SERMON POUR LE LUNDI DE LA SEMAINE SAINTE
Maria verô accepit libram unguenti pretiosi, et unxit pedes Jesu, et eectersit pedes ejus capillis suis.
Marie-Madeleine prit donc une livre d'huile de parfum qui étoit d'un grand prix, la répandit sur les pieds de Jésus, et les essuya de ses cheveux. Saint Jean, chap. xn.
C'est pour la seconde fois que, durant le cours de ce carême, l'Évangile nous représente Marie-Madeleine prosternée en la présence de Jésus-Christ , répandant un parfum de très grand prix sur les pieds de ce divin maître , les essuyant elle-même de ses cheveux , et renouvelant dans son cœur tous les sentiments de sa pénitence et de son amour. Modèle que je vous ai proposé, Chrétiens, selon les intentions de l'Église , pour vous engager à rentrer comme celte sainte pénitente dans le devoir, à sortir comme elle de votre péché , et à vous réconcilier avec Dieu par une sincère et une prompte conversion. Mais peut-être n'y a-t-ii eu que trop de pécheurs que cet exemple a touchés , et qu'il n'a pas néanmoins convertis ; qui se sont contentés de l'admirer sans le suivre ; et qui , s'en tenant à de vains désirs , auroient souhaité d'être ce qu'étoit Madeleine contrite et humiliée devant le Sauveur du monde , mais dans la pratique ont toujours été et sont encore tout ce qu'ils étoient. Mille obstacles les arrêtent, mille engagements les tiennent liés ; ils gémissent dans leurs fers, et, sans avoir la force de les rompre, ils les traînent avec eux, et demeurent dans le plus dur et le plus honteux esclavage. Or il n'est plus question de délibérer, mes Frères ; il faut agir ; il faut, par une salutaire violence, vous tirer, ou plutôt vous arracher de cette triste servitude ; et je viens aujourd'hui vous dire ce que l'Ange dit à saint Pierre dans la prison: Surge velociter (Act.9 12), Levez-vous, et ne tardez pas. Je sais quelle illusion vous séduit , et par quels prétextes la passion vous trompe et vous joue. Pour calmer les remords intérieurs de votre ame, vous ne renoncez pas absolument à la pénitence, mais vous la
différez ; vous ne dites pas : Je ne me convertirai jamais ; ce désespoir fait horreur ; mais vous dites : Je ne me convertirai pas encore si tôt ; et moi , je veux vous faire voir les suites malheureuses de ce retardement , et l'affreux danger où il vous expose. C'est ici , mon Dieu , que j'ai besoin de votre grâce toute puissante , et que je la demande par l'intercession de Marie , l'asile et l'espérance des pécheurs. Ave Maria.
Trois choses , disent les théologiens , sont d'une nécessité indispensable, ou , selon le terme de l'école, d'une nécessité de moyen, pour se convertir à Dieu : le temps, la grâce et la volonté: le temps, comme une condition sans laquelle hors de Dieu rien n est possible ; la grâce , comme le principe d'où dépend essentiellement la conversion du pécheur : et la volonté du pécheur , comme le sujet même de cette conversion. Or, cela présupposé , voici d'abord en trois mots tout mon dessein , et ce que j'entreprends d'établir. Je veux vous montrer combien la conduite d'un pécheur qui diffère sa conversion est téméraire : pourquoi? parcequ'en remettant il s'assure de trois choses sur lesquelles il doit le moins compter, et dont il a plus lieu de se défier ; savoir, du temps de la pénitence, de la grâce de la pénitence, et delà volonté de faire pénitence. Témérité , lorsqu'il se promet d'avoir un jour le temps de se convertir à Dieu , c'est la première partie. Témérité , lorsqu'il présume que la grâce ne lui manquera pas pour se convertir à Dieu, c'est la seconde. Témérité, lorsqu'il se répond de luimême en se flattant qu'il aura la volonté de se convertir à Dieu , c'est la troisième. Ces pensées sont communes ; mais pour être communes, elles n'en sont pas moins solides, ni moins propres à faire impression sur vos cœurs.