‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 16 sur 133 · CHRYSOLITHE · texte numérisé non relu

CHRYSOLITHE

Les pierres auxquelles on donne aujourd’hui le nom de chrysolithe ne sont que des cristaux-topazes dont le jaune est mêlé d’un peu de vert; leur pesanteur spécifique est à peu près la même (I); elles résistent également à l’action du feu, et leur forme de cristallisation n’est pas fort différente (2). M. le docteur Demesle a raison de dire qu’il y a très-peu de différence entre celte pierre chrysolithe et la topaze de Bohême (3); elle n’en diffère en effet que par la nuance de vert qui lient faihlement le jaune sans l’effacer (4). C’est par le plus ou le moins de vert réjjandu dans le Jaune qu’on peut distinguer au premier couj) d’œil la chrysolithe du péridot, dans lequel au contraire la couleur verte domine au point d’effacer le jaune presque entièrement : mais nous verrons que le péridot diffère encore de notre chrysolithe par des caractères bien [)lus essentiels que ceux de la couleur.

La chrysolithe des anciens était la pierre précieuse que nous nommons aujourd’hui topaze orientale, et à laquelle le nom de chrysolithe ou pierre d’or convenait en effet beaucoup (5) : “ La chrysolithe dans sa «> beauté, dit Pline, fait pâlir l’or lui-même (6) : aussi a-t-on coutume de « la montrer en transparent, et sans la doubler d’une feuille brillante " qui n’aurait rien à ajouter a son éclat. » L’Klhiopie et linde, ccsl-adire, en général, l’Orient, fournissaient ces pierres prétâcuses au Romains; et leur luxe encore plus somptueux (jne le notre leur faisait rechercher toutes les pierres qui avaient de l’éclat. Ils distinguaient dans les chrysolithes plusieurs variélés, la chrysélectre, à laquelle, dit Pline, il fallait la lumière claire du matin pour briller dans tout son

(1) La pesanteur spécifique de la chrysolithe du Brésil est de 26923, et celle du cristal de roche de 26M8. M. Brisson donne aussi 27821 pour pesanteur spécifique d’une autre chrysolithe, sans indiquer le lieu où elle se trouve j mais celte différence de densité n’est pas assez «onsidérahle pour faire rejeter cette chrysolithe du noinhre des cristaux colorés.

(2) La foi rno de cristallisalion de la chrysolithe ordinaire n’est pas , comme on le croirait au premier coup d’æil , absolument semblable à celle du cristal de roche j la pyramide est plus obtuse , et les arêtes du prisme hexagone sont souvent tronquées et torment un dodécaèdre. Sou tissu est sensiblement lamelleux parallèlement à l’axe du prisme, et elle a plus d éclat que le cristal de roche le plus pur. Essai de Cristallographie, par .VI. Borné de Lisle, tome II, p. 272 et suivantes.

(3) Lettre de M. Demeste, toniel, p. ■429.

(4) Bobert de Berquen définit très-bien la chrysolythe , en di.sant que sa couleur est un vert naissant tirant sur le jaune, ou un vert jaune brillant d’un lustre doré.

(3) Chrysos lilhos.

(0) Liv, XXXVII, n° .42.

HISTOIRE NATURELLE

éclat (^ ) ; la kworhry^e, d’un jaune blanc brillant (2) ; la inélécliiyso qui, suivant la force du mot, avec un éclat doré, offre la teinte rougeâtre du miel (3), Toutes ces belles pierres sont, comme l’on voit, très-différentes de notre clirysolillic moderne, qui u’esl qu’un cristal de roche coloré de jaune verdâtre.

Les chr3'solithcs que l’on a trouvées dans les terrains volcanisés sont de la même nature que les chrysolithes ordinaires; on en renconti'e assez souvent dans les laves et dans certains basaltes. Elles se présentent ordinairement en grains irréguliers ou en petits fragments qui ont la couleur, la dureté et les autres caractères de la véritable chrysolithe; nous en ferons la comparaison lorsque nous parlerons des matières rejetées par les volcans.

Page 1