AMÉTHYSTES
Toutes les améthystes ne sont que des cristaux de roche teints de violet ou de pourpre; elles ont la même densité (1), la meme durele, la même double réfraction que le cristal : elles sont aussi également réfractaires au feu. Les améthystes violettes sont les plus communes, et dans la plupart celte couleur n’a pas la même intensité partout; souvent même une partie de la pierre est violette et le resm est blanc. 11 semble que dans la formation de ce cristal la teinture mélalli<iue qui a coloré la pyramide ail manqué pour teindre le prisme; aussi cette teinture s’affaiblit par nuance du violent au blanc dans le plus grand nombre de ces pierres : on le voit évidemment en tranchant horizontalement une table de cristaux d’améthyste ; toutes les pointes sont plus ou moins colorées, et les bases sont souvent toutes blanches comme le
^cistal. . .
On sait que le violet et le pourpre sont les couleurs intermediaires entre le rouge et l’indigo ou bleu foncé ; le cristal de roche n’a donc pu devenir améthyste que quand le quartz qui l’a produit s’est trouve imprégné de particules de cette même couleur violette ou pourprée : mais comme il n’y a aucun métal, ni même aucun minéral métallique qui produise celle couleur par la voie humide, et que la manganèse ne a donne au verre que par le moyen du feu, il faut avoir recours au mélange du rouge et du bleu pour la composition des améthystes ; or, ces
(1) La pesanteur spécifique de l’améthyste est de 26855, celle du cristal de roche d’Europe de 26348, et celle du cristal de roche de Madagascar de 26830.
HISTOIRE NATURELLE
doux roulciirs (]ii roiigp et du bleu peuvent Otre lournies par le fer seul ou par le fer mélé de cuivre ; ainsi les améthystes ne doivent se trouver que dans les quartz de seconde formation, et qui sont voisins de ces mines mélalli(|ues en décomposition.
Ou trouve en Auvergne, à quatre lieues au nord de Brioude, une minière d’améthystes violettes , dont M. le Monnier, premier médecin ordinaire du roi, et l’un de nos savants naturalistes de l’Académie, a donné une bonne description (1).
On trouve de semblables améthystes dans les mines de Scbemnilz en Hongrie(2); on en a rencontré en Sibérie(ô) et jusqu’au Kamtscbalka(4); il s’en trou\ e aussi en plusieui's autres régions, et particulièrement en Espagne (S); celles de Catalogne ont une couleur poui jmce, et ce sont les plus estimées (ü) : mais aucune de ces pierres n’a la dureté, la densité ni l’éclat des pierres précieuses, et toutes les améthystes perdent leur couleur violette ou jiourprée lorsqu’on les expose à l’action du feu. Enfin elles i)résenlcnt tous les caractères et toutes les propriétés du cristal de roche : l’on ne peut donc douter qu’elles ne soient de la même essence, et (luc leur substance, à la couleur près, ne soit absolument la même.
(t) Les lianes de cette carrière d’amétliys*Cs ne sont point liorlzontaiix,ils sont au contraire en tailles verticales posées sur leur champ, et la matière qui les sépare est le cristal d’améthyste dont la dureté surpasse de heaucoup celle de la pierre, qui est cependant une gangue assez dure.
Chaque veine d’améthyste a quatre travers de doigt d’épaisseur, et s’étend aussi loin que le rocher qu’elle accompagne dans une direelionde l’est à l’ouest. Cette veine cristallisée n’.adhère pas également aux deux tables avec lesquelles elle se trouve, elle est intimement unie à Tune des deux, à peine est-elle seulement contiguë à l’autre. La sui face qui tient fortement au rocher est composée de fibres réunies de chaque faisceau qui compose l’améthyste, et ce faisceau SC termine de l’autre côté à une pyramide à cinq ou six faces souvent inégales, hautes d’environ six ligues, en sorte que la surface de cette croûte cristalline qui regarde le rocher auquel elle est le moins .adhérente est toujours hérissée de pointes de diamant. Chaque pyramide est revêtue d’une croûte d’un blanc sale, mais l’intérieur est très-souvent une améthyste de la plus belle couleur j il s’en trouve de toutes les nuances, et j’en ai vu qui étaient aussi blanches que le plus beau cristal de roche. Ces pierres sont beaucoup plus parfaites et n’ont même de transparence que vers les pointes. Le milieu et l’autre extrémité sont presque toujours glaceux, les paysans des environs en cassent les plus beaux morceaux qu'ils vendent aux curieux. Observations d’IIistoire Naturelle, par JI. le Monnier; Paris, I7a!), pages 200 et suiv.
(2) Collection académique, partie étrangère, tome II, page 21)7.
(3) Voyage de Gmciiu eu Sibérie, etc.
{i) Journal de Physique, juillet 1781, page il.
(5) Histoire Naturelle d’Espagne, par M. Bowles, page 410.
(G) Pline parlant de l’améthyste, nous apprend eu passant quelle était la véritable teinte de la pourpre ; « on s’efforçait dit-il, de lui donner la belle couleur de l’améthyste de l’Inde, qui « est, ajoute-t-il, la première et la plus belle des pierres violettes. Son éclat doux et moelleux « semble remplir et rassasier tranquillement la vue sans la frapper de rayons pétillants comme Il fait l’escarboucle. » Livre XXXVII, u" 40.
Les aneiens ont coniplé ciinj espèces (I’aniélli} sfes {[n’ils distingiiaieiU par les différents tons ou degrés de couleurs : mais celle diversité ne consiste qu’en une suite de nuances qui rentrent les unes dans les autres j ce qui ne peut établir entre ces i)iei'res une différence essentielle. La distinction qu’en font les joailliers en orientales et occidentales, ne me parait pas bien fondée ; car aucune améthyste n’ofire les caractères des pierres précieuses orientales ; savoir, la dureté, la densité et la simple réfraction. Ce n’est pas qu’entre les vraies pierres précieuses il ne puisse s’eu trouver quelques-unes de couleur violette ou pourprée; et même quelques amateurs se llatteut d’en posséder, et leur donnent le nom d’améthystes orientales. Ces pierres sont au moins très-rares, et nous ne les regarderons pas comme des amélhystes, mais comme des rubis, dont en effet quelques-uns semblent offrir des teintes d’un rouge mêlé de pourpre.