‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 147 sur 164 · LE DEUXIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES · texte numérisé non relu

LE DEUXIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES

Sujet. Jésus dit aux pharisiens : Je suis le bon pasteur.

Les maîtres sont comme les pasteurs de leurs familles, et en particulier de leurs domestiques, à la sanctification desquels ils doivent travailler.

Division. Trois grands intérêts imposent aux maîtres une loi étroite et inviolable de s'employer au salut de leurs domestiques , savoir : l'intérêt des domestiques mêmes , première partie; l'intérêt de Dieu, deuxième partie; l'intérêt des maîtres, troisième partie.

Première partie. L'intérêt des domestiques. Un maître est constitué de Dieu pour gouverner ses domestiques. Or tout gouvernement , même temporel , n'est établi sur la terre que pour conduire les hommes à leur dernière fin , qui est le salut. Loi commune aux rois et à toutes les puissances ordonnées de Dieu. Si donc un homme ayant «ous soi des domestiques ne les regardoit que par rapport à soi-même, et que du reste il ne fût point en peine de la manière dont ils se conduisent, dès-là il seroit dans une disposition criminelle. Le pouvoir d'un maître n'est qu'une émanation du pouvoir de Dieu. Par conséquent un maître doit user à peu près de son pouvoir, comme Dieu use du sien. Or Dieu n'use de son pouvoir que pour notre sanctification et pour notre salut. De là cette belle leçon de saint Paul : Obéissez à vos maîtres ; car ils sont charges de veiller sur vous, comme devant rendre compte de vos âmes.

Ainsi un maître, pour la sanctification de ses domestiques, leur doit surtout trois choses : l'instruction, l'exemple, et une charitable correction. Mais combien de maîtres en sont au contraire les corrupteurs, 1° par les engagements et les occasions de péché où ils les jettent , en les rendant complices de leurs désordres ; 2° par les exemples pernicieux qu'ils leur donnent ; 5° par une ignorance criminelle de leurs déportements et de leur conduite; 4° par une indulgence molle et une lâche tolérance qui les autorise dans leurs vices?

Deuxième partie. L'intérêt de Dieu. Toute puissance vient de Dieu , et ne doit être employée que pour Dieu. Or qu'est-ce que de l'employer pour Dieu, si ce n'est de l'employer à faire servir et glorifier Dieu? Mais quelle est sur cela l'injustice des maîtres ? C'est qu'ils n'emploient leur pouvoir qu'à se faire servir eux-mêmes. Désordre que saint Augustin reprochoit si éloquemment aux magistrats de Rome , qui souffroient que leurs poètes jouassent publiquement les dieux , et qui leur défendoient , sous de grièves peines, d'attaquer la réputation d'un citoyen romain. Désordre que saint Bernard déploroit aussi très-amèrement , et qui allumoit tout son zèle.

Zèle qui a été de tout temps le caractère des serviteurs de Dieu et des vrais chrétiens. Exemple des premiers fidèles, de ce maître dont Jésus-Christ avoit guéri le fils, du grand Constantin et de saint Louis. D'où leur venoit le zèle qu'ils faisoient voir à tenir dans l'ordre et dans la règle ceux qui leur étoient soumis? de l'esprit de religion et de foi dont ils étoient animés. Et ceci servira à nous faire entendre cette parole de l'Apôtre , que quiconque ne s'applique pas à former ses domestiques et à les élever dans la crainte de Dieu , doit être regardé comme un homme qui a renoncé la foi, et pire même qu'Hn infidèle. Car il n'a pas une des marques les plusordinaires du christianisme, et il montre moins de zèle pour le vrai Dieu que les païens mêmes pour leurs fausses divinités. Et il ne faut point dire que dans une maison on a bien de la peine à réduire des esprits difficiles, et portés au libertinage. Quand vons parlerez de Dieu à des domestiques, et que vous leur en parlerez avec une charité soutenue de l'autorité, ils vous écouteront.

Troisième partie. L'intérêt des maîtres. Dans l'obligation que Dieu leur a imposée

de veiller Sur la conduite de leurs domestiques, ils trouvent deux avantages : l'un spirituel, l'autre temporel. Avantage spirituel : cette obligation est un puissant contrepoids pour réprimer l'orgueil qu'inspire l'autorité. Car, selon la remarque de saint Augustin, de ssint Grégoire et de saint Bernard, les maîtres deviennent ainsi comme les serviteurs de leurs serviteurs mêmes. Avantage temporel : les maîtres, en réglant les mœurs de leurs domestiques , établissent la subordination , la paix , la concorde, la Mireté dans leurs maisons, et n'est-ce pas ce qui en fait le bonheur ? Mais où voit-on de ces maisons ? et pourquoi y en a-t-il si peu? c'est qu'il y a peu de maîtres qui travaillent à entretenir parmi leurs domestiques le culte de Dieu et la piété. Exemple de la femme forte.

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