‹ Œuvres complètes de Bourdaloue, de la Compagnie de JésusChapitre 16 sur 79 · EXHORTATION SUR LA CHARITÉ ENVERS LES ORPHELINS · texte numérisé non relu

EXHORTATION SUR LA CHARITÉ ENVERS LES ORPHELINS

VOUS promet. C'est l'amour, je dis l'amour de votre Dieu , qui vous doit animer, plutôt que la crainte de ses châtiments. II s'agit de seconder une entreprise des plus importantes à ?a gloire. Il s'agit de sauver des âmes que Jésus-Christ a rachetées, et qui n'ayant dans le monde nul asile, s'y perdraient immanquablement, si votre zèle n'y remédiait. Il s'agit de dresser des enlants, qui , sans vous, n'ayant nulle instruction, par une conséquence inévitable, n'auraient nulle religion. Il s'agit de les retirer, non-seulement de la pauvreté, mais du vice, mais du libertinage, où la fainéantise, par une triste fatalité, les entraînerait avec tant d'autres. Il s'agit de former dans leurs personnes de bons sujets pour être employés partout où la Providence les destinera.

C'est votre ouvrage, Mesdames, et vous y êtes intéressées : car vous êtes comme les fondatrices de cet hôpital. C'est à vous que Dieu en a premièrement inspiré le dessein, et c'est vous qui avez eu le courage de l'entreprendre. Quand je dis vous , j'entends ces illustres dames dont toutes les assemblées des saints publient et publieront sans cesse les charités. Vous les avez connues , et je ne vous en rappelle le souvenir que pour vous porter à les imiter. Vous leur avez succédé, et cet établissement qu'elles ont commencé ne peut être ni maintenu , ni conduit à sa perfection que par vous. Une grande princesse dont je respecte la présence, et dont l'humble modestie m'oblige à me taire sur ses éminentes qualités, n'a pas cru pouvoir mieux honorer Dieu , ni mieux reconnaître tout ce qu'elle en a reçu , qu'en se mettant à la tête de cette œuvre de piété. Sa foi l'y a engagée, et son exemple df)it vous y attirer. Faites-vous un devoir et un mérite de vous conformer à ses pieuses intentions. Et vous, troupe infortunée, enfants que le crime a fait naître, sans vous rendre criminels, bénissez dans votre malheur même le Dieu souverain, le Père des miséricordes : Laudate, pueri, Dominum (Ps. 112). Si vous êtes le rebut du monde, il y a dans le ciel un Créateur qui s'intéresse à votre conservation, et à qui vous êtes aussi chers que le reste des hommes. 11 est au plus haut point de la gloire; mais de ce haut point de gloire, il ne dédaigne pas d'abaisser ses regards sur votre misère : Qui in altis habitat , et humilia respicit (Ps. 142). C'est lui qui a[)prend aux grands du siècle et aux plus grands à descendre eux-mêmes jusqu'à vous; lui qui les fait sortir de leurs palais, de leurs riches et magnifiques appartements pour se ranger auprès de vous : Suscitans de terra inopem, ut sedeat cum principibus , cum principibus populi sui (Ibid.). Levez vers lui vos voix pour lui payer le juste tribut de vos louanges. C'est la louange des enfants, et des enfants à la mamelle, qui lui plaît par-dessus toutes les autres : Eœ ore infantium et lactentium perfecisti laudem (Ps. 8). Levez avec vos voix vos mains encore pures, et servez à toute cette assemblée d'intercesseurs. Vous n'en pouvez avoir de plus puissants, Mesdames, pour vous ouvrir le trésor des grâces divines, et pour vous obtenir l'éteriiité bienheureuse que je vous souhaite, etc.

EXHORTATION Sut la Cliarité eixvere les nouveaux OatlloliquiBS.

ANALYSE

SCJBT.

Qite la paix soit sur nos frères avec ta charité et la foi. — Tant de nouveaux catholiques et tant d'autres disposés à le devenir, ce sont nos frères, dont la Providence nous a chargés, et que nous devons assister.

DIVISION

Il faut pourvoir à leurs besoins temporels, 4re partie; et il faut encore plus pourvoir à leur salut éternel , 2« partie.

PBEMIÈBE PARTIE.

Il faut pourvoir à leurs besoins temporels , en les assistant dans leur pressante nécessité. Sans cela ils doivent tomber dans une extrême misère. Car ils n'ont plus les secours qu'ils avaient dans l'Eglise protestante , et qui les faisaient subsister.

Si doue ils ne reçoivent encore de nous aucuûfe assistance, où en serontils? qu«îte hoiite sera-ce pour le service de Dieu at pour son Eglise?

Leur nombre est trop grand , diton : mais le peut-il être trop? Il n'est trop grand que parce que plusieurs ne veulent en rien contribuer, ou ne veulent pas assez contribuer.

On ne peut non plus s'excuser sur le

malheur des temps , et il n'y a qu'à se consulter soi-même de bonne foi , pour découvrir l'illusion de ce prétexte.

SECONDE PARTIE

Il faut pourvoir à leur salut éter-»

nel , en les confirmant dans la foi et en achevant leur conversion, qui n'est encore qu'imparfaite et québauchée. Il s'agit pour cela de gagner leur esprit et leur cœur : leur esprit , en leur persuadant toujours de plus en plus la vérité de notre religion ; leur cœur, en les y affectionnant et la leur faisant aimer. Or, jamais nous ne leur ferons mieux coanaitre la vérité de notre religion, que par la charité qui s'y pratique et dont ils ressentiront les effets ; ni jamais nous ne les affectionnerons

[)lus à cette même religion que par e zèle que nous témoignerons pour leur soulagement.

De là concluons que nous y mxames très-étroitement obligés : car si nous devons assister nos frères dans les besoins du corps, à plus fort© raison le devons-nous dans les besoins de l'âme.

Pëx fralribus , et eharitas eum flde.

Que la paix soit sar nos frères , avec la ebarité et la foi.

(Snss., flb. i,)

VOICI , Mesdames , une nouvelle charge pour vous : mais ce serait , j'ose le dire , vous rendre indignes du nom de chrétiennes que vous portez , si vous la regardiez comme une charge , et si vous ne bénissiez mille fois le ciel de vous avoir ainsi réduites à l'heureuse nécessité de redoubler vos soins et vos aumônes. Vous comprenez qu'il s'agit de nouveaux catholiques, ou de ceux qui sont dans la disposition de le devenir, et qui n'attendent peut-être plus pour cela que votre secours. Ils sont répandus dans toute la France, répandus dans tous les quartiers de cette ville capitale : mais par une Providence particulière , nulle autre paroisse n'en est plus abondamment pourvue que celle-ci , et ne doit plus s'employer à leur soulagement. Encore une fois , Mesdames , ne

VOUS en plaignez point; et bien loin de vous en plaindre, remerciez Dieu de ce qu'il vous donne, contre toute espérance, ces nouveaux sujets d'exercer votre zèle. Confiez-vous en lui, et ne doutez point qu'il ne vous donne en même temps de nouveaux moyens pour subvenir à tout, et pour remplir dans toute son étendue l'obligation qu'il vous impose. Soyez-lui fidèles, en faisant des efforts extraordinaires pour répondre aux desseins de sa miséricorde : et il vous sera fidèle , en vous faisant trouver les fonds nécessaires, et en secondant les pieuses intentions de votre charité. Telle est la préparation d'esprit où vous devez être, et que je vous demande en faveur de nos frères que le malheur de la naissance et de l'éducation a tenus si longtemps séparés de nous. Que la paix soit sur eux avec la foi , et cela par la charité que vous pratiquerez envers eux : Pax fratribus , et charitas cum fide. En deux mots qui vont partager cet entretien , il faut pourvoir tout à la fois, et à leurs besoins temporels , et à leur salut éternel ; à leurs besoins temporels, en les assistant dans leur pressante nécessité ; à leur salut éternel , en les confirmant dans la foi , et en achevant leur conversion qui n'est encore qu'imparfaite et qu'ébauchée. La charité fera l'un et Vautre, et c'est aussi à l'un et à l'autre que je viens vous exhorter.

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