‹ Œuvres completes de Bourdaloue Sermons pour le Careme. Tome secondChapitre 26 sur 43 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

C’est un sentiment de saint Augustin qui ne peut être contesté, et qui me paroît aussi propre à nous imprimer une haute idée de Dieu , qu’à nous donner une connoissance parfaite de nous-mêmes ; sa-

■ Sap. 9.

3 » 6 DIMANCHE DE LA IVe SEMAINE.

voir, que Dieu ne seroit pas Dieu , si , hors de lui, nous pouvions trouver un bonheur solide ; et que la preuve la plus convaincante et la plus sensible qu’il est notre dernière fin et notre souveraine béatitude , est qu’en nous éloignant de lui par le péché, nous devenons malheureux : Jussisti , Domine, et sic est, ut omnis animus inordinatus pœna sit ipsi sibi.' Vous l’avez ordonné, Seigneur, disoit ce grand homme faisant à Dieu l’humble confession de ses misères et les déplorant , vous l’avez ainsi ordonné, et l’arrêt s’exécute tous les jours, que tout esprit qui se dérègle , et qui veut sortir des bornes de la sujétion et de la dépendance , en se séparant de vous, trouve sa peine dans lui-même. Or c’est là justement, Chrétiens, la seconde proposition que j’ai avancée; et c’est assez de l’avoir conçue, pour en être persuadé : le plus grand malheur de l’homme est de se détacher de Dieu , et de vouloir se soustraire aux lois de sa providence; pourquoi celaPen voici les raisons. C’est qu’en renonçant à cette providence adorable , l’homme demeure, ou sans conduite , ou abandonné à sa propre conduite, source infaillible de tous les maux; c’est qu’en quittant Dieu, il oblige Dieu pareillement à le quitter, et à retirer de lui cette protection paternelle, qui fait, selon l’Écriture, toute la félicité des justes sur la terre; c’est qu’il sfe prive par-là de la plus douce,

* Aug.

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ou plutôt de l’unique consolation qu’il peut avoir en certaines adversités , où la foi seule de la providence le pourroit soutenir; enfin, c’est que ne voulant pas dépendre de Dieu par une soumission libre et volontaire, il en dépend malgré lui par une soumission forcée , et que, refusant de se captiver sous une loi d’amour, il ne peut éviter d’être assujetti aux lois les plus dures d’une rigoureuse justice : quatre raisons qui demanderaient autant de discours pour être traitées dans toute leur étendue et toute leur force, mais dont l’exposition simple et courte suffira pour vous convaincre et pour vous toucher.

Imaginez-vous donc d’abord , disoit saint Chrysostôme, un vaisseau en pleine mer, battu des vents et des tempêtes , bien équipé néanmoins et bien pourvu de tout le reste , mais qui n’a ni pilote ni gouvernail : tel est l’homme dans le cours du monde , quand il n’a plus Dieu pour règle de sa conduite. Au défaut de la providence, sur quoi peut-il faire fond, et à quoi peut-il s’attacher? S’il trouvoit hors de cette providence quelque chose de stable qui l’arrêtât et qui le fixât , son état peutêtre serait moins à plaindre; mais il fautqii’il convienne avec moi, qu’en renonçant à la providence, et en secouant le joug de Dieu , il ne lui reste que ]’un ou l’autre de ces deux partis, je veux dire, ou de mettre son appui dans les hommes , ou

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d’être réduit à n’avoir plus d’autre ressource que lui-même. Or, des deux cùtés, sa condition est également déplorable ; et quoi qu’il fasse, il est inévitablement et incontestablement malheureux. Car d’être réduit à n’avoir plus d’autre ressource que lui-même, qu’y a-t-il, à le bien prendre, de plus terrible ; et pour peu que l’homme se connoisse , est-il rien qui soit plus capable de le désoler et de le consterner? Si je me trouvois seul et sans guide dans une solitude affreuse , exposé à tous les risques d’un égarement sans retour, je serois dans des frayeurs mortelles. Si dans une pressante maladie, je me voyois abandonné , n’ayant que moimême pour veillersur moi , je n’oserois plus compter sur ma guérison. Si dans une affaire capitale, où il s’agiroit pour moi non-seulement de ma fortune , mais de ma vie, tout autre conseil que le mien me manquoit, je me croirois perdu et sans espérance. Comment donc au milieu du monde, de tant d’écueils et de pièges qui m’environnent , de tant de périls qui me menacent, de tant d’ennemis qui me poursuivent, de tant d’occasions où je puis périr, sans autre secours que moi-même, pourrai-je vivre en paix , et n 'être pas dans de continuelles alarmes? Aussi, Chrétiens, ce qui fait tous les jours le malheur de l’homme, c’est l’homme même, obstiné à ne vouloir dépendre que de luimême. Ce qui rend l’homme malheureux, ce n’est

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point ce qui est hors de lui , ni ce qui est au-dessus de lui , ni ce qui paroit même plus déclaré contre lui; mais il est lui-même la source de ses peines, parce qu’il veut être lui-même la règle de ses actions. Et il faut par nécessité que cela soit ainsi ; car comme, selon l’Ecriture, les pensées des hommes sont incertaines, confuses, timides, surtout à l’égard de ce qui les touche , Cogitationes mortalium timidœ:' si l’homme, réduit à lui-même, ne suit que ses propres vues, dès lors le voilà dans l’inquiétude, dans l’irrésolution, dans le trouble, ne pouvant plus s’assurer de rien , obligé à se défier de tout, livré à ses caprices, à ses inégalités, à ses inconstances, esclave d’une imagination qui le joue, sujet aux altérations d’un tempérament qui le domine. Comme il est rempli de passions , et de passions toutes contraires , il doit s’attendre à en êtredéchiré ; ets’il se renferme dans lui-même, dès lors le voilà, selon les différentes situations, accablé de tristesse , saisi de crainte, envenimé de haine, infatué d’amour, dévoré d’une ambition démesurée , desséché des plus malignes envies , transporté de colère, outré de douleur, trouvant en lui-même, non pas un supplice mais un enfer.

Je sais, Chrétiens, qu’il a une raison supérieure à tout cela , dont il peut et dont il doit s’aider ; mais si d’une part elle lui ést de quelque secours .

1 Sap. 9.

320 DIMANCHE DE LA IV” SEMAINE, que ne lui fait-elle pas souffrir de l’autre? À quoi lui sert, ditsaiut Augustin, celte raison non soumise à Dieu et bornée à ses foibles lumières, sinon à le rendre encore plus malheureux, à lui découvrir des biens auxquels il ne peut parvenir, à lui représenter des maux qu’il ne sauroit éviter, à exciter en lui des désirs qu’il ne contente jamais , à lui causer des repentirs qui le tourmentent toujours, à lui donner du dégoût pour ce qu’il a, à lui faire sentir la privation de ce qu’il n’a pas , à lui faire apercevoir dans le monde mille injustices qui le désespèrent, et mille indignités qui le révoltent. 11 raisonne sur tout, mais ses raisonnemens l’affligent; il prévoit tout , mais ses prévoyances le tuent; il affecte d’ètre prudent et sage, mais n’estce pas de cette prudence même et de cette vaine sagesse que naissent ses amertumes et ses chagrins? S’il se laissoit conduire à Dieu, la seule vue d’une providence occupée à veille^ sur lui fixeroit ses pensées, borneroit sa cupidité, adouciroit ses passions , fortificroit sa raison , et dans ce calme de toutes les puissances de son âme il seroit heureux : mais parce qu’il veut l’être sans Dieu et par luimême, il ne trouve hors de Dieu et dans lui-même que misère et affliction d’esprit.

Que fera-t-il donc? convaincu de son insuffisance et ne voulantpas s’attachera Dieu, mettra-t-il sa confiance dans les hommes ? Ah ! mes chers Auditeurs .

"JT

PROVIDENCE. 321

autre misère encore plus grande. Car, dit le Saint- Esprit, malheur à celui qui s’appuie sur l’homme et sur un bras de chair : Malediclus qui confidit in homme, et ponit carnem brachium suum. ' Et en effet, sans parler du reste, à quelle serv itude cet état n’engage-t-il pas? quelle bassesse en secouant le joug de Dieu de s’imposer le joug de l’homme; c’est-àdire, de ne plus vivre qu’au gré de l’homme , de ne plus subsister que par son crédit , de n’avoir plus d’autres volontés que les siennes, de ne plus faire que ce qui lui plaît , d’être obligé sans cesse à le prévenir, à le ménager, à le flatter; detre toujours en peine si l’on est dans ses bonnes grâces ou si l’on n’y est pas, s’il est content ou s’il ne l’est pas : est-il un esclavage plus ennuyeux et plus fatigant? Mais dépendre de Dieu , dont je suis sùr que la providence ne me peut manquer , voilà ce qui fait ma félicité , et ce qui faisoit celle de saint Paul , quand il disoit : Scio cui credidi, * je sais à qui j’ai confié mon dépôt. Au contraire, quand je pense qu’au défaut de Dieu sur qui je ne veux pas me reposer, je confie ce dépôt , c’est-à-dire ma destinée et mon sort, à des hommes volages, à des hommes intéressés, à des hommes amateurs d’eux-mèmes, qui ne me considèrent que pour eux-méines, et qui compteront pour rien de m’abandonner dès que je commencerai de leur être à charge ou que je cesserai de leur être utile; ah!

1 Jerem. i-, — * a. Tim.

Carême, n. , 2 1

3ü2 DIMANCHE DE LA IV' SEMAINE.

Chrétiens, pour peu que j’aie de sentiment, il faut que j’avoue qu’il n’est rien de comparable à mon malheur. Et certes , dit saint Chrysostôme , si cette providence aimable d’un Dieu pouvoit être suppléée à notre égard par la protection des hommes , ce seroit surtout par celle des princes , que nous regardons comme les dieux de la terre, ou par celle de leurs ministres et de leurs favoris qui nous semblent toutpuissansdanslemonde. Or ce sont justement là ceux sur qui l’Écriture nous avertit de ne pas établir notre espérance , à moins que nous ne voulions bâtir sur un fondement ruineux: Nolite confidere in principibus. ' Et afin que l’expérience nous rendit sensible ce point de foi , ce sont ceux dont la faveur opiniàtrément recherchée et inutilement entretenue, par une juste punition de Dieu, fait tous les jours plus de misérables, plus d’hommes trompés, délaissés, sacrifiés , et par conséquent plus de témoins de cette grande vérité, que dans les enfans des hommes, je dis même selon le monde , il n’y a point de salut : In filiis hominum, in quibus non est salas. * Cependant , Chrétiens , voici le comble de l’aveuglement du siècle. Quelque persuadé que l’on soit d’une vérité dont on a tant de preuves et qu’il nous est si important de bien comprendre , on s’obstine à la combattre , et l’on aime mieux être malheureux en dépendant de la créature , que d’être heureux en

T Ps. i45. — * Ibid.

PROVIDENCE

s’assujettissant au créateur. Malgré les rigoureuses épreuves qu’on fait tous les jours de l’indifférence . delà dureté, de l’insensibilité de ces fausses divinités de la terre, par une espèce d’enchantement, on consent plutôt à souffrir et à gémir en comptant sur elles, qu’à jouir delà liberté par une sainte confiance en Dieu. Demandez à ces adorateurs de la faveur, à ces partisans et à ces esclaves du monde ce qui se passe en eux; et voyez s’il y en a un seul qui ne convienne que sa condition a mille dégoûts, mille déboires, mille mortifications inévitables, et que c’est une perpétuelle captivité. N’est-ce pas ainsi qu’ils en parlent dans le cours même de leurs prospérités? Mais quand après bien des intrigues, leur politique vient à échouer, et que par une disgrâce imprévue qui les déconcerte et qui dérange tous leurs desseins , ils se voient oubliés , négligés, méprisés: Ab! mes Frères, s’écrie saint Augustin, c’est alors qu’ils rendent un hommage solennel à cette providence dont ils n’ont pas voulu dépendre. Et c’est alors même aussi que Dieu a son tour, et que par une espèce d’insulte que lui permet sa justice et qui ne blesse en rien sa miséricorde, il croit avoir droit de leur répondre avec ces paroles du Deutéronome: Ubi sutit dit eorumin quibus habebant fiduciant? Surgant , et opitulenlur vobis Où sont ces dieux dont vous vous

• Dent. .12.

5a4 DIMANCHE DE LA IVe SEMAINE.

teniez sûrs et qui dévoient vous maintenir? ces dieux dont la protection vous rendoit si fiers , où sont-ils ? Surgant , et in necessitate vos proie gant : ’ qu’ils paroissent maintenant , et qu’ils viennent vous secourir. C’étoient vos dieux, et vous faisiez plus de fond sur eux que sur moi : eh bien , adressez-vous donc à eux dans l’extrémité oii vous êtes; et puisque vous les avez servis comme des divinités, qu’ils vous tirent de l’abîme et qu’ils vous relèvént : Surgant , et opitulentur vobis.

Delà, Chrétiens, quelle consolation pour un homme ainsi abandonné de Dieu , après qu’il a lui-même abandonné Dieu? quelle consolation, dis-je, surtout en certains états de la vie, où la foi seule d’une providence nous peut soutenir? Car tandis que cette foi m’éclaire, et que je suis bien persuadé de ce principe, qu’il y a un Dieu, dispensateur des biens et des maux , en sorte qu’il ne m’arrive rien que par son ordre et que pour mon salut et pour sa gloire, j’ai dans moi un soutien contre tous les accidens. Quelque indocile , quelque révolté même que je sois selon les sentimens naturels , je ne laisse pas au moins dans la partie supérieure de mon âme et suivant les vues que me donne la foi, de me dire à moi-même: j’ai tort de murmurer et de me plaindre : Dieu l’a ainsi ordonné; et puisque c’est sa volonté , je dois

' Dcut.ôa. ' •

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m’y soumettre. Or, en me condamnant de la sorte, je me console, et cette pensée me fortifie : quoique je ne la goûte pas peut-être d’abord , il suffît que je l’approuve et que j’y puisse revenir quand il me plaira, pour qu’elle me soit une ressource toujours présente dans ma douleur. Mais quand j’ai une fois effacé de mon esprit cette idée de la providence, s’il me survient une affliction de la nature de celles où la raison de l’homme est à bout, et qui ne peuvent recevoir de la part du monde aucun soulagement, où en suis-je, et que me reste-t-il , sinon de boire tout le calice , et de le boire tout pur, comme les pécheurs , sans tempérament et sans mélange? Verumtamen fax ejus non est exinanila : bibent omnes peccatores terra,. ' Or, dans le cours de la vie et des révolutions qui y sont si ordinaires , il n’est rien de plus commun que ces sortes d’états: et Dieu le permet. Chrétiens, pour nous convaincre encore plus sensiblement de la nécessité où nous sommes de nous attacher à sa providence; et pour nous faire voir la différence de ceux qui se confient en elle , et de ceux qui refusent de marcher dans ses voies. Car de là vient qu’un juste affligé, persécuté , et si vous voulez op-* primé , demeure tranquille , possède son âme dans la patience et dans une paix qui selon l’Apôtre surpasse tout sentiment humain, tire de ses propres ■ l’s. 74.

5a() DIMANCHE DE LA IV' SEMAINE, maux sa consolation : pourquoi? parce qu’il envisage dans l’univers une providence à qui il se fait un plaisir de se conformer. Dominus dédit , Dominus abslulit ; sic ut Domino placuit , ita factum est. ' C’est le Seigneur qui m’avoit donné ces biens, c’est lui-même qui m’en a dépouillé; que son nom soit à jamais béni. Au lieu que l’impie frappé du coup qui l’atterre, fait, pour ainsi dire, le personnage d’un réprouvé, blasphémant contre le ciel, trouvant tout odieux sur la terre, accusant ses' amis, plein de fureur contre ses ennemis, se désespérant, et dans son désespoir n’ayant pas même non plus que ce riche de l’enfer, une goutte d’eau, c’est-à-dire, d’onction et de consolation : pourquoi? parce que c’étoit dans le sein de la providence qu’il la pouvoit puiser, et que cette source est tarie pour lui. Ce qui faisoit dire à saint Chrysostôme, que quiconque combat la providence, combat son bonheur, parce que le grand bonheur de l’homme est de croire une providence dans le monde et de lui être soumis.

Que dis-je, Chrétiens? et le mondain , tout rebelle qu’il est , n’est-il pas encore sous le domaine de la providence ? Oui , il y est, et malgré lui il y sera ; mais c’est cela même qui achève son malheur. Car de deux sortes de providences que Dieu exerce sur les hommes , l’une de sévérité et l’autre de bon-

* Job. i.

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té, l’une de justice et l’autre de miséricorde, au même temps qu’il se soustrait à cette providence favorable en qui il devoit chercher son repos, il se trouve livré à cette providence rigoureuse qui le poursuit pour lui faire sentir son empire le plus dominant. Comme siDieu lui disoit : Tu n’as pas voulu te ranger sous celle-ci, tu souffriras de celle-là : car je les ai substituées l’une à l’autre par une loi éternelle et irrévocable ; et dans l’étendue que je leur ai donnée, rien ne peut être hors de leur ressort. La providence de mon amour n’a pu t’engager; ce sera donc désormais la providence de ma justice qui te contiendra , qui te réprimera ; qui par des vengeances tantôt secrètes, tantôt éclatantes, se fera sentir à toi; qui tantôt par des humiliations, tantôt par des afflictions, tantôt par des prospérités dont tu seras enivré, tantôt par des adversités dont tu seras accablé , tantôt par des douceurs qui t’empoisonneront le cœur, tantôt par des amertumes qui t’aigriront, qui te soulèveront et ne te corrigeront pas , te réduira malgré toi dans la dépendance. Et voilà comment Dieu tant de fois en a usé envers certains pécheurs de marque. Voilà comment il a traité un Pharaon , un Nabuchodonosor, un Antiochus, et bien d’autres. Ils n’ont pas voulu le recqnnoître comme père; ils ont été forcés à le reconnoître comme juge. Ils n’ont pas voulu servir à glorifier sa providence aimable et

bienfaisante ; ils ont servi à glorifier sa providence souveraine et toute-puissante. Ponant te in exemptum. ' Je ferai un exemple de toi, disoit-il par son prophète à un libertin , et c’est ce qu’il a fait et ce qu’il fait encore du peuple juif. Miracle subsistant de la providence d’un Dieu irrité. Miracle qui seul peut convaincre les esprits les plus incrédules qu’il y a un premier maître et Un Dieu dans le monde , devant lequel toute créature doit s’humilier et à qui il est juste que tout homme mortel obéisse. Si donc, mes Frères, nous avons quelque égard à notre devoir ou à notre intérêt, soumettons-nous à lui et à sa providence. Soumettons-lui toutes nos entreprises ; et sans négliger les moyens raisonnables qu’il nous permet d’employer pour les faire réussir, sans y épargner nos soins, du reste reposons-nous tranquillement et absolument sur lui du succès. Bénissons-le également , et dans les biens , et dans les maux : dans les biens, en les recevant avec reconnoissance ; dans les maux, en les supportant avec patience. Demandons-lui sans cesse que sa volonté s’accomplisse en nous; qu’elle s’accomplisse sur la terre, qt quelle s’accomplisse dans le ciel ; sur la terre, où il veut nous sanctifier, et dans le ciel où il veut nous couronner. C’est ce que je vous souhaite, etc.

1 IN a huit) , 3.

SERMON

POUR

LE LUNDI DE LA IVe SEMAINE.

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Recordati sunt vero discipuli ejus, quia scriptum est : Zelus domus tuæ comedit me.

Or les disciples se souvinrent de ce qui est écrit : Le zèle de votre maison me dévore. Saint Jean , chnp. a.

Puisqu’il s’agissoit de la maison de Dieu , il ne faut pas s’étonner , Chrétiens, que le Sauveur du inonde, envoyé pour soutenir les intérêts et pour -.^venger l’honneur de son Père, marquât tant de zèle contre ces profanateurs qu’il chassa du temple de Jérusalem le fouet à la main, et dont il renversa les tables et les marchandises. C’est à ce premier temple que nos églises ont succédé ; mais avec d’autant plus d’avantage, que nous y offrons un sacrifice beaucoup plus précieux et plus auguste. Car ce qui distingue particulièrement les temples, selon

l‘i remarque de saint Augustin, ee qui les consacre, et ce qui leur donne un caractère propre de sainteté, c’est le sacrifice. Ils sont saints par la majesté divine qui les remplit; ils sont saints par les exereices de religion qu’on y pratique; ils sont saints Par 'es prières des fidèles qui s’y assemblent; ils sont saints par les louanges de Dieu qu’on y chante, et par les grâces qu’il y répand. Mais du reste , reprend saint Augustin, Dieu se trouve partout , D»eu fait des grâces partout. Dieu peut être prié, béni , servi, adoré partout. II n’y a que le sacrifice,

1 entends le sacrifice de la loi de grâce , qu’il ne soit pas permis de lui offrir partout , et qu’on ne puisse lui présenter que sur ses autels. Quoi qu’il en soit , Chrétiens, c’est de ee sacrifice que je prétends aujourd’hui vous entretenir; c’est, dis-je, de l’adorable sacrifice de la messe. Je veux vous apprendre dans quel esprit et avec quels sentimens vous y devez assister. Je veux, autant qu’il m’est possible , corriger tant d’irrévérences et tant d’abus qui. s’y commettent. Ce sujet est particulier ; mais il a de quoi allumer tout le zèle des ministres de Jésus-Christ. Car il n’est pas seulement ici question de la maison de Dieu, mais de ce qu’il y a dans la maison de Dieu de plus vénérable et de plus grand ; et en vous réformant sur ce seul point, je retrancherai presque tous les scandales que nous voyons dans nos temples , puisqu’il est vrai que le sacrifice

en est l’occasion la plus ordinaire. .Vous en êtes ■ témoin , Seigneur; nous en sommes témoins nousmêmes : et pour peu que nous soyons sensibles à votre gloire, que devons-nous attaquer avec plus de force, et combattre avec plus d’ardeur? J'ai besoin pour cela de votre grâce-, et je la demande par l’intercession de Marie : Ave, Maria.

Ne perdons point de temps, Chrétiens; et pour en venir d’abord au point que je traite, je dis que rien n’est plus digne de notre attention et de nos respects, que l’excellent et le très-saint sacrifice de la messe. Deux raisons vont vous en convaincre, et feront en deux mots le partage de ce discours. Car je considère cet adorable sacrifice en deux manières et sous deux rapports , savoir par rapport à son objet , et par rapport à son sujet. Or quel en est l’objet? Dieu même. Et quel en est au même temps le sujet? un Dieu. Je m’explique, et ceci va vous faire entendre toute ma pensée. En effet , mes chers Auditeurs, que nous proposons-nous dans le sacrifice de nos autels ? d’honorer Dieu, et voilà comment Dieu même en est l’objet. Mais , pour mieux honorer Dieu dans ce sacrifice, que lui présentons-nous? l’Homme-Dieu , et c’est ainsi qu’un Dieu en est le sujet. De là je forme deux propositions que je vous prie de bien méditer, et qui doivent vous saisir d’une sainte frayeur toutes

33a LUNDI I)E LA IV* SEMAINE.

les fois que vous assistez aux divins mystères. Sacrifice de la messe, sacrifice souverainement respectable; pourquoi? parce que c’est à Dieu même qu’il est offert : ce sera la première partie. Sacrifice défia messe, sacrifice souverainement respectable; pourquoi? parce que c’est un Dieu qui y est offert : ce sera la seconde. L’une et l’autre vous instruira d’une des plus importantes matières, qui est le sacrifice; et en vous inspirant de hautes idées de la grandeur de Dieu . réveillera dans vos cœurs tous les sentimens de la religion.

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