LE DIMANCHE DE LA SEXAGÉSIME
SUa LA PAROLE DÉ DIEU.
Sujet. Le bon grain, c'est la parole de Dieu.
Sommes-nous de cette bonne terre où le bon grain de la parole de Dieu fructifie? Si cette divine parole est si stérile , il ne faut point s'en prendre à Dieu, mais aux mauvaises dispositions de ceux à qui on l'annonce.
Division. La parole de Dieu nous est inutile, pareequ'on ne la reçoit pas comme parole de Dieu : première partie. Et dès que par notre faute cette sainte parole nous est inutile, elle devient le sujet de notre condamnation devant Dieu: deuxième parlie.
Première partie. La parole de Dieu nous est souvent inutile , pareequ'on ne la reçoit pas comme parole de Dieu. Il faut d'abord poser ce principe, que Dieu parle par la bouche de ses prédicateurs. Point de controverse en faveur des nouveaux convertis.
Puisque c'est la parole de Dieu qu'annoncent les prédicateurs, suivent de là trois grandes conséquences : 1° que nous devons donc écouter les prédicateurs de l'Évangiîe , comme Dieu même; 2° que si je reçois la parole de Dieu cjmme parole des hommes, je ne satisfais pas au précepte positif que ma religion m'Impose d'écouter la parole de Dieu; 3° que d'entendre cette parole de Dieu comme parole de l'homme, c'est la rendre inutile, et voilà de quoi présentement il s'agit. La preuve en est fondée sur deux principes indubitables : le premier est, que la force toute puissante de la parole de Dieu ne lui convient pas en tant qu'elle procède de l'homme, mais en tant qu'elle est de Dieu : le second, c'est que la parole de Dieu n'opère en nous que selon la manière dont elle y est reçue. Vous ne la recevez que comme parole de l'homme , elle n'agira que comme parole de l'homme. Or rien de plus foible que la parole de l'homme. Exemple des Juifs et des apôtres. Ne nous étonnons donc point de ce que la parole de Dieu nous profite si peu : c'est qu'on ne l'entend que comme parole des hommes; c'est-à-dire qu'on l'entend, i° par coutume et par une espècede passe-temps; 2° par un esprit de malignité et de censure; 5° par une curiosité vaine et tout humaine.
Deuxième partie. Dèa que par noire faute la parole de Dieu nous est inutile, elle devient le sujet de notre condamnation devant Dieu. Car se rendre inutile une parole si efficace en elle-même , 1° c'est un péché; 2° c'est s'ôter, par ce péché particulier, toute excuse dans îous les auires péchés.
\ . C'est un péché, pareeque la parole de Dieu est un moyen de salut, et un.des premiers moyens. Or, puisqu'il nous est ordonné de travailler à noire salut, manquer par sa faute un tel moyen, c'est incontestablement un péché. Quel fut le péché des Juifs? de ne s'être pas soumis à la parole de Dieu. Cependant de tous les péchés en est-il un que l'on connoisse moins ? On ne s'en fait nul scrupule : mais il y a néanmoins de quoi nous faire trembler.
2. C'est s'ôter, par ce péché particulier, toute eicuse dans tous les autres péchés. Car à quoi se réduisent toutes nos excuses? ou à l'ignorance, ou à la foiblesse. Or la parole de Dieu est un moyen pour nous instruire et pour nous fortifier. Nous ne pouvons donc plus dire ce qu'on dit néanmoins sur tant de sujets : Je ne le savois pas , ou je ne le pouvons pas. La parole de Dieu étoit un moyen pour le savoir et pour le pouvoir : et c'éloit le moyen le plus puissant, le plus présent, le plus gratuit, et d'une préférence plus marquée.