LE DIMANCHE DE LA SEPTUAGÉSIME
Sujet. Étant sorti vers Vonzième heure du jour, il en trouva encore d'autres qui ètoient là, et il leur dit . Comment demeurez-vous ici tout le jour sans rien faire ?
L'oisiveté ne passe dans le monde que pour un péché léger, mais c'est devant Dieu un péché très grief.
Division. Nous sommes tous obligés au travail, et en qualité de pécheurs, première partie; et en qualité d'hommes attachés par état à une condition de vie, deuxième partie.
Première partie. Nous sommes tous obligés au travail en qualité de pécheurs; car le travail est la peine du péché. Peine salisfactoire, et peine préservative.
1. Peine satisfactoire. Dieu imposa le travail au premier homme, comme le châtiment de son péché; et cette loi s'est étendue à toute la postérité d'Adam, sans nulle exception d'états, pareeque nous sommes tous pécheurs. Quand donc nous menons une vie oisive, nous tombons dans une seconde révolte contre Dieu. La première a été notre péché, et la seconde est la fuite du travail qui en doit être la punition. Voilà néanmoins quelle est la vie du monde. On passe les années à perdre la chose la plus précieuse, qui est le temps, et le temps de la pénitence. Je suis riche, dit-OD; et qu'aije affaire de travailler? Mais, quoique riche, vous êtes pécheur. Je suis d'une qualité et dans un rang où le travail ne me convient pas : il vous convient partout, puisque partout vous êtes pécheur. Le travail est ennuyeux : prenez cet ennui par pénitence.
2. Peine préservative. De combien de péchés l'oisiveté est-elle la source ? C'est le travail qui nous en préserve. Exemple des Juifs, de David, de Salomon. C'est pour cela que les Pères du désert enjoignoient si fortement le travail aux solitaires ; et c'est de là même que la vraie piété et rinnocence des mœurs ne se rencontrent presque plus que dans ces conditions médiocres qui subsistent par le travail.
Deuxième partie. Nous sommes tous obligés au travail en qualité d'hommes attachés par état à une condition de vie. Car toute condition est sujette à certains devoirs dont l'accomplissement demande du travail et de la peine; et plus une condition est relevée dans le monde, plus elle a de ces engagements auxquels il est imposable de satisfaire sans uue application constante et assidue. Cela se voit assez par l'induction qu'on peut faire de tous les états de la vie.
Dieu l'a ainsi ordonné pour deux raisons, surtout à l'égard des conditions plus relevées : 1° afin que les dignités et !es conditions honorables ne devinssent pas les sujets de notre vanité; 2° afin qu'elles ne servissent pas à exciter notre ambition.
Concluons donc deux choses : qu'il n'y a point d'état où l'oisiveté ne soit un crime, et qu'elle l'est encore plus dans les étais supérieurs aux autres. Y a-t-il en effet un état où l'on puisse être oisif sans manquer aux devoirs de conscience les plus essentiels; tt comme les états supérieurs ont des devoirs plus importants, n'en est on pas d'au-
tant plus criminel, lorsque l'oisiveté les fait négliger? C'est pervertir l'ordre des choses, c'est être infidèle à la Providence, c'est déshonorer son état , et par une suite nécessaire c'est se damner. Exemple de l'empereur Valenlinien.