ADDITION
A l’article du charbon de terre.
Nous avons dislingué doux sorlcs do chaobons de terre (I) : l'un que l’on nomme charbon scc, qui produit, en brûlant, une (lamme légère, et qtii diminue de poids et de volume en se convertissant en braise; et l’autre que l’on apjielle charbon collant, qui donne une chaleur plus forte, se gonfle et s’agglutine en brûlant. Nous croyons devoir ajouter à ce sujet des observations importantes qui nous ont été communiquées par M'. Faujas de Saint-Fond (2). Ce savant naturaliste distingue, comme nous, le charlwn sec du charbon collant, mais il a remarqué de plus dans les diflcrontes mines cpi’il a examinées en France, en Angleterre et en Ecosse, que ces deux sorlcs de charbons de terre étaient attachées chacune à un sol d’une nature particulière, et que les charbons secs ne se trouvaient que dans les terrains calcaires, tandis qu'au contraire on ne rencontrait le charbon collant que dans les terrains granitiques et schisteux ; et ^ oici, d’après M. Faujas, quelle est la qualité de ces deux sortes de charbons, et de quelle manière chacune d’elles se présente.
Le charbon sec étant en masse continue peut se tirer en gros morceaux; il est, comme les autres charbons, disposé par lits alternatifs. Si l’on examine avec attention les lits supérieurs, on y reconnaît les caractères du bois, et on y trouve quelquefois des coquilles bien conservées, et dont la nacre n’a été ((ue [icu altérée. Lors<|u’ün est parvenu aux couches inférieures, la qualité du charlion devient meilleure; son tissu est plus serre, sa substance plus homogène; il offre dans sa cassure des surfaces lisses, et souvent brillantes comme celle du jayet; et s'il n’en a jKis le luisant, son grain est uni, serré, et n’est jamais lanielleux.
Ce charbon sec, lorsqu'il est de bonne qualité, répand, en brûlant, une flamme vive, légère, bleuâtre à son sommet, assez semblable à celle du bois ordinaire; et l’on observe qu’à mesure que ce charbon s’embrase, il se gerce et se fend en plusieurs sens; il perd au moins un tiers de son volume et de son poids en se convertissant en braise, et ses cendi ■es sont blanches comme celles du bois.
(t) Voyez, dans le volume de la Théorie de la Terre, histoire naturelle des Minéraux, l’article du Charbon de terre.
(2) Lettres de M. Faujas de Saint-Fond à M. le comte de BulTon , datée de Montéliniarl , tü janvier 1780.
M. Faiijas m’a fait voir des eharlmns secs qui, après avoir été épurés, présentent évidemment les fibres ligneuses, et même les couclies concentriques du bois qu’il était difficile d’y reconnaître avant que leur organisation eût été mise à découvert par l'épurement (I).
Lorsqu’on fait brûler ce charbon, son odeur est en général plus ou moins désagréable et foi te, suivant les diverses qualités de ce minéral; quelquefois elle est très-faible, mais souvent elle est empyreumalique ou fétide et nauséabonde, ou la même que celle du foie de soufre volatil. Au reste, M. Faujas observe que ces charbons secs, quoique moins bitumineux en apparence que les charbons collants, le sont réellement davantage, et qu'ils produisent par leur distillation un cinquième de plus de bitume, et un tiers de plus d’eau alcalisée.
Le charbon collant, qu’on appelle aussi charbon gras, diffère du charbon sec en ce qu’il se boursoufle en brûlant, tandis que le charbon sec fait retraite. Ce charbon collant augmente de volume au moins d’un tiers; il présente des pores ou cavités semblables à ceux d’une lave spongieuse, et que l’on reconnait très-aisément lorsqu’il est éteint. C’est après avoir été ainsi dépouillé de son eau, de l’alcali volatil et du bitume, qu’il porte le nom de charbon épuré, en France, et de coak, en Angletei re; il se réduit en une cendre grise, et soit qu’on l’emploie dans les fourneau.x, en gros morceaux ou en poussière, il s’agglutine et se colle fortement, de manière à ne former (ju’une masse qu’on est obligé de soulever et de rompre afin que l’air ne soit pas intercepté par cette niasse embrasée, et que le feu ne perde pas son activité.
Ce charbon collant produit une flamme qui s’élève moins , mais qui est beaucoup plus vive et plus âpre que celle du charbon sec; il donne une chaleur plus forte et beaucoup plus durable. 11 en sort une fumée plus résineuse qu’alcalescerite , qui n’a pas l’odeur fétide de la plupart des charbons secs, et même lorsqu’elle est trés-atténuée elle répand une sorte d’odeur de succin. Ce charbon est composé de petites lames fort minces, très-luisantes, et placées sans ordre; et si ces lames sont peu adhérentes, le charbon est très-friable : il est connu alors dans la Flandre sous le nom de houille et sous celui de menu poussier^ dans les mines du Forez et du Lyonnais; mais d’autres fois, ces lames i)lus solides et plus adhérentes entre elles donnent à ce charbon une continuité ferme, et qui permet de le détacher en gros morceaux. Ce charbon solide est celui qui est le plus l•echerché : ses lames sont assez souvent disposées en tries longitudinales, et d’un noir très-brillant ; mais le luisant de ce charbon diffère de celui du charbon sec, en ce que ce dernier, quoique très-luisant, a un grain serré et uni, dont le poli naturel est comme onctueux, tandis que les lames du charbon collant ont une apparence
(1) Lelirede M. Faujas de Saiiil-Fond à M. le comte de BiilTon , daice de Montélimart , 10 janvier 17S(i.
392 HISTOIRE NATURELLE
vili’CMisc et ])rillante. M. Faiijas a aussi obserx é (|ii’il sc li'onve rinelqiiefois du charbon collant , dans lequel la matière bitumineuse parait affecter la forme cubique, et il dit (jue l’on rencontre, particulièrement dans les charbons des environs d’Edimbourg et de Glascow, des morceaux qui ne paraissent composes que d’une multitude de petits cubes bitumineux engagés les uns dans les autres, mais qui se détachent facilement.
L’on trouve aussi dans ces charbons collants, tantôt des parcelles ligneuses bien caractérisées, tantôt des bois pyrilisés, et surtout diverses empreintes de végétaux, semblables à des roseaux et à d’autres plantes dont il serait assez difficile de déterminer exactement les espèces; toutes ces empreintes sont en relief d’un coté et en creux de l’autre. La substance delà plante a disparu, soit (pUelle ait été détruite par la pourriture ou qu’elle se soit convertie en charbon. M, Eaujas remarque avec raison qu’il serait très-important de comparer ces sortes d’empreintes, et de voir s’il n’existerait pas quelque différence entre les empreintes des charbons des terrains calcaires et celles des charbons des sols granitiques.
A l’égai-d de la situation des mines de charbon sec, au milieu des terrains calcaires, les seuls où on les trouve, suivant M. Faujas, cet habile minéralogiste remarque que, quand une mine de charbon sc trouve par exemple dans les parties calcaires des Alpes, au pied de quelque escarpement entièrement dépouillé de terre végétale, et où la l(nTe est à nu, l’on aperçoit tout d’un coup l’interruption do la roche calcaire dans l’endroit où se rencontre le charbon dont les premières couches gisent sous une espèce de monticule d’argile pure ou marneuse, ou mêlée de sable quartzeux. La sonde en tire de l’argile plus ou moins pure, du charbon, (le la pierre calcaire ordinairement feuilletée, quelquefois des bois charbonnifiés qui consei’vcnt leurs caractères ligneux, et qui sont mêlés avec des coquilles : ces premières couches sont suivies d’autres lits d’argile, de pierres calcaires, ou de charbons dont l’épaisseur varie. L’inclinaison de ces couches est la même que celle de la base sur laquelle elles s’appuient , et il est important de remarquer que l’on trouve souvent à de grandes profondeurs la matière même du charbon adhérente à la pierre calcaire, et que dans les points de contact les molécules du charbon sont mêlées et confondues avec celles de la pierre, de manière qu’on doit rapi)orter à lu même époque la formation de ces pierres calcaires et celle du charbon.
Mais au contraire les mines de charbon çollarit qui sont situées dans les montagnes gi-aniti([ues ou schisteuses ont été déposées dans des espèces de bassins où les courants de la mer ont transporté les argiles, les sables, les micas avec les matières végétales. Quelquefois les flots ont entraîné des pierres de diverses espèces et eu ont formé ces amas de cailloux roulés (pi’on trouve au-dessus ou au-dc.ssous des charbons collants; d’autres fois les bois et autres végétaux ont été accumulés sur les
DES JIINEKAUX
sables ou sur les argiles où ils ont formé des couches parallèles lorsqu’ils ont été déposés sur un sol uni et horizontal, et n’ont formé que des pelotons ou des masses irrégulières, et des lits tortueux interrompus et inclinés lorsqu’ils ont été déposés *sur une base inégale ou inclinée j et l’on doit observer que jamais le charbon collant ne porte immédiatement sur le granit. iM. Faujas a observé qu’il existe constamment une couche de grés , de sable quarlzeux, ou de pierres vitreuses roulées et arrondies par le frottement entre les granits et les couches de charbon ; et si ces memes couches renferment des lits intermédiaires d’argile en masse ou d’argile feuilletée^ ces argiles sont également séparées du granit par les sables, les grès, les pierres roulées , ou [)ar d’autres matières provenanl de la décomposition des roches vitreuses : telles sont les différences que l’on peut remar(|uer, suivant lAl. Faujas, entre les charbons secs et les charbons collants, tant pour leur nature que pour leur gisement dans les terrains calcaires et dans les terrains granitiques et schisteux. Ce naturaliste présume avec raison (|ue la nature des charbons secs, toujours situés dans les terrains calcaires, tient en grande partie ii leur formation contemporaine de celle des substances coquil- Icuses : la matière de ces charbons s’est mêlée avec la substance animale des co(juillages, dont les dé|)ouilles ont formé les l)ancs de pierres calcaires J et les bois qui ont été convertis en charbon sec, jilacés au milieu de ces amas de matières alcalescentes, se sont imprégnés de l’alcali volatil qui s’en est dégagé ; ce qui nous explique pourquoi ce charbon rend par la distillation une quantité d’alcali qui excède du double et du triple celle (|u’on obtient des charbons collants.
J/on doit ajouter aux causes de ces différences, entre les charbons collants et les charbons secs, l’influence de la terre végétale qui se trouve en très-petite quantité dans le charbon sec, et entre au contraire pour beaucoup dans la formation du charbon collant; et comme cette terre limoneuse est mêlée en plus grande quantitede matières vilrcuscs que de substances calcaires, il pourrait se ùiire, ainsi que l’a observé M. Faujas, que les charbons collants ne se trouvassent jamais que dans les terrains granitiques et schisteux; et c’est par cette raison que cette terre limoneuse qui se boursoullc et augmente de volume, lorsqu’on l’expose à l’action du feu, donne aux charbons collants la même propriété de se gonller, de s’agglutiner, et de se coller les uns contre les autres lorsqu’on les expose à l’action du feu.
Plus on multipliera les observations sur les charbons de terre, et jjIus on reconnaîtra entre leurs couches, et surtout dans leurs lits supérieurs, des empreintes de divcrsc's sortes de plantes : « .l’ai vu, m’écrit « M. de Morveau, dans toutes les mines de charbon do Uives-de-Gier, « de Saint-Chaumont et de Saint-Bcrain, des empreintes de plantes, 8 des prêles, des caille-laits, des joncs, dont l’écorce est très-rcconnais- « sable, et (pii ont jusqu’à un pouce de diamètre, un fruit qui joue la U pomme de pin, des fougères sourtout en quantité. J’ai observé dans
394 HISTOIRE NATURELLE
« les contre-parties de ces fougères, que d’uu côte les tiges et les côtes « eiitièies étaient en relief et les feuilles en creux, et de l’autre côté les « côtes et les tiges en creux et les feuilles en relief; quand les schistes « ou sont ces empreintes sont très-micacés, comme dans un morceau « que j ai trouvé a Saint-Berain , on y distingue parfaitement la suh- * stance même de la plante et des feuilles, qui y forme une pellicule <• noire que l’on peut détacher, (luoique très-mince. .l’ai vu dans le « cabinet de M< le Camus, à Lyon, dans un de ces schistes de Saint- « Chaumont, un fruit rond de près d’un pouce d’épaisseur, dont la « coupe présente trois couches concentriques; il croit que c’est une « espèce de noix vomique ((). » Toutes ces empreintes végétales achèvent de démontrer la véritable origine des charbons de terre, qui ne sont que des dépôts des bois et autres végétaux dont l’huile s’est, avec le temps, convertie en bitume par son mélange avec les acides de la terre. Mais lorsque ces végétaux conservent plus ou moins les caractères extérieurs de leiir première nature, lorsqu’ils offrent encore jjresque en entier leur contexture et leur configuration, et que les huiles et autres |)rmcipc8 inflammables qu’ils renferment n’ont pas été entièrement changés en bitume , ce ne sont alors que des l)ois ou végétaux fossiles qui n’ont pas encore toutes les qualités des charbons de terre, et qui par leur état intermédiaire entre ces charbons et le bois ordinaire sont une nouvelle preuve de l’origine de ces mêmes charbons qu’on ne peut rapi)orter qu’aux végétaux. On rencontre particulièrement de ces amas ou couches de bois fossile à IJoen et Stockhaiisen, dans le pays de Nassau ; à Satfeld près de Ileiligenbrom (2), dans le pays de üillendjourg en Allemagne, dans la \V étéravic, etc. Il y en a aussi en France, et on a découvert une de ces forêts souterraines entre Bourg-en-Bresse et Lonsle-Saulnier (.^); mais ce n’est pas seulement dans (pielques contrées particulières qu’on rencontre ces bois fossiles; on en trouve dans la plupart des terrains qui renferment des charbons de tei-re , et eu une infinité d autres endroits. Ces bois fossiles ont beaucoup de rapports avec les charbons de terre par leur couleur, |)ar leur disposition en couches, par les terres qui en séparent les différents lits , par les sels qu’on en retire, etc.; niais ils en diftérent par des caractères essentiels. Le peu de bitume qu ils contienneut est moins gras que celui des charbons; leur substance végétale et les matières terreuses qu’ils renferment n’ont pres- (juc point été altérées par cette petite quantité de bitume, et enfin ces bois fossiles se rencontrent communément plus près de la surface du terrain que les charbons de terre dont la première organisation a
(1) Extrait d’une lettre de M. de Morveau à M. le comte de Buffon , en date du 20 novembre 1779.
(2) Du charbon de terre et de ses mines, par M. Morand, p. 8 et 9.
(3) Idem, p. ^ et 8.
clé souvent plus détruite, et dont les huiles ont toutes été converties en hiluine.
Les bancs de schiste, d’argile ou de grès, qui renferment et recouvrent les mines de charbon de terre, sont souvent recouverts eux-iuéines, dans les environs des anciens volcans , par des couches de laves qui ne sont quelquefois séparées des charbons que par une petite épaisseur de terre. .M. Faujas a fait celte observation auprès du Puy en Velay, au|)rès dcGensacen Mvarais, à Massarse dans le Nivernais, dans plusieurs endroits de l’Écosse, et particulièrement tians tes mines de Glascow, et dans celles (jui appartiennent au lord Dundonal (1). Ges laves ne peuvent avoir coulé sur ces couches de charbon qu’après la formation de ces charbons, et leur recouvrement par la terre qui leur sert de toit les a préservés de rinflammalion qu’aurait produit le contact de la lave en fusion.
Nous avons présenté l’énumération de toutes les couches de charbon de terre de la montagne de Saint-Gilles au i)ays de Liège (2), avec les résullals (jue nous a fournis la comparaison de ces couches; nous donnons aussi dans la note ci-dessous, l’état des couches de terre et de charbon du puits de Caughiey-Lane, situé à une lieu de la Severne en Angleterre (5). En comparant également les couches de cette mine de
(1) Voyez la IcUrc de M. Faujas, ciléc ci-dessus.
(2) Voyez dans le volume do la Théorie de la Terre, histoire des Minéraux, article du charbon de terre.
(3) Épaisseur des couches de terre du puits de Cauijhky-Lane , situé à une lieue de la
Severne.
Sable ordinaii-c 1 tS
Gravier ou sable plus gros 2 2^
Argile rouge 0 27
Pion e calcaire
Marne bleue et rouge 18
Affile dure, bleuâtre, qui se durcit à la superficie 0 18
Argile d’uu bleu pâle ou gris de fer 19
Argile grise 518
Charbon sulfureux de mauvaise odeur 0 18
Argile d’un gris brun a 24
Rocher avec bitume brun mêlé de veines blanches 6 0
Argile rouge fort dure 6 0
Rocher noir et gris 6 18
Argile noire, rouge et bleue mêlée 7 0
Rocher gris avec pierres de mine de fer dans les interstices lo 0
Mauvais charbon 6 18
Argile blanchâtre unie qui couvre le meilleur charbon 1 12
Le meilleur charbon (lîest-coal) ■ 2 0
Roclier qui fait le mur delà veine de charbon 0 9
Charbon dont on fait le coak pour fondre la mine de fer 0 27
Argile blanche couverle |)ar le charbon 2 0
Banc do glaise brune et noire où se trouve la mine de 1er 2 0
Pierre dure sous mine de fer 0 18
Couche d’argile dure qui couvre la mine 0 27
Charbon dur, luisant, mêlé de silex qui fait feu avec l’acier 1 p
Total.
HISTOIRE NATURELLE
Caughley-Lane, nous trouverons, ainsi que nous l’avions déjà conclu de la position et de la nature des couches du pays de Liège, que répaisscur des couches de cliarhon n’est pas relative à la profondeur où elles gisent, et nous verrons aussi que l’épaisseur plus ou moins grande des matières étrangères, interposées entre les couches de charbon, n’inllucpas sur l’épaisseur de ces couches.
Et à l’égard de la bonne ou mauvaise qualité des charbons on remarquera dans ces deux grands exemples, que celui qui est situe le plus profondément n’est pas le meilleur do tous; ce qui prouve qu’un séjour plus ou moins long dans le sein de la terre ne peut influer sur la nature du charbon, qu autant (|u’il donne aux acides plus de temps pour convertir en bitume les huiles des végétaux enfouis; et tous les autres résultats que nous avons tirés de la nature et de la position des couches de la montagne de Saint-Gilles, se trouvent conlii'iués par la comparaison des couches de Caughley-Lanc.
GÉNÉSIE DES MINÉRAUX.
Je crois devoir donner, en récajiilulation, l’ordre successif de la rjenéiieou filiation des matières minérales afin de retracer en abrégé la marche de la nature, et d’expliquer les rapports généraux dont j’ai présenté le tableau cl l’arrangement méthodique, que j’ai publié dans le présent volume, et d’api-és lequel on pourra dorénavant classer tous les produits de la nature en ce genre, en les rapportant à leur véritable origine.
Le globe terrestre ayant été liquéfié par le feu , les matières fixes de celte masse immense se sont toutes fondues et vitrifiées, tandis que les substances volatiles se sont élevées en vapeurs autour de ce globe, a plus ou moins de hauteur suivant le degré de leur pesanteur et de leur volatilité. Ces premières matières fixes qui ont subi la vitrification nous sont représentées par les verres (jue j’ai nommés primitifs , parce que toutes les autres matières vitreuses sont réellement composées du mélange ou des détriments de ces memes verres.
Le quartz est le premier et le plus simple de ces verres de nature; le jaspe est le second, et ne diffère du quartz qu’en ce qu’il est fortement imprégné de vapeurs métalliques qui l’ont rendu entièrement opaque, tandis que le quartz est à demi-transparent : ils sont tous deux trèsréfractaires au feu. Le troisième verre primitif est le feld-spath, et le quatrième est le schori, qui tous deux sont fusibles. Enfin le cinquième est le mica qui tient le milieu entre les deux veri es réfractaires et les deux verres fusibles. Le mica provient de l’cxfolialion des uns et des
aiilres; il parli(i|)e de leurs dilîéreiites (|iiali(és. Ou (loiiri-ail doue, en rigueur, réduire les cinq verres priiuilil's à (rois, c’esl-à-dire au quartz, au feld-spalli et au seliori, puisque le jaspe n’est qu’un quartz imprégné de vapeurs mélalliquesj et que les micas ne sont que des paillettes et des exfoliations des autres verres; mais nous n'asons pas jugé cette réducliou nécessaire, parce qu’elle n’a raj)port ipi’à la première formation de CCS \ erres dont nous ignorons les différences primitives, c'est-àdire les causes <pii les ont rendus plus ou moins fusibles ou réfractaires : celle dillerence nous indiipie seulement que la subslance du (piarlz et du jaspe est plus simple (pie celle du fcld-spalh et du scliorl, parce <pic nous savons par expérience (pie les matières les plus simples sont les plus difliciles à vilrifier, et qu’au conlraire, celles qui sont coniposées sont assez aisément fusibles.
J.es premiers mélanges de ces verres de nature se sont faits, après la fusion et dans le lemps de l’incandescence, par la continuité de l’action du feu ; et les matières qui ont résulté de ces mélanges nous sont représenlées par les roches vitreuses de deux ou [ilusieurs substances telles que les porplii res, opliiles et granits, à la formation desquelles l’eau n’a point eu de part.
La chaleur e\cessi> e du globe vitrilié ayant diminué peu à peu par la déperdition qui s’eu est faite, jusqu’au temps où sa surface s’(3sl trouvée assez attiédie pour recevoir les eaux et les autres subslances volatiles, sans les rejeter en vajieuis, alors les matières niélalliipies, sublimées jiar la violence du feu, et toutes les autres subslances volatiles, ainsi que les eaux reléguées dans l’atmosphère, sont tombées successivemcnl, et se sont établies à jamais sur la surface et dans les feules ou cavilèis de ce globe.
Le fer, (pii (h; (ous les mélaux exige le plus grand degré de chaleur |)Our se fondre, s’est élabli le premier et s’est mêlé à la roche ^'itreuse, lorsipi’elle élait encore en étal de demi-fusion. Le cuivre, l’argent et l’or, aux(piel8 un moindre degré de feu suflil pour se li(piéfier, se sont établis ensuite sous leur forme mélallique dans les feules du quaidz et des aulres malières vitreuses déjà eonsolid(';es ; l’étain et le plomb, ainsi (pie les demi-métaux et aulres matières mélalliques, ne pouvant supporter un feu violent sans se calciner, ont pris partout la forme de chaux, et se sont ensuile convertis, par rinlermède de l’eau, en minerais pyrileux.
A mesure que le globe s’attiédissait, le chaos se débrouillait, l’atmosphère s'épurait ; et aiirès la chute entière des matières sublimées, mélaliiijucs ou terreuses, (*t des eaux juscpralors réduites en lapeurs, lair est demeuré pur sous la forme d’un éléinonl distinct, et séparé de la terre et d(' l’eau par sa légèrelé.
L’air a relenu dèis ce lemps, et retient encore une cerlaine (piantilé du feu qui nous est représentée par cette matière à laquelle ou donne aujourd’hui le nom d’itir inllainmaOle , et (jui n’est que du feu livé dans la substance de l’air.
BurroN, tüm. iv.
HISTOIRE NATURELLE
Cet air imprégné de feu, se mêlant avec l’eau, a formé l’acide aérien, dont l’action s’exerçant sur les matières vitreuses a produit l’acide vi- Irioliquc, et ensuite les acides marin et nitreux, après la naissance des coquillages et des autres corps organisés marins ou terrestres.
Les eaux, élevées d’abord à plus de quinze cents toises au-dessus du niveau de nos mers actuelles, couvraient le gloln; entier, à l’exception des plus hautes montagnes. Les pi-emiers végétaux et animaux teri estres ont habité ces hauteurs, tandis que les coquillages, les madrépores et les végétaux marins se formaient au sein des eaux.
La multiplication des uns et des autres était aussi prompte que nombreuse, sur une terre et dans des eaux dont la grande chaleur mettait en activité tous les principes de la fécondation.
11 s’est produit dans ce temps des myriades de coquillages qui ont absorbé dans leur substance co(juilleuse une immense (juantité d’eau , et dont les détriments ont ensuite formé nos montagnes calcaires : tandis qu’en même temps les arbres et autres végétaux qui coin raient les terres élevées produisaient la terre végétale par leur dceoniposilion , et étaient ensuite entraînés avec les pyrites et autres matières combustibles, par le mouvement des eaux, dans les cavités du globe où elles servent d’aliment aux feux souterrains.
A mesure que les eaux s’abaissaient, tant par l’absorption dos substances co(iuilleuses que par l’affaissement des cavernes et des boursouflures des premières couches du globe, les végétaux s’étendaient par de grandes accrues sur toutes les terres que les eaux laissaient à décou\ ert parleur retraite; et leurs débris accumulés comblaient les premiers magasins de matières combustibles, ou en foi'inaient de nouveaux dans les profomlcurs du globe, qui ne seront épuisés que quand le feu des volcans en aura consumé toutes les matières susceptibles de combustion.
Les eaux, en londjant de l’atmosphère sur la surface du globe en incandescence, furent d’abord rejetées en vapeurs, et ne purent s’y établir que lorsqu’il fut attiédi ; elles tirent dès ces premiers temps de fortes impressions sur les matières vitrifiées qui composaient la masse entièi-e du globe; elles produisirent des fentes et fêlures dans le quartz; elles le divisèrent ainsi que les autres matières vitreuses en fragments plus ou moins gros, en paillettes et en poudre, qui par leur agrégation formèrent ensuite les grès, les talcs, les serpentines et autres matières dans lesquelles on reconnait encore la substance des verres primitifs plus ou moins altérée. Ensuite, par une action plus longue, les éléments humides ont converti toutes ces poudres vitreuses en argiles et en glaises, qui ne dilfèreut des grès et des premiers débris des verres primitifs que par l'atténuation de leui s parties constituantes, de\cnucs plus molles et |)lus ductiles par l’action constante de l'eau qui a, pour ainsi dire, pourri ces poudres vitreuses, et les a réduites en terre.
Enfin , ces argiles foianées [)ar l’intermède et par la longue et con-
slanle iiiiin-essioa dos cîoincDls luimidcs se sont eiisuile pou à pou dossccliées, et ayant pris plus do solidité par leur dessccheiuent, elles oui perdu leur première forme d’argile avec leur mollesse , et elles ont formé les schistes et les ardoises, qui, quoique de mémo essence, diffèrent uéanmoius dos argiles par leur dureté, leur sécheresse et leur solidité.
(le sont la les premiers et grands produits des détriments et de la déconqiosilion par I eau de toutes les matières vitreuses formées par le fou primitif; et ces grands produits ont précédé tous les produits secondaires qui son! delà meme essence vitreuse, mais qu’on ne doit regarder que comme des extraits ou stalactites de ces matières primordiales.
L’eau a de même agi, et peut être avec plus d’avantage, sur les substances calcaires qui toutes proviennent du détriment et des dépouilles des animaux à coquilles; elle est d’abord entrée en grande quantité dans la substance coquilleuse , comme on peut le démontrer par la grande quantité d’eau (pie l’on tire de celle substance co(|uilleuse et de toute matière calcaire, en leur faisant subir l’action du feu. L’eau, après avoir passé par le filtre des animaux à coquilles, et contribué à la formation de leur enveloppe pierreuse, en est devenue partie constituante, cl s’est incoi’porée avec celte matière coquilleuse au point d’y résister à jamais, 'foute malière coquilleuse ou calcaire est réellement composée de plus d’un (piarl d’eau , sans y comi)rcndre l’air fixe qui s’est incarcéré dans leur substance en même temps que l’eau.
Les eaux rassemblées dans les vastes bassins qui leui- servaient de réceptacle, et couvrant dans les premiers temps toutes les parties du globe, à l’exception des montagnes élevées, ont dès lors éprouvé le mouvement du Ilux et du rellux, et tous les autres mouvements qui les agitaient i)ar les vents et les orages; et dès lors elles ont transporté, brisé et accumulé les dépouilles et débris des coquillages et de toutes les productions pierreuses des animaux marins, dont les enveloppes sont de la même nature (|uc la substance des coquilles ; elles ont déposé tous ces détriments plus ou moins brisés cl réduits en poudre sur les argiles, les glaises et les schistes par lits horizontaux, ou inclinés comme l’était le sol sur lequel ils tombaient en forme de sédiments. Ce sont ces mêmes sédiments de coquilles et autres substances de même nature réduites en poudre et en débris, qui ont formé les craies, les pierres calcaires, les marbres et même les plâtres, lesquels ne différent des autres matières calcaires qu’en ce qu’ils ont été fortement inqn-égnésde l’acide vilrioli<pie contenu dans les argiles et les glaises.
Toutes CCS grandes masses de matières calcaires et argileuses luie fois établies et solidifiées par le dessèchement, après rabaissement ou la retraite des eaux , se sont trouvées exjjosées à l’action de l’air et à toutes les impressions de l’almosphèi'o et de l’acide aérien qu’il contient : ce premier acide a exercé son action sur toutes les substances vitreuses calcaires, métalliques et limoneuses. ’
HISTCVHE NATÜHELLE
J-cs eaux pluviales ont d’ahoed pénétré la surface des terrains découverts; elles ont coulé par les fentes perpendiculaires ou inclinées, au ])as desquelles les lits d’argile les ont reçues et retenues pour les laisser ensuite paraître en forme de sources, de fontaines, (pii toutes doivent leur origine et leur entretien aux vapeurs aqueuses transportées par les X (‘lits de Iti surface des mers sur celle des continents terrestres.
Ces eaux pluviales, et incine leurs vapeurs humides, agis.sant sur la surface ou pénétrant la substance des matières vitreuses ou calcaires, en ont détaché des particules pierreuses, dont elles se sont chargées et (jui ont formé de noux eaux corps jiierreux. Ces molécules détachées par l’eau sont réunies, et leur agrégation a produit des stalactites transparenles et opaques, selon que ces mêmes particules pierreuses étaient réduites à une plus ou moins grande ténuité, et (|u’elles ont pu se rassembler de plus près par leur homogénéité.
tresl ainsi que le quartz, pénétré et dissous par l’eau, a produit, par exsudation, les cristaux de roche blancs et les cristaux colonis, tels que les améthistes, cristaux, topazes, chrysolilhes et aigues marines, lorsqu’il s'est trouvé des matières métalliques, et ])articidièrement du fer dans le voisinage ou dans la roule de l’eau chargée de ces molécules quarlzeuscs.
C’est ainsi que le feld-sjialh seul, ou le feld-spath mêlé de quartz, a loodiiit tous les cristaux chato}'ants, tels que le saphir d’eau, la pierre de Labiador pu de Russie, les yeux de chat, l’œil de poisson, l’œil de loiq), l’aventurinc et l’opale, qui nous démontrent par leur chatoienienl et par leur fusibilité, qu’ils tirent leur origine et une partie de leur essence du feld-spalh pur ou mélangé de quartz.
C’est par les mêmes opérations de nature que le schorl seul, ou le schorl mêlé de quartz, a produit l(;s émeraudes, les topazes-ru bis-saphirs du Brésil, la topaze de Saxe, le béryl, les péridols, les grenats, les hyacinthes et la tourmaline, qui nous démontrent par leur pesanteur spécili(juc et |)ar leur fusibilité , (pi’ils ne tirent pas leur origine du quartz ni du feld spath seuls, mais du schorl, ou du schorl mêlé de l’un ou de l'autre.
Toutes ces stalactites vitreuses, formées par l’agrégation des parlicidcs homogènes de ces trois verres piûmilifs, sont transparentes; leur substance est entièrement vitreuse, et néanmoins elle est disposée par couches alternatives de dilTércnte densité, qui nous sont démontrées par la doul)Ie réfraction que souffre la lumière en traversant ces pierres. Seulement il est à remarquer (pic dans toutes, comme dans le cristal de roche, il y a un sens où la lumière ne sc partage pas, au lieu que dans les spaths et cristaux calcaires, tels que celui d’Islande, la lumière .sc partage dans (|iu'h|uo sens que ces matières transparentes lui soient présentées.
Le quartz, le feld-spath cl le schorl, seuls ou mêlés ensemble, ont produit d’autres stalactites moins pures et à deini-transparenles, toutes
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les fois que leurs parliculcs oui été moins dissoulos, moins atténuées par l’eau , et qu’elles n’ont pu se cristalliser par défaut d’Iioiiiogénéité ou de ténuité, (ies stalactites demi-lransparcutes sont les agates, cornalines, sardoines , prases et on\x, qui toutes participent l)cancüU|) plus de I essence du (|uarlz (|ue de celle du feld spath et du schorl; il y en a même plusieurs d’entre elles qn’ou ne doit rapporter qu'à la décomposition du (jiiartz seul , le leld-spatli n’étant point entré dans celles qui nont aucun chatoiement, et le schorl ne s’étant mêlé que dans celles dont la pesanteur spécilhiue est considérablement plus grande que celle du quartz ou du feld-spath. D’ailleurs celles de ces |)ierres qui sont t rés-réfrac taircs au feu sont purement quartzeusesj car elles seraient fusibles si le feld-si)ath ou le schorl étaient entrés dans la composition de leur substance.
Le jaspe primitif étant opaque par sa nature n’a produit que des stalactites opaques ([ui nous sont repi ésentées par tous les jaspes de seconde formation : les uns et les autres n’étant que des (piarlz ou des extraits du quartz imprégnés de vapeurs métalliques, sont également réfractaires au feu; et d’ailleurs leur pesanteur spécifique, (|ui n'est pas fort différente de celle des quartz, démontrent qu'ils ne contiennent point de schorls; et leur poli sans chatoiement démontre aussi qu'il n’est point entré de leld-spath dans leur coni|iosition.
Enfin le mica, qui n’a clé produit que par les poudres et les exfoliations des quatre autres vei-res primitifs, a communément une transparence ou demi- transparence, scion <jn’il est plus ou moins atténué. Ce dernier verre de nature a formé de même que les premiers, par l’intermede de l’eau, des stalactites demi-transparentes, telles que les talcs, la craie de Drianeon, les amiantes et d’autres stalactites ou concrétions opaques, telles (pie les jades, serpentines, pierres ollaiims, pierres de lard et qui toutes nous démontrent par leur poli onctueux au toucher, par leur transparence graisseuse, aussi bien que par l’endurcissement qu’elles prennent au feu, et leur résistance à s’y fondre, qu’elles ne tirent leur origine immédiate, ni du quartz, ni du feld-spath, ni du schorl, et qu’elles ne sont que des produits ou stalactites du mica plus ou moins atténué par l’impression des éléments humides.
I.orsque l’eau, chargée des molécules de ces verres primitifs s’est trouvée en même leuips imprégnée ou plut(it mélangée de jiarties terreuses ou ferrugineuses, elle a de même formé, |)ar stillation, les cailloux opaques, qui ne différent des autres produits (|nartzcnx que par leur entière opacité; et lorsque ces cailloux ont été saisis cl réunis par un ciment pierreux, leur agrégation a formé des pierres aux([uelles on a donné le nom de pondmgnes, qui sont les jiroduils ultérieurs cl les moins juirs de toutes les matières vitreuses, car le ciment qui lie les cailloux dont ils sont composés est souvent impur et toujours moins dur (pie la substance des cailloux.
Les verres primitifs oui formé, dés les premiers temps, et par la seule
HISTOIRE NATURELLE
action du feu, les porphyres et les granits; ce sont les premiers détriments et les exfoliations en peliles lames et en grains plus ou moins gros du quartz, du jaspe, du feld-spalii, du scliorl et du mica. L’eau ne parait avoir eu aucune part à leni- formation, et les masses immenses de granit qui se trouvent par montagnes dans presque toutes les régions (In globe nous démontrent (jue l’agrégation de ces particules vitreuses s’est faite par le feu primitif ; elles nageaient à la surface du globe liquéfié en forme de scories; elles se sont dès lors réunies par la seule force de leur affinité. Le jaspe n’est entré que dans la composition des porphyres; tes quatre autres verres primitifs sont entrés dans la composition des granits.
Les matières jirovenant de la décomposition de ces verres primitifs et de leurs agrégats par l’action et rintermède de l’eau, telles que les grès, les argiles et les schistes, ont produit d’autres stalactites opaques, mêlées de parties vitreuses et argileuses , telles cpie les cos, les pierres à rasoir, qui ne diffèrent des cailloux qu'eu ce que leurs parties constituantes étaient pour la plupart converties en argile lürs(iu’elles se sont réunies; mais le fond de leur essence est le même, et ces pierres tirent également leur origine de la décomposition des verres primitifs par l’intermède de Teau.
La matière calcaire n’a été formée que postérieurement à la matière vitreuse; l’eau a eu la plus grande part à sa composition, et fait même partie de sa substance, qui, lorsqu’elle est réduite à l’homogénéité, dc- \icnt transparente; aussi cette matière calcaire produit des stalactites transparentes, telles que le cristal d’Islande, et tous les spaths et gy[)ses blancs et colorés; et quand elle n’a été divisée par l’eau qu’en particules plus grossières, elle a formé les grandes masses des albâtres, des marbres de seconde formation et des plâtres, qui ne sont que des agrégats opaques, des débris et détriments de substances coquilleuses ou des premières pierres calcaires, dont les particules ou les grains transportés par les eaux se sont réunis , et ont formé les plus anciens bancs dos marbres et autres pierres calcaires.
Et lorsque ce suc calcaire ou gypseux s’est mêlé avec le suc vitreux, leur mélange a pi-oduit des concrétions qui participent de la nature des deux, telles que les marnes, les grès impurs qui se présentent en grandes masses, et aussi les masses plus petites des lapis-lazuli, des zéolithes, des pierres à fusil, des pierres meulières, et de toutes les autres dans lesquelles on peut reconnaître la mixtion de la substance calcaire à la matière vitreuse.
Ces pierres mélangées de matières vitreuses et de substances calcaires sont en très-grand nombre, et on les distingue des pierres purement vitreuses ou calcaires, en leur faisant subir l’action des acides. Elles ne font d’abord aucune effervescence avec ces matières, et cependant elles se convertissent à la longue en une sorte de gelée.
La terre végétale, limoneuse et bolaire, dont la substance est princi-
DES MINEDAUX,
paiement composée des détriments des végétaux et des animaux, et qui a retenu une portion du feu contenu dans tous les êtres organisés, a produit des corps ignés et des stalactites pliospliorescenles, opaques et transparentes; et c’est moins jtar l’inlermcde de l’eau que par l’action du feu contenu dans cette terre, qu’ont été produites les pyrites et autres stalactites ignées, qui se sont toutes formées séparément par la seule puissance du feu contenu dans le résidu des corps organisés. Ce feu s’est formé des sphères particulières, dans lesquelles la terre, l’air et l’eau ne sont entrés qu’en petite quantité; et ce même feu s’étant fixé avec les acides, a produit les pyrites, et avec les alcalis il a formé les diamants et les pierres précieuses, qui toutes contiennent plus de feu que toute autre matière.
Et comme celte terre végétale et limoneuse est toujours mêlée de parties de fer, les pyrites en contiennent une grande quantité, tandis que les spaths pesants, quoique formés par cette même terre, et quoique très-denses, n’en contiennent point du tout. Ces spaths pesants sont tous phosphorescents, et ils ont plusieurs autres rapports avec les pyrites et les pierres précieuses; ils sont même plus pesanls que le rubis qui, de toutes ces pierres, est le plus dense. Ils conservent aussi plus longtemps la lumière, et pourraient bien être la matrice de ces brillants produits de la nature.
Ces spaths pesants sont homogènes dans toute leur substance; car ceux qui sont transparents, et ceux qu’on réduit à une petite épaisseur, ne donnent qu’une simple réfraction, comme le diamant et les autres pierres précieuses, dont la substance est également homogène dans toutes ses parties.
Les pyrites, formées en assez peu de temps, rendent aisément le feu qu’elles contiennent ; l’humidité seule suffit pour le faire exhaler : mais le diamant et les pierres précieuses, dont la dureté et la texture nous indiquent que leur formation exige un très-grand temps, conservent à jamais le feu qu’elles contiennent, ou ne le rendent que par la combustion.
Les principes salins qu’on peut réduire à trois, savoir : l’acide, l’alcali et l'arsenic, produisent, par leur mélange avec les matières terreuses ou métalliques , des concrétions opaques ou transparentes , et forment toutes les substances salines et toutes les minéralisations métalliques.
Les métaux et leurs minerais de première formation , en subissant l’action de l’acide aérien et des sels de la terre, produisent les mines secondaires, dont la plupart se présentent en concrétions opaques, et quelques-unes en stalactites transparentes. Le feu agit sur les métaux comme l’eau sur les sels ; mais les cristaux métalliques produits par le moyen du feu , sont opaques , au lieu que les cristaux salins sont diaphanes ou demi-transparents.
Enfin toutes les matières vitreuses, calcaires, gypseuses, limoneuses.
HISTOIRE NATURELLE
animales oii végétales, salines et métalliques, en subissant la violente action du feu dans les volcans, prennent de nouvelles formes; les unes se snl)liment en soufre et en sel ammoniac; les autres s’exhalent en \apeui's et en cendres; les |)lus tixcs forment les basaltes et les laves, dont les détriments produisent les tripolis, les pouzzolanes, et se changent en argile, comme toutes les autres matières vitreuses produites par le feu primitif.
Cette récapitulation présente en raccourci, la génésie ou filiation des minéraux, c’esl-a-dire la marche de la nature, dans l’ordre successif de ses productions dans le règne minéral. Il sera donc facile de s’en représenter l’ensemble et les détails, et de les arranger dorénavant d’une manière moins arbitraire et moins confuse qu’on ne l’a fait jusqu’à présent.
ÏRAITIl: DE L’AIMANT ET DE SES USAGES.