‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 15 sur 133 · CRISTAUX-TOPAZES · texte numérisé non relu

CRISTAUX-TOPAZES

On a mal à propos donné le nom de topazes à ces pierres qui se trouvent en Bohème, en Auvergne et dans plusieurs autres provinces de l’Europe, et qui ne sont que des cristaux de roche coioi'és d’un jaune plus ou moins foncé, et souvent enfumé. Comme leur forme de cristallisation, leur dureté, leur densité, sont les mêmes que celles du cristal, et qu’elles ont aussi une double réfraction, il n’est pas douteux que ces sortes de topazes ne soient, ainsi que les améthystes , des cristaux colorés. Ces cristaux-topazes n’ont de rapport que par le nom et la couleur avec la vraie topaze, qui est une pierre précieuse et rare qu’on ne trouve que dans les climats chauds des régions méridionales, au lieu que ces cristaux-topazes ont peu de prix, et se trouvent aussi communément dans les contrées du nord que dans celles du midi (l); et quoi-

(I) Wolckmann, dit M. Pott, donne rénumeration des lieux de Sibérie qui fournissent les topazes; tels sont les Montagnes des Géants, ou Bicsciigeburge, auprès du grand lae ; le mont Komniers ou Gomberg, auprès de Sclircibersan ; le mont Kinart, derrière le château et au- •lessous de Kinart près de Hernistorst, à la colline nommée Sehigenhugel, dans le voisinage de

Sclimiedeberg, et dans les rivières d’Yser et de Zaeken

M. llenckel dit qu'elle se trouve assez abondamment dans le Voigtiand, à la montagne aommée Schuekemherg, auprès de la colline deTanncberg, à deux milles d’Anerbach, où elle se tire d'entre une marne jaune et le cristal de roche, et se rencontre dans les fentes d’un foclier si dur, qu’on peut se sei'vir des morceaux de ce rocher pour entamer et briser même *0 topaze. La couleur decctlc topaze est plus ou moins jaune, à peu près tirant sur im petit

HISTOIRE NATURELLE

qu’on donne l'épithète d’occidentale à la topaze de Saxe et à celle du Brésil , comme elles sont d’une pesanteur spéciflq-ue bien plus grande que celle des cristaux colorés, et presque égale à la densité du diamant, leur cristallisation élant d’ailleurs toute différente de celle des cristaux de roche, on doit les regarder comme des pierres qui, quoique inférieures à la topaze orientale, sont néanmoins supérieures à nos cristaux-topazes, par toutes leurs propriétés essentielles.

Ces cristaux-topazes se trouvent en Bohême (I) , en Misnie, en Auvergne, et se rencontrent aussi dans presipie tous les lieux du monde où le cristal de roche est voisin des mines de fer; l'on a souvent observé que la partie par laquelle ils sont attachés au rocher quarizeux qui les produit est environné d’une croûte ferrugineuse plus ou moins jaune. Ainsi cette teinture provient de la dissolution du fer et non de celle du plomb, comme le dit M. Dutens, puiscpie le plomb ne peut donner la couleur jaune aux matières vitreuses que lorsqu’elles sont fondues par le feu; et l’on objecterait vainement que le spath fluor qui accompagne souvent les filons des galènes de plomb, est teint en jaune, comme les cristaux-topazes ; car cela prouve seulement que ce spath fluor a été coloré par le plomb lorsqu’il était en étal de chaux ou de calcination par le feu primitif.

La pesanteur spécifique des cristaux-topazes est précisément la même que celle du cristal de roche (2) : ainsi la petite quantité de fer qui leur a donné de la couleur n’a point augmenté sensiblement leur densité, ils ont aussi à peu près le même degré de dureté, et ne prennent guère plus d’éclat que le cristal de roche : leur couleur jaune n’est pas nette, elle est souvent mêlée de brun ; et lorscju’on les fait chauffer, ils perdent leur couleur et deviennent blancs comme le cristal. On ne peut donc pas douter que ces prétendues topazes ne soient de vrais cristaux de roche, colorés de jaune par le fer en dissolution qui s’est mêlé à l’extrait du quartz lorsque ces cristaux se sont formés.

vin pâle. Le côté d’en-bas, qui est atlaehé au rocher, est pour l’ordinaire plus trouble et plus obscur ; mais vers la pointe, la couleur devient plus nette et plus transparente. Mémoires de l’Académie de Berlin, année 1747, pages 46 et suiv.

(f) « La topaze de Bohême, dit M. Dutens, est en cristaux ou canons assez gros, mais d’un « poli moins vif que la topaze d’Orient ou du Bi-csil ; sa couleur tire sur celle de l'hyacinthe

a et quelquefois sur le brun Ce qu’on appelle topaze enfumée n’est qu’uu cristal de roche

a teint de jaune oïdinairement terne cl sombre; et ce qu’on nomme topaze d’Allemagne est « un spath vitreux ou lluor cubique, lequel accompagne souvent les liions de plomb, et que « l’on croit être, ainsi que la topaze même, coloré par ce métal. » Pages 34 et suiv.

(2) La pesanteur spécifique de la topaze do Boliême est de 20341, et celle du cristal de roche d’Europe de 26348. 'Fable de M. Brisson.

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