‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 151 sur 164 · SUR LE ZÈLE POUR LA DÉPENSE DES INTERETS DE DIEU · texte numérisé non relu

SUR LE ZÈLE POUR LA DÉPENSE DES INTERETS DE DIEU

Sujet. Quand il sera venu, ce consolateur que je vous enverrai du sein de mon Père, lui qui est l'esprit de vérité qui procède du Père , il rendra témoignage de moi : et vous aussi vous en rendrez témoignage.

Les apôtres ont rendu témoignage à Jésus-Christ en prêchant sa loi ; et , sans être appelés au même ministère, nous devons tous rendre témoignage à Dieu, en défendant sa cause dans les rencontres, et ses intérêts.

Division. On abandonue les intérêts de Dieu , ou par une fausse prudence, ou par une lâche foiblesse. Prudence réprouvée dans les uns, première partie. Foiblesse très préjudiciable dans les autres : deuxième partie.

Première partie. Prudence réprouvée : car c'est une prudence dont Dieu se tient

déshonoré , que le monde môme n'approuve pns, qui fait le scandale de la religion, et qui autorise l'impiété.

1 . Prudence dont Dieu se tient déshonoré : car il est de sa grandeur d'être servi par des hommes qui fassent gloire d'être à lui , et que ses intérêts ne soient jamais balancés par nul autre intérêt. De là eetre obligation indispensable pour tout homme chrétien de professer sa foi, même aux dépens de sa vie. A'nsi, par proportion, sommesnous obligés en mille occasions de nous déclarer pour Dieu. Sans cela nous lui faisons injure, et la parole de Jésus-Christ se "vérifie en nous : Celui qui n'est pas pour moi est contre moi. Exemple de David.

2. Prudence que le monde même n'approuve pas. Un ami seroit regardé dans le monde comme uq lâche, si dans une affaire il manquoit à son ami; un sujet seroit traité de rebelle, si dans une guerre il ne prenoit pas le parti de son prince. Jl ne faut donc que les règles du monde pour condamner noire indifférence sur ce qui concerne la cause de Dieu.

o. Prudence qui fait le scandale de la religion : pareeque, dans l'opinion commune, cette indifférence pour la cause de Dieu est prise et interprétée comme une aliénation secrète des intérêts de Dieu. A peine démêle-t-on clans le monde un homme indifférent poar Dieu, d'un libertin qui est formellement et expressément contre Dieu. La raison est que le libertinage n'osant tout-à-fait lever le masque , il ne se produit guère au-dehors que par une telle indifférence; d'où les foibles tirent un sujet de scandale. Et c'est ce qui alluma autrefois le zèle du prophète Élie. Pourquoi délibérez-vous ? disoit-il aux Israélites. Si le Seigneur est votre Dieu , que ne parlez-vous pour lui?

4. Prudence qui autorise l'impiété. Le libertinage ue demande point précisément d'être applaudi : mais c'est beaucoup pour lui d'être toléré. Avec cela il prend bientôt racine et se fortifie. Mais, dit-on, mon zèle ne servira qu'à irriter le mal : quand cela seroit, vous auriez toujours fait votre devoir. Mais il faut user de discrétion : il est vrai , pourvu que ce soit une discrétion qui aille toujours au terme où le zèle doit tendre. Mais ce que je dirai fera de l'éclat et du bruit ! ce n'est pas toujours prudence d'éviter l'éclat quand il est nécessaire; il y a une fausse paix plus dangereuse que le trouble. Mais ne faut-il pas ménager le prochain? point de ménagement lorsqu'il y va du service de Dieu. C'est ainsi que les apôtres ont raisonné.

Deuxième pautie. Foiblesse très préjudiciable. Elle nous prive du plus grand honneur que nous puissions prétendre ; elle nous rend odieux et méprisables; elle se dément et se contredit dans nous d'une manière dont la conviction et le remords nous doit être insupportable dès cette vie; enfin elle oblige Dieu à retirer de nous ses grâces, et à nous faire sentir les châtiments les plus sévères de sa justice.

f.EUe nous prive du plus grand honneur que nous puissions prétendre, qui est d'être les défenseurs de la cause de Dieu. C'est par la défense de cette cause de Dieu que tant de grands hommes se sont rendus rccommandables dans l'ancien Testament et dans le nouveau. Vous n'avez pas la même fermeté : Dieu ne se servira point de vous comme il s'est servi d'eux.

2. Elle cous rend odieux et méprisables : à qui ? 1° aux gens de bien, qui ne voient notre infidélité qu'avec une juste indignation ; 2° aux pécheurs mêmes et aux impies , qui découvrent le foible de notre conduite, et s'aperçoivent bien que notre indulgence pour eux n'est que timidité et petitesse d'esprit.

5. Elle se dément et se contredit elle-même d'une manière dont la conviction et le remords nous doit être insupportable dès cette vie. Nous ne manquons de fermeté que lorsqu'il faut en avoir pour les intérêts de Dieu ; et pour nos intérêts propres , nous ne péchons que par trop de îermeté. Pour peu que nous soyons équitables, pouvonsnous entendre sur cela le témoignage de notre cœur, et n'en pas rougir de confusion ?

4. Elle oblige Dieu à retirer de nous ses grâces, et à nous faire sentir les châtiments les plus sévères de sa justice. Ainsi trai!a-t-il Htli, et ainsi en traiîe-t-il bien d'autres.

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