DEUXIÈME PARTIE
Il faut , dit saint Chrysostôme , que la conversion d’un pécheur soit quelque chose de plus grand et de plus divin que la résurrection d’un mort , puisque les pharisiens , qui refusoient à Jésus- Christ la qualité de Fils de Dieu, ne s’étonnèrent jamais qu’il ressuscitât les morts, et que toujours, au contraire, ils se scandalisèrent de ce qu’il s’attribuoit le pouvoir de remettre les péchés. Aussi est-il vrai que le Sauveur du monde n’usa de cet empire absolu qu’il avoit sur la mort , en ressuscitant les morts, que pour marquer celui qu’il avoit sur le péché, en convertissant et en sanctifiant les pécheurs; et son dessein, remarque saint Chrysostôme, fut toujours que l’un servît de preuve et de figure à l’autre , et que le miracle visible qu’il opéroit lorsqu’il commandoit aux morts de sortir de leurs tombeaux , nous représentât sensiblement le miracle visible de sa grâce , lorsqu’il commande à une âme criminelle de sortir de son désordre , et qu’il la tire en effet delà puissance de l’enfer. Orç’est, Chrétiens, ce qui paroît aujourd’hui dans l’exemple le plus authentique et le plus fameux de l’Évangile.
Appliquons-nous à considérer ce miracle. N’en perdons pas une circonstance : et pour y observer quelque ordre, voyons ce qui engagea le Fils de Dieu à ressusciter Lazare; voyons quelle condition il exigea avant que de lui rendre la vie; voyons quelles paroles il employa pour accomplir ce chefd’œuvre de sa toute-puissance ; voyons de quelle manière Lazare , tout enseveli qu’il étoit, entendit sa voix et lui obéit; enfin , voyons ce qu’il ordonna à ses apôtres, et ce que ses apôtres exécutèrent au moment que le tombeau fut ouvert. De tout cela, formons-nous une idée de la conversion parfaite et de la justification du pécheur.
Qui donc engagea le Fils de Dieu à ressusciter Lazare? le zèle de Marthe et de Madeleine; l’instante prière de ces deux sœurs en faveur de ce frère bien-aimé. qui faisoit le sujet de leur douleur. Car c’est pour cela qu’elles députèrent d’abord vers Jésus-Christ, et qu’elles lui firent dire : Seigneur, celui que vous aimez est malade : Ecce quem amas, infirmatur.' C’est pour cela que Marthe alla audevant de lui, quelle se jeta à ses pieds, et lui dit : Seigneur, si vous eussiez été présent ici, mon frère ne seroit pas mort : Domine , si fuisses hic, frater meus non esset morluus C’est pour cela qu’elle lui marqua tant de foi et tant de confiance, lorsqu’elle lui répondit : Oui, Seigneur, je crois
1 Joan. 11. — * Ibid.
que vous êtes le Fils du Dieu vivant, et que rien ne vous est impossible : U tique , Domine , ego credidi quia tu es Christus filins Dei vivi. ' Ce n’est pas que le Sauveur du monde, pour d’autres raisons, 11’eût déjà résolu de faire ce miracle ; mais il vouloit encore être prié. Il vouloit que les pressantes sollicitations de Marthe et de Madeleine fussent un des motifs qui l’y portoient. Il vouloit par-là donner à çonnoître ses sentimens pour elles. En un mot, il vouloit que Lazare fût redevable à ses sœurs de cette seconde vie, à laquelle il alloit renaître; et par un secret de providence qu’il étoit important de nous révéler, il vouloit faire dépendre de l’intercession etdelacharité deces saintes âmes, ce qui ne dépendoit absolument que de lui-même.
Belle leçon, mes chers Auditeurs, qui non-seulement autorise la creance catholique touchant l’intercession des saints , mais établit solidement
et confirme un autre article dç notre foi, touchant la communion des saints, je veux dire, touchant l’obligation de prier les uns pour les autres. Leçon d’autant plus nécessaire dans le christianisme , qu’elle y paroît aujourd’hui, et qu’elle y est même en effet plus négligée. Je m’explique. Nous avons des frères selon l’esprit , et peut-être selon la chair,
qui maintenant et au moment que je parle, égarés de la voie de Dieu, s ont dans la voie de perdition
* Joan. il.
/(" 2 VENDUFIM DE LA IVe SEMAINE.
et dans l’état du péclié. Dieu veut les ressusciter par sa grâce; mais il veut au même temps que nous soyons auprès de lui les solliciteurs, les négociateurs , les coopérateurs de cette résurrection spirituelle. Il veut que nous la demandions avec ardeur, et que, par nos vœux et nos larmes , nous le forcions en quelque manière à nous l’accorder. Sans cela il ne lui plaît pas d’ouvrir les trésors de cette grande miséricorde qui doit être le principe du salut et de la conversion des grands pécheurs. Ainsi, dit saint Fulgenee , l’Église n’auroit pas saint Paul , ce vaisseau d’élection , si saint Étienne n’eût prié; et j’ajoute quelle n’auroit pas saint Augustin, ce docteur de la grâce, si sainte Monique n’eût pleuré. Il a fallu que cette mère zélée sentit une seconde fois, si j’ose m’exprimer de la sorte, les douleurs de l’enfantement, pour régénérer son fi Is à Dieu ; et que le premier des martyrs employât la voie de son sang, pour faire de son persécuteur un apôtre de Jésus-Christ. Mi Augustin, ni Paul n’étant pas alors en disposition d’intercéder pour euxmêmes , c’étoit à ceux que Dieu avoit choisis et qui avoient grâce pour cela , de leur rendre ce favorable office. Autrement, qui sait si ces deux hommes, les lumières du monde chrétien, ne seraient pas toujours demeurés dans les ténèbres, l’un du vice, et l’autre de l’erreur? Or ce qui a paru d’une manière miraculeuse dans ces conversions éclatantes.
se passe encore tous les jours à l’égard de tant de pécheurs, sur qui Dieu 11e répand ses dons, que parce qu’il y a des justes charitables qui ïui offrent pour eux des sacrifices, et que sa providence se plaît à sanctifier les uns par l’entremise et le secours des autres.
Ah! mes chers Auditeurs, combien pensez-vous qu’il y ait dans le monde d’âmes perdues et cotnmc abandonnées de Dieu, parce qu’il n’y a personne qui prie, ni qui s’intéresse pour leur salut? Combien pourraient dire à Dieu, ce que le paralytique disoit à Jésus-Christ : Domine , hominem non kabeo. ' Il y a tant d’années que je suis dans l’état déplorable de mon péché, parce que je n’ai pas un homme qui soit touché de ma misère et qui pense à m’aider. Si cette mère , d’ailleurs passionnée pour son fils j l’avoit aimé en mère chrétienne ; à. force de solliciter auprès de Dieu pour sa conversion, elle l’auroit retiré de son libertinage et de ses débauches. Si cette femme mondaine , au lieu de certaines jalousies qui l’ont si cruellement tourmentée , et qui la piquent encore si vivement, avoit éu une jalousie sainte et telle que Favoit l’Apûtre , Æmubr enim vos Dei œmulatione ; 5 c’està-dire, si dans un vrai désir de voir ce mari changer de conduite et quitter ses habitudes, elle se fût adressée au ciel , elle auroit eu la consolation
* Joan. 5. — * 2. Cor. 11.
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de le ramener à Dieu. Si cet ami foible et complaisant, s’étoit fait un point de conscience de remettre son ami dans l’ordre, et qu’il eût eu recours aux autels, d’un impie il en auroit fait un serviteur deDieu. Mais où sont maintenant ces amitiés solides? où est ce zèle pur, cette charité divine? Ons’inquiète, mais d’une inquiétude toute païenne ; on a du zèle pour des enfans, mais un zèle fondé sur le sang et sur la chair. Que ce fils qu’on idolâtre, tombe dans une maladie dangereuse, on fait cent fois â Dieu pour lui la prière de Marthe : Domine, ecce quem amas, infirmatur. Mais est-il dans un engagement criminel , mais entretient-il un commerce qui le perd , mais mène-t-il une vie libertine et scandaleuse, on y est insensible : c’est un jeune homme , dit-on , que le torrent du monde entraîne ; il en reviendra : cependant on le laisse dans son désordre; et il y vit, peut-être pour n’en sortir jamais et pour y mourir.
Vous dirai-je , Chrétiens , que cette insensibilité est un des articles dont nous aurons à répondre au jugement de Dieu; et que, dans la rigueur de sa justice, Dieu nous demandera compte de ces âmes que nous aurons négligées lorsqu’il nous étoit si aisé de contribuer à leur conversion et de l’obtenir? ce seroit une morale terrible pour vous, mais où je ne dois pas m’engager, parce quelle est trop étendue et trop vaste. Quoi qu’il
en soit, toujours est-il vrai que, dans l’ordre de la prédestination tel qu’il a plu à Dieu de l’établir et de nous le déclarer, la conversion des pécheurs est communément attachée aux prières des justes ; que c’est ainsi, mon cher Auditeur, que vousmême qui m’écoutez, avez peut-être été autrefois tiré de l’abîme ; et que vous seriez le plus méconnoissant des hommes , si vous ne faisiez pas pour les autres ce que l’on a fait pour vous; que c’est en cela que consiste le zèle chrétien , et qu’au lieu de tant déclamer contre les impies, si, par une charité solide, vous preniez soin de prier pour eux. Dieu qui veut, tout impies qu’ils sont, les convertir, vous accorderoit la grâce qui les doit sauver. Je sais qu’il y a des péchés pour lesquels le disciple même bien-aimé ne nous a pas conseillé de prier , parce que ce sont des péchés atroces qui vont à la mort : Est peccatum ad mortem; nonpro ilto dico ut roget quis. ' Mais alors , dit saint Augustin, il faut recourir à l’artifice de Marthe : il faut, comme elle, faire prier Jésus-Christ, le grand avocat des pécheurs auprès de son Père , le souverain prêtre, le médiateur par excellence, et lui dire avec cette bienheureuse fille : Sed et ruine scio, quia quœcumque poposceris a Deo, dabit tibi . ’ Il est vrai, Seigneur; il ne m’appartient pas de demander un miracle aussi singulier que la conversion de ce pé-
1 Joan. 5. — 2 Joan. il.
cheur endurci ; mais je suis certain que si vous l’entreprenez , si vous employez pour lui votre intercession toute-puissante , rien ne vous sera refusé. Oui, Chrétiens, Jésus-Christ, si je puis parler de la sorte, entrera en cause avec vous: ce cœur rebelle , ce cœur de pierre sera tout à coup fléchi et attendri ; la grâce y ranimera les sentimens de religion que le péché sembloit y avoir étouffés; ce pécheur ouvrira les yeux , il reconnoîtra son injustice, et son repentir l’effacera. On en sera surpris dans le monde; mais ce prodige viendra d’une âme fidèle, d’une Marthe pieuse, d’une Madeleine fervente qui se sera prosternée devant le Seigneur, et qui l’aura touché par ses pleurs et par ses gémissemens.
Ceci toutefois ne suffit point encore; car, pour ressusciter Lazare , le Fils de Dieu commanda qu’on levât la pierre qui l’ermoit le tombeau; et c’est une circonstance que les Pères ont remarquée, et d’où ils ont tiré une instruction bien importante pour nous. En effet, demandé saint Chrysostôme, pourquoi le Sauveur du monde exigea-t-il cette condition? 11 ne fut point nécessaire que la pierre fût levée, lorsque après sa mort il voulut se ressusciter lui-même et sortir du sépulcre. Ne pouvoit-il pas faire à l’égard de Lazare le même miracle? D’ailleurs, si cette pierre qui couvroit Lazare étoit un obstacle, ne pouvoit-il pas d’une parole lever
tous les obstacles? Ah ! mes Frères , répond ce saint docteur, Jésus-Christ pouvoit l’un et l’autre; et quant à son absolue puissance, le miracle qu’il alloit opérer nexlépendoit de nulle condition. Mqis cet Homme-Dieu, qui disposoit les choses selon les vues de son adorable sagesse , et qui prétendoit que cette résurrection fût pour nous un parfait modèle de conversion , ne voulut rien faire sans la coopératlondeceuxquis’intéressoientpour Lazare. Il voulut que les Juifs qui attendoient ce miracle, y contribuassent eux-mêmes, et que leur ministère servît à l’accomplissement de ses desseins. Lever la pierre , c’étoit de leur part une action possible et facile : il voulut qu’ils commençassent par-là. Figure qui nous découvre un des points les plus essentiels touchant la justification des hommes. Car si vous êtes mort selon Dieu, mon cher Auditeur, si vous avez perdu la vie de la grâce, le Sauveur du monde veut faire un miracle pour vous et en vous : mais il y a des obstacles , dit saint Augustin, que vous devez auparavant et nécessairement lever. Il s’agit de ressusciter votre âme, de vous tirer de l’abîme du péché , de vous renouveler en esprit,* et cet Homme-Dieu le peut; mais il veut, avant toutes choses , que vous leviez certaines pierres de scandale , qui , dans le cours de la vie, sont des obstacles à sa grâce, et qui lui tiennent votre cœur fermé. Qu’arrive-t-il ? O11 voudrait qu’il fit l’un ,
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sans demander l’autre. O11 voudrait qu’avec tous les obstacles que nous opposons à notre conversion, et qu’il nous plaît d’entretenir oudans ufous-mèmes ou hors de nous-mêmes, il opérât en nous les plus merveilleux effets de sa grâce vivifiante. On le voudrait, mais en vain. Jésus-Christ est le Dieu des miracles; maii* ce n’est point un Dieu aveugle, pour prodiguer ses miracles et pour les avilir. De tous les miracles, notre conversion est celui qu’il souhaite le plus ardemment ; mais il la souhaite selon les règles de cette sage miséricorde, à laquelle il prétend que nous répondions, et qui doit être accompagnée de notre fidélité. D’espérer que pour parvenir à ce miracle, il sera toujours disposé à faire un autre miracle encore plus grand , qui serait de nous convertir et de nous sauver sans nous, c’est prendre plaisir à nous tromper nousmême. Tollite lapidem; ' levez la pierre : c’est-àdire, quittez ce commerce, retranchez ce luxe, renoncez à ce jeu . brûlez ce livre, fuyez ces spectacles, évitez ces occasions; car tout cela ce sont comme des pierres, qui vous rendent impénétrable aux traits de la grâce. Mais dès que la grâce ne trouvera plus tous ces obstacles , vous verrez aussi bien que Marthe la gloire de Dieu, et la vertu du Très-Haut éclatera dans vôtre conversion : Videbis gloriam Dei . ’ Sans cela, ne comptez pas sur un
1 Joan. 11. — * Ibid.
Jt
double miracle, lorsqu’un seul miracle suffît; et n’attendez pas que Dieu vous convertisse, ni qu’il vous sauve à votre gré. Quoique vous en puissiez penser, il en faudra toujours revenir à la parole de Jésus-Christ, Tollile lapident, ; puisqu’il est constant dans les principes même de la foi, que la première action de la grâce est d’éloigner de nous tout ce qui lui fait obstacle, et que c’est en cela qu’elle fait d’abord sentir son efficace, et qu’elle commence à être victorieuse.
Aussi, la pierre levée, que fait Jésus-Christ? c'est alors qu’il se met en devoir d’agir. Il tourne les yeux et il tend les bras vers le ciel. Il rend grâces à son Père de l’avoir exaucé. D’une voix impérieuse il se fait entendre à Lazare , et lui ordonne de paroître : Clamavit voce magna : Lazare , veni foras.' Cette voix de majesté, qui, selon le témoignage de Jésus-Christ même, pénètre jusque dans le creux des tombeaux, Qui in monumentis sunt, audient vocemFilii Dei :* cette voix de tonnerre qui , selon l’expression du Prophète, brise les cèdres du Liban, divise la flamme du feii, ébranle et fait trembler les déserts, c’est-à-dire, dompte l’orgueil de la plus fière impiété, éteint l’ardeur de la plus vive cupidité , force la résistance de l’infidélité la plus obstinée : c’est cette voix qui frappe Lazare et qui le rappelle du séjour de la mort ; et c’est
■ Joan. il. — * Joan. 5.
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pour obéir à cetle voix , que Lazare sort au même instant de l’obscurité de son tombeau : Et slatim prodiit qui erat mortuus. 1 Tandis qu’il étoit caché dans ce lieu de ténèbres , la vertu de Jésus-Christ demeuroit comme suspendue : il faut qu’il sorte dehors , qu’il se produise, qu’il se montre au jour, pour être parfaitement ressuscité: Lazare , veni foras. Or voilà, mon Frère, reprend saint Augustin , exhortant un pécheur, et l’instruisant sur les devoirs de la vraie pénitence, voilà sur quoi vous devez vous former, et ce que vous devez vous appliquer. Car tandis que vous fuyez la lumière , tandis que vous vous tenez enveloppé dans les ombres d’une conscience criminelle, taudis que vous ne découvrez pas le fond de votre âme , cette grâce qui ranime les morts , n’a dans vous ni pour vous nul effet de vie. Il faut que vous vous fassiez connoitre, et que par une confession sincère de vos désordres', vous sortiez comme un autre Lazare hors du tombeau : Et stalim prodiit qui erat mortuus. 11 faut que ce qu’il y a dans vous de plus intérieur, soit révélé; et que sans attendre le jugement de Dieu, vous comparaissiez devant le tribunal de ses ministres; que vous leur déclariez avec humilité et sans réserve, ce que si long-temps peut-être vous avez affecté de vous cacher à vousmême. Car tel est l’ordre de Dieu , et c’est ainsi
* Joan. il.
qu’il lui a plu d’attacher à cette déclaration, la grâce de votre sanctification : I-azare, veni foras. Cela vous trouble, dites-vous, et à peine y pouvezvous penser sans frémir : mais la chose n’en est pour vous , ni moins salutaire , ni moins nécessaire; et le trouble même qu’elle vous cause, est une preuve de sa nécessité. Car pourquoi le Fils de Dieu se troubla-t-il en ressuscitant Lazare, sinon pour vous apprendre ce qui devoit vous troubler vous-même? Quid enim est , quod turbavit semetipsum , nisi ut significaret tibi , quod et tu turbari debeas?' ce sont les paroles de saint Augustin. Il se troubla, ajoute ce Père, parce qu’il le voulut; et nous devons nous troubler parce qu’il le faut , et que ce trouble nous convient : Turbatus est, quia volait; nos , quia deçet et oportet. 1 Son trouble fut un témoignage de sa charité et de sa miséricorde , et le nôtre doit être l’effet de notre contrition. Non, mon cher Auditeur, ne craignez point de vous troubler vousmême, quand vous êtes dans l’état du péché; mais craignez plutôt de ne vous pas troubler assez, puisqu’il n’y a que le seul trouble de la pénitence chrétienne qui vous puisse sauver. Troublez-vous, afin que Dieu, selon l’oracle de David, guérisse les plaies de votre âme; et, qu’ému de votre douleur et de vos larmes , il en fasse un remède à vos maux : Sana contritiones ejus , quia commota est. 1
■ Aug. — • Ibid. — 5 Ps. 59.
Carême. 11. 3j
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Si c’est trop peu de vous troubler, frémissez à l'exemple de Jésus-Christ; mais frémissez en esprit et dans les vues de la foi. Ne vous contentez pas d’une simple horreur qui passe, et qui n’est que dans le sentiment. Car l’homme , dit admirablement saint Augustin, doit frémir côntre luimême , comment ? en confessant ses iniquités ; et pourquoi? afin que l’habitude du péché cède à la violence et à l’efficace du repentir : Homo enim quasi f réméré sibi débet in confessione peccatorum , ut violentiœ pœnitendi cédât consueiudo peccandi. ' Après cela, Chrétiens, que restera-t-il, sinon que les prêtres représentés par les apôtres , ou plutôt , représentant les apôtres et Jésus-Christ même, vous délient comme Lazare? Solvite eum, et sinite abire. 1 C’est là qu’ils commenceront à exercer en votre faveur leur ministère; et qu’en vertu de cette absolution juridique dont la grâce leur a été confiée , ils seront autorisés de Dieu pour vous dégager des liens de votre péché, solvile eum. Prenez garde : le Fils de Dieu ne dit pas seulement aux disciples en leur montrant Lazare , déclarez-le délié, mais déliez-le vous-mêmes; Solvite : pour nous marquer (c’est l’application que le saint concile de Trente fait de cette figure, et ses paroles doivent nous tenir lieu d’une décision expresse et infaillible) pour nous marquer que ce
1 Aug. — 1 Joan. 11.
que nous appelons absolution dans le sacrement, n’est point une simple commission ou d’annoncer l’Évangile ou de déclarer les péchés remis ; mais un acte de juridiction, par où le ministre et le lieutenant de Jésus-Christ prononce , exécute , remet, justifie. C’est pour cela même que Jésus- Clirist, selon la solide remarque de l’abbé Rupert, usa dans cette occasion du même terme dont il devoit se servir en faisant aux ministres de son Église cette promesse solennelle : Quodcumque sotverilis super terram , erit solution et in cœlis;' tout ce qùe vous délierez, sur la terre, sera délié dans le ciel. Promesse, où il neprétendoitpas précisément leur faire entendre que ce qu’ils auroient délié sur la terre seroit délié pour la terre, comme s’ils n’eussent dû absoudre que des censures des hommes; mais où il vouloit expressément s’engager à délier dans le ciel tout ce qu’ils auroient délié sur la terre, Erit sotulum et in cœlis : parce qu’en effet le grand privilège de l’ordination et du sacerdoce devoit être de pouvoir délier les consciences par rapport au jugement de Dieu. O mes Frères, conclut saint Augustin dans la paraphrase de notre évangile , quel bonheur et quel avantage pour nous , si nous pouvions , en suivant ces règles, ressusciter les pécheurs et nous ressusciter nousmêmes avec eux ! O si possemus excitare homines
■ Matth. 16.
inorluos, et cutn ipsis pariter excilari ! ' En sorte, ajoutoit eet incomparable docteur, que nous fussions aussi touchés de l’amour de cette vie bienheureuse qui ne doit jamais finir, que le sont les gens du siècle de cette vie mortelle qui leur échappe à tous les momens : Ut taies essemus amatores vita. permanentis , q unies sunt amatores liujus vilœ fugientis. 3 Plaise à Dieu, Chrétiens, qu’il y en ait parmi vous de ce caractère, et que ce ne soit pas en vain que je vous aie développé ce grand miracle de la résurrection des âmes! Plaise à Dieu qu’entre ceux qui m’écoutent, il y ait quelque Lazare qui sorte de son tombeau, converti et justifié! Peutêtre le plus endurci et le plus abandonné de ceux à qui je parle, est celui que Dieu a destiné pour cela. Peut-être celui dont vous attendez moins ce merveilleux changement, et que vous savez y avoir plus d’opposition, est l’heureux sujet que Dieu a choisi. Pourquoi ne l’espére rois-je pas? Pourquoi mettrois-je des bornes à la grâce de mon Dieu? Le bras du Seigneur est-il raccourci? I*e Dieu d’Élie n’est-il pas encore le Dieu d’Israël? n’est-il pas toujours le maître des cœurs? n’a-t-il pas le même pouvoir qu’il avoit lorsqu’il ressuscitoit les morts? et n’est-ce pas dans les plus grands pécheurs qu’il se plaît à faire éclater sa miséricorde? Faites, ô mon Dieu , que ce ne soit point là un simple souhait ;
* Aug. — * Ibid.
mais que l’effet réponde à ma parole, ou plutôt à la vôtre. Opérez ce miracle , non-seulement pour la conversion particulière de celui de mes Auditeurs que vous avez en vue , mais pour l’exemple de tous les autres. Ainsi vous vérifierez, ô divin Sauveur, ce que vous fîtes dire à Madeleine et à Marthe, que la maladie de Lazare n’alloit point jusques à la mort, mais qu’elle étoit pour la gloire de Dieu et du Fils unique de Dieu. Infirmitas hœc non est ad mortem , sed pro gloria Dei , ut gbrificelur Filius Dei per eam. ' Ou si letat de ce pécheur est un état de mort, cette mort passagère , reprend saint Augustin, n’ira point jusques à une mort étemelle, mais elle servira à faire paroître et à faire admirer la vertu toute-puissante de Dieu : Mors ista non erit ad mortem , sed ad miraculum .’ Contribuons nous -mêmes à ce miracle. Par-là nous glorifierons Dieu , et nous rentrerons dans la voie de l'éternité bienheureuse , où nous conduise, etc.
* Juan. ii. — * Aug.
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TABLE ET ANALYSE