LE TROISIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES
Sujet. Je vous le dis en vérité : Vous pleurerez , vous serez dans l'affliction , et le
monde se réjouira.
Quel partage! les Justes dans l'affliction, et le monde dans la joie. Mais ce qui doit consoler les Justes, c'est que leur tristesse se tournera en joie ; et ce qui doit faire trembler les moudains , c'est que leurs fausses joies et leurs vains divertissements n'aboutiront qu'à un malheur éternel.
$ Division. La plupart des divertissements du monde sont condamnables, pareequ'ils sont presque tous , ou impurs et défendus dans leur nature , première partie; ou excessifs dans leur étendue, deuxième partie; ou scandaleux dans leurs effets, troisième parîie.
Première partie. Divertissements impurs, et défendus dans leur nature. Comédies, bals, romans. Il ne faudroit d'abord qu'un raisonnement pour nous engager à nous interdire ces sortes de plaisirs : c'est que ce sont au moins des divertissements suspects, et que l'on ne doit pas pour si peu de chose risquer son salut.
Mais il y a plus : ce sont des divertissements criminels et expressément défendus. 1° Comédies et bals. Nous avons sur cela les plus sévères ordonnances de l'Église et les plus rigoureuses décisions des Pères , et de tous les Pères , dans tous les temps , et pour toutes personnes. Ces témoignages ne doivent-ils pas l'emporter sur celui de quelques mondains sans étude et sans autorité ? Et ne sait-on pas d'ailleurs combien ces spectacles et ces assemblées profanes font naître d'idées et de sentiments impurs ? 2. Romans. Rien de plus propre à dessécher la piété et à corrompre un cœur, que ces livres empestés. L'expérience le montre bien , et la confession de ceux qui les ont lus en est une preuve sensible. A quoi tendent ces histoires romanesques? à inspirer l'amour. Mais, dit-on, il ne s'agit en plusieurs que d'un amour honnête : erreur. Appelez-vous amour honnête , celui qui possède un homme et qui l'enchante , jusqu'à le rendre idolâtre de la créature aux dépens du créateur? Mais ces livres apprennent le monde. Est-il donc si nécessaire de savoir le monde , qu'on doive pour cela exposer l'innocence de son ame, et la perdre? Avis aux pères et aux mères qui, sous prétexte de former leurs enfants, leur permettent des lectures et les mènent à des assemblées et à des spectacles où leurs cœurs, déjà trop sensibles, achèvent de se pervertir.
Deuxième partie. Divertissements excessifs dans leur étendue : surtout le jeu. Trois excès : excès dans le temps qu'on emploie au jeu ; excès dans la dépense qu'on y fait; excès dans l'attachement et l'ardeur avec laquelle on s'y porte.
\ . Excès dans le temps qu'on y emploie. Combien d'hommes et de femmes y passent presque toute la vie ? Ce jeu n'est pas absolument criminel en lui-même, s'il est pris modérément et pour une récréation honnête et passagère ; mais ce qui en fait le crime, c'est la continuité.
2. Excès dans la dépense qu'on y fait. Dépense qui empêche de payer des dettes, de satisfaire des domestiques, de pourvoiraux besoins d'une maison, d'élever des enfants, d'assister les pauvres. Mais après tout, dit-on, la dépense de mon jeu est assez modique et très commune. Elle peut être modique en soi, et considérable par rapport à
vous et à votre état. On a bonne grâce à se plaindre du malheur des temps, lorsqu'on ne retranche rien de son jeu, ou qu'on n'en retranche pas assez ! A quoi se portent une femme, un jeune homme, pour avoir de quoi y fournir?
3. Excès dans l'ardeur avec laquelle on s'y attache. De là les dépits, les chagrins, les emportements, les blasphèmes. Ce n'est pas qu'on n'affecte communément au-dchors un air serein; mais sous ces dehors tranquille», quels troubles dans l'ame!
Troisième paiitie. Divertissements scandaleux dans leurs effets. Jésus-Christ veut que nous arrachions notre œil et que nous coupions notre main, si ce sont pour nous des sujets de scandale. À combien plus forte raison devons-nous nous priver des divertissements qui, tout honnêtes qu'ils sont en eux-mêmes, nous deviennent des occasions de péché. Or il y en a de cette sorte : par exemple, la promenade. Rien de plus indifférent en soi ni de plus innocent que la promenade; mais combien néanmoins y en a-i-il de suspectes, combien d'ouvertement mauvaises ?
Scandale d'autant plus à craindre qu'on eu voit moins 1(3 danger. Mais nous savons ce qu'en ont pensé les Pères de l'Église, et ce qu'ils ont là-dessus recommandé, surtout aux jeunes personnes. Combien d'hommes et de femmes, s'ils vouloient parler de bonne foi, reconnoîtroient que ce sont certaines promenades qui les ont perdus?
Mais faut-il se passer de tout divertissement? Deux réponses : 1° Tout divertissement qui a l'un de ces trois caractères que j'ai marqués, vous devez l'avoir en horreur; 2° il y a des divertissements honnêtes, sans excès et sans danger : voilà ceux qui vous sont accordés. Réjouissez- vous, dit l'Apôtre, mais réjouissez-vous dans le Seigneur.