LE DIMANCHE DANS L'OCTAVE DU SAINT-SACREMENT
Sujet. Un homme fit un grand repas, et invita beaucoup de gens. Quand l'heure du repas fut venue , il envoya son serviteur dire aux conviés de venir : mais ils commencèrent tous à s'excuser.
Voilà comment on se comporte à l'égard de la communion ; où Dieu nous imite, et dont on s'excuse par une humilité mal entendue. Je suis indigne , dit-on, de fréquenter le sacrement de Jésus-Christ, et mou cœur n'est pas assez pur. Vain prétexte qu'il faut combattre.
Division. La pureté de vie requise pour approcher du sacrement de Jésus-Christ ne doit point être communément ni en soi un obstacle à la fréquente communion : première partie. La fréquence communion est même un des moyens les plus efficaces pour acquérir une sainte pureté de vie : deuxième partie.
Phemière partie. La pureté de vie requise pour approcher du sacrement de Jésus- Christ n'est point communément ni en soi un obstacle à la fréquente communion; car 1 intention du Fils de Dieu a constamment été que les communions fussent fréquentes, puisqu'il nous a donné son sacrement comme une viande, comme un breuvage, comme un pain. Si donc d'ailleurs il nous ordonne de ne nous présenter à sa table qu'avec une conscience nette et pure, cette pureté et cette condition, tout indispensable qu'elle est, ne peut être d'elle-même un titre valable pour ne pas communier souvent. Est ce à dire que, malgré l'état du péché , on doive, pour se conformer aux desseins de Jésus Christ, venir à son autel et recevoir son sacrement? Non; mais c'est-à-dire que, pour fréquenter ce divin sacrement et pour entrer de la sorte dans les vues de Jésus- Christ, nous devons travaillera purifier et à sanctifier notre vie. Si cette obligation nous est un obstacle à la fréquente communion , elle ne l'est que pareeque nous le voulons, et non point par elle-même; car il ne tient qu'à nous, avec le secours de la grâce , d'acquérir cette disposition nécessaire.
Mais pour l'acquérir, cette pureté , il faut du temps : je le veux , pourvu que ce soit un temps qui n'aille pas à l'infini , et qu'on ne cherche pas toujours à le prolonger. Mais de se priver de la commuuion , c'est une abstinence spirituelle qui tient lieu de pénitence ; quelle pénitence , répond saint Ambroise, de se refuser le remède dont on doit attendre sa guérison et son salut! Mais enfin on ne peut être trop parfait pour communier : il est vrai, mais on peut exiger d'abord trop de perfection de ceux qui communient , ou qui désirent cet avantage.
Pour mieux éclaircir ce point , il faut bien distinguer les dispositions nécessaires et absolument suffisantes, des dispositions de bienséance et de surérogation. Quoi qu'on en puisse dire , quiconque est actuellement en état de grâce et sans péché mortel , est dans la disposition de pureté qui suffit , selon la rigueur du précepte , pour communier. Si donc je suis souvent en é'at de grâce, j'ai dès-lors la pureté absolument suffisante pour communier souvent. Ce qui nous trompe, c'est que nous ne comprenons pas assez le mérite que porte avec soi cet état de grâce, et ce qu'il en coûte pour s'y mettre ou pour y persévérer. Ce n'est pas, après tout, qu'il faille se contenter de cette exemption de péché mortel pour approcher souvent delà sainte table. Outre cette préparation indispensablement requise pour ne profaner pas le sacrement de Jésus- Christ , on doit encore l'honorer par d'autres dispositions convenables à la dignité de ce divin mystère. Mais aussi eu exhortant les fidèles à apporter ces dispositions convenables , il ne faut pas les leur proposer dans un degré de perfection où ils ne puissent moralement espérer de parvenir.
Deuxième partie. La fréquente communion est un des moyens les plus efficaces pour acquérir une sainte pureté de vie. Comment cela? pareeque le sacrement qu'on y reçoit contient l'auteur de la grâce et de toutes les grâces; et pareeque ce sacrement est une viande toute divine , qui , par proportion , comme les autres viandes , nous communique ses qualités, sa pureté, sa sainteté, etc. Plus donc nous mangerons souvent cette viande céleste , plus elle nous purifiera et nous sanctifiera.
De plus , un chrétien qui communie souvent se trouve par-là même engagé à une plus grande vigilance et à une plus grande attention sur lui-même , puisque nous ne pouvons communément douter qu'il n'ait au moins assez de religion pour ne vouloir pas profaner et déshonorer le corps de Jésus-Cbrist.
Mais, dit-on , nous ne voyons point ces grands effets de la fréquente communion. Erreur : on les a vus , on les voit encore; et là-dessus voici trois propositions certaines, et fondées sur l'expérience. 1° Les plus grands Saints de l'Église de Dieu et les âmes les plus élevées par leur piété se sont fait et se font tous , ou presque tous, une règle de communier souvent ; et lout le bien qu'il y a eu en eux , tout ce qu'il y en a , ils l'ont attribué et l'attribuent particulièrement à cette pratique de la fréquente communion. 2° Tous ceux qui ont l'usege de la fréquente communion vivent ordinairement d^us une plus grande innocence et une plus grande régularité. 3<> Tout ce qu'il y a de gens vicieux, de libertins , de mondains et de mondaines, abandonnent la fréquente communion. Or tout cela qu'est-ce autre chose que de sensibles préjugés en faveur de la communion fréquente ? Ce n'est pas qu'elle nous rende tout d'un coup parfaits ; mais elle nous aide à le devenir. Prenons donc un nouveau zèle pour la communion, et que les ministres de Jésus- Christ s'emploient à le rallumer dans le christianisme.