LE QUATRIEME DIMANCHE APRÈS PAQUES
Sujet. Quand cet esjyrit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité.
II n'y a rien dont nous fassions un plus criminel abus que de la vérité. Il est important que nous apprenions l'usage que nous en devons faire.
Division. Il y a une vérité qui nous reprend, et il y en a une qui nous flatte, Or, de toutes les vérités, il n'en est point que nous devions plu3 aimer que la vérité qui nous reprend , première partie : et il n'en est point que nous devions plus craindre que la vérité qui nous flatte, deuxième partie.
Première partie. De toutes les vérités îl n'en est point que nous devions plus aimer que la vérité qui nous reprend. Pourquoi? Quatre raisons.
\ . Parceque c'est cette vérité qui nous donne la connoissance de nous-mêmes. Quelque éclairés que nous soyons, et quelque soin que nous prenions de nous connoitre, il y a dans nous mille défauts qui nous échappent, Mais c'est en nous reprenant qu'on nous les découvre. Exemple de Germanicus.
2. Parceque cette vérité est la plus eifiescs pour nous corriger. Elle nous fait rentrer dans nous-mêmes par la connoissance, et elle nous en fait sortir parla pénitence. Une vérité dite à propos suffit, en telles conjonctures, pour nous retirer d'une habitude vicieuse. On en est troublé d'abord; mais enfin la vérité digérée par un esprit solide agit dans son temps.
3. Parceque c'est cette vérité qu'on a plus de peine à nous dire, et qu'on affecte plus de nous cacher. Rien de plus rare qu'un ami assez sincère pour nous avertir et nous reprendre. Et cela est surtout vrai à l'égard des grands. Cette vérité qui nous reprend nous en doit donc être d'autant plus précieuse.
4. Parceque cette vérité ne part que d'un zèle pur, généreux et désintéressé. Car il n'est point de commission plus fâcheuse que dédire à un homme une vérité désagréable. D'où il s'ensuit qu'on doit l'écouter avec plus de docilité et plus de rteonnoissance. Exemple de Baltasar à l'égard de Daniel. Mais que faisons-nous? Dès que la vérité nous reprend, nous la haïssons, nous nous révoltons contre elle. Exemple d'A chab à l'égard du prophète Michée. Nous ne voulons pas même l'entendre de la bouche des prédicateurs, et dès qu'elle nous devient personnelle, nous la condamnons.
Deuxième paiitie. De toutes les vérités il n'en est point que nous devions plus craindre que la vérité qui nous flatte. Pourquoi ? Deux raisons.
1. Parceque, dans l'usage du siècle, ce qui nous flatte est ordinairement ce qui nous trompe. En effet, qu'est-ce que la plupart des louanges, dans le style du monde? des mensonges officieux. Cependant un homme s'enivre de ce vain encens, et se croit tout îiutre qu'il n'est. Voilà quelle fut la source de l'idolâtrie païenne; et à cette idolâtrie une autre a succédé jusque dans le christianisme. On ne dit plus aux grands et aux riches qu'ils sont des dieux; mais on leur dit qu'ils ne sont pas comme les autres hommes, et ils se le persuadent. On idolâtre de la même manière une femme, un ami, et ou les séduit. Qu'est-ce que cet usage d'éloges et d'actions puhliques, d epitres à la tète d'un livre, d'oraisons funèbres dans le lieu saint? Par l'abus qu'on en fait, n'est-ce pas un débit, souvent mercenaire, de louanges excessives dont on infatué les hommes ? Cependant ces hommes protestent que ce qu'ils ont le plus en horreur, c'est d'être trompés. On ne veut pas l'être, mais ou veut tout ce qu'il faut pour l'être. Sur cela que répondrons-nous à Dieu, lorsqu'il nous reprochera que pour avoir trop recherché les vérités flatteuses, nous n'avons trouvé que l'imposture?
2. Parceque ce qui nous flatte nous corrompt : et cela en deux manières. 10 En nous iuspirant un orgueil secret, qui anéantit devant Dieu tout le mérite de ce que nous sommes ; 2° en diminuant et affoiblissant en nous le zèle de notre perfection, qui, bien entretenu, vaudroit mieux pour nous que lous les avantages que nous possédons. Attachons-nous donc à ces deux importantes maximes : aimons la vérité qui nous reprend, et défions-nous de la vérité qui nous flatte.