‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 115 sur 133 · ET DU MAGNÉTISME · texte numérisé non relu

ET DU MAGNÉTISME

Il n’3' a dans la nature qu’une seule force primitive, c’est l’attraction rèci|)roque entre toutes les parties do la matière. Celte force n’e.sl qu’une puissance émanée de la puissance divine, et .seule elle a sufli pour produire le mouvement et toutes les autres forces qui animent riinivers. Car, comme son action peut s'exercer en deux sons opposés, en vertu du ressort qui appartient à toute matière, et dont celte même puissance d’attraction est la cause, elle repousse autant qu’elle attire. On doit donc admettre deux effets généraux, c’est-à-dire rallraclion et l’impulsion, (|ui n’est (|ue la répulsion : la première également répartie et toujours subsistante dans la matière; et la seconde variable, occasionnelle. et dépendante de la première. Autant l’attraction maintient la cohérence et la dureté des corps, autant l’imimlsion tend à les désunir et à les séparer. Ainsi, toutes les fois que les corps ne sont pas brisé

parle choc, et qn’ils sont seulement comprimés, l’attraction, cpii fait le lien de la cohérence, rélahlil les j)arlies dans lenr première situation, en agissani en sens contraire, par ré(iulsion, avec aidant de force que rimpulsion avait agi en sens direct; c’est ici, comme en tout, une réaction égale à l’action. Ou ne peut donc jias rapporter à l’impulsion les effets de l’attraction universelle; mais c’est au conlraire cette attraclion générale .qui produit, comme |)remiére cause, lous les phénomènes de l’impulsion.

En effet, doit-on jamais perdre de vue les homes delà faculté que nous avons de communiquer avec la nature? Doit-on se persuader que eequi ne tombe pas sous nos sens [uiissc se rapporter à ce que nous voyons ou palpons? L’on ne connaît les forces qui animent l’univers (picpar le moinenientetparses effets: ce mot même de forces ne signilic rien de matériel, et n’indique rien de ce qui lient affecter nos organes, iiui cependant sont nos seuls moyens de communication avec la nature. Ne devons-nous pas renoncer dès lors vouloii' mettre au nombre des substances matérielles ces forces générales de l’alfraclion et de l’impulsion primitives, en les transformant, pour aider notre imagination, en matières subtiles, en Iluides élastiques, en substances réellement existantes, et qui, comme la lumière, la chaleur, le son et les odeurs, tlevraienl atlecler nos organes? cai' ces rapports avec nous sont les seuls attribuls de la matière que nous puissions saisir, les seuls (|ue l’on doive regarder comme des agents mécaniques : et ces agents eu.\-mêmes, ainsi que leurs elîects, ne dépendent-ils pas plus ou moins, et toujours, de la force primitive dont l’origine et ressence nous sei’ont à jamais inconnues, parce que cetle force en effet n’est pas une substance, mais une puissance qui anime la matière?

Tout ce que nous pouvons concevoir de cetle imissance primilive d’attraction, et de l’impulsion ou répulsion ipi’idle produit, c’est que la matière n’a jamais existé sans mouvement; car l’attraction étant essentielle à tout atome matéiiel, celle force a nécessairement produit du mouvement toutes les fois que les parties de la maliére se sont trouvées séparées ou éloignées les unes des autres : elles ont dès lors etc forcées de SC mouvoir et de jiarcourir l’espace intermédiaire, pour s’approcher et se réunir. Le mouvement est donc aussi ancien que la matière, et l’impulsion ou répulsion est contemporaine de l’atlraction; mais, agissant en sens contraire, elle tend à éloigner tout ce <jue l’attraction a lapproché.

Le choc, et toute violente atlrilion entre les corps, produit du feu en divisant et repoussant les parties de la matière : et c’est de l’impulsion primitive que cet élément a tiré son origine; clément lequel seul est actif et sert de base et de ministre à toute force impulsive, générale et particulière, dont les effets sont toujours opposés et contraires à ceux de l’alti’action universelle. Le feu se manifeste dans toutes les parties de runivers, soit parla lumière, soit par la chaleur; il brille dans le

iiistoihe naturelle

soleil cl dans les astres fixes ; il tienteneore en incandescence les grosses planètes; il écliauffc plus ou moins les autres planètes et les comètes ; il a aussi pénétré, fondu, entlammé la matière de notre globe, lequel ayant subi l’aclion de ce feu primitif est encore chaud ; et, quoique celte chaleur s évapore et se dissipe sans cesse, elle est néanmoins trés-aclive et subsiste en grande quantité, puisque la température de l’intérieur de la terre, à une médiocre profondeur, est déplus de dix degrés.

C est de ce feu intérieur ou de celte chaleur propre du globe que provient le feu particulier de l’électricité. Nous avons déjà dit dans notie Introduction à 1 Histoire des Minéraux, et fout nous le persuade, que I électricité tire son origine de celte chaleur intérieure du globe. Les émanations continuelles de cette chaleur intérieure s'élèvent perpendiculairement à chaque point de la surface de la terre : elles sont bien plus abondantes à l’équaleur que dans toutes les autres parties du globe. Assez nombreuses dans les zones tempérées , elles deviennent milles ou presque milles aux régions polaires, qui sont couvertes pai la glace ou resserrées par la gelée. Le fluide électrique, ainsi que les émanations qui le produisent, ne peuvent donc jamais être en équilibie autour du globe; ces émanations doivent nécessairement partir de de 1 équateur, où elles abondent, et sc porter vers les pôles, ou elles manquent.

Ces courants électriques, qui partent de l’équateur et des régions adjacentes, se eonqu-iment et se resserrent en se dirigeant à chaque pôle terrestre, a peu près comme les méridiens se rapprochent les uns des autres : dès lors la chaleur obscure, qui émane de la terre, et forme ces courants électriques, peut devenir lumineuse en se condensant dans un moindie espace, de la meme manière que la chaleur obscure de nos fourneaux devient lumineuse lorsqu’on la condense en la tenant enfermée. ht c’est là la vraie cause de ces feux qu’on regardait autrefois comme des incendies célestes et qui ne sont néanmoins que des effets eicciriques auxquels on a donné le nom d’aurores polaires. Elles sont jilus fréipientes dans les saisons de l’automne et de l’hiver, parce que c’est le temps où les émanations de la chaleur de la terre sont le plus complètement supprimées dans les zones froides, tandis qu’elles sont toujours jiresque également abondantes dans la zone torride; elles doivent donc se jmrter alors a\ ec plus de rapidité de l’équateur aux pôles, et devenir lumineuses par leur accumulation et leur resserrement dans un plus petit espace (1).

(1) M. le comte de Lacépede a publié , dans le Journal de Physique de 1778 , un mémoire dans lequel il suit les mêmes vues, relatives à l’électricité, que nous avons données dans notre Introduction à l’Histoire des Minéraux, et rapporte l’origine des aurores boréales à l’accumulation du feu électrique qui part de l’équateur, et va se ramasser au-dessus des contrées polaires. En 1779 , on a lu , dans une des séances publiques de l’Académie des Sciences , un

Mais ce n’est pas seulement dans ralinosphcrc et à la surface du globe que ce fluide électrique produit de grands effets ; il agit également et inéine avec beaucou|) plus de force à rinterieur du globe, et surtout dans les cavités qui se trouvent en grand nombre au-dessous des coucties extérieures de la terre j il fait jaillir, dans tous ces espaces vides, des foudres plusou moins puissantes; et en reclierehant les diverses manières dont peuvent se former ces foudres souterraines, nous trouverons que les quartz, les jaspes, les feld-spatbs, les scborls, les granits et autres matières vitreuses, sont élcctrisables par frottement, comme nos veri es factices, dont on se sert pour produire la force électrique et pour isoler les corps auxquels ou veut la couununiquer.

Ces substances vitreuses doivent donc isoler les amas d’eau qui j)euv'cnt se trouver dans ces cavités, ainsi (pie les débris des cor()S organisés, les terres liumidcs, les lualicres calcaires, et les divei's liions niélalliqucs. Ces amas d’eau, ces matières métallicpies, calcaires, végétales et bumides, sont, au contraire, les plus puissants conducteurs du fluide électrique. Cors donc qu’elles sont isolées par les inalières vitreuses, elles peuvent être chargées d’un e.xcès ])lus ou moins considérable de ce fluide, de même «lu’en sont cbargées les nuées environnées d’un air sec qui les isole.

Des courants d’eau, produits par les pluies plus ou moins abondantes, ou d’autres causes locales et accidentelles, peuvent faire communiquer des matières conductrices, isolées et chargées de fluide électrique, avec d'autres substances de même nature, également isolées, mais dans lesquelles ce fluide n’aura pas été accumulé : alors ce fluide de feu doit s’élancer du premier amas d’eau vers le second, et dès lors il produit la foudre souterraine dans l’espace qu’il parcourl. Les matières combustibles s’allument; les explosions se nitdtiplient ; elles soulèvent et ébranlent des portions de terre d’une grande étendue, cl des blocs de rochers en très-grande masse et en bancs continus. Les vents souterrains, produits i)ar ces grandes agitations, soufflent et se lancent dès lors avec violence, contre des substances conductrices de l’électricité, isolées par des matières vitreuses; ils peuvent donc aussi électriser ees substances de la même manière que nous électrisons par le moyen del’aii' fortement agité, des conducteurs isolés, humides ou inélalliques.

La foudre allumée par ces diverses causes, et mettant le feu aux matières combustibles renfermées dans le sein de la terre, peut produire des volcans et autres Incendies durables. Les matières enflammées dans leurs foyers doivent, en écliauflant les schistes et les autres matières vitreuses de seconde formation, qui les contiennent et les isolent, aug-.

mémoire île JI. Franklin , dans lequel re savant physicien attribue aussi la formation des aurores boréales au (luiile éleelriqne qui se porte et se condense au-dessus des glaces des deux pôles.

HISTOIKI-: NAïüRlüLLE.

menter l’affuiité (le ces dernières substances avec le feu électrique; elles doivent alors leur coniinuniquer une |)artie de celui qu’elles possèdent, et, par conséquent, devenir électrisées en moins. Et c'est par cette raison que lorsque ces matières fondues, et rejetées par les volcans, coulent à la surface de la terre, ou (ju'elles s’élèvent en colonnes ardentes au-dessus des cratères, elles attirent le fluide électrique des divers corps quelles rencontrent, et même des nuages suspendus audessus; car Ion voit jaillir de tous côtés des foudres aériennes, qui s’élancent vers les matières enflammées, vomies par les volcans; et comme les eaux cie la mer parviennent aussi dans les foyers des volcans, et que la flamme est comme l’eau conductrice de l’électricité (1), elles commu-

(1) <• Il y a environ vingt ans que le nommé Auljcrt, faïeneier à la tour d'Aigues, étant a occupé à cuire une l'ournéc de faïence, vit avec le plus grand étonnement le feu s’éteindre .. dans l’instant même, et passer d’un feu de cerise à l’oliscurité tolale. Le four était allumé

depuis plus de vingt heures, et la vitrification de l’émail des pièces était déjà avancée; il » lit tous ses elforls pour rallumer le feu et achever sa cuite, mais inutilement. Il fut ohli»é « (le Pabandûmicr. ^

« Je fus lont de suite averti de cet accident; je me Iransporlai à sa fahrique, on je vis ce « four. cITcctivcmcnt obscur, conservant encore toute sa chaleur.

» Il y avait eu ce jour-là, vers les trois heures après-midi, un orage, duquel partit le coup « de tonnerre qui avait produit l’clfel dont je viens de parler. L’on avait vu du dehors la >1 foudre ; le laïencier avait entendu un coup qui n’avait rien d’extraordinaire, sans apercevoir » l’éclair ni la moindre clarté ; rien n’était dérangé dans la chambre du four, ni au toit. Le « coup de tonnerre était entré par la r/ueule de loup, faite pour laisser échapper la fumée, et . placée perpendiculairement sur le four, avec une ouverture de plus de dix pieds carrés.

. Curieux de voir ce qui s’était passé dans l’intérieur du four, j’assistai à son ouverture » deux jours après ; il n’y avait rien de cassé ni même de dér.angé ; mais l’émail appliqué sur « toutes les pièces était entièrement enfumé, et tacheté partout de points blancs et jaunes,

« sans doute dus aux parties métalliques qui n’avaient point eu le temps d’entrer en fusion.

» Il est à croire que la foudre avait passé à portée du feu qui l’avait attirée et absorbée,

« sans qu’elle eût eu le temps ni le pouvoir d’éclater.

« Mais, pour connaître la force de cet elfct, il est nécessaire d’être imstruit de la forme des « fours en usage dans nos provinces lesquels font une masse de feu bien plus considérable » que ceux des autres pays, parce qu’étant obligé d’y cuire avec les fagots ou branches de « pins ou de chênes verts, qui donnent un feu extrêmement ardent, ou est forcé d’écarter le « foyer du dépôt de la marchandise.

. La flamme parcourt dans ces fours plus de six toises de longueur. Ils sont partagés en « trois pièces; le corps du four, relevé sur le terrain , y est construit entre deux voûtes , le « dessous est à moitié enterré pour mieux conserver la chaleur, et il est précédé d’une voûte - qui s’étend jusqu’à la porte par laquelle on jette les fagots au nombre de trois ou (|ualre à « la fois. On a l’attention de laisser brûler ces fagots sans en fournir de nouveaux, jusqu’à ce » que la flamme, après avoir circulé dans tout le corps et s’être élevée plus d’un pied au som- « met du four, soit absolument tombée.

« Le four dans lequel tomba le tonnerre est de huit pieds de largeur en carré, sur environ “ dix pieds de hauteur; le dessous du four a les mêmes dimensions , mais il est élevé seulc- » ment de six pieds. On l’emploicà cuire des biscuits et le massicot, pour le blanc de la fournée « suivante; quant à la gopge du four, elle est aussi de six pieds de haut, mais de largeur iné-

DES MINÉKAUX.

niquent une grande quantité de Iluide éleelrique aux lualières eullaniniées et électrisées en moins; ce (jui produit de nouvelles foudres, et cause d’autres secousses et des explosions qui bouleversent et entr’ouvrenl la surface de la terix*.

J)e plus, les substances vitreuses qui forment les parois des cavités des volcans, et qui ont reçu une quantité de fluide éicctricpie proportionnée à la cbaleur (|ui les a pénétrées, s’en trouvent surcliargées à mesure qu’elles se refroidissent; elles lancent de nouvelles foudres contre les matières ennammées, et produisent de nouvelles secousses «pii se propagent à des distances plus ou moins grandes, suivant la disposition des malières conductrices, lit comme le fluide électrique peut parcourir en un instant l’espace le plus vaste en ébranlant tout ce qui se trouve sur son passage, c’est à cette cause que l’on doit rapporter les commotions et les tremblements de terre (pii se font sentir, presque dans le même instant, à de tri'is-grandes distances ; car si l’on veut juger de la force prodigieuse des foudres qui produisent les tremblements de terre les plus étendus, que l'on compare l’espace immense et d’un trèsgrand nombre de lieues, que les subslances conductrices occupent (pielquefois dans le sein de la terre, avec les petites dimensions des nuages qui lancent la foudre des airs, dont la force suflit cependant pour renverser les éditices les plus solides.

On a vu le tonnerre renverser des blocs de rochers de plus de \ ingtcim| toises cubes. Les conducteuis souterrains jicuvent être au moins cinquante mille fois plus volumineux que les nuages orageux : si leur force était en proportion, la foudre qu’ils produisent pourrait donc renverser plus de douze cent mille toises cubes ; et comme la chaleur intérieure de la terre est beaucoup plus grande que celle de ralmosphère à la hauteur des nuages, la foudre de ces conducteurs élecli-i(pies doit être augmentée dans cette proportion, et dès lors on peut dire cpie celle •force est assez puissante pour bouleverser et même projeter plusieurs millions de toises cubes.

Maintenant si nous considérons le grand nombre de volcans actuellement agissants, et le nombre infiniment jilus grand des anciens volcans éteints, nous rcconnailrous qu’ils forment de larges bandes dans plusieurs directions qui s’étendent autour du globe, et occupent des espaces d’une trc-s-longue étendue dans lesquels la terre a été bouleversée, et s’est souvent affaissée au-dessous, ou élevée au-dessus de son niveau. C’est surtout dans les régions de la zone torride que se sont faits les

« gale, jdiisqiie le four n’a pas quatre pieds de largenc à son ouverliii e. Il est donc ais(î de Cl coiu'lure ((ue la force qui put, en un seul instant, ancantir une pareille musse ignée, dut » être d’une puissance étonnante, r E.'tti ait d’une lettre de M. de la Tour d’Aigues, président à mortier au parlement de l'rüvenec , écrite à .M. Daubenton, garde du Cabinet du iloi, de l’Académie des Seienees, etc.

HISTOIHE NATURELLE

plus grands changenicnls. On peut suivre la ruine des contincnls terrestres et leur abaissement sous les eaux, en parcourant les des de la mer du Sud. On peut \ oir, au contraire, l’élévation des terres par l’inspection des montagnes de l’Ainériiiuc méridionale, dont quelques-unes sont encore des volcans agissants. On retrouve tes mêmes volcans élans les îk^s de la mer Allanliefue, dans celles de l’océan Indien et jusque dans les régions polaireîs, comme en Islande, en Europe et à la terre de Feu, à 1 extrémité de 1 Amérique. La zone tempérée olfre de même dans les deux hémisphères une inlinité d’indices de volcans éteints; et l’on ne peut douter que ces énormes exi)losions, aux(pielles l’clectricilé souterraine a la plus grande part n’aient très-anciennement bouleversé les terres à la surface du globe, à une assez grande profondeur, dans une étendue de plusieurs centaines de lieues en différents sens.

M. Faujas de Saint-Fond, l’un de nos plus savants naturalistes, a entrepris de donner la carte de tous les terrains volcaniscs qui se voient à la surface du globe, et dont on peut suivre le cours sons les eaux de la mer, par rins|)eclion des des, des écufu'ls et autres fonds volcanisés. Cet infatigable et bon observateur a parcouru tous les terrains qui offrent en Europe des indices du feu volcanique ; et il a extrait des voyageurs les renseignements sur cet objet dans toutes les parties du monde : il a bien voulu me fournir des notes, en grand nombre, sur tous les volcans de l’Europe, qu’il a lui-même observés ; j’ai cru devoir en présenter ici l’extrait, (jui ne pourra que confirmer tout ce que nous avons dit sur les causes et sur les effets de ces feux souterrains.

l'.n prenant le volcan brûlant du mont Hecla, en Islande, pour j)oirit de départ, on peut suivre sans intcrrn[)tion une assez large zone entièrement volcanisée, où l’observateur ne perd jamais de Mie un seul instant les laves de toute espèce. Après avoir iiarcouru cette ile, qui n’est quun amas de volcans éteints, adossés contre la montagne principale, dont les flancs sont encore embrasés, supposons qu'il s’embarque à la' jiointe de l’ile qui porte le nom de Long-Nez. Il ti'ouvera sur sa route

esterhorn, Portland et plusieurs autres îles volcaniques; il visitera celle de Stroma, remarquable par ses grandes chaussées de basalte, et ensuite les iles de héioè, où les laves et les basaltes se trouvent mêlés de zéolithes. Depuis Lcroë il se portera sur les îles de Shetland, qui sont toutes volcanisees et de là aux des Orcades, lesquelles paraissent s’être élevées en entier d’une mer de feu. Les Orcades sont comme adhérentes aux îles Hébrides. C’est dans cet archipel que se trouvent celles de Saint-Kilda, Sky, .Joua, Lyri, Ilikenkil; la vaste et singulière caveiaie basaltique de Stalïa, connue sous le nom de grotte de Fingal; l’ile de Mull, qui n’est qu’un composé de basalte pétri, pour ainsi dire, avec de la zéolithe.

De l’ile de Mull, ou peut aller en Écosse par celle de Kereyru, également volcanisée, et arriver à Don Staffugé ou à Dunkel, sur les laves ut les basaltes que l’on peut suivre sans interruption par le duché d’In-

veraiy, par celui de Pcrlli, par Glasgow, jusqu’à Édinibourg. Ici les volcans semblent avoir trouvé des bornes qui les ont empêches d’entrer dans l’Angleterre proprement ditej mais ils se sont replies sur euxmêmes : on les suit sans interrujdion et sur une assez large zone qui s’étend depuis Dunbar, Cowper, Stirling, jusqu’au bord de la mer, vers Port-Patrick. L’Irlande est en face, et l’on trouve à une i)etite distance les ecueils du canal Saint-George, qui sont aussi vulcanisés; l’on louche bientôt à celte immense colonnade, connue sous le nom de Ghaussée des Géants, et formant une ceinture de basalte prismatique, (|ui rend l’abord de l’Irlande presque inaccessible de ce coté.

En France, on peut reconnaître des volcans éteints en Bretagne, entre Royan et Tréguier, et les suivre dans une partie du Limousin, et eu Auvergne, où se sont faits de très-grands mouvements, et de fortes éruptions de volcans actuellemenls éteints; car les montagnes, les pics, les collines de basalte et de lave y sont si rapprochés , si accumulés, qu’ils offrent un système bizarre et disparate, très-différent de la disposition et de l’arrangement de toutes les autres montagnes. Le Mont-d’Or et le Puy-de-Dôme peuvent être regardés comme autant de volcans principaux qui dominaient sur tous les autres.

Les villes de Clermont, de Riom, d’Issoire, ne sont bâties qu’avec des laves, et ne reposent que sur des laves. Le cours de ces terrains volcanisés s’étend jusqu’au delà de l’Allier, et on en voit des indices dans une partie du Bourbonnais et jusque dans la Bourgogne, aupiès du Mont-Cenis, où l’on a reconnu le |)ic conique de Drevin, formé par un faisceau de basalte, qui s’élève en pointe à trois cents pieds de hauteur, et forme une grande borne qu’on peut regarder comme la limite du terrain volcanisé. Ces mêmes volcans d’Auvergne s’étendent, d'un côté, par Saint-Flour et Aurillac, jusqu’en ilouergue, et de l’autre, dans le Velay; et en remontant la Loire jusqu’à sa source, parmi les laves, nous arriverons au Mont-Mezin, qui est un grand volcan éteint, dont la base a ]>!us de douze lieues de circonférence, et dont la hauteur s’élèv e au-dessus de neuf cents toises. Le Vivarais est attenant au V’elay, et l’on y voit un très-grand nombre de cratères de volcans éteints, et des chaussées de basaltes, que l’on peut sui\ re dans leur largeur jusqu’à Rochemaure, au bord du Rhône, en face de Montélimart : mais leur déveloi»pemeut eu longueur s’étend par Cassiii, Saint-Tibéri , jusqu’à Agde, où la montagne volcanique de Saint-Loup offre des escai’pemcnts de lave d’une grande épaisseur et d’une hauteur très-considérable.

Il parait qu’auprès d’Agde les laves s’enfoncent sous la mer; mais on ne tarde pas à les voir reparaître entre Marseille et Toulon, où l’on connaît le volcan d’OIlioule, et celui des environs de Tourves. De grands dépôts calcaires ont recouvert postérieurement plusieurs de ces volcans : mais on en voit dont les sommités paraissent sortir du milieu de ces antiques dépouilles de la mer ; ceux des environs de Fréjus et d’Antibes sont de ce nombre.

HISTUIJlE NATUUELLE

Ici les Alpes uiai'itiines oui servi de barrière aux feux sonlerrains de la Provence, et les ont, pour ainsi dire, ctnpècliés de se joindre à ceux de ritalie, par la voie la plus courte; car, derrière ces mêmes Alpes, il se Iroiive des volcans qui, en ligne droite, ne sont éloignés que de trente lieues de ceux de Provence.

La zone incendiée a donc pris une autre route; on peut même dire qu’elle a une double direction en parlant d’Antibes. La première arrive, par une communication sous-marine, en Sardaigne; elle coupe le cap Carbonara, traverse les monlagnes de cette ilc, se replonge sous les eaux pour re|)araitre à Cartliagène, et se Joindre à la cliaine volcanisèe du Portugal, jus(|u’à l.isbonnc, pour traserser ensuite utie partie de l’Espagne, où M. Ilowles a reconnu plusieurs volcans éteints. Telle est la première ligne de jonction des volcans de France.

La seconde se dirige également j)ar la mer, et va joindre l’Italie, entre Gênes et Florence. On cuire ici dans un des plus \ asles domaines du feu : l’incendie a été presque universel dans toute l'Italie et la Sicile, où il existe encore deux volcans brûlants, le V’ésuvc et l'Etna, des terrains embrasés, tels f|ue la Solfalara, des des incendiées, dont une, celle de Stromboli, vomit sans l■elàcbe, et dans tous les temps, des la\ os, des pierres ponces, et jette dos (lamiues qui éclairent la mer au loin.

Le V'èsuve nous offre un foyer en activité, couronné, et recouvert, de toutes parts, des produits les plus remaiapiables du feu, et jusqu’à des villes ensevelies à dix-Iiuil cents pieds de profondeur, sous les matières projetées par le volcan. D’un côté, la mer nous montre les Iles volcanisécs d’isebia, de Pi-ocida, de Capréc, etc. ; et de l’autre, le continent nous offre la pointe de Misène, lîaia, Pouzzolcs , le Pausifipe, Portici, la côte de Soreule, le cap de Minerve.

Le lac Agnano, Aslruni, le Monte-.Xuovo, le Monte-Barbaro, la Solfatara, sont autant de cratères (pii ont \omi, pendant plusieurs siècles, des monceaux immenses de matières > olcauiipies.

Mais une chose digne de remanpie. c’est que les volcans des environs de Naples cl de la terre de Labour, comme les autres volcans dont nous venons de parler, semblent toujours éviter les montagnes primitives, quartzcuscs et granitiques, et c’est par cette raison qu’ils n’ont point pris leur direction par la Ealabrc, pour aller gagner la Sicile. Les grands courants de laves se sont frayé une roule sous les eaux de la mer, et arrivent du golfe de Naples, le long de la côte de Soreule paraissant à découvert sur le rivage, et formant des écueils de matières volcaniques, qu’on voit de distance en distance, depuis le promontoire et Minerve jusques aux iles de Lipari. Les des de Baziluzzo, Lisr.a-Bianca, Liscanera, Panaria , etc. , sont sur celle ligne. Viennent ensuite l’ile des Salines, celles de Lipari, V'olcanello, et Volcano, aulre volcan brûlant, où les feux souterrains fabri(| lient, en grand, de grosses masses de véritables pierres ponces, l'iu Sicile, les Monl-Neptuiiiens, comme les Alpes en Provence, ont forcé les feux souterrains à suivre leur contour, et à

DES MINEHAUX.

proiidrc loiir diiwlioii par le Val Demona. Dans relie de, l’Etna élève lièreiiient sa léte au-dessus de tous les volcans de l’Eui’ope ; les éjections qu’à produites ce foyer immense coupent le Val-di-Noto et arrivent à l’extrémité de la Sicile, par le cap Passaro.

Les matières volcaniques disparaissent encore ici sous les eaux de la mer; mais les écueils de basalte qu'on voit de dislance en distance sont des signaux é\idents qui tracent la route de l’embrasement : on peut arriver, sans s en écarter, jusqu’à I Archipel, où l’on troin e Santorin et les autres ^olcans quun observateur célèbre a fait connaitre dans son voyage pittoresque de la Grèce (1),

De l'Archipel on peut suivre par la Dalmalie les volcans éteints, décrûs par M. Forlis, jusqu’en Ilpngrie, où l’on trouve ceux qu’a fait connailrc M. de Boni dans ses lettres sur la minéralogie de ce royaume. De la Hongrie, la chaîne volcaniséc se prolonge toujours sans interruption par rAllcmagnc, et va joindre les volcans éteints d’Hanovre, décrits par Uas|)e : ceux-ci se dirigent sur Cassel , ville bâtie sur un vaste plateau de basalte; les feux souterrains qui ont élevé toutes les collines volcaniques des environs de Cassel ont porte leur direclion par le grand cordon des hautes montagnes voleanisées de rilabichoual , qui vont joindre le Khin jtar Andernaeh, on les Hollandais font leur ap|)rovisionnement de Iras (2) pour le convertir en pouz/.olanc. Les bords du Bhin, depuis Andernaeh jusqu'au vieux Brisaeh, forment la continuité de la zone volcaniséc qui traverse le Brisgau, cl se rapproche par là de la France, du coté de Strasbourg.

D’après ce grand tableau des ravages du feu dans la partie du monde qui nous est la mieux connue, pourrait-on se persuader ou même imaginer qu’il ail pu exister d'assez grands amas de matières combustibles, jionr a>oir alimenté, pendant des siècles de siècles, des volcans multipliés en aussi grand nombre ? Cela seul suf/irail pour nous indiquer que la plupart des volcans actuellement éteints n’ont été produits que par les foudres de l’électricité souterraine. Nous venons de voir, en effet, que les Pyrénées, les Alpes, l'Apennin, les àlonts-Neptiiniens en Sicile, le Mont-Granby en .Angleterre, cl les antres montagnes primitives, quartzeuses et granitiques, ont arrêté le cours des feux souterrains, comme étant, par leur nature vitreuse, imperméables au llnide elcclri<|ue, dont ils ne peuvent propager l’action, ni communiquer les foudres; et qu’au contraire tous les volcans produits par les feux on les tonnerres souterrains ne se trouvent qu'aux environs de ces montagnes primitives, et n’ont exercé leur action que sur les schistes, les argiles, les substances calcaires et métalliques, et les autres matières de seconde

(t) M. te eumie de Choiseul-GouWîcr.

(2) Le h-us Cil un vrai basalte eomiiaele ou poreux, facile à brojer, et dont les Hollandais fout de la pouzzoliiiic.

llcrrox', (oui. iv.

HISTOIRE NATURELLE

formation et conductrices de rélectricité. Et comme l’eau est un des plus puissants conducteurs du fluide électrique, ces volcans ont agi avec d’autant plus de force, qu’ils se sont trouvés pins près de la mer, dont les eaux, en pénétrant dans leurs cavités, ont |)rodigieusement augmcnlé la masse des substances conductrices, et l’action de l’électricité. Mais jetons encore un coup d’œil sur les autres différences remaniuables qu’on peut observer dans la continuité des terrains volcanisés.

L’une des premières choses qui s’offrent à nos considérations, c’est cette immense continuité de basaltes et de laves, lesquels s’étendent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des terrains volcanisés. Ces basaltes et ces laves, contenant une très-grande quantité de matières ferrugineuses, doivent être regardés comme autant de conducteurs de l’électricité ; ce sont, pour ainsi dire, des barres mctallifjues, c’est-à-dire des conducteurs à plusieurs centaines de lieues du fluide électrique, et qui peuvent le transmettre en un instant de l’une à l’autre de leurs extrémités, tant à l’intérieur de la terre qu’à sa surface. L’on doit donc rapporter à cette cause les commotions et tremblements de terre qui se font sentir, pres- <|uc eu même temps, à des distances Irès-éloignécs.

Une seconde considéralion très-importante, c’est que tous les volcans, et sui tout ceux qui sont encore aciuellcment agissants, portent sur des cavités dont la capacité est au moins égale au volume de leurs projections. Le Monte-Nuovo, voisin du Vésuve, s’est élevé presque subitement, c’est-à-dire en deux on trois jours dans l’année 1538, à la hauteur de plus de mille pieds, sur une circonférence de plus d’une lieue à la base; et cctle énorme masse sortie des entrailles de la terre, dans un terrain qui n’était qu’une plaine, a nécessairement laissé des cavités au moins égales à son volume : de même, il y a tonte raison de croire que l’Etna, dont la hauteur est de plus de di.x-lmit cents toises, et la circonférenccà labasc de près decinquante lieues, ncs’est élevé que parla force des foudres souterraines, et que, par conséquent, cette très-énorme masse de matière projetée porte sur plusieurs cavités dont le vide est a>i moins égal au volume soulevé. Ou peut encore citer les îles de Santorin, qui, depuis l’année 237 avant notre ère, se sont abîmées dans la mer et élevées au-dessus de la terre à plusieurs reprises, et dont les dernières catastrophes sont arrivées en 1707. «Tout l’espace, dit M. le « comte de Choiseul-Oouflier, actuellement rempli par la mer, contenu K entre Santorin et Tliérasia, aujourd’hui Aspro-Nj'si, faisait partie de « la grande île, ainsi que Thérasia elle-même. Un immense volcan s’est « allumé, et a dévoré toutes les pailies intermédiaires. Je retrouve « dans toute la cote de ce golfe, composée de rochers escarpés et calci- « nés, les bords de ce même foyer, et, si j’ose le dire, les parois inter- « nés du creuset, où cette destruction s’est opérée; mais ce qu’il faut « surtout remarquer, c’est l’immense profondeur de cet abîme, dont « on n’a jamais pu réussir à trouver le fond. »

Enlin nous de^ ons encore obscrv er, eu général, que le Vésuve, l’Etna

et les autres volcans, tant agissants qu’éteints, sont entourés de collines volcaniques, projetées par les feux souterrains, et qui ont dû laisser à leur place des cavités égales à leur volume. Ces collines, composées de laves et de matières fondues ou projetées, sont connues en Italie sous le nom de monticolli, et elles sont si multipliées dans le royaume de Naples, que leurs hases se touchent en beaucoup d’endroits. Ainsi, le nombre des cavités ou boursouflures du globe formées par le feu pi'imitif a dû diminuer par les affaissements successifs des cavernes, dont les eaux auront percé les voûtes, tandis que les feux souterrains ont produit d autres caNites, dont nous pou\'ons estimer la capacité par le volume des matières projetées, et par 1 élévation des montagnes volcaniques.

Je serais meme tenté de croire que les montagnes \oIcaniqucs des Cordillères, telles (pie Cbimboraço, Cotopaxi, Pichincha, Sangaï, etc., dont les feux sont actuellement agissants, et qui s’élèvent à plus de trois mille toises, ont été soulevées à celte énorme hauteur par la force de ces feux, puisque l’Etna nous offre un exemple d’un pareil soulèvement jusqu à la hauteur de dix-huit cents toises j et dès lors ces montagnes volcaniques des Cordilières ne doivent point être regardées comme des boursouflures primitives du globe, iniisqu’clles ne sont composées ni de quartz, ni de granit, ni d autres matières vitreuses (jui auraient arrêté l’effet des foudres souterraines, de même qu’en lîuroiie nous voyons les Alpes et les Pyrénées avoir arrêté et rompu tous les efforts de cette électricité. II en doit être de même des montagnes volcaniques du iMexique et des autres parties du monde, où l’on trouve des volcans encore agissants.

A 1 égard des volcans éteints, quoiipi’ils aient tous les caraclères des volcans actuellement brûlants, nous remarquerons que les uns, tels que le Puy-de-Dôme, qui a plus de huit cents toises d’élésalion, le Cantal en Auvergne, qui en a près de mille, et le Mont-Mezin en Vivarais, dont la hauteur est à peu près égale à celle du Cantal , doivent avoir des cavités au-dessous de leurs bases, et que d’autres se sont en partie éboulés depuis qu’ils ont cessé d’agir; cette différence se remarque par celle de la forme de leurs bouches ou cratères. Le Mont- Mezin, le Cantal, le col d’Aisa, la coupe de Sauzac, la Gravène de Mout- Pesat, présentent tous des cratères d’une entière conservation, tandis que d’autres n’offrent qu’une partie de leurs bouches en entonnoir qui subsiste encore, et dont le reste s’est affaissé dans des cavités souterraines.

Mais le principal et le plus grand résultat que nous puissions tirer de tous ces faits, c’est que l’action des foudres et des feux souterrains, ayant été assez violente pour élever dans nos zones teuqiérécs des montagnes telles que l’Etna, jusqu’à dix-huit cents toises de hauteur, nous devons cesser d’étre étonnés de l’élévation des montagnes volcaniques des Cordilières jusqu’à trois mille toises. Deux fortes raisons me persua-

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(lent de la vérité de cette présomption. La première, c’est que le globe étant plus élevé sous l’équaleur, a dû, dès le premier temps de sa consolidation, former des boiirsoullurcs et des cavités beaucoup plus grandes dans les parties équatoriales que dans les autres zones, et que, par conséquent, les foudres souterraines auront exercé leur action avec plus de liberté et de puissance dans celle région, dont nous voyons en elïet que les affaissements sous les eaux, et les élévations au-dessus de la terre sont plus grandes que partout ailleurs, parce que, indépendamment de retendue plus considérable des cavités, la chaleur intérieure du globe et celle du soleil ont dû augmenter encore la puissance des foudres et des feux souterrains.

La seconde raison, |)lus décisive encore que la première, c’est que ces volcans, dans les Cordilières, nous démontrent qu’elles ne sont pas de première formation, c’est-à-dire entièrement composées de matières vitreuses, quartzeuses ou graniliiiucs, puisque nous sommes assures, par la continuité des terrains volcaniques, dans l’Europe entière, que jamais les foudres souterraines n’ont agi contre ces matières primitives, et qu’elles en ont partout suivi les contours sans les entamer, parce que ces matières ^ itreuses, n'étant point conductrices de l’électricité, n’ont . pu en subir ni ])ropager l’action. Il est donc à présumer ([ue toutes les montagnes ^ olcaniqucs, soit dans les Cordilières, soit dans les autres parties du monde, ne sont pas de première formation, maisont été projetées ou soulevées par la force des foudres et des feux souterrains, tandis que les autres montagnes dans lesquelles, comme aux Alpes et aux Pyrénées, etc., l’on ne voit aucun indice de volcan, sont en effet les montagnes primitives, composées de matières vitreuses, qui se refusent à toute action de l’électricité.

Nous ne pouvons donc pas douter que la force de l’électricité n’ait agi en toute liberté, et n’ait fait de violentes explosions dans les cavités ou boursouflures occasionnées par l’action du feu primitif ; en sorte qu’on doit présumer, avec fondement, qu’il a existé des volcans dès ces premiers temps, et que ces volcans n’ont pas eu d’autre cause que l’action des foudres souterraines. Ces premiers et plus anciens volcans n’ont été, pour ainsi dire, que des explosions momentanées, et dont le feu, n’étant pas nourri par les matières combustibles, n’a pu se manifester par des effets durables; ils se sont, pour ainsi dire, éteints après leur explosion, (jui néanmoins a dû projeter loules les matières (jue la foudre avait frappées cl déplacées. Hais, lorsejue dans la suite, les eaux, les substances métalliques et autres matières volatiles, sublimées par le feu, et reléguées dans ralmosplière, sont tombées et se sont établies sur le globe, ces substances toutes conductrices de l’éleclricité, ont pu s’accumuler dans les casernes souterraines. Les végétaux s’étant dès lors multipliés sur les hauteurs de la terre, elles coquillages s’étant en même temps j)ropagcs, elaj'ant pullulé au point de former par leurs dépouilles de grands amas de matières calcaires, loules ces matières conductrices

se sont (le même rassemblées dans ces cavités intérieures, et dès lors l’action des foudres électriques a dû produire des incendies durables, et d’autant plus violents, que ces voleans se sont trou\ és plus voisins des mers dont les eaux, par leur conflit avec le feu, ont cneoi e augmente la force et la durée des explosions; et c’est par celle raison que le pied de tous les volcans, encore acluelleinent agissants, se trouve voisin des mers, et qu’il n’eu existe pas dans l’intérieur des continents terrestres.

On doit donc distinguer deux sortes de volcans ; les [)reniiers, sans aliments, et uniquement produits par la force de l’éleclidcité souterraine ; les seconds, alimentés par les substances combustibles. Les premiers de tous les volcans n’ont été (|ue des ex|)losions momentanées dans le temps de la consolidation du globe, (les explosions peuvent nous être représentées en judit, par les étincelles que lance un boulet de fer rougi à blanc, en se refroidissant. Elles sont devenues i)ius violentes et plus fréquentes par la chute des eaux, dont le conflit avec le feu a dû produire de plus fortes secousses et des ébranlements plus étendus. Ces premiers et plus anciens volcans ont laissé des bouches ou cratères, autour desquels se trouvent des laves, et autres matières fondues par les foudres, de la même manière que la force électrique mise enjeu par nos faibles instruments fond ou calcine toutes les matières sur lesquelles elles est dirigée.

Il 5' a donc toute apparence que, dans le nombre infini des volcans éteints qui se trouvent à la surface de la terre, la plupart doivent être rapportés aux premières époques des révolutions du globe après sa consolidation, pendant lesquelles ils n’ont agi que par moments et par l’effet subit des foudres souterraines, dont la violence a soulevé les montagnes et cntr’ouverl les premières couches de la terre, avant que la nature n’eùl produit assez de végétaux, de jiyritcs et d’autres substances combustibles poursei’vir d’aliment aux volcans durables, tels que ceux qui sont encore actuellement agissants.

Ce sont aussi ces foudres électriques souterraines qui causent la plupart des tremblements de terre. Je dis la plupart, car la chute et l’aflaissement subit des cavernes intérieures du globe produisent aussi des mouvemenls qui ne se font sentir qu’à de petites distances : ce sont plutôt des trépidations que de vrais tremblements, dont les plus fréquents et les plus violents doivent se rapporter aux commotions produites jiar les foudres électriques, puisque ces tremblements se font souvent sentir, presqu’au même moment, à plus de cent lieues de distance et dans tout l’espace intermédiaire. C’est le coup électrique qui se propage subitement, et aussi loin que s’étendent les corps qui peuvent lui servir de conducteurs. Les secousses occasionnées par ces tonnerres souterrains sont quelquefois assez violentes pour bouleverser les terres en les élevant ou les abaissant, et changer en même temps la position des sources cl la direction du cours des eaux.

Lorsque cette force de l’électricité agit à la surface du globe, elle ne

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se manifeste pas Tiniqucmcnt par des foudres, par des commotions et par les autres effets que nous venons d’exposer. Elle parait changer de nature, et produit de nouveaux phénomènes. En effet, elle se modifie pour donner naissance à une nouvelle force à latpielle on a donné le nom de magnétisme; mais le magnétisme, bien moins général que l’électricité, n’agit que sur les matières ferrugineuses, et ne se montre que par les effets de l’aimant et du fer, lesquels seuls peuvent fléchir et attirer une portion du courant universel et électrique, qui se porte directement et en sens contraire, de l’équateur aux deux pôles.

Telle est donc l’origine des diverses forces, tant générales que particulières, dont nous venons de parler. L’attraction, en agissant en sens contraire de sa direction , a produit l'impulsion dès l’oi-igine de la matière. Cette impulsion a fait naiti-e l’élément du feu qui a produit l’électricité; et nous allons voir que le magnétisme n’est qu’une modification particulière de cette électricité générale, qui se fléchit dans son cours V ers les matières ferrugineuses.

Nous ne connaissons toutes ces forces que par leurs effets; les uns sont constants et généraux, les autres paraissent être variables et particuliers. La force d’attraction est universellement répandue; elle réside dans tout atome de matière et s’étend dans le système entier de l’univers, tandis que celle qui produit l’électricité agita l’intérieur et s’étend à la surface du globe terrestre, mais n’affecte pas tous les corps de la même manière. Néanmoins, cette force électrique est encore plus générale que la force magnétique, qui n’appartient à aucune autre substance qu’à l’aimant et au fer.

Ces deux forces particulières ont des propriétés communes avec celles de l’attraction universelle. Toutes trois agissent à plus ou moins de distance, et les effets du magnétisme et de l’électricité sont toujours combinés avec l’effet général de l’attraction qui appartient à toute matière, ( t qui, par conséquent, influe nécessairement sur l’action de ces deux forces, dont les effets comparés entre eux peuvent être semblables ou différents, variables ou constants, fugitifs ou permanents, et souvent j)araîtrc opposés ou contraires à l’action de la force universelle. Car, quoique celte force d’attraction s’exerce sans cesse en tout et partout, elle est vaincue par celles de l’électricité et du magnétisme , toutes les lois que ces forces agissent avec assez d’énergie pour surmonter l’effet de l’attraction, qui n’est jamais que proportionnel à la masse des corps.

Les effets de l’électricité et du magnétisme sont produits par des forces impulsives particulières, qu’on ne doit point assimiler à l’impulsion ou l’impulsion primitive; celle-ci s’exerce dans l’espace vide, et n’a d’autre cause que l’attraction qui force toute matière à se rapprocher pour SC réunir. L’électricité et le magnétisme supposent, au contraire, des impulsions particulières, causées par un fluide actif, qui environne les corps électriques et magnétiques, et qui doit les affecter différemment, suivant leur différente nature.

Mais quel est ou peut éli'e l’agcut ou le moyen employé par la nature, pour déterminer et fléchir l’électricité du globe en magnétisme vers le fer, de préférence à toute autre masse minérale ou métallique? Si les conjectures, ou même de simi)les Mies, sont permises sur un objet qui, ]:ar sa profondeur et son anciennelé contemporaine des premières révolutions de la terre, semble devoir échapper à nos regards et même à l’œil de l’imagination , nous dirons que la matière ferrugineuse, plus difficile à fondre qu’aucune autre, s’est établie sur le globe, avant toute autre substance métallique, et que dés lors elle fut frappée la première, et avec le jilus de force et de durée par les flammes du feu primitif : elle dut donc en contracter la plus grande affinité avec l’élément du feu ; affinité qui se manifeste par la combustibilité du fer et par la prodigieuse quantité d'air inflammable ou feu fixe qu’il rend dans ses dissolutions} et par conséquent de toutes les matières que l’électricité du globe peut affecter, le fer, comme ayant spécialement plus d’affinité avec ce fluide de feu, et avec les forces dont il est l’ànie, en ressent et marque mieux tous les mouvements, tant de direction que d’inflexion pai ticuliére, dont néanmoins les effets sont tous subordonnés à la grande action et à la direction générale du fluide électrique de l’équateur vers les pôles.

Car il est certain que s’il n’y avait point de fer sur la terre, il n’y aurait ni aimant ni magnétisme, et que la force électrique n’en existerait ni ne subsisterait pas moins, avec sa direction constante et générale de l’équaleur aux pôles ; et il est tout aussi certain que le cours de ce fluide se fait en deux sens opposés, c’est-à-dire de l’équateur aux deux pôles terrestres, en se resserrant et s'inclinant, comme les méridiens se resserrent et s’inclinent sur le globe } et l’on voit seulement que la direction magnétique, quoique soumise à celte grande loi, reçoit des inflexions dépendantes de la position des grandes masses de matières ferrugineuses, et de leur gisement dans les différents continents.

En comparant les effets de l’action d’une petite masse d’aimant avec ceux que produit la masse entière du globe terrestre, il parait que ce globe possède, en grand, toutes les propriétés dont les aimants ne jouissent qu’en petit. Cependant la masse du globe entier n’est pas, comme les petites masses de l’aimant, composée de matières ferrugineuses; mais on peut dire que sa surface entière est mêlée d’une grande quantité de fer magnétique, puisque toutes les mines primitives sont attirables à l’aimant, cl (|ue de même les basaltes, les laves et toutes les mines secondaires revivifiées par le feu et par les coups de la foudre souterraine sont également magnétiques. C’est celte continuité de matière ferrugineuse magnétique, sur la surface de la terre, qui a produit le magnétisme général du globe, dont les effets sont sendilables à ceux du magnétisme particulier d’une pierre d’aimant. Et c’est de l’électricité générale du globe que provient l’électricité particulière ou magélisme de l’aimant. D’ailleurs la force magnétique n’ayant d’action que sur la ma-

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lièro foiriij^iiu'nso, co S(M'ait iiiôtonnailrp la siinpIipiTé des lois de la nature que de la charger d’iin petit procédé solitaire, et d’une force isolée qui ne s’exercciait que sui‘ le fer. Il nie parait donc démontré que le magnétisnic, qn’on regardait coinine une force particulière et isolée, dépend de I électricité dont il n’est qu’une inoditication occasionnée par le rapport uni(|ue de son action avec la nature du fer.

Lt même, quoi(|ue le magnétisme n'appartienne (lu’à la malière ferrugineuse, on ne doit pas le regarder comme une «les prcqiriélés essentielles de celte matière; car ce n'est qu'une simple (|ualilé accidentelle que le fer acquiert ou qu’il perd, sans aucun changement et sans augmentation ni déperdition de sa substance. Toute matière ferrugineuse qui aura subi l'action du feu prendra du magnétisme par le frottement, par la percussion, par tout choc, toute action violente de la part des autres corps : encore n’esl-il pas nécessaire d’avoir recours à une force extérieure [)our donner au fer celte vertu magnétique; car il la prend aussi de liii-mènie, sans être ni frappé, ni mu, ni frotté : il la prend dans I état du plus |)arfait lepos, lors(|u’il reste constamment dans une certaine situation , exposé à l’action du magnétisme général ; car dès lors il devient aimant en assez peu de temps. Celle force magnétique peut donc agir sur le fer, sans être aidée d’aucune autre force motrice; et, dans tous les cas, elle s’en saisit sans en étendre le volume, cl sans en augmenter ni diminuer la masse.

Nous avons parlé de l’aimant, comme des autres matières ferrugineuses, dans notre Htstoive des Minéraux, à l'article du fer; mais nous nous sommes réservé d’examiner de plus près ce minéral magnétique qui, quoique aussi brut qu’aucun autre, semble tenir à la nature active et sensible des êtres organisés : l’allraclion, la réimlsion de l’aimant, sa direction vers les pôles du monde, son action sur les corps animés, et la faculté qu’il a de communiquer toutes ses propriétés sans en perdre aucune, sans que ses forces s’éjinisent, et même sans qu’elles subissent le moindre allaiblissement, toutes ces qualités réunies ou séparées paraissent être autant de vertus magiques, et sont au moins des attributs uniques, des singularités de nature d'autant jilus étonnantes qu’elles semblent être sans exemple, et que, n’ayant été jusqu’ici que mal connues et peu comjiarécs, on a vainement tenté d'en deviner les causes.

Les philosoiihes anciens, plus sages, quoique moins instruits que les modernes, n’ont pas eu la vaine prétention de vouloir expliquer, par des causes mécani(iues, fous les c/fels de la nature, et lorsqu'ils ont dit que l’aimant avait des affections d’amour et de haine, ils indi(|uaienl seulement, par ces expressions, que la cause de ces affections de l’aimant devait avoir quelque rapport avec la cause qui produit de semblables affections dans les êtres sensibles. Et peut-être se trompaient-ils moins que les jihysiciens récents, qui ont voulu rapporter les phénomènes niagneli(|ues aux lois de notre mécani(|ue grossière. Aussi Ions leurs ellorls, (oiis l(“urs raisonnements appuyés sur des suppositions préeairc's,

n’ont abouti qu’à dônionlrei’ l’ciTOur de leurs vues dans le principe, et rinsuffisance de leurs moyens d’explication. Mais, pour mieux eonnaitre la nature du magnétisme et sa dépendance de l’électricité , comparons les principaux elfels de ces deux forces, en présentant d’abord tous les faits semblables ou analogues, cl sans dissimuler ceux qui paraissent différents ou contraires.

L’action du magnétisme et celle de l’électricité sont également variables, tantôt en plus, tantôt en moins; et leurs variations particulières dépendent en grande j)arlie de l’étal de l’atmosphère. Les phénomènes électriques que nous poin’ons produire augmentent, en effet, ou diminuent de force, et même sont quelquefois tolalemeut supprimés, suivant qu’il y a plus ou moins d’humidité dans l’air, que le fluide électrique s’est plus ou moins répandu dans l’atmospliére, et que les nuages orageux y sont plus ou moins accumulés. De même les barres de fer, que l'on veut aimanter par la seule exposition aux im|>ressions du magnétisme général, acquièrent plus ou moins promptement la vertu «uagnétique, suivant que le fluide éleclrûiue est plus ou moins abondant dans l’atmosplièrc ; et les aiguilles des boussoles éprouvent des variations, tant périodiques qu’irrégulières, qui ne paraissent dépendre que du plus ou moins de force de l’électricité de l’air.

L’aimant primordial u’est qu’une matière ferrugineuse, qui, ayant d’abord subi l’action du feu primitif, s’est ensuite aimantée par l’impression du magnétisme du globe; et en général, la force magnétique n’agit que sur le fer ou sur les matières qui en contiennent : de même la force électrique ne se produit que dans certaines matières, telles que l’ambre, les résines, les verres et les autres substances qu’on appelle électriques par elles-mêmes, quoiqu’elle puisse se communiquer à tous les corps.

Les aimants ou fers aimantés s’attirent mutuellement dans un sens, et se repoussent réciiu-otiuement dans le sens op|)Osé; celte répulsion et celle attraction sont plus sensibles, lorsqu’on approche l’un de l’autre leurs pôles de même nom ou de difl'érent nom. Les verres, les résines et les autres corps électriques par eu.x-mèmes ont aussi, dans plusieurs circonstances, des parties polaires, des portions électrisées en plus et d’autres en moins, dans lesquelles l’atlraction et la répulsion se manifestent i)ar des effets constants et bien distincts.

Les forces électrique et magnétique s’exercent également en sens opposé et en sens direct; et leur réaction est égale à leur action.

On peut, en armant les aimants d’un fer qui les embrasse, diriger ou accumuler sur un ou plusieurs points la force magnétique; on peut de même, par le moyen des verres cl des résines, ainsi qu’en isolant les substances conductrices de l’éleclricilé , diriger et condenser la force électrique; et ces deux forces électrique et magnétique peuvent être également dispersées, cliangées ou supprimées à volonté. La force de réleciricilé et celle du magnétisme peuvent de même se communiquer

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:mx matières que l’on approche des corps dans lesquels on a excité ces forces.

Souvent, pendant 1 orage, l’électricité dos nuées a troublé la direction de 1 aiguille de la boussole; et même l’action de la foudre aérienne a inilué quel(|Ucfois sur le magnétisme au point de détruire et de changer tout à coup d’un pôle à l’autre la direction de l’aimant.

Une lorte étincelle électrique, et l’action du tonnerre, paraissent également donner la vertu magnétique aux corps ferrugineux, et la vertu électrique aux substances que la nature a rendues propres à recevoir immédiatement l'électricité, telles que les verres et les résines, i\I. le chevalier de Roziéres, capitaine au corps royal du génie, est parvenu à aimanter des barres d’acier, en tirant des étincelles par le bout opposé a celui qui recevait l’électricité, sans employer les commotions plus ou moins fortes des grandes batteries électriques, et même sans en tirer des étincelles, et seulement en les électrisant pendant plusieurs heures de suite (t).

Des bâtons de soufre ou de résine qu’on laisse tomber, à plusieurs repz'ises, sur un corps dur, acquièrent la vertu électrique, de même que des barres de fer qu on laisse tomber plusieui’s fois de suite, d’une certaine hauteur, prennent du magnétisme par l’effet de leurs chutes réitérées (2),

On peut imprimer la vertu magnétique à une barre de fer, de telle sorte qu’elle présente une suite de pôles alternativement opposés. On ])eut également électriser une lame ou un tube de verre, de manière qu’on y remarque une suite de pôles alternativement opposés (3).

Lorsqu une barre de fer s aimante par sa seule proximité avec l’aimant, I extrémité de cette barre ijui en est la plus voisine, acquiert un pôle opposé à celui que l’aimant lui présente. De même une barre de fer isolée peut recevoir deux électricités opposées par le voisinage d’un corps électrisé; le bout qui est le plus proche de ce corps jouit, comme dans l’aimant, d’une force opposée à celle dont il subit l’action.

Les matières ferrugineuses réduites en rouille, en ocre, et toutes les dissolutions du fer par I acide aerien, ou par les autres acides, ne peuvent recevoir la vertu magnétique ; et de même ces matières ferrugineuses ne peuvent, dans cet étal de dissolution, acquérir la vertu électrique.

Si l’on suspend une lame de verre garnie à ses deux bouts de petites plaques de métal, dont Tune sera électrisée en plus, l’autre en moins, et

(t) Cette dernière manière n’a été trouvée que nouvellement par xM. le chevalier de Roiières, qui nous en a fuit part par sa lettre du 50 avril t7S7.

(2) Mémoire de M. Liphardt, Journal de Physique, juin 1787.

(5) Voyez, a ce sujet, les expériences de M. Épinus, dans la dissertation que ce physicien a publiée, à la tête de son ouvrage, sur le magnétisme, et celles de M lccomtedeLaecpède,dans son Essai sur l’Électricité, tome I.

DES MINÉRATJX.

si cette lame ainsi préparée , peut se mouvoir librement, lorsqu’on en approchera un corps électrique, qui jouit aussi des deux électricités, la lame de verre prcsenlera les mêmes pliénouiènes qu’une aiguille aimantée présente auprès d’un aimant (I).

Les fortes étincelles électriques revivifient les chaux de fer, et leur rendent la propriété d elre attirées par l’aimant (2). Les foudres sout(!rraines et aériennes revivifient de même, à l’inléi'ieur et à la surface de la terre, une prodigieuse quantité de matières ferrugineuses, réduites en chaux par les cléments humides.

La plupart des schorls, et particulièrement la tourmaline, présentent des phénomènes électriques qui oui la plus grande analogie avec ceux de l'aimant (.3). Lorsque ces matières ont été chauffées ou frottées, elles ont, pour ainsi dire, des parties polaires, dont les unes sont électrisées en plus, et les autres eu moins, et qui attirent ou repoussent les corps électrisés.

Les aurores polaires, qui, comme nous l’avons dit, ne sont que des lumières électriques, influent plus qu’aucune autre alîection de l’atmosphère sur les variations de l’aiguille aimantée. Les observations de MM. Vanswinden et de Cassini ne permettent plus de douter de ce fait (4).

(t) Voyez la dissertation prononcée par M. Épinus, à Pétersbourg, au mois de septembre t7îi8.

(2) Voyez sur ce sujet, un Mémoire de M. le comte de Milly, lu à l’Académie des Sciences, et celui que M. de Vansmarum vient de publier.

(.j) Voyez la dissertalion de M. Epiuus, dans les Mémoires de l’-Vcadémie de Berlin, année 17t>6.

(i) Voyez l’ouvrage de M. Vanswinden , intitulé : de l’AnalQgie de V ÈIcctricilé et du Magnêtmiie, dans lequel cet excellent obscrt aluur a prouvé que les variations extraordinaires des ui>'uillcs uinianlées, les perturbations dans leurs variations dilirne.s, et même quelques cbangcmenls assez constants dans leurs déclinaisons, ne sont jamais plus grands que dans le temps où paraissent les aurores boréales; M. le comte de Cassini, de l’Académie des Sciences, a observé avec une aiguille aimantée, suivant la méthode de M. Coulomb, que la variation diurne n’était ordinairement que de quelques minutes, et que les aurores boréales innuaient plus qu’aucune autre cause sur cette, variation. «Le 25 septembre 1781, la direction était, dit-il, « le matin sur 26 minutes de la division dn micromètre; à deux beurcs après-midi, cllepar- « vint à 1 degré. Ce grand mouvement annonçait quelque chose d'extraordinaire, l’aiguille « ensuite rétrograda vers l’est, non-seulcineut de tout le degré où elle était parvenue, mais « encore de 15 minutes en deçà, où elle fut observée à neuf heures du soir. C’est alors qu’on « .s’aperçut d’une aurore boréale, dont l’circt sur l’aiguille avait été par conséquent de 57 mi- « mîtes. Le 25, uneautreaurore boréale ne produisit qu’une variation totale de 55 minutes. Il « faut, à la vérité, défalquer l’effet ordinaire de la variation diurne, qui est d’environ ii mi- « nutes. Il a paru que l’effet des aurores boréales précédait souvent de plusieurs heures l’ap- « parition de ces aurores, et se prolongeait au.ssi longtemps après. Le 12 mai 1785, deux « aiguilles d'acier fondu très-fortement aimantées, rétrogadèrent de H minutes plus que de O coutume, et l’on remarqua un bandeau d’aurore boréale, véritable cause de cet effet, qui • n’avait pas eu lieu les jours précédents, et qui n’eut plus lieu le lendemain Parmi les

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Les personnes donl les nei fs sont délicats, et sur lesquelles Téleetr!cité agit d’une manière si iuar(|uée, reçoivent aussi du magnétisme des impressions assez sensibles; car l'aimant peut, en certaines circonstances, suspendre et calmer les irritations nerveuses, et apaiser les douleurs aiguës. L’action de l’aimant qui, dans ce cas, est calmante et même engourdissante, semble arrêter le cours et fixer pour un temps le mouvement trop rapide ou déréglé des torrents de ce fluide électrique qui, quand il est sans frein, ou se trou\’e sans mesure dans le corps animal, en irrite les organes, et l’agile par des mouvements convulsifs.

Il existe des animaux dans lescpiels, indépendamment de l’électricité vitale qui aj)partient à tout être vivant, la nature a établi un organe particulier d’électricité, et pour ainsi dire, un sens électrique et magnétique, La torpille (I), l’anguille électrique de Surinam, le treinbleur du Niger (2), semblent réunir et concentrer dans une même faculté la force de l’électricité et celle du magnétisme. Ces jjoissons, électriques et magnétiques, engourdissent les corps vivants qui les touchent; et, suivant M. Schilling et quelques autres observateurs, ils perdent cette propriété lorsqu’on les touche eux-mêmes avec l’aimant. Il leur ôte la faculté d’engourdir, et ou leur rend cette vertu en les touchant avec du fer, auquel se transporte le magnétisme qu’ils avaient reçu de l’aimant. Ces mêmes poissons électriques et magnétiques agissent sur l’aimant, et font

« causes perturbatrices de la variation diurne, les .aurores boréales sont sans doute les plus K fortes ; leur effet dérange absolument la direction des aiguilles aimantées qu’elles agissent U en tout sens, et d’une quantité plus ou moins grande, selon la force et l’étendue du phéno-

“ mène » Extrait du Mémoire de M. le comte de Cassini, adressé aux auteurs du Journal

de l'hysique.

(1) La torpille ressemble, par sa forme, à la raie. » C’est un poisson des plus singuliers, et a qui produit sur le corps humain d’étranges effets. Pour peu qu’on le touche, ou si par ha- « sard on vient à marcher dessus, ou se sent saisi d’un engourdissement par tout le corps, a mais surtout dans la partie qui a touché immédiatement la torpille. On remarque le meme a effet quand on louche ce poisson avee quelquechosc que l'on tient à la main. J’ai moi-méine a ressenti un assez grand engourdissement dans le bras droit, pour avoir appuyé, pendant a quelque temps, ma canne sur le corps de ce poisson, et je ne doute pas que l’effet n’eu eût a été plus violent, si l'animal n’avait été près d’expirer. Car il produit cet effet à mesure qu’il a est plus vigoureux, et il cesse de le produire dès qu’il est mort ; on peut en manger sans ina convénient. J’ajouterai encore que l’engourdissement ne passe pas aussi vite que certains a naturalistes le disent. Le mien diminua insensiblement, et le lendemain j’en sentis encore

a quelques restes » Voyage autour du monde, par George Ânson Amsterdam , 174.S

page 211.

Dans l’ancienne médecine, on s’est servi de la torpille pour engourdir et calmer ; Galien compare sa vertu à celle de l’opium, pour calmer et assoupir les douleurs.

(2) Il est bon d'observer que les especes de paissons électriques diffèrent trop les unes des autres pour qu’on puisse rapporter leurs phénomènes à la conformité de leur organisation. On ne peut donc les attribuer qu’aux effets de l’électricité. Voyez un très-bon Mémoire de M. firoussonet, de l'Académie des Sciences, sur le treinbleur et les autres poissons électriques, dans le Journal de l’hysique du mois d’août 17H.’).

\arier l’aiguille de la boussole (I). Mais ce qui prouve évidemment la présence de l’électricité dans ces animaux, c’est qu’on voit paraître des étincelles électriques dans les intervalles que laissent les conducteurs mélalliqucs avec lesquels on les louclie. IM. M'aisch a fait cette expérience devant la société royale de Londres, sur ranguille de Surinam, dont la force électrique [tarait cire plus grande que celle de la torpille, dans laquelle celle action est pcul-êire trop faible pour produire des étincelles (2). Et ce qui démoulrc encore que la commolion produite par ces poissons n’est point un effet mécanique, comme l’ont pensé quebiues [ibysicieus, mais un [thénomène électrique, c’est qu’elle se projtage au travers des lluides, el sc communique, par le moyen de l’eau, à plu-

sieurs personnes à la fois.

Or, CCS étincelles et celle commolion plus ou moins violentes (jue font é|)rouvcr ces poissons sont vraiment des effets de rélcclricité, que l’on ne peut attribuer en aucune manière au simple magnétisme, puisque aucun aimant, tant naturel qu’arliliciel, n’a fait éprouver de secousses sensibles, ni produit aucune étincelle. D’un aulre côté, les commotions que donnent les torpilles, l’anguille électrique de Surinam et le treinbleur du Niger, étant très-fortes, lorsque ces poissons sont dans l’eau des mers ou des grands fleuves, on peut d’autant moins les considérer comme un pbenomène purement élcclrirpie, que les effets de rélcclricité s’affaiblissent avec riiumidilé de l’air qui la dissipe, et ne peuvent jamais être excités lorsqu’on mouille les machines qui la produisent. Les vases de verre électrisés, que I on a appelés boulcHks de

Leijde, et par le moyen desquels on reçoit les secousses les plus fortes, SC déchargent et perdent leur vertu dès le moment qu’ils sont entièrement plongés dans l’eau : cette eau, en faisant communiquer ensemble les deux surfaces intérieure et extérieure rétablit l’équilibre dont la rupture est la seule cause du mouvement, et par conséquent de la force du Iluide électri(|ue. Si l’on remarque donc des effets électricpies dans les torpilles, l’on doit sui)poser, d’après les modifications de ces effets, que l’éleclricilé n’y existe pas seule, et qu’elle y est réunie avec le magnétisme, de manière à y subir une combinaison qui augmente, diminue ou altère sa puissance; el il parait ([ue ces deux forces électri(|uc el magnétique, qui, lorsqu’elles sont séjiarécs l une de l'autre, sont plus ou moins actives ou presque nulles, suivant l’étal de ralmospbère, le

sont également lorsqu’elles sont combinées dans ces poissons; mais peutêtre aussi la diversité des saisons, ainsi ([uc les différents étals de ces

animaux, influent-ils sur l action de leurs forces électrique el magnéti-

(I) Voyez l’ouvrage que M. Schilling a |)ublié sur celle aclion «le l'ainiaul, appli<|uéc aux poissons élcclriipics.

r>) Lettre île M. Wulseli à Jl. Le Uoi, de rAcadémie des Sciences, dont ce dernier a publié l'cxlraildans le Journal de Physique, année 1770.

HISTOIRE NATURELLE

que. Plusieurs personnes ont en effet manié des torpilles sans en recevoir aucune secousse. M. le comte de Lacépède étant à la Jtochelle, en octobre 1777, voulut éprou\er la vertu de quebjues torpilles, que MM. de I Académie de la Rochelle a\'aient fait pécher ; elles élaient bien ^iyantes, et paraissaient très-vigoureuses : cependant, de quelque manière qu on les touchât, soit immédiatement avec la main, soit avec des barreaux de fer ou d’autres matières, et sur quehjue partie de leurs corps qu on portât I attouchement dans l’eau ou hors de l’eau, aucun des assistants à l’expérience ne ressentit la moindre commotion. Il parait donc que ces poissons ne sont pas électriques dans tous les temps, et que cette proj>riété, qui n est pas constante, dépend des circonstances, et peut-clre de la saison ou du temps auxquels ces animaux doivent répandre leurs œufs et leur frai ; et nous ne pouvons rien dire de la cause de ces altcrnati^es d action et d’inaetton, faute d’observations assez suivies sur ces poissons singuliers (1).

Celte combinaison dos deux forces électrique et magnétique, que la nature parait avoir faites dans quehiues êtres vivants, doit faire espérer que nous pourrons les réunir par l’art, et j)eut-élre en tirer des secours efficaces dans certaines maladies et particulièrement dans les affections nerveuses.

Les deux forces électriques et magnétiques ont en effet été employées séparément avec succès, pour la guérison ou le soulagement de plusituis maux douloureux. Quelques physiciens (2), particulièrement M. Mauduit, de la Société royale de Médecine, ont gnéri des maladies par le moyen de l’électricité (3), et M. l’abbé le Noble qui s’occupe avec succès, dei)uis longtemps, des effets du magnétisme sur le corps humain, et qui est parvenu à construire des aimants artificiels beaucoup

(t) On ne s’expose pas impunémenf, dit M. de Ilumiioldt, aux premières commotions d’un gymnote très-grand et fortement irrite. .Si par hasard on reçoit un coup avant que le poisson soit blessé ou fatigué, la douleur et l’engourdissement sont si violents qu’il est impossible de prononcer sur la nature du sentiment qu’on éprouve. .le ne me souviens pas d’.ivoir jamais reçu par la décharge d’une grande bouteille de Leydc une commotion plus elfrayanto que celle que j’ai ressentie en plaçant imprudemment les deux pieds sur un gymnote qu’on venait de retirer de l’eau. Je fus affecté le reste du jour d’une vive douleur dans les genoux et jusque dans toutes les jointures.

Du reste on n’a jamais vu la plus petite étincelle sortir de cet animal.

On a constaté récemment que lorsqu’on plonge dans l’organe électrique du gymnote les extrémités du fil multiplicateur, l’aiguille est déviée d’une quantité considérable.

Lorsqu’une personne louche une torpille, il faut que le contact soit immédiat pour qu’elle éprouve une commotion.

Tous les effets que produit la pile, la toiqiille les produit. (E.)

(2) On peut voiràcc sujet l’ouvrage de JI. l’abbé de Bertbolou, intitulé : de l’ÉleclricUéda corps humain.

(3) Voyez les Mémoires de la Société royale de Médecine, ainsi que les divers rapports et avis publiés par celle compagnie.

plus forts que tous ceux (|ui étaient déjà connus, a employé très-heureusement l’application de ces mêmes aimants pour le soulagement tle plusieurs maux. Nous cro5'ons devoir placer, dans la note ci-après, nu extrait du rapport fait par MM. les commissaires de la Société royale de Médecine, au sujet des travaux utiles de ce physicien, qui les continue avec zèle et d’une manière d’autant plus louable qu’il les consacre gratuitement au soulagement des malheureux (1).

Nous avons cru devoir y placer aussi quelques détails, relatifs aux

(I) Dans un complo-rcndii à la Société royale de médecine, sur les cITels defaimant, et au sujet des travaux de 31. le Noble, les commis-saircs s’expriment en ces termes : « Les afl'ections » nerveuses nous ont paru céder et se dissiper d’une manière constante pendant l’usage de « l’aimant , et, au contraire, les affections Iiuranrales n’ont éprouve aucun changement pai- la « plus forte et la plus longue application de l’aimant. Dans toutes les alTeclions nerveuses,

<■ quelle que fût la nature des accidents dont elles étaient accompagnées , soit qu’elles consis- « lassent en des afl’ections purement douloureuses, soit qu’elles parussent plus particulicrc- 0 ment spa.smodiqucs et convulsives ; quelle que fût aussi leur siège et leur caractère, de qucl- » que manière enfin que nous eussions employé l’aimant, soit en armure habituelle et eon- « stante, soit par la iiiétliodc des simples ap|dications , toutes ecs afl'ections ont subi des » changements plus ou moins ranr(|iiés, quoique presque toujours le soulagement n’ait guère « été qu’une simple palliation de maladie. Ces ofl'ections nous ont paru céder et s’affaiblir « d’une inanière plus ou moins marquée pendant le traitement. Plusieurs malades, que le sou- 0 logement dont ils jouissaient depuis quelque temps avait engagés à quitter leurs garnitures, « ay'ant vu se renouveler ctusnite leurs accidents, qu’une nouvelle application de l’aimant a « toujours sufll pour faire dis|iaraître, nous sommes restés convaincus que c’était à ru.sage « des aimants qu’on devait attribuer le .soulagement obtenu.,.. Nous nous sommes scrupulou-

• sement abstenus d’employer aucun autre remède pendant le traitement. De tous les secours a qu’on peut désirer de voir joindre à l'usage de l’aimant, c’est de l’électricité surtout dont il U semble qu’on ait lieu de plus attendre.... Le magnétisme intéresse le bien public ; il nous » parait devoir mériter toute l’attention de la Société. Qu’on nous permette, à ce sujet, une O réflexion. De tous les objets sur lesquels l’cnthou.siasme peut s’exciter, et dont le charlata- 0 nisme peut, par eette raison, abuser avec plus de confiance, le magnétisme parait être celui

• qui offre à l’avidité le plus de facilité et le plus de ressources. L’histoire seule de ect art » suffirait pour on convaincre, quand des essais qui le multiplient sous nos yeux n’autorisc- « raient pas cette présomption. C’est surtout sur de pareils objets, devenus pour le public un O sujet de curiosité, qu’il est à désirer que les compagnies savantes portent toute Icuratten- « tion, pour arracher à l’erreur une confiance qu’elle ne manquerait pas de gagner, si l’on ne K dissipait aux yeux des gens crédules les prestiges du oliarlatanisme, par des essais faits avec « exactitude et impartialité. De pareils projets, pour être remplis d’une manière utile , ont O besoin de l'appui du gouvernement; mais où les secours |)euvcnt-ils mieux être appliciués a qu’aux objets qui louchent aux progrès des sciences et au bien de l’humanité?

B En désirant que le gouvernement autorise la Société à annoncer , sous ses auspices , un B traitement gratuit et public pour le magnétisme, nous croyons encore utile que la Compa- « gnic invite ceux de ses associés et correspondants, à qui ces sortes d’essais peuvent être B agiéables , à concourir avec elle au succès de scs recherches. La Société sait, par l’exemple « de l’électricité , combien elle |)cut retirer d’avantages de cette réunion de travaux. Le ma- » gnélisme offre encore plus de facilités pour répéter ou multiplier les essais que l’on jugerait « nécessaires. Mais , pour rendre ce concours de recherches plus fructueux , on sent qu’il est » necessaire qu'il soit dirige sur un plan uniforme. Le rapport que nous soumettons ici à

IIISTOIUE iNATüKELLE

divers succès (|iie iM. l abbé le Noble a obtenus dej)uis la piiblicaliou du rapport de MM. de la Société royale, et qu’il nous a coiuniuniqués luiniénie.

« l’c.xanicn de la Compagnie rcmplirail ccUc vue, et nous lui proposons de le faire imprimer U cl (lislriljucr par la vote de sa coricspoiidaiicc ordinaire.

. La Socielé, pour se livrer elle-même à ses travaux, devant s’attacher un physicien exercé « dans la préparation des aimants, et versé dans tous les genres de connaissances relatives a a leur administration, nous pensons que le choix de la Compagnie doit tomlicr sur M. l'ahlié « le Noble. Plusieurs raisons nous | araissent devoir lui mériter la préférence. On doit le a regarder comme un des premiers physiciens qui, depuis le renouvcllcmeni des expériences a de l’aimant, se soient occupés de ect objet. En 1703, c’est-à-dire deux ans à peu près avant « M. Klarich, que l’on regarde comme le principal rénovateur de ces essais, et dont les ohscr- . vations ont fait allnhiicr à l’.\n(;le.tcrrc la gloii e de cette découvci te, les aimants de M. l’ahhé a le Noble pour les dénis pai aisscnt avoii’ été connus dans la capitale, et recherches des phya siciens. Au mois de juin 1700, dans le meme temps que M. d’Arqnier, qu’on regarde comme a le premier qui ait répété en Fiance les essais de M. Klarich, dans les imanx de dents , a M. l’abbé le Noble publia, en ce genre, plusieurs observations. Deux ans avant que le père a llcll, il Vienne, fit adopter généralement la méthode des armures magnétiques, il avait ana noncé plusieurs espèces de plaques aimantées, préparées pour être portées habituellement a sur dilfércntes parties du corps. Depuis ces dill'érentcs époques, M. l’abbé le Noble n’a cessé a de s’occuper de l’usage de l’aimant dans plusieurs espèces d’alfections nerveuses. Les résula tats qn’il avait obtenus de ces essais sont consignés dans un Mémoire qu’il Int, au mois de a septembre 1777, dans une des .séances de la .Société. Enfin, pour compléter riiistoire de scs a travaux, on doit y joindre les dilléreiits essais auxquels ont donné lieu nos propres obscra vations, et dont nous reconnaissons qu’il doit, s’il en ré.snlte quelque utilité, partager avec . nous le mérite. A ce sujet nous devons rendre compte à la Compagnie du zèle avec lequel . M. l’abbé le Noble s’csl porté à nous seconder dans nos rccbcrchcs. Quoique la durée de « CCS essais, et sa résidence ordinaire en province, aient exigé de lui de fréquents voyages et « de longs séjours à Paris; quoique la multiplieité des malades qui ont eu recours à l’aimant,

<■ le peu d’aisance du plus grand nombre, laduiée du long traitement pendant lequel les » armures ont dû être souvent icnou\clécs, aient été autant de charges , d’ineommodilés et 0 de sujets de dépense pour M. l’abbé le .Noble , nous devons annoncer qu’il n’a épargné ni « soins, ni peines, ni sacrifices, pour concourir, autant qu’il était en lui, au succès de nos .. épreuves et au soulagement des malbctircux. M. l’abbé le Noble sc montre encore animé des » memes dispositions, cl prêt à les nictlre en œuvre, si les circonstances répondaient à scs . désirs. Mais, attaché par la nature de scs devoirs à la pl.acc qu’il remplit en province, il ne .. pourrait concourir d’une manière utile aux expériences que nous proposons, s’il n'élait fixé . à Paris. C’est au gouvernement .seul qu’il appartient de lever cet obstacle, et nous pensons .. que la Compagnie doit renouveler on sa faveur les mêmes instances qu’elle a déjà faites,

.. en 1778, ]iour lui obtenir une résidence fixe dans la capitale.

» Des raisons particulières et personnelles à M. le Noble noos paraissent devoir lui mériter « cette faveur du gouvernement; c’est siii tout en employant de forts aimants, portés au plus « haut degré de force, et préparés de manière à former une machine semhlahic à celle de « l’clectricilé, qu'on doit attendre de nouveaux avantages du magnétisme. M. l’abhé le Noble « possède en ce genre des procédés très- supérieurs à tous ceux qui nous été connus et em- " ploycsjusqu’ici par les physiciens. Nous apportons en preuve de ce que nous avanvons ici ” un certificat de l’Académie royale des Sciences, à laquelle M. l’abbé le Noble a présenté des » aiiiiants capables de soutenir des poids de plus de deux cents livres, cl qui lui ont mérité

Les prciiiicrs physiciens, (|ni pnl\()ulu i-cciierclier les i-ap|)urls analogues des forces inagncli(Hie el éleclriiiuc, essayèrenl de rappoi ler

1' hs éloges cl l’apptobation cIc celte Conipiignie. C’est avec des aimants de ce genre qn’on a U lien de se flatlei' d’obtenir du magnctisinc des effets cxlraordinaircs et inconnus. »

31. l’abbé le A’oble nous a communiqué les détails suivants, lelatifs aux diverses ajiplicalions (pi’il a faites de l’ainiaul dans les maladies, depuis la publieation du rapport de la Société royale de SIédceinc.

Kn 1780, le 2{. mai, à c.im| beures du soir, une plaque d’aimant envoyée par 31. l’abbé le Noble fut appliipiée sur l’e.sloniae à une malade , âgée de cinquantc-el-uu ans, el qui, depuis râge de vingt-lieux, épiouvait de temps en temps dos attaques de nerfs plus ou moins fréquentes, qui étaient xenues à la suite d’une suppression, el étaient aceompagnées de ronvulsions Ircs-roi tes, cl d’autres .symptômes effrayants. Ces attaques avaient di.sparu quelquefois près d’un an ; elles avaient ôté aussi suspendues par différents remèdes, l’ondant les diveis intervalles qui avaient séparé le temps où les altaipies étaient plus ou moins fréquentes, la pcr.sonne qui les avait éprouvées avait joui d’une bonne santé ; mais, depuis quinze mois, elle était retombée dans son premier état. Sur la lin même les aceidonis arrivaient plus do dix ou douze fois par jour, el quelquefois duraient plusieurs minutes. Depuis dix-buil mois les évacuations périodiques étaient dérangées et n’avaient lieu que de deux mois en deux mois.

I. effet de 1 aimant fut Ires-prompt : la malade n’etit plus de convulsions, quoique, dans la matinée cl dans ra|irès dincc , elle en eût éprouvé plus de vingt fois. Ce 10 juin, les convulsions ii’élaicnl point eneore revenues, la malade se portail mieux; elle sentait scs forces et son ap|)élit auguienlci do jour en jour; elle dormait un peu mieux pendant la nuit, et s’occupait conlinncllemenl, pendant le jour, des travaux pénibles de la campagne, .sans en être incommodée ; elle sentait cependant toujours un petit tiraillement dans l'intérieur du front. Kilo rendait quelquefois des xcnls comme auparavant ; sa respiration était un |icu gênée lorsqu’ils s’ccbappaicnl, mais n’axait jamais été suspendue depuis l’aiqdicatiou de l’aimant, aitisi que tela arrivait très-souvent auparavant.

Ces faits ont été allcslcs par le curé du lieu, et il est à croire que le bieii-élie est soutenu, puisque la malade n’a point demandé de nouveaux socovirs.

Une dame qui .souffrait beaucoup des nerfs, pre.sipic dans tout le corps, et dont la santé était si dérangée, qu'elle n’osait point tenter les remèdes intérieurs , s’est trouvée soulagée par le moyen d’un collier d’aimants, el l’a|)plicalion d’un aimant sur le creux de l’cstomuc , ainsi qu’elle l'a écrit clle-nicmc à 31. l’abbé le Noble.

Une malade souffrait, depuis six mois, des maux de nerfs qui lui donnaient des maux de gorge etd’cstomae, au point que très-souvent l’œsophage se fermait presque entièrement, et la mcllail dans une impossibilité presque absolue d’.avaler même les liquides pendant à peu près la moitié de la journée : une lièvre épidémique s’était jointe aux accidents nerveux. On lui aiqdiqua un collier cl une ceinture d’aimants, suivant la mélbode de 31, l’abbé le Noble. Huit ou dix beures apres, la malade se trouva comme guérie, et se porta lu.tsahfcMciil bien pendant trois mois, au bout desipicls le mcileein qui l’avait traitée cerlilia à ,H. l’abbé le Noble la maladie cl la guérison. Ce môme médecin pensait que les nerfs de cette dame axaient été agacés par une biimenr.

Une jeune demoiselle ayant eu, pendant plus de trois ans, îles attaques d’épilepsie, qui avaient commencé ,à ré)ioqne où les évacuations ont lieu, et ayant fait inutilement plusienr.s remèdes conseillés p.ir un membre de la Société loyale de 3lédecine, eut recours aux aimants de 31. l’abbé le Noble, d’apiès l’avis du même médecin ; les attaques ccssèicnt bientôt, el iliv mois après leur cessation , su mèi c écrivit au médecin qui lui avait conseillé les aimants de .31. l’abbé le Noble, pour lui annoncer la guérison de sa fille.

Une dame soufflait , depuis plus de huit uns, des maux de nerfs qui avaient clé souvent Bcrrox, tom. iv. 28

430 HISTOIRE NATURELLE

l’électricité, qu’on venait en quelque sorte de découvrir, au niagné-

accompagnés d'accidents graves et fâcheux, de lassitudes, d’insomnies, de douleurs vives , de eonvulsions, d’évanouisscmenis, et snrlout d’un accablement general et d’une grande tristesse. Les aimants de M. l’abbc le Noble l’ont guérie, et elle l'a attesté elle-même, un mois ou environ après, à M. l’abbé le Noble; sa guérison s’était toujours soutenue.

Une dame , qui était malade d’une épilepsie survenue à la suite d’une frayeur qu’elle avait eue dans un temps critique, a certifié que, depuis quatre ans qu’elle porte des aimants de M. le Noble, clic a toujours été soulagée ; que si divers événements lui ont donné quelquefois des crises, elles ont été passagères et bien moins violentes que celles qu’elle avait éprouvées, et qu’elle jouit babituellcmcnl d’un bien-être très-marqué.

Trois femmes et un homme ont été guéris, par l’application de Taimant, de maux de nerfs, accompagnés de convulsions fortes, etc. Trois ans se sont écoulés depuis la guéri.son d’une de CCS femmes, et elle se porte encore très-bien.

M. Picot, médecin de la maison du roi de Sardaigne, a certifié à M. l’abbé le Noble qu’il s’était servi de scs aimants avec le plus grand succès , pour procurer à une femme très-délicate et d'une très-grande sensibilité des évacuations périodiques, dérangées ou supprimées, en partie, depuis plus de deux ans. Le même médecin atteste avoir été guéri lui-même d’une migraine qui avait résisté, pemlant plus de huit ans, à tous les secours de l’art. Il demande en conséquence à M. le Noble qu’il établisse un dépôt de ses aimants dans la ville de Turin.

Depuis plus de dix-buil mois , une dame ne pouvait prendre la plus légère nourriture , sans que son estomac fût extrêmement fatigué. Elle res.scnlait des douleurs presque continuelles, tantôt dans le côté droit, tantôt entre les deux épaules, et souvent dans la poitrine; elle éprouvait tous les soirs, sur la fin de sa digestion, un étoulîement subit, une tension générale, une inquiétude qui la forçaient à cesser toute occupation, h inareber, à aller à l’air, (juclquc froid qu’il fit, cl à relâcher tous les cordons de son habit. Quinze jours après avoir employé les aimants de M. l’ablié le Nohle,cllc fut entièrement guérie; et aucune douleur ni aucun accident n’étaient revenus six semaines après qu’elle eut commencé aies porter, ainsi qu’elle l’attesta elle-même à âl. l’abbé le Noble.

Une dame a certifié elle-même qu’elle avait souffert, pendant six jours , des douleurs trèsvives, occasionnées par un rhumatisme au bras gauche,dont elle avait entièrement perdu l’usage; qu’elle avait employé sans succès les remèdes ordinaires; qu’elle avait eu recours aux plaques aimantées de Jl . l’abbé le Noble , et que quatre joui s après elle avait été entièrement guérie.

Un homme très-digne de foi a aussi certifié à JI. l’abbé le Noble qu’il avait été guéri , par l’application de scs aimants, d’un rhumatisme très-douloureux, dont il souffrait depuis plusieurs années, et dont le siège était au bas de l’épine du dos. Près d’un an après, cet homme portait toujours sur le bas du dos la plaque aimantée ; les douleurs avaientdisparu ; et il ne sentait plus que quelquefois un peu d’engourdissement lorsqu’il avait été sédentaire pendant trop longtemps; mais il dissipait cet engourdissement en faisant quelques pas dans sa chambre.

Un homme malade d’une paralysie incomplète, souffrant dans toutes les parties du corps, et ayant tenté inutilement tous les remèdes connus , fut adressé dans le mois de septembre 178S, à M. l’abbé le Noble, par un membre de la Société de Médecine; ou lui appliqua les aimants, et, au mois do janvier 1780, il s’csl très-bien porté.

Une dame qui souffrait, depuis vingt ans, des douleurs rhumatismales qui l’empêchaient de dormir et de marcher, était presque entièrement guérie au mois de février 1787 .

Le nommé lîoissel, garçon menuisier, âgé de cinquante ans, a eu recours à M. l’abbé le Noble, le il novembre 1786. Il y avait dix mois qu’il éprouvait de grandes douleurs dans les deux bras; le gauche était très-enflé et enflammé ; il lui était impossible de l’étendre , et la douleur se communiquaità la poitrine , à l’estomac cl aux côtés, et même jusqu aux jambes, dont il ne pouvait faire usage qu’à l’aide d’une béquille ; ou cluil obligé de le porter dans son

DES IMINEIIAUX.

lisiiie, dont on connaissait depuis longtemps les grands pliénoniènes (1). Des physiciens récents ont avec plus de fondement attribue ce nicmc magnétisme à l’électricité qu’ils connaissaient mieux ; mais ni les uns ni les autres n’ont fait assez d’attention aux différences de l’action de ces deux forces, dont nous venons d’exposer les relations analogues , et qui néanmoins diffèrent par plusieurs rapports, et notamment par les directions particulières que ces forces suivent, ou qu'elles prennent d’elles-mêmes. Car la direction du magnétisme sc combine avec le gisement des continents, et sc détermine par la position particulière des mines de fer et d’aimant, des chaines de laves, de basaltes, et de tontes les matières ferrugineuses qui ont subi l’action du feu; et c’est par cette raison que la force magnétique a autant de différentes directions qu'il y a de pôles magnétiques sur le globe, au lieu que la direction de l’électricité ne varie point, et sc porte conslamment de l’équateur aux deux pôles leirestres. Les glaces, qui recouvi-ent les régions polaires des deux hémisphères du globe, doivent déterminer puissamment le fluide électrique vers ces régions polaires où il manque , et vers lesquelles il doit se porter, pour obéir aux lois générales de l’équilibre des Iluides, au lieu que la glace n’inllue pas sur le magnélisme, qui ne reçoit d'inllexions que par son rapport Jlarliculier avec les masses de l’aimant et du fer.

De plus, il n’y a de rapimrts semblables et bien marqués qu’entre les airnanls et les corps électriques par cux-nwmes ; et l’on ne connaît point de substances sur les(juelles le magnétisme produise des effets pareils à ceux que réleclricité produit sur les snbslances qui ne peuvent être électrisées que par communicaiion. D'ailleurs, le magnétisme ne se coin munique pas de la même manière que l’éleclricité dans beaucoup de circonstances, puisque la communication du magnétisme ne diminue pas la force des airnanls, tandis que la communication de l’électricité détruit la vertu des corps qui la produisent.

lit, où il ressentait encore les memes douleurs; il avait été trois mois à rHôtel-Dieu, et il y en avait deux qu’il en était sorti sans y avoir éprouvé le plus léger souKigcment. Mais, après l’application des aimants de M. l’ahbé le Noble , le 9 novembre , les mouvements dans les jambes, ainsi que dans les bras, sont devenus libres; le 19 dudit mois , il se promenait dans sa ebambre , et voyant la facilité avec laquelle il marchait , il crut qu’il pourrait sortir sans aucun risque.

En effet, il a été, ce jour-la , à quelque distance de son domicile , et le lendemain 10, il est venu de la rue Neuve Saint-Martin, où il demeure, è la rue Saint-Tliomas-du-Louvre. Les douleurs étaient encore vives dans les jambes, quoique les mouvements fussent libres; mais elles sc sont dissipées par degrés, cl ont cessé le IK février. 11 s’est établi sons les aimants , à la cheville des pieds et sous les jarretières, des c.spèces de petits cautères qui rendaient une humeur épaisse et gluante. Les jambes, qui étaient considérablement enHées, sont maintenant, au mois de mars 1787, dans l’état naturel; il marche très-bien, et jouit d’une bonne santé.

(1) Le père Hérault, jésuite, auteur d’une Dissertation couronnée par l’Académie de Bordeaux , a soupçonné le premier que les forces magnétiques et électriques pouvaient être identiques.

lilSTOlllE NATUIÆLLE

On pcul donc dire que Ions le« effets magnétiques ont Icui's analogues dans les phénonicnes de l’électricitc : mais on doit convenir en même temps qne tous les phénomènes électriques n’ont pas de meme tous leurs analogues dans les effets magnétiipies. yVinsi, nous ne pou- ^ons plus douter que la force particulière du magnétisme ne dépende de la force générale de l’électricilé, et que tous les effets de l’aimant ne soient des modilicalions de cette force élecli’ique (1). Et ne pouvonsnous pas considérer l’aimant comiiie un corps perpéluellcment élcctrique, quoiqu’il ne possède l’électricité (juc d’une manière particulière, a laquelle on a donné le nom de magnétisme? La nature des matières ferrugineuses, par son affinilc avec la substance du feu, est assez puissante pour fléchir la direction du coin s de l’électricité générale, et même pour en ralentir le mouvement, en le déterminant vers la surface de l’aimanl. La lenteur de l’aclion magnétique, en comparaison de la violente rapidité des chocs électriques, nous représente en effet un fluide (jui, tout actif qu’il est , sendde néanmoins être ralcnli, suspendu et, l>our ainsi dire, assoujii dans son cours.

Ainsi, je le répète, les principaux effets du magnélisme se rapprocheni, par une analogie marquée, de ceux de l’électricité, et le grand rapport de la direction genérâle et commune des foi-ces éleclriijue et magnétique de réqualcur aux deux pôles les réunit encore de plus [irès, et semble même les identifier (!2).

Si la vertu magnétique était une force résidante dans le fer ou dans l’aimant, et qui leur fût inhérente et ])i‘opre, on ne pourrait la trouver ou la prendre (lue dans l’aimant même, ou dans le fer actuellement aimanté j et il ne serait pas possible de l’exciter ou de la produire par un

(t) Noire opinion est confirmée par les preuves répandues dans une disscrtalion de JI. Epiniis, lue à l’Académie de Saint-l’ctcrsiionrg; ce jiliysicicn y a fait voir ipic les effets do l’clectricilc et du magnétisme, non-seulement ont du rapport dans (jucUiucs jioiiUs , mais qu’ils sont encore scmidaljles dans un tiès-grand noinlu'c de circonslanccs îles plus essentielles ; en sorte, dit-il, qu’il n’est jtresque pas à douter que la nature n’emploie à peu près les memes moyens pour pi adiiire l’une et l’aiitie force.

(2) M. le comte de Tressan a pensé, comme nous, que le magnélisme n’etait qu’une modification de l’électricité. Voyez sou ouvrage , qui a pour titre : Essai sur le Fluide i’lcclri<juo , considéré comme agent universel ; mais notre théorie n’en diffère pas moins do son opinion. L'hypothèse do ce physicien est ingénieuse, suppose heaucoup de connaissances et de recherches ; il présente des expériences intéressantes , de lionnes vues et des verites importantes , mais cependant on ne peut admettre sa théorie. Elle consiste principalement h e.vpliqner le mécanisme de l’univers, et tous les effets de l'aUraotion par le moyen du fiiiide électrique. Mais l’action impulsive d’aucun lluide ne peut exister que par le moyen de l’élasticité; cl l'élasticité u’esl cllc-mèmc qu’un effet de rallraction, ainsi que nous l’avons ci-devaut démontré. On ne fera donc qne reculer la question au lieu de la résoudre toutes les fois qu’on voudra exidiquer rallraction par l’impulsion, dont les phénomènes sont tous dépendants de la gravitation uniTersellc. On peut consulter, à ce sujet, l’article intitulé de VAUractiun, du premier volume de la l’hysique générale et particulière de 51. le comte de Lacépède.

nuire moyen : mais la percussion, le frotlementet même la seule exposition aux impressions de ralmospliérc suffisent pour donner au fer cetle vertu magnétique; preuve évidente quelle dépend d’une force cxiéricure qui s’applique, ou plutôt Hotte à sa surface et sc renouvelle sans cesse.

En considérant les phénomènes de la direction de l’aimant, on voit que les forces qui produisent et maintiennent cette direction se portent généralement de l’équateur aux pôles terrestres , avec des variations dont les unes ne sont qu’alternatives d’un jourà l’autre, et s’opèrent par des oscillations momentanées et passagères, produites par les variations de l’état de l’air, soit par la chaleur ou le froid , soit i)ai- les vents, les orages, les aurores boréales; les autres sont des variations en déclinaison et en inclinaison, dont les causes, quoique également accidentelles, sont plus constantes, et dont les effets ne s’opèrent qu’en beaucoup plus de temps; et tous ces effets sont subordonnés à la cause générale qui délermine la direction de la force électrique de l’équateur vers les pôles.

En examinant attentivement les inflexions que la direction générale de l’électricité et du magnétisme éprouve de toutes ces causes particulières, on reconnaît, d’après les observations récentes et anciennes, que l('s grandes variations du magnétisme ont une marche pi-ogressivc du nord à l’est ou à l’ouest, dans certaines périodes de temps, et que la force magnétique a, dans sa direction, différents points de tendance ou de détermination , que l’on doit regarder comme aidant de pôhîs magnéliques vers lesquels, selon le plus ou moins de proximité, se fléchit la direclion de la force générale, qui tend de l’équateur aux deux pôles du globe.

(le mouvement en déclinaison ne s’opère que lentement; et celte déclinaison paraissant être assez constante pendant quehpies années, on peut regarder les observations faites depuis douze à quinze ans, comme autant de déterminalions assez justes de la imsitiou des lieux où elles ont été faites : je joins ici les Tables de ces observations, et j’en ai rédigé les principaux résultats en cartes magnétiques, qui pourront être très-utiles à la navigation, si la déclinaison n’a que peu ou point changé depuis douze à quinze ans ; ces Tables donneront connaissance aux navigaleurs de Ions les points où cette déclinaison a été récemment observée, et par conséquent de tous les lieux relatifs à ces observations.

On doit réunir aux phénomènes de la déclinaison de l’aimant ceux de son inclinaison ; ils nous démontrent que la force magnétique prend , ,à mesure que l’on approche des i)ôles, une tendance de plus en plus ap prochante de la perpendiculaire à la surface du globe, et cette inclinaison, quoiqu’un peu modifiée par la proximité des pôles magnétiques qui délcrminent la déclinaison, nous paraîtra cependant beaucoup moins irrégulière dans sa marche progressive vers les pôles terrestres , et plus constante que la déclinaison dans les mêmes lieux, en différents lemps.

HISTOIRE NATURELLE

Pour se former une idée nelle de cette inclinaison de l’aimant, il faut se représenter la figure de la terre, renflée sous l’équateur, et abaissée sous les pôles, ce qui fait une courbure dont les degrés ne sont point tous égaux, comme ceux d’une sphère parfaite. Il faut en même temps concevoir que le mouvement qui tend de l’équateur aux pôles doit suivre cette courbure , et que par conséquent cette direction n’est pas simplement horizonlale, mais toujours inclinée de plus en plus, en partant de l’équateur pour arriver aux pôles.

Celte inclinaison de l’aimant, ou de l’aiguille aimantée, démontre donc évidemment que la force qui produit ce mouvement suit la courbure de la surface du globe, de l’équateur dont elle part Jusqu’aux pôles où ('lie arrive; si l’inclinaison de l’aiguille n’était pas dérangée par l’action des pôles magnétiques, elle serait donc toujours très-petite ou nulle dans les régions voisines de l’équateur, et très-grande ou complète, c'est-àdire de quatre-vingt-dix degrés dans les parties polaires.

En recherchant quel peut être le nombre (les pôles magnétiques actuellement existants sur le globe, nous trouverons qu’il doit y en avoir deux dans chaque hémisphère; et, de fait, les observations des navigateurs prouvent qu’il y a sur la surface du globe trois espaces plus ou moins étendus, trois bandes plus ou moins larges, dans lesquelles l’aiguille aimantée se dirige vers le nord sans décliner d’aucun côté. Or, une bande sans déclinaison ne peut exister que dans deux circonslances : la première, lorsque celte bande suit la direction du pôle magnétique au pôle terrestre ; la seconde, lorsque cette bande se trouve à une distance de deux ou de plusieurs |)ôles magnétiques, telles (jue les forces de ces pôles sc compensent et se détruisent mutuellement. Car, dans ces deux cas, le courant magnétique ne peut que suivre le courant général du fluide électrique et se diriger vers le pôle terrestre, et l’aiguille aimantée ne déclinera dès lors d’aucun côté. D’après celte considéralion, on pourra voir aisément, en jetant les yeux sur un globe terrestre , qu’un pôle magnétique ne peut produire dans un hémisphère que deux bandes sans déclinaison, séparées l’une de l’autre par la moitié de la circonférence du globe. S’il y a deux pôles magnétiques, l’on pourra observer (juatre bandes sans déclinaison , chaque pôle pouvant en produire par son action particulière : mais alors ces quatre bandes ne seront pas placées sur la même ligne que les pôles magnétiques et le pôle de la terre; elles seront aux endroits où les puissances des deux pôles magnétiques seront combinées avec leurs distances , de manière à se détruire. Ainsi, une et deux bandes sans déclinaison ne supposent qu’un seul pôle magnétique; trois et quatre bandes sans déclinaison en supposent deux; et s’il se trouvait sur le globe cinq ou six bandes sans déclinaison, elles indiqueraient trois pôles magnétiques dans chaque hémisphère. Mais, jusqu’à ce jour, l’on n’a reconnu que trois bandes sans déclinaison, lesquelles s’étendent toutes trois dans les deux hémisphères : nous sommes par conséquent fondés à n’admctlrc aujourd’hui que deux pôle

DES MINÉRAUX. -iôo

magnétiques dans riiémisplicre boréal, et deux antres dans l’tiémispliére austral; et si l’on connaissait oxactenieut la position et le nombre de ces l)ôles magnétiques, on pourrait bientôt parvenir à se guider sur les mers sans erreur.

On a tort de dire que les hommes donnent trop à la vaine curiosité; c’est aux besoins, à la nécessité, tpie les sciences et les arts doivent leur naissance et leurs progrès. Pourquoi trouvons-nous les observations maguélifjues si multipliées sur les mers, et en si petit nombre sur les continents? c’est que ces observations ne sont pas nécessaires pour voyager sur terre, mais que les navigateurs ne peuvent s'en passer. Néannmois il serait très-utile de les multiplier sur terre; ce qui d’ailleurs serait plus facile que sur mer. Sans ce travail, auquel on doit inviter les physiciens de tous pays, on ne pourra jamais former une théorie complète sur les grandes variations de l’aiguille aimantée, ni par conséquent établir une prali(|ue certaine et précise sur l’usage que les marins peuvent faire de leurs différentes boussoles. Cependant, eu s’occupant à compléter les tables des observations, on pourra faire des cartes magnétiques, plus étendues que celles (|ue nous publions aujourd hui, et t|ui indiqueraient aux navigateurs leur situation plus précisément qu'on ne l’a fait jusqu’ici par aucune autre méthode.

Les cITets du magnétisme se manifestent ou du moins peuvent se reconnaître dans toutes les parties du globe, et partout où l’on veut les exciter ou les produire. La force électrique toujours présente semble n’attendre pour agir et pour produire la vertu magnétique, que d’y être déterminée par la combinaison des moyens de l’art , ou par les combinaisons plus grandes de la nature; et malgré ces variations, le magnétisme est encore assujetti à la loi générale qui iiorte et dirige la marche du Iluide électrique vers les pôles de la terre.

Si les forces magnétiques et électriques étaient simples, comme celle de la gravitation, elles ne produiraient aucun mouvement composé; la direction en serait toujours droite , sans déclinaison ni inclinaison, et tous les effets en seraient aussi constants qu’ils sont variables.

L’attraction, la répulsion de l’aimant, son mouvement, tant en déclinaison qu’en inclinaison , démontrent donc que l’effet de cette force magnétique est un mouvement composé, une impulsion différemment dirigée; et cette force magnétique agissant, tantôt en plus, tantôt en moins, comme la force électrique, et se dirigeant de môme de 1 équateur aux deux pôles, pouvons-nous douter que le magnétisme ne soit une modilication, une affection particulière de 1 électricité, sans laquelle il n’existerait pas?

Les effets de cette force magnétique, étant moins généraux que ceux de l’électi-icité , peuvent montrer plus aisément la direction de cette force électrique. Cette direction vers les pôles nous est démontrée en effet par celle de l’aiguille aimantée, qui s’incline de plus en plus, et en sens contraire, vers les pôles terrestres. Et ce qui prouve encore que le

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