‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 12 sur 133 · DES STALACTITES VITREUSES · texte numérisé non relu

DES STALACTITES VITREUSES

Chaque matière i)eut fournir son extrait, soit en vapeurs, soit par exsudation ou stillation; chaque masse solide peut donc produire des incrustations sur sa propre substance ou des slalaclitcs, qui d’abord sont attachées à sa surface, et peuvent ensuite s’en séparer ; il doit par conséquent se former autant de stalactites dilférenles qu’il y a de substances diver.scs; et comme nous avons divisé toutes les matières du globe en quatre grandes elasses, nous suivrons la même division pour les extraits de ces matières, et nous |irésenterons d’abord les stalactites vitreuses dont nous n’avons donné que de légères indications en traitant des verres primitifs et des substances produites par leur décomposition; nous exposerons ensuite les stalactites calcaires qui sont moins dures et moins nombreuses que celles des matières vitreuses, et des- (juellcs nous avons donné quehjues notions en parlant de l’albâtre. Nous offrirons en troisième ordre les stalaetiles de la terre limoneuse, dont les extraits nous i)araisse)it tenir le |)remier rang dans la nature, par leur dureté, leur densité et leur homogénéité : après (pioi nous rappellerons en abrégé ce (jue nèus avons dit au sujet des stalactites métalliques, lesquelles ne sont i)as des extraits du métal même, mais de ses détriments ou de ses minerais, et qui sont toujours mélangées de parties \ilreuses, calcaires ou limoneuses; enfin nous jetterons un coup d’œil sur les iiroduils des volcans et des matières volcanisées, telles que les laves, les basaltes, etc.

Mais pour mettre de l’ordre dans les détails de ces divisions, et ré|)andre plus de lumière sur chacun des (dyets qu’elles renferment, il faut considérer de nouveau, et de plus près, les itropriélés des matières simples dont loules les autres ne .sont que des mélanges ou des compositions différemment combinées : par exemple, dans la classe des matières vitreuses, les cim] \erres primitifs sont les substances les plus sinq)les; et comme chacun de ces verres peut tournir son extrait, il faut d’abord les comi)arer par leurs propriétés essentielles, cpii ne peuvent manquer de se troin er dans leurs agrégats et même dans leurs extraits : ces mêmes propriétés nous serviront dès lors à reconnaitre la nature de ces extraits, et à les distinguer les uns des autres.

La première des propriétés essentielles de toute matière est sans contredit la densité; et si nous eu comparons les rai)ports, on verra qu’elle

ne laisse pas d’ètre sensil)lemont différente tlans chacun des cinq vci rcs primitifs : car,

l.a pesanteur spécifique du quartz est d’environ 2G500, relativement au poids supposé 10000 de l’eau distillée ;

La pesanteur spécitique des jaspes de couleur unilorine est d environ 27000,-

Celle du mica blanc est aussi d’environ 27000, et celle du mica noir est de 29000 ;

Celle du feld-spath blanc, ([ui est un peu i)lus pesant que le rouge, est de 2G46C) ;

Et enlin la pesanteur spécifique du scliorl est la plus grande de toutes, car le scliorl cristallisé pèse ou 34000 .

En comparant ces rapports, on \ oit que le quartz et le feld-spath ont à peu près la même densité ; qu'ensuite les jaspes et les micas sont un peu plus denses, et à peu près dans la même proportion relativement aux deux premiers, et ([ue le scliorl, qui est le dernier des cinq verres primitifs, est le plus pesant de tous. La différence est même si consiilérable, que le mélange d’une petite quantité de scliorl avec les autres verres peut produire une assez forte augmentation de poids, qui doit se retrouver et se retrouve en efi'et dans les extraits ou stalactites des matières vitreuses, mêlées de ce cinquième verre de nature.

La seconde propriété essentielle à la malière solide est la dureté : elle est à peu près la même dans le quartz, le feld-s[)aLh et le scliorl; elle est un peu moindre dans le jaspe et assez petite dans le mica, dont les parties n’ont que peu de cohésion, et dont les concrétions ou les agrégats sont pour la plujiart assez tendres et quelquefois liâables.

La troisième propriété, qu’on peut regarder comme essentielle a la substance de chacun des verres primitifs, est la plus ou moins grande fusibilité. Le schorl et le feld-spath sont très-fusibles ; le mica et le jaspe ne le sont qu’aux feux les plus violents, et le ([uarlz est le plus réfractaire de tous.

Enlin, une quatrième jiropriélé tout aussi essentielle que les trois premières, est l’homogénéité qui se marque par la simple relraction dans les coi-ps transparents. Le quartz et le feld-si)ath sont ))lus simples que le jaspe et le mica, et le moins simple de tous est le schorl.

Ces propriétés, et surtout la densité plus ou moins grande, la fusibilitt; plus ou moins facile, et la simple ou double réfraclion, doivent se conserver en tout ou en partie dans les agrégals simples et les exliaits transparents J et môme se retrouver dans les décompositions de toute matière primitive : aussi ces mêmes |)ropriétes, tirées de la nature même de chaque substance, nous fourniront des moyens qu on na pas employés jusqu’ici pour reconnaitre l'essence de leurs extraits, en comparant ces extraits avec les matières primitives qui les ont produits.

Les extraits qui transsudent des matières vitreuses sont plus ou moins purs, selon qu’elles sont elles-mêmes plus simples et plus homogènes;

HISTOIRE NATURELLE

et en général ces extraits sont plus purs que la matière dont ils proviennent, parce qu’ils ne sont formés que de sa substance propre, dont il nous présentent l’essence. Le spath n’est que de la pierre calcaire épurée; le cristal de roche n’est proprement et essentiellement que du quartz dissous par l’eau et cristallisé après son évaporation. Les substances pures produisent donc des extraits tout aussi purs, mais souvent d’une manière qui paraît très-impure; il sort un extrait en stalactites transparentes et pures : dans ce cas, il se fait une sécrétion des parlics similaires d’une seule sorte de matière, qui se rassemblent et présentent alors une substance qui parait différente des matières impures dont elle sort; et c’est ce qui arrive dans les cailloux, les marbres, la terre limoneuse, et dans les matières volcaniques : comme elles sont ellesmêmes composées d’un grand nombre de substances diverses et mélangées , elles peuvent produire des stalactites très-différentes, et qui proviennent de chaque substance diverse contenue dans ces matières.

On peut donc distinguer les extraits ou stalactites de toute matière par les rapports de densité, de fusibilité, d’homogénéité; et l’on doit aussi conq*arer les degrés de dureté, de transparence ou d’opacité. Nous trouverons entre les termes extrêmes do ces propriétés les degrés et nuances intermédiaires que la nature nous offre en tout et partout; car ces productions ne doivent jamais être regardées comme des ouvrages isolés : mais il faut les considérer comme des suites d’ouvrages dans lesquels on doit saisir les opérations successives de son travail, en parlant et marchant avec elle du plus simple au plus composé.

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