‹ Œuvres completes de Bourdaloue Sermons pour le Careme. Tome secondChapitre 40 sur 43 · SUR LE ZÈLE · texte numérisé non relu

SUR LE ZÈLE

SrjF.T. Jésus- Christ dit aux pharisiens : Sans doute que vous m’ appliquerez ce proverbe : Médecin , guérissez-vous vous-même.

Autant que ce reproche étoit foible contre Jésus-Christ, autant auroit-il de force contre nous , si nous roulions nous l’appliquer. Car ne puis-je pas bien vous dire dans le même sens : Chrétiens , n’ayez point tant de zèle pour les autres, que vous n’en ayez encore plus pour vous-mêmes ; ou plutOt mesurez le zèle que vous avez pour les autres, sur le zèle que vous devez avoir pour vous-mêmes? Telle est la solide leçon que je viens vous faire dans ce discours.

Division. C’est le zèle que nous aurons pour nous-mêmes et pour notre propre perfection , qui doit autoriser notre zèle pour le prochain : première partie. Rectifier notre zèle pour le prochain : deuxième partie. Adoucir notre zèle pour le prochain : troisième partie. P. i5o, 1 5 1 .

Première partie. C’est le zèle que nous aurons pour nousmêmes et pour notre propre perfection, qui doit autoriser notre zèle pour le prochain. Ce zèle et ce soin de nous réformer nous-mêmes est le premier de nos devoirs : si donc nous tournons uniquement notre zèle vers le prochain, c’est un zèle chimérique et faux, i” zèle alors sans autorité de la part de celui qui l’exerce ; a” zèle sans effet delà part de ceux envers qui on l’exerce. P. i5i, i5a, 1 53.

i° Zèle sans autorité de la part de celui qui l’exerce : pourquoi? c’est qu’il n’y a que le bon exemple que l’on

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donne, et le témoignage qu’on se rend d’avoir commencé par soi - même , qui puisse autoriser une entreprise aussi délicate que celle de réformer les autres. Vous vous inquiétez de mille choses que vous prétendez être des abus et des injustices : mais on vous répond que vous avez mauvaise grâce de parler si haut contre des désordres étrangers, et de ne pas corriger certains désordres qu’on remarque dans votre conduite, et que vous y pourriez remarquer. Pourquoi voyez-vous une paille dans l’œil de votrefrère , disoit le Fils de Dieu , tandis que vous n’apercevez pas une poutre dans le vôtre ? Aussi trouva-t-il mauvais que les pharisiens osassent accuser devant lui cette femme surprise en adultère. Et pour les confondre, il se contenta de leur dire: Que celui de vous qui est sans péché, jette la première pierre contre elle. Argument plausible et convaincant dont ils se sentirent si vivement pressés, qu’ils se retirèrent sans rien répliquer. P. i53, 1 54 , >55, i56.

Mais qu’y a-t-il néanmoins de plus commun dans le monde que ce zèle pharisaïque , qui consiste à être régulier pour les autres, et sans régularité pour soi-même? On peut bien appliquer à ces censeurs si zélés ce que Jésus-Christ dit à ces femmes de Jérusalem : Ne pleurez point sur moi, mais sur vous-mêmes. Saint Paul avoit peine à comprendre comment celui qui n’a pas soin de sa maison , pouvoit prendre soin de l’Église de Dieu : mais jamais l’Église n’eut tant de ces sortes de réformateurs. Je sais quel étoit le zèle des saints ; je sais combien Davidet après lui saint Bernard étoient touchés des désordres qu’ils voyoient , et en quels termes ils s’en expliquoient. Mais faisons ce qu’ils ont fait, et nous aurons droit de dire ce qu’ils ont dit. P. i56, 157, i58, 159.

2° Zèle sans effet de la part de celui envers qui on l'exerce.

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Car comme nous n’aimons pas à être corrigés, nous nous attachons à examiner ceux qui voudroient sous une apparence de zèle prendre l’ascendant sur nous; et le moindre foible que nous y découvrons, nous sert de prétexte pour éluder leurs remontrances. De lé vient que ceux qui par office sont chargés de répondre des autres et de les conduire,-ont une obligation spéciale de travailler d’abord à Se réformer eux-mêmes. De là vient que l’Apôtre parlant des pasteurs des fîmes, veut qu’ils soient irrépréhensibles. Non pas qu’on ne dût toujours leur obéir, quand même ils seroient moins réglés, puisque leur caractère est indépendant du mérite de leur vie : mais le commun des hommes n’est, ni assez spirituel, ni assez équitable pour faire cette précision. Que ne peut point pour la gloire de Dieu et pour le bien du prochain, un homme exemplaire et sans reproche ? Mais qu’un père violent fasse à son fils des leçons de modération , qu’une mère évaporée et mondaine prêche à sa fille la retraite, quel succès en peut-on attendre ? 1’. 160, 161, 16a, i63, 164.

Deuxième paiitie. C’est le zèle que nous aurons pour nousmêmes et pour notre perfection, qui doit rectifier notre zèle pour le prochain : 1* par rapport à notre raison, parce qu’il se peut faire que ce ne soit pas un zèle selon la science ; a* par rapport à notre cœur; car il arrive souvent que ce n’est pas un zèle selon la charité. P. i65.

i* Par rapport à notre raison. Souvent notre zèle n’est qu’un zèle erroné, un zèle bizarre, un zèle borné. Zèle erroué : tel a été celui de tant d’hérétiques, qui ont voulu réformer l’Église. S'ils avoient eu au même temps un autre zèle, je veux dire le zèle de leur propre sanctification, et s’ils s’étoient d’abord appliqués A réformer leur orgueil et leur opiniâtreté, la passion ne les eût pas fait tomber en de

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si funestes égaremens. 7.èle bizarre, qui veut régler tout le monde par ses idées particulières et quelquefois extravagantes, et qui par-là même renverse 'tout. Le remède seroit de se précautionner d’abord contre soi-même , et contre cet esprit de singularité qu’on suit en aveugle , et dont on se fait même un prétendu mérite. De là, zèle borné et limité: ce qu’on a jugé bon et saint, on veut qu’il soit bon et saint pour toutes sortes de personnes; et hors du plan de réforme qu’on a conçu, tout paroît désordre et relâchement. Mais Dieu n’a-t-il point d’autres idées du bien que celles que vous proposez? il auroit fallu de bonne heure vous élever l’esprit , et vous faire une plus grande âme , une âme capable d’estimer le bien partout où il est , et de quelque part qu’il vienne, P. 166, 167, 168, 169.

2“ Par rapport à notre cœur. Souvent nous prenons pour zèle ce qui est chagrin , inquiétude, intrigue, envie, ambition, intérêt. Mais qu’un homme se soit avant toutes choses étudié lui-même pour connoîtreles plus secrets mouvemens de son cœur, et qu’il se soit fait de saintes violences pour les régler, alors il sera en état de distinguer quel esprit l’aniine dans son zèle, et de le réduire aux termes de la raison et de l’équité. P. 1(19, 170, 171, 172.

Troisième partir. C’est le zèle que nous aurons pour nousmêmes et pour notre propre perfection , qui doit adoucir notre zèle pour le prochain. Le zèle , s’il n’est tempéré , nous porte à une sévérité outrée. Sévérité que le Sauveur du monde condamna dans ces deux disciples qui lui demandèrent qu’il fit descendre le feu du ciel sur les Samaritains. L’Apôtre et tous- les hommes apostoliques ont donc cru devoir humaniser leur zèle-, et lui donuer un certain attrait d’où dépend son efficace et sa force. Or, je l’ai dit : le correctif infaillible et sûr d’un zèle trop impétueux et trop vif

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pour les autres, est le zèle qu’on doit avoir pour soi-même. P. 17a, i?5.

Car un homme zélé pour soi-même, quelque bien qu’il envisage hors de soi , a toujours en vue de ne perdre jamais la charité. Or la charité a toutes les qualités qui peuvent modérer et adoucir notre zèle à l’égard du prochain. Le zèle pour le prochain est naturellement impatient : on en voudroit voir d’abord le succès : mais la charité est patiente, surtout quand on considère avec quelle patience le Dieu de la charité en use lui-même à notre égard. P. 175 , i?4> '75> '76-

Comme notre zèle est impatient , il devient dur, fâcheux, mortifiant, plein d’amertume. De vous dire que le zèle du Sauveur du monde n’a point été de cette nature, et que c’est par un zèle tout différent qu’il a gagné les cœurs, ce seroit une espèce de démonstration dont il n’y a personne qui ne dût être touché. Mais laissant toute autre preuve, je m’en tiens au même principe : car la charité est douce, surtout quand on pense avec quelle douceur nous voulons qu’on nous traite nous-mêmes , quelle est la foiblesse des malades dont nous entreprenons la guérison , et qu’un zèle enfin sans condescendance et sans ménagement ne sert qu’à leur donner horreur du remède , et qu’à les rebuter. P. 176, 177,178, 179, 180.

Cette charité demande bien des réflexions, et un grand empire sur soi-même ; j’en conviens : mais souvenez-vous qu’il s’agit du salut de votre frère. Allumez, Seigneur, dans nos cœurs ce feu divin , ce saint zèle dont brûloit votre prophète , et dout vous avez brûlé vous-même sur la terre. P. 180, 181.

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Sujet. Des docteurs et des pharisiens venus de Jérusalem s’adressèrent à Jésus-Christ , et lui dirent : Pourquoi vos disciples violent-ils les traditions des anciens ? Mais il leur répondit : Pourquoi vous-mêmes violez-vous le commandement de Dieu pour suivre votre tradition ?

Nous tombons dans un désordre tout opposé à celui des pharisiens. Car le désordre des pharisiens étoit de s’attacher «ux petites choses et de négliger les grandes; et le nôtre est de nous borner quelquefois tellement aux grandes, que nous croyons pouvoir impunément mépriser les petites. Or, sans parler des pharisiens, mais de nous-mêmes, j’entreprends de vous faire voir dans ce discours, que de manquer volontairement et habituellement aux moindres devoirs, c’est s’exposer à violer bientôt et en mille rencontres les plus grands préceptes de la loi. Compliment à la Reine, p. 182, i83, 184, i85.

Division. L’homme est orgueilleux, et il est aveugle. Son orgueil le porte à l’indépendance, et lui donne un penchant secret à s’affranchir de la loi. Son aveuglement l’empêche de bien connoître ses devoirs , et de bien discerner ce qu’il y a de plus ou de moins essentiel dans la loi. Or, je dis que de s’assujettir aux moindres obligations de la . loi , c’est un préservatif nécessaire, et pour réprimer l’orgueil de notrè cœur; première partie : et pour Carême, h. 53

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corriger les erreurs de notre esprit , ou pour en prévenir les suites funestes; deuxième partie. P. i85, 186.

Première partie. Fidélité aux moindres obligations de la loi , préservatif nécessaire contre l’orgueil de notre cœur. A remonter jusqu’à la source de la corruption de l’homme, il est évident que le premier de tous les désordres , c’est l’orgueil ; et que le premier effet de l’orgueil, c’est l’amour de l’indépendance et de la liberté. Cependant il y a des lois d’une autorité si vénérable et d’une obligation si bien fondée dans les principes de la raison, que quelque passion que nous «ayons pour la liberté , nous ne pouvons presque nous départir de l’attachement respectueux et de la soumission qu’elles exigent de nous; et ces lois sont celles de la religion et de la conscience. Voilà donc comme une espèce de combat dans l’homme entre son orgueil et sa raison : sa raison, qui veut qu’il se soumette; et son orgueil, qui ne le veut pas. Qui l’emporte des deux ? ni l’un ni l’autre, si nous avons égard aux commencemens, parce que d’abord ils sont presque l’un et l’autre d’égale force. Mais voici ce qui arrive quand l’homme commence à quitter Dieu : c’est qu’il observe les grandes choses avec quelque fidélité , et qu’il ne se fait plus une règle de garder les petites. Pour ne pas absolument se soustraire à la loi de Dieu , il se soumet aux premières; et pour ne pas aussi captiver entièrement sa liberté, il néglige les autres. De là, que s'ensuit-il? c’est que par cette liberté présomptueuse, ou pour mieux dire, par ce libertinage qui lui fait négliger certaines obligations moins importantes et moins étroites, il vient enfin à tout entreprendre contre la loi de Dieu. P. 186, 187,188,189,190.

En effet, dit saint Bernard, le juste par état et le pécheur par état marchent de telle sorte dans le chemin ou

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du vice ou de la vertu , qu’ils n’en sont pas même fatigués. Mais il y en a qui souffrent, et ce sont ces chrétiens imparfaits qui voudroient tenir le milieu, c’est-à-dire, qui voudroient secouer le joug de la conscience et de la religion dans les petites choses, et qui ne voudroient pas le rompre dans les grandes. Car ils ont à souffrir de tous les côtés : du côté de la grâce à laquelle ils résistent, et du côté de la passion qu’ils ne satisfont pas pleinement. Or , prenez garde , poursuit saint Bernard, comme cet état est un état de violence, il ne peut pas durer. Bientôt la passion et l’amour de la liberté prévaut; et voilà d’où sont venus presque tous les scandales, et tous les désordres qui ont éclaté dans le monde. P. 191 , 19a, 193 , 194.

De là , les grands attentats de l’hérésie. Exemple de Luther. Son obstination à refuser de se soumettre sur un point qui du reste n'étoit pas essentiel dans la religion , et qui regardoit les indulgences, lit dans la suite, de ce catholique et de ce religieux, un apostat et un hérésiarque.

De là, les prodigieux égaremens de l’impiété. Par où tant d’impies ont-ils commencé à perdre la foi ? par quelques railleries de certaines dévotions populaires, ou par quelque autre principe qui leur sembloit aussi léger, et qui pouvoit l’être. P. 196, 197.

Delà, les affreux relâchemens de la discipline de l’Eglise. Ils ne se sont pas introduits tout à coup par un soulèvement subit et général des fidèles, et par une rébellion formée contre les saintes lois que l’Eglise leur prescrivoit; mais suivant la remarque de saint Bernard , par des exemptions en apparence respectueuses , que chacun sous divers prétextes a voulu s’accorder, ou même a su obtenir des puissances supérieures au préjudice du droit commun. Dis-

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penses dont le même Père se plnignoit si hautement dans une lettre qu’il en écrivit à un grand pape. P. 197, 198, 199, 200.

De là, la ruine particulière de tant d'âmes. Car on ne se pervertit pas dans un moment; mais il y a , dit saint Grégoire pape, un apprentissage pour le vice comme pour la vertu, et c’est par la vanité que nous nous laissons conduire à l’iniquité: A vanitatc ad iniquitatem. Une parure immodeste , une lecture agréable , mais dangereuse , une conversation libre , un commerce honnête en apparence avec telle personne ; voilà la vanité : mais c’est ce qui vous remplira de l’amour de vous-même et de l’amour du monde, ce qui vous retracera dans l’esprit les plus sales idées, ce qui fera naître dans votre cœur les désirs les plus criminels , enfin ce qui allumera dans vous une passion dont vous ne serez presque plus le maître, et qui vous emportera aux derniers excès. P. 200 , 201 , 202 , 200.

C’est à quoi, vous ne pouvez trop prendre garde. Il est vrai que pour observer jusques aux moindres devoirs , il en doit coûter bien des violences; mais l’Évangile ne nous enseigne point d’autre voie du salut que la voie étroite , et Jésus-Christ nous avertit qu’il faut faire effort pour entrer dans le royaume des cieux. N’espérons pas d’en élargir la porte ; mais disons plutôt : le chemin du salut est étroit , je dois donc aussi resserrer ma conscience. Car il n’y a point de danger pour moi à me restreindre dans les bornes de mon devoir, au lieu que je dois tout craindre si je viens jamais à les franchir. Je ne puis être trop soumis à Dieu ; mais je cours, risque de me perdre, si je ne le suis pas

assez. Ah! Chrétiens, on cherchoit autrefois des remèdes

pour bannir les scrupules du monde ; et moi je voudrois que ce qui s’appelle le monde, fût aujourd’hui rempli de scrupules. P. 2o3, 204, 2o5.

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Deuxième partie. Fidélité aux moindres obligations de la loi , préservatif nécessaire contre l’aveuglement de notre esprit. Rien où les hommes soient plus sujets à se tromper qu’en ce qui regarde la conscience et la religion. Si donc nous n’apportons un soin extrême à nous préserver des illusions où notre aveuglement peut nous conduire , il est immanquable que nous nous y tromperons. Et comment ? non pas , dit saint Bernard , en supposant pour grandes les fautes qui- sont légères de leur nature; car il est rarcquenos erreurs nous mènent là: mais en supposant pour légères celles qui sont en effet grièvcs et importantes. Illusion très-commune. Et parce que cette ignorance ne nous justifie pas , et que c’est un aveuglement , ou affecté par malice, ou formé par négligence , on se précipite, sans y penser, dans l’abîme de perdition. P. 206, 207, 208.

Mais qu’un homme se fasse une loi de ne rien négliger , jusqu’aux plus petits devoirs , cette loi le met à couvert de tout; et quand il seroit du reste rempli d’erreurs , il ne s’égarera jamais , parce que la loi qu’il s’est prescrite lui servira de guide. P. 210.

Nous n’avons que trop d’exemples qui nous montrent que le relâchement sur certains points estimés peu nécessaires , est un des pièges les plus dangereux pour nous surprendre et pour nous faire tomber dans les plus grands désordres. En voulex-vonspar rapport à la religion ?Exemp!e de ce catholique ignorant dont parle saint Augustin. Un manichéen l’ayant fait convenir qu’un aussi petit insecte que la mouche n’avoit pas été créé de Dieu, et le conduisant de l’un à l’autre, lui fit enfin avouer que Dieu n’étoitpasle créateur de l’homme. Exemple de l’hérésie arienne. Sur quoi rouloit alors tout le schisme du monde chrétien ? sur un seul mot ; savoir : si le Verbe devoit être appelé con-

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substantiel à son Père , ou semblable en substance. Qu’importe, disoient les uns, peu éclairés; une différence si légère doit-elle troubler le repos de l’Eglise ? Mais saint Athanase, mieux instruit, leur faisoit voir qu’en négligeant un seul mot , ils ruinoient tout le fondement de la religion chrétienne. Et n’est-ce pas ainsi qu’en mille rencontres les ennemis de l’Église, pour éluder ses décisions sur certains articles, les ont traités de questions vaines et inutiles ? P. 211, 212, 21.3.

Que n’ai-je le temps d’appliquer aux mœurs ce que j’ai dit de la foi ? Combien de péchés toujours griefs dés qu’ils sont volontaires , l’ignorance nous fait-elle mettre au nombre des petits péchés ? Combien d’autres dont nous mesurons la grièveté ou la légèreté, non suivant ce qu’ils sont en effet dans les conjonctures présentes , mais selon nos idées et les désirs de notre cœur? Exemples de ces deux genres de péchés. P. 213,214,21 5.

Le remède, 6 mon Dieu, c’est de ne me permettre jamais quoi que ce soit , qui puisse en quelque sorte blesser votre loi. Autrement ma perte est inévitable. Car pourme garantir des chutes fatales dont je suis menacé, il faudroit, ou que je ne fusse plus exposé aux erreurs de mon esprit, ou qu’une étude constante et assidue Suppléât aux lumières qui me manquent. Or, je ne puis espérer l’un , ni compter sur l’autre. Le plus court et le plus sûr est de m’interdire tout péché. Alors je n’aurai plus besoin , quand il s’agira de votre loi , de l’examiner de si près. Je pourrai. compter sur;vous et sur moi-même : sur vous, parce que vous n’abandonnez point une âme fidèle; sur moi-même , parce que j’aurai le plus assuré préservatif contre la fragilité et le penchant de mon cœur. P. 2i5, 216.

Heureux, mes Frères, si vous entrez dans ces sentimen s.

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Mettez-vous eu état par-là d’entendre de la bouche de Jésus- Christ cette consolante parole : Bon serviteur , vous avez été fidèle en peu de chose , prenez possession de mou royaume céleste, et goûtez-y une félicité éternelle- P. 217.

Sujet. Tous ceux qui avoient des malades de, diverses maladies , les amenoient il Jésus , et il les guérissoit tous en les touchant. Or les démons sortoient de plusieurs possédés, criant et disant : Fous êtes le Fils de Dieu. Mais il les reprenoit , et ne leur permettait pas de parler, parce qu’ils savoient qu’il étoit le Messie.

C’est le témoignage que rendoient les démons au Fils de Dieu : mais témoignage que ce Dieu-homme méprise et qu’il rejette, parce que ce n’étoit qu’un témoignage forcé, et que tandis qu’ils sembloient l’honorer d’une part, ils le blasphémoient de l’autre et le renonpoient. En vain donc rendons-nous à Dieu un culte apparent , si dans la pratique nous démentons par nos moeurs ce que nous confessons de bouche, et si nous n’en devenons pas plus fidèles à nos devoirs. Je dis même aux devoirs les plus communs de la société, et les plus ordinaires dans l'usage de la vie et le commerce du monde. C’est ce qui m’engage à vous faire voir dans ce discours le rapport nécessaire qu’il y a entre la religion et la probité. P. 219, 220,221.

Division. Quoique la probité, selon le monde et la religion, soient très-différentes et <|ans leurs principes, et

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dans leurs objets , et dans les fins qu’elles se proposent , la liaison néanmoins est si étroite entre l’une et l’autre, qu’à les prendre dans toute l’étendue qu’elles doivent avoir, on peut dire absolument qu’elles sont inséparables. Point de probité sans religion : première partie. Point de religion sans probité: deuxième partie. 221 , 222.

Première partie. Point de probité sans religion: pourquoi? 1° parce qu’il n’y a que la religion qui puisse être un principe universel et un fondement solide de tous les devoirs de la probité. 2" Parce que tout autre motif que celui de la religion, n’est point à l’épreuve de certaines tentations, où la vraie probité se trouve sans cesse exposée. 3° Parce que quiconque a secoué le joug de la religion , n’a plus de peine à s’émanciper de toutes les autres lois qui pouvoient le retenir dans l’ordre, ni à se défaire de tous les engagemens qu’il a dans la société humaine et sans lesquels la probité ne peut subsister. P. 223.

1° La religion est le seul principe sur quoi tous les devoirs qui font la vraie probité peuvent être solidement établis. Car c’est la religion, dit saint Thomas, qui nous lie à Dieu ; et c’est en Dieu, comme dans leur centre, que sont réunis tous les devoirs qui lient les hommes entre eux par le commerce d’une étroite société. Ainsi j en vertu de la loi que j’ai reçue et que je me fais de servir Dieu , je rends ù chacun par une conséquence nécessaire tout ce qui lui est dû , parce qu’en Dieu seul je trouve ce qui m’oblige à , tout cela. P. 223, 224, 225.

En effet , c’est cette vue de Dieu et de sa loi , cette vue de conscience qui fait que je me soumets, et que je ne manque à rien. Et voilà la preuve dont se servoit Tertullien pour convaincre les païens qu’ils dévoient regarder notre religion comme une religion utile à la sûreté et au

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bien commun. Car c’est cette religion , leur disoit-il, qui nous apprend à prier pour vos Césars, à servir fidèlement dans vos armées, à payer exactement et sans fraude les tributs et les impôts publics. Et certes , si dans un état, toutes choses se traitoient selon les lois du christianisme , quel ordre n’y verroit-on pas et quelle paix ? P. 225, 226,

Mais que le principe de la religion, ce premier mobile , vienne une fois à être détruit ou altéré dans un esprit, plus de règle ni de conduite , plus d’honnêteté de mœurs , du moins constante et générale. Car sur quoi seroit-elle fondée ? Suc la raison ? Mais qu’est-ce que la raison corrompue par le péché et affôiblie par les passions ; et quels scandales arriveroient, si chacun selon son caprice et selon son sens , se faisoit l’arbitre de ce qu’il peut, de ce qu'il doit, de ce qui lui appartient, de ce qui lui est permis? C’est pour cela que dans les affaires du monde, dans les traités, on exige des sermens , qui sont des protestations-publiques et solennelles de religion : preuve, dit saint Chrysostôme, que sans le sceau de la religion , on ne croit pas pouvoir compter sur la raison des hommes. P. 227, 228, 229.

J’en appelle à votre propre sentiment. Qui de vous voudroit que sa vie et sa fortune fussent entre les mains d’un homme sans religion? Uh athée même se confiera plutôt à un homme qui a de la religion, qu’à un impie comme lui. P. 229.

Vous me dire* qu 'indépendamment de la religion, il y a un certain amour de la justice que la nature nous a inspiré. Mais sans examiner quel seroit cet amour de la justice, y auroit-il. beaucoup d’hommes dans le monde qui s’en piquassent, s’ils étoient persuadés qu’il n’y a ni Dieu ni religion ? Je me regarderois alors moi-même comme ma

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fin ; et par une conséquence nécessaire, je rapporterois tout à moi , et je croirois avoir droit de sacrifier tout pour moi. Et c’est ici que je dois vous faire remarquer l’extravagance de cette politique malheureuse, dont un faux sage de ces derniers siècles s’est glorifié d'être l’auteur. Politique qui ne reçoit point de religion, qu’autant qu’il en faut pour bien faire son personnage selon le monde , et qui n’en retient que l’apparence et la figure. Sans employer bien d’autres preuves contre une si détestable maxime, je me contente de dire que cette damnnble politique se détruit par ellemême. Car elle reconnoît au moins la nécessité d’une religion apparente pour contenir les peuples dans le devoir , et par-là même elle convient que la raison seule n’est pas capable d’entretenir dans le monde cette probité qui le doit régler. D’où je conclus, moi, la nécessité d’une vraie religion, puisque la vraie probité ne peut être fondée sur le mensonge. P. 200, a3i, 23a, a53.

3° Tout autre motif que celui de la religion n’est point à l’épreuve de certaines tentations délicates où le devoir et la probité se trouvent sans cesse exposés. J’appelle tentations délicates , lorsque l’intérêt et la justice sont en compromis, et qu’on peut aux dépens de l’une ménager l’autre. N’estce pas là que nous voyons tous les jours la raison succomber, si elle n’est soutenue par la religion? et de là tant de désordres dans tous les états et toutes les conditions de la vie, parce que dans tous les états et toutes les conditions il y a peu de religion. P. 355, s34, 335, s36.

Aussi quand le démon vint tenter Jésus-Christ , par où ce Dieu-homme surmonta-t-il la tentation ? parla religion: Dominum Deurn tuum adorabis. Au contraire , manquons de religion, il n’y aura point de tentation, point d’intérêt qui ne nous surmonte. Et cela est encore plus vrai d’un

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déserteor de la foi, lequel, après avoir eu autrefois de la religion, n’en a plus maintenant. Car que ne peut-on pas craindre d’un homme qui s’est défait de la crainte de son Dieu ? P. 23;, 238.

3* Un homme sans religion n’a donc plus de peine & s’émanciper de toutes les autres lois qui pouvoient le retenir dans l’ordre, ni à renoncer aux engagemens les plus inviolables qu’il a dans la société humaine, et sans quoi la probité ne peut subsister. Engagemens de dépendance , engagemens de justice, engagemens de fidélité, engagemens même du sang et de la nature. Ce qui apprend aux rois et à tous les maîtres du siècle à ne ppint souffrir auprès d’eux de libertins. Ce qui nous apprend à les combattre nousmêmes, ou à les fuir. Honorons notre religion. Tandis qu’elle subsistera dans nous. Dieu sera avec nous; ou si le péché nous le fait perdre , nous aurons toujours une voie pour le retrouver. Mais si nous laissons éteindre cette lumière, quelle sera notre ressource? P. a38, u3g.

Deuxième fabtie. Point de religion sans probité, je dis de vraie religion. Car toute notre religion sans la probité, n’est 1° qu’un fantôme de religion , 2“ qu’un scandale de religion. P. 240 ,241.

1“ Fantôme de religion. Si quelqu’un de vous, disoit saint Jacques, croit avoir de la religion, et que néanmoins il ne réprime pas sa langue, qu’il sache qüe sa religion est vaine : Hujus vana est religio. Or , si l’apôtre a pu parler ainsi de la médisance , que sera-ce de mille désordres encore plus essentiels qui détruisent entièrement la probité dans le commerce des hommes, et que certains hommes prétendroieht néanmoins pouvoir accorder avec la religion ? P. 241, 242 ,

Comme la gr5ce suppose la nature, et que la foi est entée.

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pour ainsi dire, sur la raison; aussi la religion a-t-elle pour base la probité. Car elle veut, dit saint Jérôme, un sujet digne d’elle et digne de Dieu. Être juste, être fidèle, être désintéressé, être sans reproche dans l’estime du monde; et pour soutenir, pour sanctifier toutes ces vertus, avoir de la religion et être chrétien , voilé l’ordre invariable et auquel il faut que la religion se conforme. Sans cela Dieu réprouve votre culte; et comment agréeroit-il ce qui même devant les hommes est condamnable? Mais nous renversons cet ordre, et nous nous formons de grandes idées de religion qui ne sont appuyées sur rien, parce qu’en même temps nous négligeons les premiers devoirs de la fidélité et de la justice. Qu’est-ce que cela, sinon un fantôme? P. a44> a45> 246.

2" Scandale de religion. Car c’est ce qui expose la religion au mépris et à la censure, ce qui donne au libertinage une espèce de supériorité et d’ascendant sur elle. Je sais qu il faudroit distinguer la religion de ceux qui la professent : mais le monde est-il assez équitable pour faire cette distinction ? Quand donc on voit des chrétiens sans probité, c’est-à-dire, intéressés, colères, violens, vindicatifs, impitoyables, dissimulés, artificieux, fourbes, imposteurs, quel avantage l’impiété n’en tire-t-elle pas? P. 246, a4"-

Mais ayons de la probité; soyons bjenfaisans, doux, affables, prévenans , humbles, intègres, modestes, patiens, sans détours , sans artifices , sans ostentation , sans hauteur, c’est ce qui édifiera plus le monde que toutes nos ferveurs et toutes nos pénitences. Tel est, Seigneur, le témoignage que vous attendez de nous : et quelle honte pour un chrétien, de ne pas faire au moins en partie par la pureté de ses mœurs, ce que tant de martyrs ont fait par leur inébranlable constance au milieu des plus rigoureux tourmens! P. 248, 249.

DES SERMONS

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