par le fer et le feu. La religion chrétienne n'a point eu d'autres armes ni d'autres moyens que la parole de Dieu , l'innocence de la vie et la patience.
De là quatre conséquences comprises en quaîre mots : reconnoissance, étonnement, réflexion, résolution.
i . Reconnoissance envers Dieu , qui nous a choisis et fait naître dans la loi chrétienne.
2. Étonnement , de ce qu'une loi si puissante et si agissante opère si peu dans nous.
5. Réflexion. Que nous sert de professer une loi dont la vertu est toute puissante, lorsqu'à noire égard toute cette vertu se trouve inutile et sans effet?
4. Résolution de vivre désormais en chrétiens, et de laisser agir en nous toute la vertu de la loi que nous avons embrassée.