STALACTITES
CRlSTAtLISÉES DU QUARTZ, CRISTAL DE ROCHE.
Le cristal de roche paraît être l’extrait le plus simple et la stalactite la plus transparente des matières vitreuses. En le comparant avec le quartz, on reconnaît aisément qu’il est de la même essence; tous deux ont la même densité (1), et sont à très-peu près de la même dureté; ils
(1) Le poids du quartz transparent est à celui de l’eau distillée comme 26Si6, et celui du cristal de roche d’Iîurope comme 2CÎJ48 sont à tOOOO; on peut donc assurer que leur densité est la même. Voyez la ïaldo des pesanteurs spécifiques que 31. Ilrissou, siriuit physicien, de
résislonl également à l’action du feu et à celle des acides : ils ont donc les mêmes propriétés essentielles, quoique leur formation soit trèsdifférente; car le quartz a tous les caractères du verre fondu par le feu, et le cristal présente é\idemnient ceux dune stalactite du même verre atténué par les vapeurs humides ou par l’action de l’eau : ses molécules très-ténues, se trouvant en liberté dans le fluide cjui les a dissoutes, se l'assemblent par leur affinité à mesure que l’humidilé s évapore; et comme elles sont simples et similaires, leurs agrégats prennent de la transparence et une figure déterminée.
La forme de cristallisation dans cet extrait du quartz parait être nonseulement régulière, mais plus constante que dans la plupart des auties substances cristallisées. Ces cristaux sc présentent en prismes à six faces parallêlograunnes , surmontées aux deux extrémités par des pyramides à six faces triangulaires. Le cristal de roche, lorsqu’il se forme en toute liberté, prend cette figure prismatique surmontée aux deux extrémités par des pyramides; mais il faut pour cola (pie le suc cristallin qui découle du quartz trouve un lit horizonlai qui permette au prisme de s’étendre dans ce même sens , et aux deux pyramides de sc former à l’une cl à l’autre extrémité (1). Lorsqu’au contraire le suintement de l'extrait du quartz se fait verticalement ou obliquement contre les voûtes et les parois du quartz ou dans les fentes des rochers, le cristal alors atUche par sa base n’a delibre (pCune de ses extréraites, qui prend toujours la forme de pyramide; et comme cette seconde position est infiniment plus Iréquenle que la première, on ne trouve que rarement des cristaux à deux pointes et très-communément des cristaux en pyramide simple ou en prismes surmontés de celle seule pyramide, parce que la première pyiamide ou le prisme, toujours attachés au rocher, n'ont pas permis à la seconde pyramide de se former à cette extrémité qui sert de base au cristal.
On peut même dire que la forme primitive du cristal de roche n’est réellement composée (pie des deux pyramides oiqiosécs par leur base, et que le prisme à six faces qui les sépare est plutôt accidentel qu essentiel à celle forme de cristallisation ; car il y a des cristaux qui ne sont composés que de deux pyramides opposées et sans prisme intermédiaire, en sorte que le cristal n’csl alors qu’un solide dodécaèdre ; dailleurs, la liauteur des pyramides est constanle, tandis que la longueur du prisme est très-variable. Ce n’est pas qu’il n’y ail aussi beaucoup de variété dans les faces des pyramides comme dans celles du prisme , et qu elles ne soient plus étroites ou plus larges, et plus ou moins inclinées, sui-
l’ Académie des Sciences, s’est donné la peine de faire en pesant à la balance hydrostatique toutes les matières terreuses et métalliques.
(1) On trouve de petits cristaux à deux pointes dans quelques cailloux creux ; ils ne sont l’Oint attaches par leur hase, comme les autres, à la surface intérieure du caillou; ils en sont S''|iarés cl on les entend «lème hallotlcr dans cetlc cavité en secouant le eailloui
HISTOIUE NATUHELLE
vant la dimension transversale de la base liexagone, qui paraît être la surface d’appui sur laquelle se fornient les i)ointes pyraïuidales. Cette figuration irrégulière et déforiiiéc, cette inégalité entre l’étendue et l’inclinaison respectives des faces du cristal, no doit être attribuée qu’aux obstacles environnants, qui souvent l’enipèchent de se foriucr en toute liberté dans un espace assez étendu et assez libre pour qu’il y prenne sa forme naturelle.
Les cristaux grands et petits sont ordinairement tous figurés de même, et rien ne démontre mieux que leur forme essentielle est celle d’une ou deux pyramides à six faces, (|uc les aiguilles du crislal naissant dans les cailloux creux; elles sont d’abord si petites, qu’on ne les aperçoit qu’à la loupe, et dans cet étal de pi'imeur elles n’offrent que leur pointe pyramidale, qui se conserve en grandissant toujours dans les mêmes proportions. Néanmoins l’accroissement de celle matière brute ne se fait que par juxtaposition , et non |iar intussusccptlon ou par nutrition comme dans les êtres organisés : car la première pyramide n’est point un germe qui puisse se développer et s’étendre pro|)orlionnellement dans toutes ses dimensions extérieures ou intérieures par la nutrition; c’est seulement une liase figurée sur laquelle s’appliqueut de tous cotés les parties similaires, sans en pénétrer ni développer la masse; et ces j)arties constituanlc's du crislal claid des lames presque infiniment minces et de figure triangulaire, leur agrégat coifserve celte même figure triangulaire dans la {iortion pyramidale : or, quatre de ces lames triangulaires, en s’unissant par la Irancbe, forment un carré, et six formeront un hexagone; ainsi la portion prismatique à six faces de la base de cristal est composée de lames triangulaires comme la partie pyramidale.
Quoique la substance du crislal |)araisse continue et assez semblable à celle du beau verre blanc, et quoi qu’on ne puisse distinguer à l’anl la forme de ces parties constituantes, il est néanmoins ccriain (jne le cristal est composé de petites lames (pii sont à la vérité bien moins apparentes que dans d’autres pierres, mais qui nous sont également démontrées par le fil , c’est-à-dire jiar le sens dans lc(iuel on doit attaquer les |)ierres pour les tailler : or, le fil et le contre-fil se reconnaissent dans le crislal de roche, non-seulement par la plus ou moins grande facilité de l’enlamer, mais encore par la double réfi-action qui s’exerce constamment dans le sens du fil, et qui n’a pas lieu dans le sens du contre-fil. Ce dernier sens est celui dans lequel les lames forment continuité et ne peuvent se séparer, tandis (|ue le premier sens est celui dans lequel ces mêmes lames se séparent le plus facilement; elles sont donc réunies de si prés dans le sens du conlre-til, qu’elles forment une substance homogène et continue, tandis que dans le sens du lil elles laissent entre elles un intervalle rempli d’une matière de densité différente qui produit la seconde réfraction.
Et ce qui prouve (jne cet intervalle entre les lames n’est pasyide, et
UES MINEHAUX.
qu'il est rempli d’une substance un peu moins dense que celle des lames, c’est (|ue les images produites par les deux réfractions ne diffèrent que peu i)ar leur grandeur et leur intensité de couleurs. La longueur du spectre solaire est de dix-neuf dans la |)remière réfraction , et de dixhuit dans la seconde; il en est de même de la largeur de l’image, et il en est encore de même de rinlensitc des couleurs, qui se trouvent allaiblies dans la même j)ro|)ortion. Quelque pure que nous paraisse donc lu substance du cristal, elle n’est pas absolument homogène ni dégale densité dans toutes scs parties. La lumière différemment réfractée semble le démontrer, d’autant que nous verrons, en traitant des spaths calcaires, qu’ils ont non-seulement une double, mais une triple, quadruple, etc., réfi acl ion, selon qu’ilssontjdusou moins mélangés dcsubslances de densité dilTérente.
Un aulrc fait par Iciiuel on peut encore prouver <|ue le cristal est composé de deux matières de différente densité, c’est (jue ses surfaces polies avec le plus grand soin ne laissent pas de présenter des sillons, c’est-à-dii'e des éminences et des profondeurs alternatives dans toute l'étendue de leur superficie : or, la partie creuse de ces sillons est certainement composée d’une matière moins dure que la i)artie haute, puis- ([u’elle a moins résisté au frottement (1) ; il y a donc dans le cristal de l'ochc allci'nativement des couches contiguës de dillérente dureté, dont l’une a élé moins usée (pic l’aulro |>ar le meme frottement, puisiiuc alternativement les unes de ces couches sont plus élevées, et les autres plus basses sur la môme surface polie.
iAlais de (jucllc nature est celte matière moins dense et moins dure des tranches alternatives du cristal? Comme il n’est guère possible de la recueillir séparément, l’un de nos savants académiciens, AI. labbé de Rochon, m’a dit qu’ayant réduit du cristal de roche en poudre ti'èsfine par le seul frottement d’un morceau de crislal contre un aulrc morceau, celte poudre .s’est trouvée contenir nue portion assez considérable de fer allirabic à l’aimant. Ce. fait m’a i)aru singulier, et demande au moins d’élre confirmé et viu’ifié sur plusieurs crislaux; car il se pourrait que ceux qui se forment dans les caillou.x et autres malièies où le (juarlz est mêlé avec des substances ferrugineuses, ou même avec des matières vitreuses c-olorées par le 1er, en continssent une petite quantité : mais je doute que les cristaux qui sortent du (piartz pur en soient mêlés ni même inqirégnés, ou bien le quartz meme contiendrait aussi Une certaine (|uanlilé de fer; ce (pie j’ai bien de la peine a croire.
(t) Jl. l’abho (te Roclion a (lémonlrc cello inôgiilité de durcie dans les Iraiiclies du cristal de roche, eu n.eUaiU sur la surface pulic de ce crislal uu verre objectif d’un long lojcr. Si la surface du crislal clail parfaitemcul plane cl sans sillons , les anneaux colores produits par ce moyen seraient réguliers, comme ils le sont (luaud on met un objectif sur un autre verre plan et poli ; mais les anneaux coloi és sont toujours irréguliers sur le crislal le mieux poli, ce QUi UC |;cul pi'uvcaii tjuc des iuégalitcs de su surlucc.
MiSTOmE M’rURELi.E
quoique la chose iie soit pas impossible, puisque le fer a clé formé presque en même temps (jue les verres primitifs, et qu’il s’est mêlé avec les jaspes, les fcld-spaths, les schorls, et même avec les quartz, dont quelques-uns sont colorés de jaune ou de rougeâtre.
Quoi qu’il en soit, la lumière, qui pénètre tous les eoi'ps transparents, et en sort aj)rcs a\oir subi <ies réfractions et des dispersions, est l’instrument le plus délié, le scalpel le plus tin par lequel nous i)uissions scruter l’intérieur des substances qui la reçoivent et la transmettent; et comme cet instrument ne s’ap|)lique point aux matières opaques, nous pouvons mieux juger de la composition intérieure des substances transparentes (|uc de la texture confuse des matières opaques où tout est mélangé, confondu sans apparence d’ordre ni de régularité, soit dans la position, soit dans la figure des parties intégrantes qui sont souvent différentes ou différemment posées, sans qu’on puisse le. reconnaitre autrement que par leurs différents extraits lorsiju ils prennent de la transiuirence, c’est-à-dire de l’ordre dans la position de leurs parties similaires, et de l’homogénéilé par leur réunion sans mélange.
C’est dans les cavités et les fentes de tous les quartz purs ou mélangés que le cristal se forme, soit par l’exsudation de leur vapeur humide, soit par le suintement de l’eau qui les a pénétrés. Les granits, les quartz mixtes, les cailloux et toutes les malières vitreuses de seconde formation produisent des cristaux de couleurs différentes : il y en a de rouges, de jaunes et de bleus, auxquels on a donné les noms de rubis, de topaze et de saphir, aussi impi’oprement que l’on applique le nom de diament aux cristaux blancs qui se trouvent à Alençon, à Ilristol et dans d’autres lieux où ces cristaux blancs ont été déposés après avoir été roulés et entraînés par les eaux. Les améthystes violettes et pourprées qu'on met au nombre des pierres précieuses ne sont néanmoins que des cristaux teints do ces belles couleurs; on trouve les premiers en Auvergne, en Bohème, etc., et les seconds en Calalogne. Les topazes dites occidentales, et que l’on trouve en Bohême, en Suisse et dans d’autres contrées de l’Europe, ne sont de même (pic des cristaux jaunes ; l'hyacinthe, dite de Compostelte, est un cristal d’un jaune plus rougeâtre. Les pierres auxquelles on donne le nom d'aùjues marines occidentales, et qui se trouvent en jilusicurs endroits de 1 Europe, et même on France, ne sont de même que des cristaux teints d’un vert bleuâtre ou d’un bleu verdâtre. On rencontre aussi des cristaux verts en üau|)hiné, et d’autres bruns et même noirs. Ces derniers sont entièrement obscurs; et toutes ces couleurs proviennent des parties mélalliipie» dont ces cristaux sont imprégnés, particulièrement de celles du fer contenu dans les granits et les (|uartz mixtes ou colorés, dont ces stalactites quartzeuses tirent leur origine.
De tous les cristaux blancs , celui de Madagascar est le plus beau et le plus également transparent dans toutes ses parties ; il est un peu plus dur que nos cristaux d’Europe, dans lesquels néanmoins on remarque
|)ËS MlNÉkAÜX. f)l
aussi quelque différence pour la dureté ; mais nous ne connaissons ce très-beau cristal de Madagascar qu’en masses arrondies et de plusieurs pouces de diamètre ; celui qui nous est venu du même pays, et qui est en prime à double pointe, n’est pas aussi beau et ressemble idus à nos cristaux d’Europe, dans lesquels la transparence n est pas aussi limpide, et qui souvent sont nuageux, et présentent tous les degrés de la transparence [)lus ou moins nette dans les cristaux blancs, jusqu à la pleine opacité dans les cristaux bruns et noirs.
Lors(iue l’on compare les petites aiguilles naissantes du cristal, qu on aperçoit à peine dans les cailloux creux, avec les grosses quilles qui se forment dans les cavités des rochers ([uartzeux et graniteux (1), on ne peut s’empêcher d’admirer dans cette cristallisation la constance et la régularité du travail de la nature, qui néanmoins n agit ici qu en opérant à la surface, c’est-à-dire dans deux dimensions. U plus grande quille on aiguille de cristal est de la même (orme que la plus petite ; la réunion des lames presque inlinimeut minces dont il est composé se faisant par la même loi, la forme demeure toujours la même si rien ne trouble l’arrangement de leur agrégation. Cette méthode de travail est même la seule (pie la nature emploie pour augmenter le volume des corps bruts : c’est par juxtaposition, et en ajoutant jiour ainsi dire surfaces à surfaces, qu’elle place les lames Irès-ininces dont est composée toute cristallisation, toute agrégation régulière. Elle ne travaille donc que dans deux dimensions, au lieu (pic dans le développement des êtres organisés elle agit dans les trois dimensions à la fois, puisque le volume et la masse augmentent tous deux et conservent la même forme et les mêmes proportions, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. L’aiguille naissante d’un Cristal ne peut grandir et grossir que par des additions superficielles, et par la superposition de nouvelles lames minces semblables à celles dont la jiremière aiguille est composée, et ipii s’arrangent dans le même oi di e; en sorte que cette petite aiguille réside dans la plus grosse sans avoir pris la moindre extension, tandis que le germe d’un corps organisé s’étend en tout sens par la nutrilion, et prend de 1 augmenlalion dans toutes ses dimensions et dans sa masse comme dans son volume.
Il est certain que le cristal ne se forme que par l’intermède de l’eau, et l’on peut en donner des preuves évidentes. Il y a des cristaux qui contiennent de l’eau ; d’autres renferment du mica, du schori, des particubis luétalliques, etc. D’ailleurs, le cristal se forme comme le spath calcaire et comme toutes les autres stalactites; il n’en diffère que par sa nature '' ilreuse et par sa figuration : il présente souvent des apparences de mousses et de végétations dont la plupart néanmoins ne sont pas des
(1) M. Bertrand rapporte dans son Dictionnaire universel des fossiles qu’on a trouve près éc Visbach dans le haut Valais, à neuf ou dix lieues de Sion, une quille de cristal du poids de douxe quintaux ; elle avait sept pieds de eirconféreuce et deux pieds et demi de hauteur.
HiSTOlüE NÂTÜKEUÆ
substances réelles; niais de simples fentes ou cavités vides de toute autre inalière ( t) : souvent on trouve des cristaux encroûtés, c’est-à-dire dont les surfaces sont chargées de matières étrangères, et surtout de terre ferrugineuse : mais rintéricur de ces cristaux n’en est point altéré, et il n’y a vraiment de cristal ferrugineux que celui qui est coloré, et dans lequel il est eniré des ^apeurs ou des molécules de fer lorsqu'il s’est formé.
La grosseur du prisme ou canon de cristal est assez égale dans toute sa longueur; les dimensions sont beaucoup moins constantes dans les jiarties pyramidales, et l’on ne trouve que très-rarement des cristaux dont les faces triangulaires des pyramides soient égales ou jiroportionnelles entre elles : et celte grosseur du prisme semble dépendre des dimensions de la base de la pyramide : car la pointe sort du rocher la première, et la pyramide y est attachée par sa base qui s’en éloigne ensuite à mesure (|uc le jirismese forme cl pousse la jioinle au dehors,
La densité du cristal de l'oche n’est pas, à beaucou;» près, aussi grande que celle du diamant et des autres pierres précieuses. On peut voir dans la note ci-dessous (2) les rapports de pesanteur des difféi-euts cristaux que M. llrisson a soumis à réjireuve de la balance hydrostatique. Celle pesanteur spécifique n’est pas sensiblement augmentée dans les cristaux colorés. Celte table nous démontre aussi que les améthystes, la topaze occidentale, la chiysolilhe et l’aigue marine ne sont (|ue des cristaux violets, jaunes et verdâtres. M. llrissoii donne ensuite la pesanteur respective des différents quartz; et leurs poids spécifiques se trouvent encore être les mêmes que ceux des cristaux de roche, eu sorte (|u’on ne peut douter que leur substance ne soit de la même essence.
(I) Voyez le Mémoire lu par M. Daubenlnn, de l’Académie des Sciences, en avril 1782.
l’iEns
CtBES.
CRISTAUX ET QUAUTZ.
POOC. CIB.
Liv,
OliC.
gro».
One.
rroa.
gr-
TSo
Crislal de roche de Madasascar. . . .
de roche du Brésil
de roche de l’Europe
de. roche irisée
jaune ou topaze de Bohème. . .
uTî
roux hi uii ou topaze enluméc. . .
noip
bleu ou saphir d’en»
violet ou améthyste
violet pourpre ou améthyste de vigne
ou de carthagene
lilmic violet ou aiodllij’slc hianehe.
Ouurlz erislalliïé
laiteu.N
glas
fragile
DES MINEDAUX.
Toulos les malioi’cs cnsfalliscos soiil coinposccs de pclites lames pi'csqtie inliaimciit minces, et qui sc réunissent par la seule force de leur attraction réciproque dès qu’elles se trouvent en liberté; et ces liuiics si minces dont ou ne doit considérer que la surface plane, peu- 'ent avoir différentes ligures dont le triangle est la plus simple. l'I- Bourguct avait observé avant nous (1) (|ue les prismes bexagones, ^'usi (|uc les pyramides triangulaires du cristal de roche, sont également composés de petites lames triangulaires qu’on peut apercevoir à la loupe ^ l’extrémité des pyramides, et qui, par leur réunion, forment les grands t*'iangles pyramidaux et mémo les hexagones prismatic[ues du cristal;
ces lames triangulaires ne se joignent jamais que par la tranche (i2), •^t six de scs triangles, ainsi réunis, forment un hexagone. Si l’on observe ces triangles au microscope, ils paraissent évidemment composés J’aulrcs ti'ianglcs plus petits, et l’on ne peut douter que les parties élé- •iieutaires du cristal ne soient des lames triangulaires fort petites, et ^lout la surface plane est néanmoins beaucoup plus étendue que celle la tranche qui est infiniment mince.
Quelques naluralisics récents, et entre autres Linnæus et scs écol'crs, ont avancé mal à propos que les cristaux pierreux doivent leur lloUre aux sels : nous ne nous arrêterons pas à réfuter des opinions iuissi peu fondées. Cependant tous les physiciens instruits, et iiotam- •l'ent lesa>anl minéralogiste Cronstedl, avaient nié avec raison (jue les eussent aucune part à la formation non plus qu’à la ligure de ces Q’istaux : il suffit, dit-il, qu’il y ail des corps mélalli(|ues qui se crislall'sent par la fusion, pour démontrer que la forme des cristaux n’est point ^lèpcndanledcs sels. Cela est très-certain ; les sels et les cristaux pierreux <>ut rien de commun que la facultédc sccrislalliscr, faculté plus que com- •iiune, puisqu’elle appartient à toute matière non-seulement saline, mais P'ei'reuse, ou même métallique, dès que ces matières sont amenées à l èlat fluide, soit par l’eau, soit par le feu, parce que dans cet état de ll'iuidilé les parties similaires peuvent s'approcher et sc réunir par la Seule force de l’atti-action, et former par leur agrégation des cristaux elonl la forme dépend de la figure primitive de leurs parties couslituanet de l’arrangement que prennent entre elles ces lames minces en 'erln de leur affinité mutuelle et réciproque.
I^e crisUd de roche se trouve et croit en grosses quilles dans les cavides rochers quarfzcux et graniteux ; ces cavités s’annoncent (|uelquca l’extérieur j)ar îles éminences ou boursouflures dont ou reconnail ^'ide en frappant le rocher; l’on juge par le son que l’intérieur en est ci'eux.
Il se trouve en Dauphiné (.'î) plusieurs de ces rochers creux dont les
II) beUres i>hiIosoi>Iiii|ucs sur ta formalioii des sels, cte. Amslcrdain, 1720.
I“) ^ o^ oz dans ce volume l’arlielc de la Crislallisaliou.
1^) bepuis lotiy(ein|i3 , dil Jl. GucUul'd, l’Oisaii (eu Paupliiné; est eélébie par ses mines de “'-rro.x, loin. iv. 7
04 lîîSfOlRE NATÜKELLË
cèi\itcs sont garnit's de cristaux; on donne à ces cavités le nom de cristallières, lorsqu’elles en contiennent une grande quantité. C'est toujours près du sommet des montagnes quartzeuses et graniteuses que gisent ces grandes cristallièrcs ou mines de cristal. Plusieurs naturalistes, et entre autres MM. Altmann et Cappeller, ont décrit celles des montagnes de la Suisse (I) : elles sont fréquentes dans le mont Grimsel, entre le
cristitl; scs habitants ne cessent pas d’en faire la reehcrclie on de continuer l’ouverture des cristallièrcs dont l’exploilation est commencée. L’on a découvert plusieurs mines de ce fossile ; il y en a au lac de Br.mdes, à Maronne, à la Corde, à Cirausc, à l’.Vrmentière, précisément au-dessus de la Komanchc, à Frcnay. à la Crave, à Cyeiilor près de Chazelle, a Vatijani; le cristal y est nuageux et peu clair ; au Sautel, paroisse de Mont-dc-lau , à Mizoin qui est audessus de cet endroit... les tilons de cristallicrc se font voir assez communément a des hauteurs très-élevées dans les montagnes; quelquefois même, comme à la Grave, ils louchent ou sont à peu de distance des glacières, ce qui en rond l’accès toujours assez dillicile et queh|ucfois dangereux, ce qui sera toujours un obstacle réel à une e.xploitation régulière. Mémoire sur la minéralogie du Dauphiné , tome II, pages 4o6 et suiv.— De Brandes, dit le même naturaliste, nous avons monté à la petite Ilerpia, où il y a une cristallière abandonnée. Le cristal en est beau ; le rocher est un schiste tendre et dur en quelques parties.
De la petite Ilerpia on monte à la grande Herpia en deux heures par un chemin très-étroit.. .
et pour arrivera la grande cristallière, il faut monter par des rochers presque droits On
y travaille l’hiver, et elle est, dit-on, la mère de toutes les autres cristallièrcs; il y a un filon très-considérable de quartz, cl le cristal est divisé en poches qui paraissent très-étroites et qui s’élargissent à fur et à mesure qu’on avance; les mères des cristaux sont attachées au quartz de chaque côté, de sorte que les aiguilles sont tournées les unes contre les autres, et cet entre-deux est rempli d’une terre ocreuse où il y a quelquefois des aiguilles de cristal détachées; on fait jouer la mine dans le quartz pour détacher le rocher par quartiers, et ensuite on sépare avec des marteaux les cristaux de ce quartz. Le rocher est d’un schiste tendre qui se décompose facilement. Mémoires sur la Minéralogie d’Auvergne, tome I, |)ages 17 et suiv.— Ce même savant académicien (M. Gucltard) et M. Faujas de Saint-Fond ont parcouru les montagnes de l’Oisan dans les Alpes, dont les mines sont couvertes do glaces permanentes , et ont e.xaminé les mines de cristal des fosses’ de la Carde, des Mas-sur-Iès-clos , de Maronne, de Frenay. Ils ont aussi visité les travaux de la fameuse mine de cristal de la grande Ilerpia, qu’on a été forcé d’abandonner malgré, sa richesse, parce qu’on ne peut y aborder que pendant un mois et demi de l’année, et qu’il faut courir les plus grands risques cn'y escaladant par des rochers taillés à pic, qui ne présentent que quelques saillies qui suffisent à peine pour placer la pointe du pied, et c’est au-dessus d’un précipice de plus de cinq cents pieds de profondeur qu’on est obligé de voyager de la sorte; mais on est dédommagé des peines et des dangers en contemplant celte magnifique cristallière qui présente à l’mil un rocher qui n’est presipie qu’une masse du plus beau cristal, et c'est pour celte raison que les gens des environs l’ont nommée la grande erhtaUièrc. .Ion mal de Physique, mois de décembre 1773, page 317.
(1) Sur les cimes des plus hautes Alpes on trouve des mines de cristau.x ; on sait que cette matière se trouve dans les cavités de certaines veines métalliques, et que le quartz leur sert de matrice. Aux Alpes, les veines de quartz sortent au jour, et indiquent aux mineurs où il faut creuser; cependant il faut souvent beaucoup de temps et de travail pour trouver une cavité qui contienne des cristaux. Dans le Grinsclberg, on découvrit, en ■1719, une mine de cristaux plus riche que toutes celles qu’on avait déjà découvertes. L’un des cristaux de celte mine pesait huit cents livres; il s’eu trouve plusieurs de cinq cents livres. Les cristaux de la Suisse sont en général forts tiunspai cnls. On en conserve un de couleur noire dans la biblio-
DES MINÉKAtIX. m
canton de lîernc et le Valais, dans le mont Saint-Eotliaed et antres montagnes voisines J cl c’est fonjours dans les cavités du quartz ou dans les fentes des rochers quarlzeux que se forme le cristal, et jamais dans les cavités ou fentes des rochers calcaires. Le cristal se produit aussi dans les pierres mixtes, comme on le voit dans presque tous les cailloux creux dont la substance est souvent inêlce de différentes matières vitreuses, métalliques, calcaires et limoneuses : mais il faut toujours que le quartz y soit contenu en plus ou moins grande quantité; sans cela le cristal ne pourrait se produire, puisque sa subslancc est un vrai quartz sans mélange apparent d’aucune autre matière, et que quand on y trouve des corps étrangers , ils n'y sont que renfermés, enveloppés par accident, et non intimement et léellement mêlés.
M. Achard, très-habile chimiste, de l’academie de Berlin, ayant fait l’analyse chimi(pic du rubis et d’autres pierres précieuses, et en ayant tiré de la terre alcaline, a pensé que le cristal de roche en contenait aussi; et dans cette idée il a imaginé un appareil très-ingénieux pour former du cristal en faisant passer l'air fixe de la craie à travers du sable quarlzeux et des diaphragmes d’argile cuite. M. le prince (lalifzin, qui aime les sciences et les cultive avec grand succès, eut la bonté de m’envoyer, au mois de septembre 1777, un extrait de la lettre que lui avait écrite M. Achard, avec le dessin de son appareil pour faire du cristal.
thèquede Berne; on en trouve rarement de couleur jaune ou lirune ou rouge. M. Allinann en s un cliez lui dont la couleur approche de celle de l’amcthyste. Descrii)tiou des montagnes de glace de la Suisse, par M. Altmann. Journal etranger, janvier 17iJ5. — Les indices qui guident les mineurs dans la recherche du cristal de roche sont des handes ou zones blanches de plusieurs toises d'étendue et de huit à dix pouces de largeur, qui enveloppent en divers sens le.s lilocs des rochers ; ees zones, qu'ils nomment /leurs de mine , sont, dit M. Cappeller, formées par des concrétions hrillantcs et plus dures que la substance du roc. Les mineurs examinent au.s.si avec soin s’ils ne découvrent pas au bord de ces handes des suintements d’eau qui Irnnssudcnl par des c.spèces de loupes qui e.xecdeiil la surface du ro<'her; alors ils frappent à grands ®uups de masse sur ces éminentes , et par le son qui ré.sulte de la commotion ils jugent si le rocher fot plein ou caverneux. Si ce son est creux, ils conçoivent de l’espérance et mettent la uiain à l’ccuvre. Ils commencent par se frayer une route par la mine avec la poudre; ils la •llrigcni en galerie coiuine les autres mineurs, et ils ont grande attention que leur mine no roupe pas transv'crsalemcnt les handes blanches , an moins dans leur plus gT'aiide largeur ; ce travail est pénible et souvent de plii.sienrs années, même incertain s’ils jîarviendront à la raverne qui recèle le cristal de roche. La longueur de l’exécution est encore prolongée jiar les neiges qui ne laissent à découvert les travaux que peiidant envii-ou trois mois de l’année...
f-a minière la pins riche que l’on ait trouvée fut celle que l’on découvrit en 1719 ; la qnantilé du cristal que l’on en tira fut estimée trente mille écus. Les quilles étaient d’un volume nnorme ; il y en avait une qui posait huit cents livres, plusieurs do cinq cents, et beaucoup de ®®nt livres. L’on voit encore doux de ces belles quilles dans la bibliothèque de Berne. Tons les ®‘istaux de ecltc riche minière étaient de la plus grande régularité et do la plus belle eau. U ® trouva très-peu de tannés par ces taches que l’on appelle neiges. Dans le Valais, vers le *^anton de Berne, dans la vallée de Klctch, on a trouve une belle mine de cristal. V''oycz les ^lénioirjij Cappeller, médecin à Lucerne.
IIISTOIKE NATURELLE
]M. Magellan, savant ph}"sicien, de la Société royale de Londres, me fit A’oir quelque temps après un petit morceau de cristal qu’il me dit avoir été produit par l’appareil de M. Achard, et ensuite il présenta ce même cristal à l’Académie des Sciences. Les commissaires de cette compagnie firent exécuter l’appareil, et essayèrent de vérifier l’expérience de M. Achard ; j’engageai M. le dnc de, Chaulnes et d’autres habiles physiciens à prendre tout le temps et tous les soins nécessaires au succès de cette expérience, et néanmoins aucun n’a réussi : et j’avoue que je n’en fus pas surpris, car d’après les procédés de M. Achard, il me parait qu’on viendrait plutôt à bout de faire un rubis qu’un cristal de roche : j’en dirai les raisons lorsque je traiterai des pierres précieuses, dont la substance, la formation et l’origine sont, selon moi, très-différentes de celles du cristal de roche. En attendant, je ne puis qu’ai)plaudir aux efforts de M. Achard, dont la théorie me parait saine et peut s’appliquer à la cristallisation des pierres précieuses j mais leur substance diffère de celle des cristaux, tant par la densité que par la dureté et l’homogénéilé; et nous verrons que c’est de la terre limoneuse ou végétale, et non de la matière \itreuse que le diamant et les vraies pierres précieuses tirent leur origine.
Tout crislal, soit en petites aiguilles dans les cailloux creux, soit en grosses et grandes quilles dans les cavités des rochers quartzeux, est donc également un extrait, une stalactite du quartz. Les cristaux plus ou moins arrondis que l’on trouve dans le sable dos rivières ou dans les mines de seconde formation, cl auxquels on donne les noms impropres de diamants de Cornouailles ou d’Jlençon, ne sont que des morceaux de ci istal de roche, détachés des rochers et entrailles par le mouvement des eaux courantes; ils sont de la même essence, de la même pesanteur spécifique cl de la même transparence; ils ont de meine une double l éfraclion, cl ne diffèrent du cristal des montagnes qu’en ce qu’ils ont été plus ou moins arrondis par les frottements qu’ils ont subis. Il se trouve une grande quantité de ces cristaux arrondis dans tes vallées des hautes montagnes cl dans tous les torrents et les fleuves qui en découlent : ils no perdent ni n’acquièrent rien par leur long séjour dans l’eau ; l’intérieur de leur masse n’est point altéré ; leur surface est seulement recouverte d’une enveloppe ferrugineuse ou terreuse, qui n’est même pas fort adhérente; et lors<pio celte croiite est enlevée, les cristaux qu’elle recouvrait présentent le même poli et la même transparence que le cristal tiré de la roche où il se forme.
Parmi les cristaux même les plus pui s et les plus solides, il s’en trouve qui contiennent de l’eau et des bulles d’air; preuve évidente qu’ils ont été formés par le suintement ou la stillation de l’eau. Tavernier dit avoir vu dans le cabinet du prince de Monaco un morceau de cristal qui contenait près d’un verre d’eau (1). Ce fait me parait exagéré ou mal
(I) Voyage eu Turquie, etc, Uouen, 1715, louicl, p. 552.
Vu ; car les pierres qui renfermenl une grande quanlilé d’eau ne sont pas de vrais cristaux, mais des espèces de cailloux plus ou moins oj)aques. On connaît sous le nom d’enhydres (1) ceux qui sont à demi-transparents et qui contiennent beaucoup d’eau; on en trouve souvent dans les matières rejetées par les volcans (2) : mais j’ai vu i)lusieurs cristaux de roche bien transparents et régulièrement cristallisés, dans lesquels on apercevait aisément une goutte d’eau surmontée d’une bulle d’air qui la rendait sensible par son mouvement, en s’élevant toujours au-dessus de la goutte d’eau lorsqu’on changeait la position verticale du morceau de cristal ; et non-seulement il sc trouve quelquefois des gouttes d’eau renfermées dans le cristal de roche, mais on en voit encore, plus souvent dans les agates et autres pierres vitreuses (|ui n’ont qu’une demi-transparence. !\1. Fougeroux de Rondaroy, de l’Académie des Sciences, a trouvé de l’eau en (luanlité très-sensible dans plusieurs agates qu’il a fait casser (3). 11 est donc certain que les cristaux, les agates et autres stalactites quartzeuses ont toutes été produites par l’intermède de l’eau.
Comme les montagnes primitives du globe ne sont composées que de quartz, de granit et d’autres matières vitreuses, on trouve partout dans l’intérieur et au pied de ces montagnes du cristal de roche, soit en petits morceaux roulés, soit en prismes et en aiguilles attachées aux rochers. Les hautes montagnes de l’Asie en sont aussi fournies que les Alpes d’Europe. Les voyageurs parlent du cristal de la Chine, (4), dont co fait de beaux vases et des magots ; des cristaux de Siam (o), de Cam- We, des iMoluques (ü), et particulièrement de celui de Ccylan où ils disent qu’il est fort commun (7).
Fn Afri(|uc, le pays de Congo tire son nom du cristal qui s’y trouve
(t) Cette pierre lut connue des anciens et sous le même nom. Pline on parle et la décrit bien ces termes : » Enliydros semiicr rotunditatis aljsolulaj, in candore est Icvis, sed ad molum " fluctuât intiis in ca veluti in ovis liquor. » Liber XXX VII, cap. xi.
(2) Les cnbydrcs ou cailloux creux sont, dit M. Faiijas de Saint-Fond, de.s espèces de pierres 'fvcrneiises ou géodes , pleines d’eau. Cette eau est ordinairement limpide, sans goût, sans odeur et de la plus grande pureté. On trouve près de Viccncc, sur une colline volcanique, île petits caillou.\ creux, d’une espèce de calcédoine ou d’opale , dans lesquels il y a quelquefois 'f® l’eau ; ces cnbydres peuvent sc monter en bagues, et comme ils sont d’une substance Irausparenlc, on y voit irès-distinctement l’eau qui s’y trouve renfermée. Ttccbcrclics sur les voléteints, p. 280, in-folio.
(il) Voyez les Mémoires de l’Académie des Sciences, années 177C, p. C81 etsuiv.
("f) Histoire générale des Voyages, tome VI, p. 483.
(а) Idem, tome IX, p. ."07.
(б) Ilistoire de la Conquête des Müluques,i)ar Argensola; Amsterdam, 1706, tome II, p. 34. (^) Histoire générale des Voyages, tome VIII, p 1)49. — Les Romains tiraient du cristal de
1 Inde et en faisaient grande estime, quoiqu’ils sussent bien que les Alpes d’Italie en produisaienldc très-beau. « Üriens,dit Pline, cristallum mittit, Indicie nulla pra'ferlur...sed laudiita “ *'> Eiiropæ Alpium jugis. n Lib. XXXVIl, cap. ii.
HISTOIRE NATURELLE
en très-grande abondance (1); il yen a aussi en quantité dans le pa5"S de Galam (2) : niais Pile de Madagascar est peut-être de toute la terre la contrée la plus i-iclie en cristaux (3) ; il y en a de plus et de moins transparents. Le premier est limpide comme l’eau, et se présente, pour ainsi dire, en niasses dont nous avons vu des blocs arrondis, de prés d’un pied de diamètre en tous sens : cependant quoiqu’il soit plus net et plus diaphane que le cristal d’Europe, il est un peu moins dense (4), et souvent il est plus mêlé de scliorl et d’autres parties hétérogènes. Le second cristal de inadagascar ressemble à celui d’Europe. M, l’abbé de Jtochon a rapporté de celte île une grosse et belle aiguille à deux pointes de ce cristal : on peut la voir au Cabinet du Roi.
Dans le nouveau continent, le cristal de roche est tout aussi commun qne dans l’ancien ; on en a trouvé à Saint-Domingue (5), en Virginie (6), au Mexique et au Pérou (7), où M. d’ülloa dit en avoir vu des morceaux fort grands et très-nets; ce savant naturaliste marque même sa surprise de ce qu’on ne le recherche pas, et que c’est le hasard seul qui en fait quelquefois trouver de grosses masses (8). Enlin, il y a du cristal dans les pays les plus froids comme dans les climats tempérés et chauds; on a recueilli en Laponie et au Canada des cristaux roulés, tout semblables à ceux de Bristol, et l’on y a vu d’autres cristaux en aiguilles et en grosses quilles (9). Ainsi dans tons les pays du monde il se produit du cristal, soit dans les cavités des rochers quartzeux, soit dans les fentes ])crpendiculaires qui les divisent; et celui qui se présente dans les cailloux creux et dans les pierres graniteuses provient aussi du quartz qui fait partie de la substance de ces cailloux et pierres mixtes.
L’exirait le plus pur du quartz est donc le cristal blanc; et quoique les cristaux colorés en tirent également leur origine, ils n’en ont pas tiré leurs couleurs ; elles leur sont accidentelles, et ils les ont empruntées des terres métalliques qui étaient interposées dans la masse du quartz ou qui se sont trouvées dans le lieu de la formation des cristaux :
(1) Histoire générale des Voyages, tome IV, p, 61 1.
(2) Idem, tome H, p. 6i-i.
(5) Il y a de fort beau cristal à Madagascar, surtout dans la province de Galeinboul où on le lire en pièces de six pieds de long et quatre de large sur anlaiil d’épaisseur. Les nègres n’y travaillent que le soir, apparemment parce qu’ils n’aiment pas à le voir embarquer sur nos navires. Histoire générale des Voyages, tome V’HI, p. 020.
(4) Hans la Table de AI. Brisson, la pesanteur spécifique du cristal de Madagascar est de 26î)50,ct celle du cristal d’Europe de 26fi4'8, relativement à l’eau supposée 10000. Ainsi le cristal d’Europe est un peu plus dense que celui de Aladagastar.
(3) Histoire générale des Voyages, toroeXH, p. 218.
(6) Idem, tome XIV, p. 408.
(7) Idem, tome XII, p. 648.
(8) Idem, tome XIV, p. 408.
(9) Voyez la relation du père Cliarlevoix, et les Mémoires de l’Académie des Sciences année 1732, p, 197.
mais cela n’empêche pas qu’on ne doive metice au nombre des extraits en stalactites du quartz tous ces cristaux colorés; la quantité des molécules mélalliqucs dont ils sont imprégnés, et qui leur ont donné des couleurs, ne fait que peu ou point d’augmentation à leur masse; car tous les cristaux, de quelque couleur (lu’ils soient, ont à très-peu lu-és la même densité que le cristal blanc. Et comme les améthystes, la topaze de Bohême, la clirysolilhe et l’aigue marine, ont la même densite, la même dureté la même double réfraction, et qu’elles sont egalement résistantes à l’action du feu, on peut sans hésiter les regarder comme de vrais cristaux; et l’on ne doit pas les élever au rang des pierres précieuses qui n’ont qu’une simple réfraction, et dont la densité, la durele et l’origine sont très-différentes de celles des cristaux vitreux.